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HANA : En tout bien tout honneur

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Après qu’il se fut poussé (et que son visage ait changé de couleur sous l’effet d’une panique soudaine et inexpliquée), Hana bondit du lit déplié dans son plus simple appareil pour filer vers la cuisine surprendre son vil animal en flagrant délit de vol aggravé. En l’entendant arriver, le coupable releva la tête de son crime, les moustaches encore luisantes du poisson qu’il venait de boulotter sans vergogne. Cette vue mis la jeune femme en rage et elle leva une main menaçante sur le félin (sans lui faire de mal, bien sûr. Jamais elle n’aurait pu lui faire quoi que ce soit).

« Ouste ! Va-t-en de là, p’tit con ! Raaah, fais chier, tiens… »

Le malotru s’enfuit sans demander son reste, laissant le plan de travail dévasté. Il avait mangé la moitié du thon et commençait à grappiller le saumon lorsqu’elle était arrivée. Bon, il leur restait encore de quoi se nourrir ce soir mais flûte, tout ce bon poisson gaspillé juste parce qu’elle n’avait pas pensé à bien le ranger avant d’aller tâter du bel officier… Bel officier… Bel officier qui se tenait toujours tout nu lui aussi, debout au milieu du salon, avec un air de chaton sur l’océan en s’adressant à elle en anglais d’un air affolé. Holà, mais que se passait-il donc, d’un coup ? Incapable d’appréhender ce trop-plein d’informations d’un coup, l’esprit de la jeune femme préféra renoncer à comprendre ce qui perturbait son amant à ce point et se concentra donc sur un autre fait immédiatement assimilable : elle se trouvait en tenue d’Ève dans la cuisine devant un homme qu’elle ne connaissait toujours pas quand bien même venait-il de l’envoyer au septième ciel, et venait de crier sur son chat d’une façon digne d’une mégère à tablier. La grande classe. Sur le coup, elle perdit quelques couleurs à son tour, puis les regagna immédiatement tandis qu’elle se couvrait la poitrine de ses bras et serrait les cuisses sur son entrejambe.
Aaaaaaaaaah, il va trouver qu’on a de la cellulite ou les seins trop petits ou les fesses qui tombent, quelle horreur !
N’importe quoi. Comment on pourrait avoir de la cellulite et les fesses qui tombent avec tout le sport qu’on fait ? Et puis il avait l’air de les apprécier, les seins trop petits, tout à l’heure. Pas la peine de stresser parce qu’on a un mec à poil dans l’appart’, c’est pas la première fois.
Non non non, c’est la honte ! Les femmes ne se baladent pas le derrière à l’air devant le premier venu, ça n’a rien de délicat !
Hana paniquait donc, en s’efforçant de cacher toute la peau qu’elle pouvait et de gérer tout à la foi l’émoi du jeune homme. Il lui apparut assez vite qu’elle ne pourrait rien faire de productif dans cette tenue et décida de battre en retraite vers la douche, tout en réglant momentanément le problème de Chris par la barrière de la langue, de façon magistrale :

« Hein ? Quoi ? J’ai rien pig-euuuh, j’ai rien compris. Écoute, c’est pas que ça m’intéresse pas mais il faut que j’aille aux… enfin, dans la salle de bain. Je fais vite, okay ? Bouge pas, hein ? Enfin, rhabille-toi si tu veux mais… J’fais vite. »

Et la jeune femme de se sauver à toute vitesse vers la salle d’eau, mortifiée par ce qu’elle venait de bredouiller. Rarement elle s’était sentie aussi ridicule, et rarement elle avait dit un flot de stupidités pareilles. La princesse s’empressa d’ailleurs de le lui signifier.
Vraiment ? « Il faut que j’aille aux toilettes » ? Pourquoi pas « J’vais pisser un coup » pendant qu’on y est ? Tu veux vraiment nous faire passer pour une affreuse harpie ? Déjà que le plus gros du travail est fait après avoir chassé le chat comme une poissonnière, et toute nue en plus... Jamais on  ne pourra le séduire après ça.
Hé ho, tu vas te détendre et nous lâcher la grappe, deux secondes ? On est chez nous, on a bien le droit de houspiller le greffier quand il fait des conneries. On se rince vite fait et ensuite on avise.
Tu parles, je ne vois pas comment on pourra trouver le courage de sortir de la salle de bain…
C’est ainsi que la jeune femme procéda à un brin de toilette après s’être soulagée, tiraillée entre le désir de se dépêcher pour empêcher Chris de se sauver en son absence (quelques uns lui ont déjà fait le coup) et celui de reculer autant que possible le moment où elle devrait ressortir de la pièce. Malgré tout, elle préféra ne pas trop prendre son temps. Que l’on soit gênée ou pas, ça ne se fait pas de faire poireauter quelqu’un cent sept ans dans son salon après l’avoir un peu planté là. Comme elle avait laissé ses vêtements dans la cuisine, elle enroula une de ses serviettes, verte pomme, autour de sa poitrine pour cacher un tant soit peu ce qui pouvait l’être et quitta la salle de bain. Les joues encore rouge de honte, elle gagna un peu de temps en allant ouvrir une fenêtre, puis elle revint s’asseoir auprès de Chris comme elle ne pouvait plus y couper. Et ce fut le début d’un long et embarrassant moment de silence. Pour sa part, Hana ne tint que quelques secondes.

« Tu… tu veux peut-être aller te laver aussi ? Je peux te sortir une serviette si tu veux… Ou sinon, je… je peux te refaire un peu de sushis avec ce que Naruto a épargné, si t’as encore faim… »

Elle s’interrompit, atterrée par les idioties qu’elle s’obstinait à dire. Enfin quoi ! N’avait-elle donc en réserve que des banalités totalement hors-sujet qui n’intéressaient personne ? C’était vraiment la misère ! Alors qu’ils venaient de vivre tous les deux quelque chose d’extraordinaire et que, et que…
Je n’en peux plus. Harakiri, sauvons l’honneur !

« Et si t’en as juste marre de rester chez une folle qui fait tout de travers et dit des conn-des sornettes, tu peux y aller si tu préfères. Je ne le prendrai pas mal. »

Oh si si. Elle serait horriblement blessée s’il le faisait et ça ruinerait toute sa semaine au bas mot, mais elle ne pouvait pas le retenir non plus. Puisque de toute façon, elle avait déjà tout sabordé par elle-même, autant se retirer dignement du champ de bataille. On ne devrait laisser la séduction qu’à celles qui en sont vraiment capables… Cette pensée lui laissa un goût amer dans la bouche tandis qu’elle baissait les yeux pour fuir le regard de Christopher. Elle en avait vraiment marre de toutes les filles parfaites dont le monde lui semblait être rempli et qui n’avaient pas daigné l’accepter dans leurs rangs malgré tous ses efforts. Malgré tout, un sursaut grenouillesque l’arrêta alors qu’elle s’apprêtait à jeter l’éponge.
Attends, le laisse pas partir, on a oublié de le remercier !
Le remercier ? Mais enfin, on n’est pas une vulgaire ribaude ! On ne va quand même pas le remercier pour nous avoir donné du plaisir sexuel, c’est super grossier !
Oh la ferme, un peu ! Toi qui es si à cheval sur la politesse, ça devrait te plaire. Y a pas de honte à prendre son pied.
Les pomettes soudain rosies par l’émotion, se dépêchant d’agir avant de réaliser ce qu’elle était en train de faire, elle releva vivement la tête pour poser ses yeux brillant d’émotion sur ceux du jeune homme :

« Je… je voudrais juste que tu saches que jamais encore je n’avais éprouvé tant de choses aussi incroyables. Jamais encore je ne m’étais sentie aussi… aussi vivante avec quelqu’un que ce soir avec toi. Alors merci beaucoup, Chris, pour ce moment inoubliable que tu m’as offert aujourd’hui. »

Un timide sourire éclaira ses lèvres rosées, avant que son bref élan de courage n’achève de se dissiper et qu’elle se rende compte qu’elle avait peut-être encore plus plombé l’ambiance en abordant de front, sans délicatesse aucune le sujet qui les préoccupait tous les deux. Elle joua nerveusement avec une de ses mèches de cheveux, dans l’espoir de donner le change.

« Voilà voilà… »
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Lun 14 Nov - 18:54
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Hana se précipita vers la cuisine, chassant son chat avec vigueur. Chris n'y vit qu'un prétexte pour détourner le sujet réel de sa fuite, à savoir l'oubli de la protection de latex. Qui plus est, il avait sorti son excuse en anglais, perdant toute possibilité d'explication nouvelle et d'excuses spontanées. Bref, à partir de maintenant, toute tentative serait vouée à l'échec.
Leur instant de bonheur, si intense, fut brisé par cette débandade imprévisible. Il se sentait mal à l'aise nu comme un ver devant ces yeux verts qui ne le quittaient pas. Chris n'était pas du genre à se dévaloriser, sauf à des moments précis. Et un de ces moments était arrivé : celui de la déconvenue amoureuse. De sorte qu'il se trouvait minable, moche, et méritant ce qui lui arrive. Les trois M de la déchéance.

Hana ne savait plus où se mettre, elle non plus. Elle rougissait, ou pâlissait, se cachait pour éviter le retour d'un désir quelconque. Ne pas fauter deux fois. Suivant les conseils de Chris (après avoir prétexté ne pas avoir compris ce qu'il avait dit), la belle se réfugia dans la douche pour la deuxième fois de cette nuit-là.  
Alors qu'elle disparut derrière la porte de la salle d'eau, Chris ramassa péniblement les vêtements qui jonchaient le sol. Une boule apparut dans son estomac, où elle s'installa confortablement. Il entreprit de se rhabiller, avec le même enthousiasme qu'un condamné dans le couloir de la mort.
Il avait tout foutu en l'air, et la panique d'Hana ne le rassurait pas. Tout son passé désastreux lui revint en pleine face, et il comprenait pourquoi ses deux ex l'avaient quitté. C'était évident. Tu parles d'un chevalier servant ! Irresponsable, se cachant devant des préceptes pour les piétiner la seconde d'après. D'accord, il n'était pas porteur de MST... Qu'en savait-il, il n'avait jamais fait de test !
Cette réflexion l'enfonça un peu plus dans les méandres de son affliction, et si Hana ne lui avait pas ordonné de rester ici sans bouger (et que ce geste aurait encore plus aggravé sa situation), il serait parti, oui.

Il s'assit brutalement sur le canapé ouvert, encore chaud de leur présence. Ce toucher le glaça encore plus. Avant de tout gâcher, leur amour avait été si intense, si vrai, si merveilleux... Il serra les poings, baissa la tête vers le sol et laissa la petite boule à l'estomac gonfler et s'étaler. Seule son ouïe lui indiquait les déplacements de la danseuse. Elle se rapprochait de lui. Ah, tiens, la boule avait ouvert une annexe dans sa gorge.

A sa grande surprise, Hana le retenait. Par pitié, peut-être. Elle essayait de le consoler, avec toujours cet alibi du chat. Pourtant, l'appétit a priori inépuisable de Chris avait disparu. Il ne parvenait même pas à donner la réplique. En même temps, Hana monologuait sans lui laisser un seul temps mort. On aurait dit deux premiers communiants, ou pire. Deux étrangers. Pourtant il ne bougeait pas, alors qu'elle lui permettait de s'enfuir. Pour plusieurs raisons : il voulait qu'elle accepte clairement de parler de ce fatal oubli sans diverger. Ensuite, il voulait être sûr qu'ils avaient bien ressenti la même chose. Qu'il ne s'était pas fait d'idée. Et si c'était le cas, qu'il parvienne à accepter une aventure d'une nuit et repartir sur un bon pied, et tant pis pour la troisième gifle sentimentale qu'il recevait de sa vie. Quel con, c'était plus fort que lui, pourquoi s'attachait-il inlassablement de cette manière, au risque d'en souffrir ?

La gêne entre eux persistait, et Christopher n'était pas prêt à faire le premier pas. Heureusement Hana prit enfin les devant, leur évitant de se statufier ad vitam eternam. Le ton qu'elle employa et le regard qu'elle lui lançait le forcèrent enfin à lever son visage et à la revoir en face.
Des yeux et des paroles qui ne sauraient mentir. Et qui, au lieu de le rassurer, comme cela aurait dû fonctionner, clouaient la dernière paroi de son cercueil de honte. Il aurait voulu qu'elle se taise. Qu'elle arrête de le remercier. Après une conclusion bien embarrassante, il prit son élan pour répondre à son tour. D'une voix gutturale déformée par son malaise il parvint à articuler péniblement ce qu'il avait déclaré tantôt dans la langue de Shakespeare.

- J... je... suis d'autant plus désolé... D'avoir tout foutu en l'air. Je n'y ai pas pensé une seconde, et de toute façon je n'en avais pas sur moi. Je ne fais jamais l'amour le premier soir, de sorte que je n'emporte des préservatifs que lorsque que je songe être tombé sur la bonne personne. Or, là... Je ne sais pas ce qu'il s'est passé, mais... Je n'ai jamais connu ça auparavant. Le coup de foudre m'a fait perdre toute raison.

Il reporta de nouveau son attention sur le sol (au point de menacer de le trouer par tant d'insistance), et croisa les doigts avec nervosité, pour tenter de se calmer et d'endiguer une vague d'émotion inconvenante et peu virile. La reine des fleurs était assez confuse ainsi, nul besoin d'en rajouter.

- Voilà voilà...
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Lun 14 Nov - 18:54
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Mon dieu mais qu’était-il donc arrivé à son fringuant policier pour qu’il se trouve d’un seul coup aussi penaud ? On aurait dit un petit garçon, ou un chiot abattu qui vient de se faire gronder pour avoir rongé une pantoufle. Hana ignorait comment s’y prendre pour le consoler, ce qui n’arrangeait en rien sa propre gêne qui lui donnait envie de se tortiller de façon fort peu seyante sur son bout de lit.
Les demoiselles bien élevées ne se tortillent pas !
Oui, oui… mais n’empêche, c’était extrêmement embarrassant ! Elle en venait à se demander avec angoisse ce qu’elle avait bien pu faire pour l’atterrer à ce point, de plus en plus oppressée par le silence où il se terrait, sans même répondre à ses bêtises. Cela avait beau être beaucoup moins superficiel que sa propre attitude, elle aurait souhaité qu’il se prêtât au jeu et lui épargne cette torture de tenter de lui arracher un mot ou une réaction, depuis son état de complète déconfiture. Ce mutisme, qu’elle interprétait à tort comme de l’indifférence, la mettait au supplice. Elle aurait été incapable de dire ce qu’elle redoutait le plus. Qu’il parle et l’accable de son jugement, ou qu’il continue de se taire et la laisse sombrer dans le flot des choses et personnes insignifiants, dont on décide qu’ils ne valent pas la peine de s’y attarder. Pour une raison qu’elle était incapable de cerner, l’idée de n’être rien à ses yeux et de ne plus soulever aucune émotion en lui si d’aventure il songeait à elle à l’avenir, lui déchirait le cœur. Heureusement pour elle et ses nerfs, il finit par avouer ce qui le tourmentait, après qu’elle lui eut elle-même ouvert son cœur. Comme quoi… et aussitôt, elle en éprouva un tel soulagement qu’elle se surprit à rire :

« Ah, c’est de ça dont tu parlais tout à l’heure ! Mais il ne faut pas te ronger les sangs comme ça voyons, c’est pas la fin du monde ! Je porte un stérilet depuis deux ans et j’ai été me faire dépister à chaque fois que j’ai changé de partenaire alors en ce qui me concerne, je suis… Hein ? »

Le sourire encore flottant sur les lèvres, Hana réalisa uniquement à ce moment la totalité de ce que venait de dire Chris. Dans sa poitrine, son cœur se mit soudain à résonner lourdement, comme s’il se dilatait sans mesure sous l’effet des mots qu’elle avait entendu et qui tournait encore dans son cerveau sans parvenir à réellement s’y frayer un chemin. Il lui semblait que son corps se dissolvait quelque peu dans une chape flottante alors qu’elle se trouvait en proie à une sensation d’irréalité qu’elle n’avait encore jamais ressenti. Ses prunelles vertes se perdaient en frémissant dans les beaux yeux noirs du jeune homme, y cherchant éperdument une explication. Car ce qu’il venait de lui dire ne pouvait être réel. Après quelques secondes à tenter de retrouver sa voix, elle parvint finalement à articuler, timidement :

« Attends, attends… un coup de foudre ? Tu es sérieux ? »

Oh mon dieu !
Oh la vache…
Elle ne pouvait y croire. Non, ça n’était pas possible, il y avait un gros piège, une caméra cachée, une idiotie du genre. Dans quelques secondes, Chris allait éclater de rire et lui dire qu’elle était bien tombée dans le panneau et elle se trouverait bien stupide (même s’il ne rirait sans doute pas très longtemps après ça, à cause d’un coup vicieux à l’entrejambe). Enfin quoi, c’était à Airi que l’on sortait ce genre de plan d’habitude ! Comment pouvait-il lui servir une telle déclaration alors qu’elle venait de lui montrer par A + B qu’elle était loin d’être parfaite, si ce n’est carrément maladroite et pas délicate pour un sou ? Il n’avait donc pas les yeux en face des trous ? On avait le coup de foudre pour des personnes éclatantes, pas pour une grenouille comme elle ! Pourtant, peu à peu, Hana commençait à intégrer le fait, si brutal soit-il. Mais à mesure que son esprit se faisait à l’idée, bien loin de la rassurer, cette déclaration l’effrayait de plus en plus. Ils ne se connaissaient pas ! Au début de la soirée, chacun ignorait encore que l’autre existait. Elle n’avait rien fait de spécial pour provoquer cet attachement soudain et subit, par elle comme par lui. Quel genre de responsabilités impliquait un amour né aussi brutalement, sur la base de rien de plus qu’une rencontre dans un bar, une étreinte éblouissante et une soirée avortée ? Il ne savait rien d’elle, elle finirait fatalement par le décevoir et le rebuter, dès qu’il se rendrait compte du genre de personne qu’elle était réellement.
Mais enfin, il ne sera pas question de lui montrer ce genre de choses ! On fera attention, on sera exemplaire en permanence…
Et on pètera une durite ! Merde, déjà qu’on en chie suffisamment dehors, faudrait en plus qu’on continue de jouer les femmes au foyer à la maison ?! Jamais on va tenir ! Moi j’vais pas là-dedans si c’est pour la jouer comme ça ! Fous-y un râteau !
Quoi ?! Mais non ! Hors de question ! Tu crois que c’est le genre de choses qui arrivent deux fois dans une vie ? Combien de mecs ont eu des sentiments pour nous ? Combien de mecs se sont intéressés à nous pour autre chose que pour le sexe ou Airi ? Tu n’as pas le droit de laisser passer une occasion pareille !
Quand bien même la princesse était incapable d’expliquer en quoi consistait exactement cette occasion, Hana avait bien conscience qu’il s’agissait de quelque chose d’extraordinaire et qu’un choix, quel qu’il fut s’imposait à elle. Dans un délai terriblement court bien qu’il s’annonçât lourd de conséquences. Elle secoua la tête, complètement perdue. Il lui fallait tenter de comprendre :

« Mais, tu… pourquoi tu dis ça ? Ce genre de choses, ça n’arrive que dans les films, non ? Comment tu aurais pu avoir un… un… un truc pareil pour moi alors que je t’ai entraîné ici et que je t’ai… fait brisé ton serment de Chevalier ou… enfin, comment c’est possible ?! »

Oui, bon, ce n’était clairement pas ainsi qu’elle obtiendrait des réponses. Hana commençait à se désespérer de son incapacité à formuler clairement la moindre pensée. Ça devenait vraiment handicapant. Se rendant compte que ce qu’elle venait de dire pouvait être mal interprété par Chris, qui avait l’air plutôt sensible comme garçon lorsqu’il s’agissait des femmes, elle essaya de se rattraper de nouveau :

« Tu sais, je… Va pas croire que ça ne me fait pas plaisir ou que je ne te prends pas au sérieux, mais… personne ne m’a jamais dit… enfin, personne n’a jamais été… »

Et elle dut s’interrompre lorsqu’elle s’aperçut qu’un début d’émotion lui faisait perdre de nouveau ses mots. Elle se rétracta immédiatement. Non, hors de question. Tout plutôt que d’avoir l’air de se plaindre de son manque de chance sentimentale. Elle préférait patauger encore dans l’incompréhension et y entraîner son vis-à-vis s’il le fallait, mais jamais elle ne révèlerait plus quoi que ce soit qui eut pu lui laisser soupçonner qu’elle souffrait d’avoir toujours vu sa sœur préférée par tout le monde et d’avoir elle-même œuvré pour qu’il en soit ainsi. Car après tout, jamais Hana n’avait recherché de relations stables. En fait, elle n’avait jamais cherché à bâtir de relation pour elle-même et pas pour protéger sa sœur. En conséquence, ce que Christopher lui faisait miroiter à présent avec sa révélation la glaçait d’effroi et elle détestait ça.
Cette fois, y en a marre ! J’en ai plus rien à cirer !
Jetant l’éponge, Hana se leva et retourna résolument dans la cuisine chercher quelque chose. Elle revint prendre sa place auprès de Chris une poignée de secondes plus tard, équipée de deux verres et d’une bouteille.

« Il me faut un truc à boire. Tu veux du saké ? »

Parfois dans la vie, il fallait savoir lâcher du lest, quitte à s’y aider un peu.
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Lun 14 Nov - 18:54
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Hana réalisa à contre-temps l'annonce de Chris. Elle calma les doutes du jeune homme sur les maladies sexuellement transmissibles. En revanche, elle paniquait face à la bombe qu'il déposait entre ses mains. Chris la devinait peu habituée à ce genre de confidence. N'avait-elle pas sous-entendu qu'elle variait ses partenaires, a contrario du métis qui se bornait à une seule personne et cherchait la stabilité. Une telle déclaration ne pouvait que la désarçonner. Le jeune homme imaginait même une machinerie à la place de son cerveau, aux rouages tournant en accéléré, les turbines à fond jusqu'au point de rupture du moteur à explosion.

Il conclut que c'était une grande première pour elle. Hana était un papillon de nuit, volant de lumière en lumière, sauvage et insaisissable. Ils ne partageaient pas la même vision des relations homme-femme. Perdue dans des pensées qui la dépassaient, la belle réfléchissait activement. Elle le harcelait de questions, avide de comprendre cette expression plus fictive que réelle. Alors qu'elle faillit lâcher ses émotions, elle se rétracta, probablement par peur. Peur des sentiments, peur de l'engagement, de l'amour avec un grand A, ne correspondant pas à ses aspirations.
Ne tenant plus en place, elle bondit du canapé-lit, comme un diable hors de sa boîte, et revint armée d'un désinhibiteur fort à propos après un tel choc. Chris acquiesça à sa proposition. Hana servit l'alcool de riz dans leur verre respectif. Il attendit cependant qu'elle but sa gorgée pour parler, tout en conservant le récipient plein dans ses mains.

- Je veux garder l'esprit clair pour dire ce que je dois dire. Je constate l'état dans lequel te mettent mes paroles. Pour autant, je ne suis pas désolé et je ne les retirerais pas. Tu pourrais croire que j'ai sorti cette expression comme un alibi, une vaine réplique pour jouer les jolis cœurs. Peut-être le préférerais-tu. J'en suis navré, mais je l'ai utilisée à dessein, car elle représente exactement ce que je ressens. Je sais que tu te poses beaucoup de questions. Moi aussi, d'ailleurs. Je n'ai qu'une réponse, implacable, à apporter. Elle est bateau au possible, mais elle est tellement appropriée que je ne peux m'empêcher de la citer : le cœur a ses raisons que la raison ignore. Que tu aies voulu me séduire, depuis la rencontre au bar est une chose. Tu ne pouvais pas savoir ce qu'il pouvait se passer ; quoique pourtant, je t'avais prévenue. De mon côté, je ne voulais pas me faire de fausses idées sur toi, comme ton métier pourrait le sous-entendre. Et pourtant, j'ai craqué. Je suis suffisamment adulte pour savoir ce que je fais, en mon âme et conscience, et si j'ai accepté de faire l'amour avec toi, c'est justement parce tu corresponds à mes attentes. Sinon, je t'aurais retiré la main de mon genou dès ta première tentative. Nous ne devons pas avoir de regrets : je n'ai jamais eu une expérience sensuelle aussi indescriptible, aussi merveilleuse, aussi intense qu'avec toi. Parce qu'il y avait une alchimie entre nous, qu'on ne peut pas nier. Ce qui compte à présent, c'est l'avenir. Nous n'avons pas la même vision des choses. Tu tiens à ta liberté, du moins est-ce ainsi que j'analyse ton trouble, depuis tout à l'heure. Au contraire, je n'attends qu'à être le prisonnier d'une charmante femme.  

Il ne put s'empêcher de sourire à l'idée de cette métaphore sur la vie de couple. Tout en parlant, il quitta le contenu du verre pour fixer ses yeux noirs dans ceux émeraude de la reine des fleurs.

- Nos chemins sont différents. Et notre but est de ne pas faire souffrir l'autre. Je ressens quelque chose de certain pour toi. Si tu veux connaître mes arguments, tu n'as qu'à demander. Mais je ne te les dirai pas de mon propre chef afin de ne pas t'indisposer encore plus. De deux choses l'une : je te donne mon numéro et on se revoit très vite. Pour un dîner ou une balade en moto, comme tu veux. Ou alors on ne se revoit plus et j'encaisserais. En revanche, ne me sors pas le terrible : "je veux que nous restions amis", car je ne le supporterais pas.

Sur ces mots, il s'enfila cul sec son verre de saké.
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Malgré son air résolu, Hana fut tout de même soulagée que Christopher accepte sans commentaire la lichette de saké. Bien qu’elle fut prête à courir le risque (parfois dans la vie, il faut ce qu’il faut), il aurait été malvenu de passer pour une pochtronne dans une telle situation. Elle servit donc le jeune homme, puis elle-même, et descendit cul-sec le fond de son verre. Voilà qui était mieux ! Certes, elle était bien consciente que ça ne lui rendrait pas les idées plus claires, mais quelque chose en elle lui disait qu’elle avait justement besoin de ne pas trop réfléchir. Oh, god damn it, comme elle aurait aimé être capable de ne pas trop réfléchir, et surtout de faire taire les deux pestes qui squattaient sa tête jour et nuit… Mais alors qu’elle rêvait à une telle possibilité, Chris la prit de court en reprenant la parole. Lui n’avait pas encore touché à son verre. Que voilà un homme raisonnable. D’ailleurs, alors que la jeune femme avait redouté ce moment de peur qu’il ne lui renouvelle sa déclaration enflammée, ses mots furent pleins de raison. Évidemment, il était loin d’être idiot et avait parfaitement compris à quel point la perspective d’une telle relation l’effrayait, aussi s’appliquait-il à lui expliquer le pourquoi du comment par le menu, calmement, sans ambages et sans lui cacher ce qu’impliquait, du moins pour lui, un engagement comme celui qui se profilait. Hana l’écouta donc attentivement, sans rien dire, en s’étonnant même d’être aussi réceptive. Elle pensait déjà comme si elle n’avait d’autres choix que d’accepter ! C’était un comble, elle était encore libre de ses décisions, que diantre ! Elle pouvait l’envoyer balader quand elle voulait, le bel officier, si charmant soit-il. D’ailleurs, c’était peut-être ce qui convenait le mieux de faire…
C’est vrai quoi, on le connait pas ce type. Okay, il est sympa et c’est un roi du pieu, mais on va pas renoncer à notre liberté de célib’ et s’engager avec un type juste pour ça, ce serait complètement con. Nan, le mieux, c’est encore de lui dire salut et bon vent, s’il veut pas qu’on reste amis…
Oui, voilà qui semblait le plus raisonnable, même si cela lui serrait le cœur de devoir tirer un trait définitif sur un garçon aussi agréable, juste parce que ce dernier avait eu le mauvais goût de tomber amoureux d’elle au premier baiser. On n’avait pas idée, tout de même, songeait-elle en le regardant vider son verre. Déjà que ce n’était pas agréable de formuler un refus… Mais cette résolution prenait lentement forme dans son esprit sans compter sur l’intervention massive et brutale d’une autre instance de décision…
Non ! Non Non Non Non NON !!! Moi vivante, JAMAIS !!!
Sans savoir vraiment ce qui se passait, envahie soudain par un brusque sentiment d’urgence devant une occasion unique à saisir sur le champ, Hana s’entendit répondre :

« D’accord. Sortons ensemble. »

Et resta là, comme deux ronds de flans, le cœur pédalant dans la semoule et l’encéphalogramme plat, ou peu s’en fallait.
KEEEEUWAAAAAAAH ?!
Une rougeur monstrueuse lui envahit les joues lorsqu’elle réalisa ce qu’elle avait dit. Grands dieux, mais pourquoi ?! Était-ce le saké qui venait de lui faire faire une bourde pareille ? Si c’était le cas, elle ne se pitancherait plus qu’au jus de fruits à compter de maintenant ! Les mains tremblantes et l’esprit en bataille, elle s’efforça de reprendre le contrôle et de mettre un peu d’ordre dans ses émotions. Ce faisant, les motivations de la princesse commencèrent à se faire jour et elle rougit à nouveau, de honte cette fois, le cœur palpitant devant cet audacieux, absurde, démesuré et lamentable projet.
Tu parles, c’est n’importe quoi ! On ne peut PAS faire ça, c’est hors de question !
Et pourtant…

« Dis comme ça, c’est peut-être un peu… abrupt. Laisse-moi reprendre. »

Respirant profondément, Hana reprit lentement possession de son calme et s’acharna à lutter. Parce que même si elle ne parvenait pas à la déraciner, l’idée folle qui l’avait fait parler plus vite que son cerveau avait quelque chose de dégoûtant. Elle ne pouvait pas faire ça, elle n’était pas rendue si misérable encore. Peu importe les raisons avancées, elle ne pouvait pas tomber si bas. Et pourtant…

« C’est vrai que ta déclaration m’a, hum… désarçonnée. Bien comme il faut. Et même si je ne ressens pas exactement la même chose pour toi dans l’immédiat, j’ai bien compris de toute façon que ce n'était pas ce que tu me demandais. »

Encore heureux, tiens. Nan, sérieusement meuf, déconne pas. On n’est pas obligée de faire ça.
C’est vrai. Mais si on ne le fait pas, combien de temps encore on vivra comme on le fait aujourd’hui ? Combien de temps on restera seule, à coucher avec tout un tas de types pour avoir l’impression de compter pour quelqu’un et pour oublier qu’Airi vit une vie parfaite loin de nous, sans nous ? Combien de temps on va rester jalouse d’Airi, à regretter de n’être pas à sa place pour une fois et d’être celle à qui tout sourit ? Combien de temps avant qu’on se retrouve trop vieille pour tout ça, sans personne pour nous attendre à la maison et prendre soin de nous ? Vous voulez vraiment qu’on attende d’en arriver là avant de vouloir changer ?
On est libre de vivre comme on le fait. On l’a choisi, on ne doit rien à personne. C’est important, non ? On ne va quand même pas le sacrifier juste parce qu’on veut pas se retrouver seule ?
Tout a un prix.
Lentement, alors que ses beaux yeux verts et tristes regardaient à ses pieds le champ d’orties de son existence, Hana se sentit basculer. Le visage rayonnant, éblouissant, supérieur d’Airi lui faisait mal au cœur et elle ne pouvait pas lutter. Elle avait bien conscience que ce qu’elle s’apprêtait à faire était monstrueux. Profiter de l’amour sincère de Christopher juste pour satisfaire son orgueil et apaiser sa jalousie ne méritait pas d’autre adjectif. Elle se sentait par avance odieuse, souillée et écœurante face à un tel acte. Mais pour finir, ça ne changeait pas vraiment de d’habitude, lorsqu’elle volait tous les amoureux de sa sœur soi-disant pour la protéger, et en vérité par pur égoïsme. Non, ça n’avait rien de vraiment différent et elle savait par avance qu’il lui suffirait de fermer les yeux et d’ignorer cette conscience de son infamie pour s’y habituer, l’oublier, la considérer comme normale. Après tout, la princesse avait raison : tout a un prix. Et une fois, rien qu’une fois, elle voulait savoir ce que ça faisait d’être la bonne jumelle. L’enfant douée, aimée, bénie, à qui tout réussit. Alors, Hana releva les yeux, demanda en son for intérieur pardon à Christopher, ce pauvre Christopher qui était tombé amoureux sans savoir qui elle était réellement, et vendit son âme en un sourire plein de tendresse :

« Moi non plus je ne regrette rien de ce qui s’est passé parce que c’était vraiment grandiose et que je ressens également pour toi des choses que je n’ai jamais ressenti pour personne. Je suis certaine que notre rencontre n’était pas due au hasard. Alors oui, je veux te revoir, partager d’autres sushis, faire de longues et rapides balades à moto, tout ce que tu veux qui me permettrait de mieux te connaître. Parce que j’ai hâte de pouvoir te rendre tes sentiments à leur juste valeur. »

Voilà. L’irréparable était fait. Maintenant, elle allait serrer les dents, fermer les yeux et s’y jeter à corps perdu. Elle finirait par s’y faire. On finit par se faire à tout. Elle n’eut même pas à se forcer pour ajouter, avec un clin d’œil malicieux :

« Et de toute façon, je ne comptais pas te laisser sortir de chez moi sans obtenir ton numéro. »

Et sur ce, elle remplit à nouveau son verre (d’une petite dose, soyons raisonnables là où nous le pouvons) et le plaça dans sa main, effleurant doucement ses doigts au passage. Son regard se fit caressant, tout autant que ses lèvres lorsqu’elle déposa un tendre baiser sur le bord de sa bouche, avant de murmurer en faisant tinter son verre contre le sien :

« Au début d’une belle histoire, mon preux Chevalier ? »

Puisse-t-il nous pardonner un jour.
Puisse-t-il ne jamais rien savoir.
Taisez-vous…
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Lun 14 Nov - 18:55
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Le saké commençait à se répendre dans son corps, et une vague de chaleur le soulagea après sa grande déclaration de tantôt. Il ne regrettait pas sa déclaration, il disait la vérité. Pourquoi le cacher ? Peut-être aurait-il dû le cacher. Sa réaction  face à la nouvelle l’avait surprise ; à présent elle accusait le coup. Elle ne partageait pas ses sentiments. Comme les autres « fleurs » avant elles. A croire qu’il tombait toujours amoureux des mauvaises personnes. Pourtant, Hana n’était pas une mauvaise personne, ou du moins elle n’en avait pas l’air. Et elle éprouvait quelque chose, il en donnerait sa main à couper. Certains signes ne trompent pas.

Après sa confession, un long silence s’installa entre eux. Elle réfléchissait, ses yeux en témoignaient. Chris refusait de la presser et se contenta de regarder ses mains, croisées, reposant sur ses genoux. S’il la fixait, elle n’apprécierait pas qu’il tente de la percer ; elle s’exprimerait d’elle-même. Quoiqu’il en soit, il ne sortirait pas d’ici comme il était entrée : heureux comme jamais, ou à nouveau plongé dans le désarroi, convaincu qu’il ne trouverait jamais sa partenaire idéale.

Il ne comprenait pas ce qui clochait avec lui. On disait toujours que les femmes cherchaient le grand amour, le prince charmant, et qu’elles étaient déçues de tomber justement sur des cas sociaux ou des obsédés d’une nuité. Et pour une fois qu’il en existait un, il payait pour tous ceux qui n’avaient pas été à la hauteur. Physiquement, il n’était pas trop mal, du moins s’imaginait-il l’être. Sa taille le déservait sûrement, surtout à côté de belles filles aux jambes interminables qui le dominaient de quelques centimètres quand elles portaient des talons. A part ça, il se considérait intelligent, ou du moins pas idiot, cultivé, bien éduqué, capable de s’adapter à la haute société comme aux gens plus modestes.
Son débordement d’émotion incommodé sûrement la jeune femme. Même si elle était touchée, l’espérait-il en tout cas, elle n’oubliait pas ce qu’elle était, et le regard des hommes louchant sur ses vêtements sexy et ses courbes harmonieuses, sa grandeur vertigineuse. Il la déconcertait, et ne savait plus sur quel pied danser.

Si elle tardait trop, il la laisserait tranquille, avec son numéro en poche, et attendrait son appel. Ou pas. Elle parviendrait sûrement à se concentrer et à se décider sans sa présence à ses côtés. Il quitterait donc l’appartement dans quelques minutes. Il n’en avait aucune envie ; il préfererait sentir son parfum, espionner le moindre de ses gestes, voir ses mains serrer le verre rempli d’alcool de riz. Car si elle refusait, ces moments seraient les derniers, et il ne renoncerait jamais à en profiter.

Elle rompit brutalement le silence. Avec la même franchise que dans le bar. S’y attendait-il, ou l’avait-elle surpris ? Peu importait, à l’instant présent seuls ces mots comptaient. « Sortons ensemble ». Son cœur s’emballa, son visage se détendit et se fendit d’un sourire montant jusqu’aux oreilles. Elle s’excusa pourtant, ne tournant pas ses yeux vers lui. Le fil de ses pensées se déroulait progressivement. Il ne l’interrompit pas, au risque de la braquer. Elle n’avait pas encore repris pied ; elle prenait de grandes inspirations pour récupérer un peu de sérénité après avoir été si violemment secouée par un irresponsable sans aucun remord.

Elle exposait enfin son ressenti, troublée et hésitante. Elle avait conscience de l’influence de sa réponse, elle réalisait qu’elle le blesserait, et qu’elle ne le souhaitait pas. Au lieu d’appaiser sa ferveur, cette délicatesse confirma son affection pour elle. Cette affection lui faisait mal, tout comme le manque d’affection lui avait fait mal à lui. Ils étaient si différents.

A présent qu’elle avait donné son accord, il se reprocha son attitude, alors qu’il n’éprouvait aucune culpabilité jusque là. Son embarras prenait de l’ampleur, ses silences entre deux paroles plus longs et plus pesants. Pourquoi s’était-il égoistement confié, sous prétexte de son amour, sans songer à elle ? Etait-ce aimer que d’imposer ses choix ? Il se mordit violemment la lèvre en signe de pénitence pour son erreur. Heureusement, loinde l’en blâmer, elle le rassura en acceptant de jouer le jeu, de se laisser séduire, et peut-être…peut-être… Elle ne lui fermait pas la porte, et avouait pour de bon tout ce qu’elle avait sur le cœur. Elle conclua en lui demandant son numéro, avec un sourire tellement renversant d’intelligence et de séduction qu’il dut se retenir pour ne pas remettre le couvert. Il la laissa boire une nouvelle rasade et lui en reservir une par la même occasion. Il n’ignora pas le doux frôlement de ses doigts sur sa peau et le frissonnement qui en résultat le long de sa moëlle épinière. Tandis qu’ils portaient un toast au début de leur relation, il ajouta à son souhait d’un chuchotement presque inaudible  : « Quand tu voudras, où tu voudras, Epicée princesse. » Il ne fut même pas sûr d’avoir terminé, son baiser l’avait-il interrompu ou avait-il poursuivi jusqu’au bout ?

Ils dégustèrent l’alcool fort en silence, lentement. resta assis à côté d’elle le temps de finir son verre. La nuit était déjà bien entamée, et l’heure de service de Chris se rapprochait inexorablement. Insister pour rester dormir chez elle serait mal venu ; à contre-cœur, il était obligé de rejoindre son domicile. Bien que prendre la route, après s'être enfilé deux verres consécutifs de café, n'était en rien convenable. Il se leva, se rendit dans l’entrée où il récupéra son blouson de moto. Il en retira un bloc de papier, d’habitude utilisé pour verbaliser les déliteurs. Il extirpa de la même poche intérieure un stylo, sur lequel il nota son numéro de téléphone. Chris revint vers Hana et lui tendit le bout de papier.

- Appelle-moi quand tu veux.

Il l’aida à quitter son assise, puis ne tenant plus, se plaqua contre elle et la serra fort dans ses bras. Il ne l’étranglait pas mais son étreinte était intense. Il avait peur de la perdre dès qu’il franchirait le seuil de la porte. La raison le détâcha d’elle, il l’embrassa tendrement avant de séparer à nouveau leurs corps.

- Je crois qu’il est temps, malgré l’heure tardive… Ou tôt, selon les points de vue… de se souhaiter une bonne nuit.
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À la seconde où il se mit à sourire aux anges après avoir entendu sa réponse, Hana ne put s’empêcher de sourire avec lui. Ce n’est que de cette façon qu’elle parvint à cacher que la joie sans mélange de Chris, pour chaque centimètre dont elle étirait ses lèvres, lacérait son cœur d’autant de blessures, lorsqu’elle songeait à cette horrible vérité qu’elle était la seule à détenir. Elle lui fut reconnaissante de ne pas lui avoir sauté au cou immédiatement, ou tout autre démonstration d’affection de ce style qui lui aurait été encore plus douloureuse.
Tu n’as que ce que tu mérites.
On finira par s’y faire.
Non. Heureusement pour elle, il la laissa s’exprimer sans mot dire et sans la gêner, comme il avait semble-t-il l’habitude de le faire dans chaque conversation ou presque. Il lui parut presque intimidé par moment, sans qu’elle ne parvienne à deviner pourquoi. Si seulement il savait à quel point ce n’était pas à lui d’avoir honte… Mais Chris n’en savait rien. Il n’en saurait jamais rien et toute sa vie, tout le temps que durerait leur histoire, elle porterait en elle ce poids dévorant comme un fardeau. Au bout d’un moment, il ne lui pèserait plus que de temps en temps, même s’il ne disparaîtrait jamais vraiment. Et elle aurait toujours l’air d’une parfaite compagne, sans que personne ne se doute d’à quel point elle était sale à l’intérieur. Elle seule était condamnée à savoir. Elle sentit la noire brûlure de cette sentence dès que le jeune homme accepta de trinquer avec elle. Le surnom affectueux qu’il lui donna alors lui laissa un goût de pourriture au fond du cœur, à tel point qu’elle ne put s’empêcher d’ajouter à la fin de leur baiser, avec une malice étudiée :

« Je ne suis pas vraiment une Princesse. Mais, c’est pas grave… »

C’est dégoûtant. Tu deviens plus dégoûtante à chaque minute…
Ça n’a pas d’importance.
Il n’y a rien de plus important que ça. Mais il n’y a que quand tu seras plus bas que terre que tu t’en souviendras. J’attends ce moment juste pour me moquer de toi.
Peu à peu, la grenouille semblait prendre les atours d’un serpent, un aspic dont le venin était d’autant plus cuisant qu’il ne recelait que la cruelle vérité et lui faisait à chaque parole paraître sa faute plus grande et plus odieuse, au point qu’elle sentait la souillure se répandre en elle comme une flaque de pétrole. Pourtant, Hana s’y enfonça malgré tout en son âme et conscience, puisque de toute façon elle ne pouvait plus revenir en arrière. Ses doigts se mêlaient tendrement à ceux de Chris tandis qu’ils finissaient leur verre en silence et elle souriait pour cacher tous les sentiments noirs qui l’envahissaient. Quand celui qui était désormais son compagnon se leva pour se diriger vers son manteau, elle craignit un instant d’être percée à jour et abandonnée, et en ressentit autant de terreur que de soulagement. Jusqu’à ce qu’il revienne auprès d’elle, un papier à la main et son numéro dessus. Lorsqu’elle le récupéra, elle se demanda comment elle avait pu l’attraper sans trembler, et aussi comment elle put répondre avec un tel naturel à ses paroles remplies de douceur :

« Promis. »

Elle n’eut même pas le temps de le ranger qu’il l’aida à se relever et l’attira contre lui pour l’étreindre comme s’il vivait ses dernières heures. Surprise, Hana ne réagit pas tout de suite. Puis ses bras s’accrochèrent aux épaules puissantes, son corps épousa le relief du sien, elle enfouit son visage dans son cou et respira à pleins poumons son odeur, chaleureuse et masculine. En cet instant, elle aurait voulu pouvoir s’enivrer de son parfum jusqu’à ne plus pouvoir respirer sans lui, jusqu’à ce qu’il soit si profondément inscrit dans chacune de ses cellules, dans le moindre recoin de son corps, qu’elle en tomberait immédiatement amoureuse. L’espace d’une seconde, elle fut à deux doigts de lui demander de lui refaire l’amour immédiatement, encore plus fort que la première fois, jusqu’à ce qu’elle oublie tout, que son âme disparaisse dans la sienne et se débarrasse de toute son infamie. Durant tout le temps que dura leur étreinte, Hana se détesta tellement que jamais de toute sa vie elle ne souhaita si fort de pouvoir aimer quelqu’un. Puis, Christopher s’éloigna d’elle comme à regret et annonça la triste évidence.

« Oui. Même si je ne vais certainement pas dormir beaucoup après toutes ces émotions. »

Elle avait répondu en souriant. Elle semblait ne plus pouvoir s’arrêter de sourire. Avec une tendresse de chaton, elle déposa un petit bisou sur le coin de ses lèvres et frotta doucement son visage contre le sien en chuchotant :

« Je t’appelle très bientôt. Dès demain. On pourra aller se promener quelque part. »

Un dernier baiser, une dernière caresse de ses mains sur son visage…

« Bonne nuit, Chris. »

Et la porte se referma sur le jeune homme. Un silence compact et froid tomba sur le studio, l’emprisonnant dans ses griffes à mesure que le son des pas s’éloignait dans l’escalier. Comme pressée par une bouffée d’angoisse, Hana traversa le salon jusqu’à la fenêtre. Toujours enroulée dans sa serviette vert pomme, elle ouvrit le battant et guetta en silence jusqu’à ce que Chris apparaisse au bas de l’immeuble. Elle lui sourit, lui envoya un baiser et le regarda partir jusqu’à ce que le rouge de ses feux arrières ait disparu au bout de la rue. Ensuite, elle referma la fenêtre, rangea un peu les derniers reliefs de la soirée, sortit ses couvertures de son armoire, éteignit la lumière et laissa tomber sa serviette pour se coucher en chien de fusil, toute nue sous les draps. Naruto, jugeant que le danger était passé, bondit sur le canapé pour venir se rouler en boule dans le creux de ses jambes, ronronnant comme un bienheureux. Aucune caresse, aucun mouvement ne vint accueillir son installation. Pendant de longues minutes, Hana demeura immobile, respirant à peine, les yeux ouverts dans le noir, à écouter le silence. Puis, lentement, une à une, les larmes se mirent à couler. Sans bruit, elles roulèrent sur ses joues et vinrent s’éponger sur son oreiller. Son nez devint tout chaud et humide tandis qu’elle se mettait à renifler entre deux hoquets. Et bientôt, de longs sanglots lui secouèrent la poitrine, la recroquevillant dans son lit comme si elle voulait disparaître.
Tu n'as pas le droit de te plaindre. Tu te sers de lui. Tu te fais passer pour une victime et tu les utilises comme un objet, lui et ses sentiments sincères, juste pour satisfaire ton orgueil. Tu n’es qu’un monstre d’égoïsme.
J’en ai assez de ne pas être égoïste. Tout ce que j’ai fait jusqu’ici, même ce rôle que j’ai accepté d’endosser, ça n’a toujours été que pour flatter les attentes des autres. Pourquoi n’aurais-je pas droit, pour une fois, d’être au centre du monde ?
Il ne mérite pas d’être sacrifié pour nourrir tes chimères.
Tout a un prix.

« Taisez-vous… Taisez-vous… »

Comme elle l’avait supposé, la nuit fut longue et cruelle. Hana ne put s’endormir qu’aux premières lueurs du jour, complètement épuisée par le chagrin. Pour la première fois depuis longtemps, elle fut incapable de se rendre au travail. Avant de sombrer dans l'inconscience toutefois, la dernière pensée claire dont elle se souvienne était celle d’aller faire une offrande au temple et de prier tous les kamis de lui inspirer l’amour, en espérant que l’amour préserverait son compagnon des souffrances qui l’attendaient, elle…

FIN.
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