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GLEN : In Too deep, suivi de Face à face

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Dim 9 Nov - 12:22
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Glen Ring a écrit:
Oppa Gangnam Style ! Op, op, op – click ~ Eh, pétasse ? ~ Quoi, ducon ? ~ T’es de garde cette nuit, nan ? ~ Ouais, pourquoi ? ~ Parce que j’prends l’scooter. Salut ! ~

Et hop-là ! Glen raccroche au nez de sa sœur, range son portable dans sa poche arrière, enfile son casque et met les gaz du scooter bleu métallique, en se payant le luxe de faire une roue arrière parfaitement ridicule sur une cylindrée comme la sienne. Vingt heures, son service au café est terminé et la nuit toute neuve lui tend les bras, c’est suffisant pour tout justifier. La chemise hawaïenne ouverte et volant au vent sur son torse, il slalome entre les bagnoles pour le plaisir de répondre aux coups de klaxons par quelques doigts d’honneur. C’est bon quoi, la journée a été longue et dure : y avait des mouflets braillards partout qui piaillaient sur sa tronche de squale et il a manqué de faire une fringale à cause d’un car complet d’anglais qui s’étaient ramenés prendre un verre avec chacun leur barquette de fish’n chips. Glen a horreur de la friture. Cette odeur visqueuse de graisse et de pain grillé qui noie toutes les autres senteurs, qui te colle à la peau et au palais comme une vieille tâche d’huile, c’est vraiment mortel. Non seulement c’est écœurant mais en plus tu peux pas t’en dépêtrer et à force de sentir que ça, bah… il a vraiment cru qu’il allait se payer une bonne tranche de rosbeef, pour le coup. Bref, là c’est bon il a fini, les anglais se sont cassés et il fait un crochet par le vendeur de yakitoris pour s’enfiler quatre barquettes de boulettes de pieuvre, moelleuses, fondantes, parfumées par la fraîcheur de la ciboulette et dont le petit tentacule résiste juste ce qu’il faut sous la dent. Appuyé contre son scooter, à deux pas de la roulante d’où s’échappe la succulente odeur, ronde et dorée, de farine cuite, Glen mâche et avale sans répit. Quel pied… cette fine résille de pâte tout juste rissolée, qui cède comme de la dentelle avant le cœur de la boulette, c’est vraiment un pur morceau de bonheur. Il pourrait en avaler des camions entiers. Mais bon, pas aujourd’hui parce que bordel, il a besoin de décompresser. Se remplir le ventre, c’est juste une sécurité pour éviter sauter sur le premier livreur de pizzas qui passe. Mais sinon ce soir, c’est grosse virée !

Une fois ses takoyakis terminés, il se remet en route vers le point de rendez-vous et songe que quand même, il faudrait qu’il se décide un jour à laisser ce tacot de gonzesse à sa sœur et qu’il s’achète une bécane un peu mieux. Genre une Ninja, une de ces petites mouches de pédés qui tape des grosses pointes et qui tient pas la route, juste histoire de se la péter un peu. Enfin, il verra ça avec ses prochaines payes. En attendant, après s’être bouffé des hectolitres de la lourde fumée poisseuse du gazoil, il perçoit enfin les effluves de sa bande de potes : bières et clopes, gel coiffant et parfum de mec, parce qu’on n’est ni des punks ni des clodos non plus.  Depuis trois mois qu’ils sont arrivés au Japon, il commence à les connaître et en s’approchant du terrain vague où ils ont l’habitude de squatter, perchés sur la carcasse d’un vieux camping car, il arrive même à différentier les variantes de leurs odeurs corporelles. Les vraies, celles qui schlinguent un peu sous l’after-shave. Il est bien placé pour savoir que c’est rare que les gens sentent bon, en fait. Il y a toujours une base graisseuse et rance qui fleure bon en chacun, à des degrés divers. Sauf Junichi, qui pue la sueur comme c’est pas permis. C’est uniquement pour ça que Glen peut pas le blairer. Mais bon, ça ne l’empêche pas de se siffler joyeusement les premières bières en sa compagnie, et avec tous les autres. On l’accueille avec des poignées de mains et des éclats de voix, auxquels il répond par son rire dévastateur et ses vannes pourries avant de décapsuler sa première binouze avec les dents. En fait de vrais potes, c’est surtout une bande sur laquelle il s’est greffé en arrivant, au fil de ses virées nocturnes. Ils sont un peu lourds, un peu loosers et carrément cons parfois mais du coup, il se sent à sa place parmi eux. Et puis ils se prennent pas la tête et ils ont toujours de la bonne bibine. Lui ne demande rien de plus, s’il a besoin de vrais amis il a toujours sa sœur.

Une fois que tout le monde est enhardi par les packs de bières, dont les cadavres viennent s’accumuler à l’intérieur du camping-car, ils se remettent en route. Direction le Night’s Fever, la plus grande discothèque de Taiyou No Tokaï (quel nom de chiotte pour une ville, franchement). Glen zigzag sur son scooter, sans prudence particulière malgré le poids d’un autre bonhomme derrière lui, au milieu des motos des autres. Ce soir, il se choppe au moins deux gonzesses, allez ! Le tout avant de devoir aller chercher sa sœur au poste de secours de la plage le lendemain parce que sinon, y a pas de challenge. Enfin, en tous les cas il en avait fermement l’intention alors qu’il se garait sur le parking, sans se soucier des moqueries de la bande sur sa « bicyclette à moteur ». Mais le programme tourne un peu court lorsqu’il se heurte au videur, une grosse marmule à la tronche de taulard. Soi-disant qu’il a pas la tenue adéquate. Glen reluque sans comprendre sa chemise colorée, son bermuda clair et ses baskets toutes pourries. Sérieux ? « T’es jaloux de mon style c’est ça ? Ou alors ils sont tous en costard à l’intérieur ? » Son ton provocant n’a pas l’air de plaire au bonhomme qui lui recommande de se casser vite fait avec sa bande de clown. Le jeune squale émet un tchip méprisant en découvrant ses premières rangées de dents. Ses potes, qui attendent leur tour derrière lui, comprennent que tout ne marche pas comme prévu et viennent se déployer en défense. Non mais pour qui il se prend, celui-ci ? « Dis donc Boris, on est juste venu se torcher la gueule et serrer des minettes, tu vas pas nous faire chier parce qu’on a oublié le Armani, non ? On cherchait pas la bagarre au début mais ça va peut-être changer si tu nous prends la tête… » « Bon maintenant ça suffit. Cassez-vous, je veux plus voir vos tronches. » « Okay. Par ici la sortie… »

Glen tente de passer outre le barrage humain sur ces mots. Il commence à le courir, ce gros lard qui croit pouvoir l’empêcher de faire ce qu’il veut sous prétexte qu’il est pas bien sapé. C’est même pas vrai d’abord, son look est juste méga cool. Beaucoup plus que celui de cette espèce de gorille qui pue l’after-shave et le tabac froid. Seulement, bien évidemment, ça passe pas. Le malabar l’arrête, Glen se dégage violemment, on le repousse, il charge, on le cogne, il mord par réflexe. Ses treize rangées de dents triangulaires s’enfoncent sans pitié dans le bras nu et poilu, engendrant un cri de douleur et une insulte assez sale qui implique son père et un poulpe, lui semble-t-il. A partir de là, c’est la merde. Assez énervé (et excité par le goût du sang qui perle dans sa bouche), il refuse de lâcher malgré les coups qui le sonnent. Ses potes l’encouragent, les autres clients hurlent et le videur tente à toute force de retirer son bras en le traitant de tous les noms. En fait il ne fait qu’empirer les choses puisque ses dents sont recourbées vers l’arrière et qu’il se déchire la peau tout seul en forçant. Il lui faut bien une bonne minute pour consentir à desserrer les mâchoires, envoyé dans les cordes (enfin, dans sa bande) par un crochet vigoureux. La tête en vrac, le nez en sang et l’œil au beurre noir, Glen se remet d’aplomb et ricane méchamment devant son beau travail, retournant à la charge en sautillant sur place d’un air provocateur « C’mon, bitch ! R’you scared ?! Don’t wanna fight the jaws ?! » Le videur le fait taire d’un bon gros direct dans l’estomac, qui fait aussitôt faire des looping aux takoyakis. Aoutch… Heureusement que ses potes sont là pour le rattraper… et pour se défiler quand les sirènes de police commencent à retentir. Putain, cette soirée commence super bien…
HRP:
 
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Christopher Inoue a écrit:
Tard ce soir-là, Christopher finissait son service avec un bâillement sonore qu'il ne chercha même pas à masquer. Saluant ses collègues d'une énergie débordante, il se dirigea vers sa moto, casque à la main, veste au bras pour une nuit absolument pas méritée. Tiens, et s'il allait faire une petite pointe de vitesse sur la corniche de l'île ? Quelques petits lacets à 150 km/h (limités à 90 km/h), cela ne pourrait pas être mal ! Chris revêtit sa tenue de motard, assortie à son engin, soit noir zébré d'orange. La grande classe. Il adorait cette moto, une Honda CBR600F qu'il avait acquis alors que ses parents le croyaient à Todai. Combien de fois depuis qu'il travaillait sur cette île avait-il fait sauter ses propres PV (en même temps, pourquoi ses naïfs collègues lui avaient donné la responsabilité des excès de vitesse ?) après s'être fait flasher régulièrement ? Ah... Ce commissariat était vraiment très particulier... Pas d’événements marrants, pas moyen de mettre en oeuvre tout son savoir acquis durant ses années à l'école de police, ni de pouvoir pratiquer son kung-fu comme Jackie Chan dans Rush Ho...

-Hey, le p'tit jeune !

Chris leva les yeux au ciel. Il détestait dans son collègue direct, un ancien, l'appelait comme ça. Pourquoi pas l'appeler le Bleu aussi ? Il retira le casque qu'il allait passer et se tourna vers lui. C'est alors qu'il le vit se diriger vers le fourgon avec un second collègue, en courant, pour une intervention.

- On a un 141 à la boite de nuit. Toi qui voulais de l'action, si tu veux nous accompagner, tu  peux. Ça sera compté dans tes heures supp', t'inquiète pas !

Un 141 ? Une bagarre ? Les yeux de Chris se mirent à briller de joie. Non, le vieux Kenji avait dû se tromper de code. Ça lui arrivait fréquemment ! L'autre jour, il avait pris un appel pour un 102 (meurtre avec arme à feu) dans un quartier résidentiel. Tout content, Chris s'était rendu sur place pour tomber sur une grand-mère qui protestait parce qu'un gamin avait dégradé un de ses pots de fleurs. C'était un 201 :"dégradation de bien personnel". Mais bon, passons. De toute façon, le collègue partait bientôt à la retraite... En tout cas, l'utilisation rare des fourgons laissait présager qu'il ne se trompait pas, cette fois-ci. C'était d'ailleurs étonnant que ce soit lui qui s'occupe de l'affaire, même s'il avait recruté le second plus costaud du commissariat pour venir avec lui. Il s'occuperait vraisemblablement de la partie paperasse et calmer l'ambiance une fois les responsables arrêtés. Et les arrestations, ça serait pour bibi ! Yes ! Les deux collègues prirent un fourgon chacun (on ne savait jamais à l'avance le nombre d'arrestation).

- Je viens, le Grand Vieux ! répondit-il avec enthousiasme, tandis qu'il enfilait son casque.

- Hey, Inoue, tu montes pas dans le fourgon ?

- Non, j'y vais en moto ! Je passerais plus inaperçu !

Ah, la vieille école... Arriver sur le lieu d'un délit tout phare allumé avec la sirène et le gyrophare, bravo la discrétion ! Maintenant, on apprenait à agir en douce pour éviter de faire fuir le coupable et l’attraper sans qu'il ne s'en doute. Cela expliqua le départ en trombe de Chris qui allait arriver nettement avant ses collègues. Passant non pas par les routes principales dé la ville, il parvint à la boite de nuit par l'arrière et gara sa moto à distance pour ne pas qu'on la repère. Il mit l'antivol à la roue après avoir mis le casque dans la selle. Alors qu'il n'était qu'à l'entrée de service, à l'opposé du seuil de la boite, il entendait déjà des éclats de voix. Détendu (non excité en fait), les mains dans les poches de son short, il arriva du côté du videur qui se précipitait vers un hybride... Woa, un hybride requin ? La classe, Chris ne savait même pas que ça existait ! La classe, certes, mais le squale semblait être le responsable de cette affaire. Il n'y avait qu'à voir la tête du videur et la provocation du requin (ainsi que ses vêtements) pour comprendre grosso-modo ce qu'il s'était passé. De toute façon, les deux combattants allaient être arrêtés, et le videur plus pour calmer le jeu et pour la forme.

Le videur n'eut pas le temps de comprendre ce qu'il lui arrivait qu'il tomba dans les choux, assez brutalement. Belle force physique, l'hybride ! Au loin, les discrètes sirènes des collègues firent fuir une partie des acteurs. Chris soupira de désespoir. Bravo les gars, merci pour l'effet de surprise. Il s'avança vers le requin et le salua.

- Yo. Tout va bien pour vous ? Je pense que la petite lutte a suffi, on va s'arrêter là.

S'il tentait de le frapper, le squale n'allait pas comprendre ce qui allait lui arriver. Au niveau force pure, Chris n'était pas au niveau, nul besoin d'être voyante pour deviner cet état de fait. En revanche, sa pratique des arts martiaux, basée sur l'absorption de la force de l'autre pour le faire chuter allait bien l'aider...

Le videur, à moitié assommé, se releva et arriva dans le dos du policier en civil. Il ne marchait pas droit, du sang coulait de son bras et salissait son t-shirt estampillé du nom de la boite.

- Hey, tu permets ? Te mêle pas de ça, j'ai un compte à régler avec ce connard !

Sans même se retourner, en gardant un petit sourire et les mains dans les poches, les yeux fixés sur le squale, Chris répondit.

- Vu votre état, ça me parait une mauvaise idée.

Il sortit la main droite de sa poche, le point fermé sur quelque chose, que seul le videur put voir. Ce dernier comprit qu'il devait se mettre en retrait à partir de maintenant. Toujours sans révéler ce qu'il venait de dévoiler, Chris remit sa main dans la poche.
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Glen Ring a écrit:
Alors celui-là, il ne l’a pas vu venir « Ouais, génial, tout baigne. Maintenant casse-toi, ch’uis occupé… » Bouchant du pouce une de ses narines, Glen souffle bien fort pour chasser un filet de sang qui lui obstruait le nez, d’assez méchante humeur. Putain mais qu’est-ce que c’est que ce naze en short qui n’a rien de mieux à faire que de venir emmerder le monde alors qu’il doit filer sa raclée à Boris ? En plus, il ne l’a pas remarqué tout de suite mais ce gus sent le chocolat à plein nez. Bordel… Tant qu’il n’y en a pas de trop, Glen peut renifler et bouffer à peu près n’importe quoi sans problème. Quand il était minot il a même goûté un pneu du 4x4 du vieux, une fois. Il en a eu une chiasse abominable, mais sur le coup c’est passé nickel. Le chocolat, par contre… c’est un peu sa cryptonite. L’amertume riche et profonde du cacao, son caractère puissant empêtré dans l’odeur onctueuse, sirupeuse et collante du sucre, c’est super dur à supporter pour lui. C’est peut-être le seul aliment au monde qu’il ne peut pas engloutir sans vergogne, dont il est obligé de se contenter de petites quantités, parce que ça l’écœure. Il n’y a que le chocolat bien noir, à 70% ou 90%, qui se laisse faire tranquille. Autant dire qu’il était franchement dégoûté quand il a découvert cette faiblesse. Surtout qu’en plus, là où ça devient complètement con c’est que même s’il sait ce qu’il en est, ça lui fait le même effet qu’une dose de drogue. Il ne peut pas s’empêcher d’avoir envie d’en bouffer alors qu’il sait qu’il va capituler et pleurer sa mère en rendant tripes et boyaux au bout de deux tablettes. Alors là, ce connard qui vient jouer les héros certainement pour plaire à une gonzesse et qui pue le chocolat (avec ce relent chaud et salé de cacahuète, c’est certainement un bonbec à la con), autant dire qu’il lui porte un peu sur les nerfs. Le videur aussi, bien qu’il soit carrément mal en point, aimerait bien l’envoyer voir ailleurs mais pour une raison inconnue, il finit par se défiler et laisser le minet brun face à lui. Glen ne pige pas et tire la tronche, exaspéré. Putain non, c’est abusé, là ! « Dis donc, pédé, t’as pas l’impression que tu nous fais chier ? Va jouer le hippie ailleurs, dugland ! Moi j’tape pas les filles… » Et surtout, il ne comprend pas pourquoi cette marmule de videur, qui doit bien rendre une tête et demie et vingt kilos au trouble-fête, accepte sans broncher de céder sa place sur le ring. Sans dec’, qu’est-ce qu’il a de spécial, ce nabot brun et bronzé tout ébouriffé ? Oh et puis fuck, il va lui péter la gueule. Ça sera plus simple ?

« T’es un pote à Boris, c’est ça ? Si tu crois qu’tu m’fais peur avec ta dégaine de scout, tu te… » Glen s’approche du mec sur ces mots, le repoussant violemment au niveau du torse et Bleum ! Il se retrouve à terre. Oh la vache, mais qu’eeeeeeest-ce qui s’est passé ? Un peu à l’ouest et le dos en compote, le squale se remet debout, un peu sonné mais très énervé. Toi, t’as tout gagné, bâtard… Tout crocs dehors, il se jette sur lui et se prend de nouvelles mandales sorties de nulle part sans pouvoir réagir, un peu comme dans un film de kung-fu. Ça fait mal et c’est carrément humiliant, mais ça ne le décourage pas vraiment. Et cette odeur de chocolat le rend cinglé. Finalement, complètement par hasard, Glen finit par happer quelque chose (rêche et souple, tannique et musqué en arrière-goût, avec une fine couche de pollution dessus : le cuir d’une veste) et mord de nouveau dedans comme un beau diable. Il ne sait pas s’il blesse quelque chose, la saveur puissante du cuir lui remplit la bouche mais il s’y accroche et tire comme si sa vie en dépendait, lacérant le vêtement et y laissant quelques dents. Boah, c’est pas bien grave, les rangées de derrière viendront remplacer celles de devant, ça lui arrive tout le temps. Ce qui le préoccupe, c’est plutôt les deux fourgons de police qu’il voit arriver du coin de l’œil. Okay, là ça craint du boudin. Il est temps de faire quelque chose. Lâchant soudainement la veste et l’épaule dessous (finalement si, il a touché de la viande, il a de nouveau le goût du sang), Glen recule de quelques pas en levant les mains, en signe d’innocence « Okay, okay, d’accord ! Plus de violence, j’me rends, c’est bon. Juste une dernière parole, qui pourra être retenue contre moi et tout le bordel. Monsieur Scout… » Petit geste de bonne foi, grand sourire un peu édenté même si ça ne se voit pas vraiment « Tu m’vois… » Et d’un bon, le jeune squale se retourne pour détaler ventre à terre en sens inverse, là où les flics n’ont pas eu le temps d’encercler la boîte « Tu m’vois pluuuuuuuuuuuuus !!!! » Ça, c’est la classe. A condition d’atteindre les ruelles proches et de se planquer correctement. Bien évidemment, ses valeureux copains se sont déjà tous carapatés. Merci les mecs. En plus, il a du abandonner le scooter sur le parking de la boîte. Ruelles atteintes, bon. Garder le rythme et trouver une planque, maintenant. Sa sœur va l’émasculer…
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Christopher Inoue a écrit:
Chris pencha la tête sur le côté en signe de désapprobation. Scout ? Comment ? Comment le comparer à quelque chose d'aussi strict, ennuyeux, bien coiffé et politiquement correct ? Il allait voir ! Et cela ne tarda pas.
Le bagarreur tenta à peine de pousser le jeune homme qu'il lui prit le poignet, lui fit exécuter une rotation du bras menaçant et, grâce à l'élan, l'envoyer à terre sans même avoir forcé. Ce n'était pas très spectaculaire car le requin n'avait pas fait un vol plané, mais on ne vivait pas dans un manga, non plus.
Le poisson ne semblait pas apprécier (en même temps, qui appréciait de se faire avoir ainsi surtout quand on était un gros costaud insolent), et pourtant il n'en avait pas eu assez. Pour l'instant, Chris se contentait des coups de poing. Ce n'était pas là où il était le plus fort. Il ne montrait jamais ses coups aériens dans l'immédiat. Il bloquait d'abord les poings entre ses deux avant-bras avant de répliquer. Sauf qu'au kung-fu, en général, vous avez en face de vous une personne qui utilise la même technique. Mais là, surprise, le requin n'est pas très sport, et applique ce qu'il sait faire de mieux. Heureusement que les vestes de moto sont épaisses. Sinon le monstre marin aurait bien abîmé le bras. Néanmoins, comme tout requin qui se respectait, il ne lâchait pas la prise, de sorte que la veste se déchirait, et bientôt les dents touchèrent le bras du jeune homme qui se mit à crier de douleur. De son bras valide, Chris allait régler le problème avec violence (les requins, c'est bien connu, n'aiment pas trop qu'on s'attaque à leurs yeux), quand soudain...

Une goutte perla sur le front du jeune flic tandis qu'il affichait un visage à la fois souffrant et blasé. Ironiquement, ce qui avait fait lâcher le requin avait pourtant horripilé Chris quelques secondes plus tôt. Les sirènes de "Grand vieux". Le monde est injuste. Craignant les policiers (pourtant s'il voyait les conducteurs, il comprendrait qu'il n'y avait pas de quoi), le squale prit la fuite.

Christopher était un homme plutôt détendu, et peu propice à la colère. Il avait attendu de l'action, et enfin, il l'avait. On aurait pu le croire furieux d'avoir été mordu et de souffrir tout de même, il se sentait vivant et ... fébrile. Sa bouche se fendit d'un sourire qui dévoila toutes ses dents blanches. Sans pitié pour sa veste (tant pis, il en rachèterait une autre), il l'abandonna au sol, histoire d'indiquer aux collègues par où il était parti, et se mit à courir à la suite du fuyard qui n'était même pas capable d'affronter ses responsabilités.
Tandis qu'il était porté par ses jambes, Chris déchira une partie de son débardeur, au niveau de la hanche, pour entourer sa blessure qui saignait. S'il voulait mener son travail à bien, il devait arrêter l'hémoglobine de couler. Puis il accéléra une fois qu'il eut terminé son bandage de fortune, pour rattraper notre délicat ingrédient de soupe chinoise.

Parti à toutes jambes, il remarqua au détour d'une ruelle une cheville qui dépassait avant de disparaitre. Chris serra le virage et distingua dès l'angle du bâtiment passé le fugitif qui pensait pouvoir s'échapper. Malgré ses jambes plus petites que celle du requin, il avait la capacité de le rattraper à sa manière. Il récupéra un couvercle de poubelle et lui jeta dessus comme un frisbee.
Profitant du coup (bien visé, dans les jambes), il avala les mètres le séparant de sa cible, bondit sur le mur pour prendre de l'élan et sauta sur le requin, un pied en avant.
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Glen Ring a écrit:
Respirant bien à fond pour économiser ses forces autant qu’il le peut, Glen prend à gauche au premier tournant. Putain, pourquoi il est au Japon sérieux ? Pourquoi dans ce putain pays où toutes les rues un peu passantes sont garnies de néons à foutre la honte à Broadway un jour de Noël ? Enfin, heureusement ça ne dure pas longtemps. On est à Taiyou no Tokai (non mais sérieux…), pas à Tokyo ou Sydney. Bientôt les lumières décroissent et il commence à réfléchir à l’endroit où il va pouvoir se planquer le temps que ça se tasse, quand il s’aperçoit que cette saleté d’odeur de chocolat ne décroit pas. Fronçant les sourcils, il se retourne vite fait alors qu’il passe derrière l’angle d’un mur. Non, quand même pas… Et ben si. Mais bordel, qu’est-ce que c’est que ce Batman en short (ce Robin, du coup) qui lui court après comme un justicier à la mords-moi-l’nœud ? Sa gonzesse doit vraiment être renversante, ou alors elle doit vraiment penser qu’il n’a pas de couilles, pour qu’il se croit obligé de le poursuivre. Comme s’il n’avait pas assez des flics aux basques, sérieux… Heureusement qu’il a une meilleure allonge et plus de coffre, il devrait pouvoir le semer sur la distance s’il ne faiblit pas et qu’il ne tombe pas dans une impasse. Se disait-il avant qu’un lourd sifflement métallique, puis un gros choc derrière les genoux ne lui fasse perdre l’équilibre « Fuck ! » Sous le coup de la douleur, Glen perd l’équilibre et se vautre copieusement, roulant-boulant sur un mètre ou deux avant de se stabiliser sur le dos. Il lui faut quelque secondes pour comprendre que ce pédé lui a balancé un couvercle de poubelle. Sonné et furieux, il relève la tête pour l’avoir en ligne de mire et le voit faire un truc à la Matrix en prenant appui sur le mur avant de plonger vers lui dans un coup de pied sauté. Nom de Dieu, mais quel grand malade ! Le jeune squale voit toute sa vie défiler devant ses yeux… et heureusement que c’est pas trop long parce qu’il a le réflexe de rouler sur le côté juste à temps pour éviter de se manger la tatane. Se rétablissant à quatre pattes, il bondit en avant pour la forme en essayant lui croquet le mollet (raté, mais ça a le mérite de le faire s’éloigner un poil) avant de se remettre de sa frayeur « Holly shit, r’you fucking crazy ?! Tu te prends pour un super héros ou quoi ?! Lâche-moi maintenant ! »

Et il se remet debout à l’arrache, n’arrivant pas encore à réaliser ce qui lui arrive. Non mais c’est pas vrai, il fallait vraiment, vraiment que ce soit lui qui tombe sur le seul Bruce Lee du coin qui n’avait personne d’autre à qui pourrir la soirée… En plus maintenant c’est foutu, il n’arrivera plus à le distancer. Il va vraiment falloir qu’il lui pète la gueule pour pouvoir s’enfuir, alors que ça a l’air d’être une saleté de karaté kid, et en temps limité parce que les keufs sont pas loin. Y a du défi là, quand même. Sans dec’ y avait combien de chance, de possibilités pour que ça arrive ? Pas lourd, certainement. Et puis ça l’énerve de penser que c’est ce nabot de merde qui a vraiment le beau rôle dans cette histoire. Le jeune squale jette un regard mauvais au scout, se raclant la gorge pour cracher un gros glaviot à ses pieds. S’il était raisonnable, il en resterait là. En se rendant à la police et en faisant bonne figure, il pourrait peut-être écourter un peu sa garde à vue et avoir le droit d’aller chercher sa sœur demain matin. Ça serait le mieux à faire, mais raisonnable n’est pas Glen Ring. Surtout avec cette putain d’odeur de chocolat qui le rend complètement fou… « Bordel de merde… » Au fil de ses inspirations, alors qu’elle emboutit chacun de ses nerfs olfactifs pour infester son cerveau, ses yeux s’arrondissent, ses pupilles se réduisent à l’état de fente et sa bouche s’entrouvre sur ses innombrables dents. La puissance du cacao, sa houle profonde et riche contre le palais, et la pointe douce du sucre au bout de la langue… il a besoin d’y goûter, maintenant, à l’instant même. Ce type en a le parfum jusque sur la peau, il doit en avaler des tonnes. Il en a forcément sur lui d’une façon ou d’une autre. Et même si ce n’est pas le cas… Glen s’avance vers lui, même si quelque part dans sa tête il sait qu’il va se prendre une rouste. Pas d’importance. Juste avoir quelque chose sous la dent, du chocolat ou n’importe quoi d’autre. N’importe quoi… « J’ai super faim avec tes conneries ! » Et il lui bondit dessus, tous crocs dehors.
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Dim 9 Nov - 12:24
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Christopher Inoue a écrit:
Bah, il n'avait pas l'intention de lui donner un coup dans le ventre avec son saut, il savait ce qu'il faisait, quand même. Mais ça, le requin ne le savait pas, et avec un admirable réflexe, il évita le coup et se releva. Réactif (il ne lâchait pas, dis donc !), il tenta même de mordre Chris, mais ce dernier se recula suffisamment. Une fois au bras suffisait ; la morsure de requin était vraiment redoutable.

Ils se retrouvaient face à face, il ne manquait plus qu'une musique de Morricone pour parfaire cette ambiance tendue. Le requin correspondait bien à l'idée qu'on pouvait se faire de lui. Malgré ses petits sourires et sa confiance affichée, Christopher se méfiait. Il n'en faudrait pas beaucoup pour que cet homme lui choppe une partie du corps et y laisse des marques indélébiles. A présent qu'il ne portait plus son blouson, il n'avait plus de protection en hauteur. Quant aux autres parties du corps, pour une fois dans sa vie, le jeune homme regretta d'affectionner tant les shorts...

L'intrus n'avait pour le moment pas laissé le temps à l'anglo-nippon d'expliquer la raison de sa présence. Celui-ci avait essayé de calmer le jeu, et de suite l'autre avait mordu à l'hameçon (la métaphore n'étant pas veine...). Le flic n'était justement pas du genre à montrer son jeu dès le départ, comme beaucoup de ses collègues. Souvent, annoncer "police, calmez-vous" n'arrangeait pas les choses. A croire que pour cette fois, le brun s'était trompé. Pour sa première véritable intervention, ce n'était pas forcément une réussite. En même temps, il venait à peine de sortir de l'école de police, il avait donc une expérience à forger. S'il ne venait pas à bout de ce requin, alors il ne serait pas digne de demander sa mutation dans un quartier difficile, bon sang !

Vu l'air de fou du squale, il crevait carrément la dalle. cela lui faisait-il perdre les pédales (admirez les rimes !) ? Et de nouveau il sauta sur le jeune homme qui leva les yeux au ciel. Il n'a rien compris....
Plus un adversaire utiliserait sa force, mieux il la retournerait contre lui. Alors que le poing de son adversaire arriva vers lui, il s'écarta au dernier moment, lui saisit le poignet, colla le bras contre sa poitrine tandis que sa main gauche se posa sur le coude du squale. Il tourna son corps et le bassin de façon à projeter le requin par dessus son épaule, et le tout sans prendre d'élan : l'adversaire avait fourni toute l'énergie nécessaire ! Et de nouveau à terre, le poisson ! Chris croisa les bras et se montra plus sévère.
Histoire de bien se faire comprendre, Chris décida d'abandonner le vouvoiement trop conventionnel et s'aligner sur le ton de son interlocuteur.

- Bon, j'espère que cette fois, tu vas me laisser parler. Je suis venu pour calmer le jeu, pas pour jouer à la bagarre. Mais tu conviendras que je n'ai pas commencé. Et si tu m'avais laissé le temps au lieu de me foncer dessus, on aurait pu éviter ça. Mais discuter, c'est pour les lavettes, c'est ce que tu dois penser.

Il sortit enfin de sa poche ce qu'il avait montré au videur et qui l'avait arrêté dans son élan : sa carte de police. Cela avait permis à Chris de faire comprendre à l'employé qu'il était là pour l'aide. Avec les victimes de violence, dévoiler l'identité policière apaisait l'humeur. Rarement pour les agresseurs.

- T'arrêtes les frais, ou tu fais un petit jeun à l'ombre ?
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Glen Ring a écrit:
Aussi surprenant que cela puisse sembler, Glen n’a jamais été un gros mangeur de viande. Et oui. Dès l’enfance, il a toujours été plus porté sur la poiscaille, c’est plus tendre et plus goûteux selon lui. C’est peut-être pour ça qu’il est moins bien bâti que le vieux, qui bouffe ses 500 g de barbaque chaque jour sans faiblir. Par contre, rien de tel qu’un bon biceps bien rouge et rigoureux pour se faire les dents. Ça peut tenir au moins une heure. C’était plus ou moins à ça qu’il songeait (enfin, songeait…) en se jetant une nouvelle fois à l’assaut de Robin. De toute façon, il en est rendu au stade où il pourrait le bouffer jusqu’à l’os tout en étant persuadé de croquer dans une tablette de chocolat au rabais. C’est dingue ce qu’il sent. S’il était capable de demander, Glen aimerait beaucoup se renseigner sur sa consommation journalière parce que ça ne lui est pas arrivé si souvent que ça de croiser de tels gens. A part une mamie au supermarché qui sentait la frangipane au point qu’il est rentré chez lui en vitesse pour dévorer les cinq sachets d’amande en poudre de l’armoire à pâtisserie. La tronche qu’a tiré Jul’ en le voyant, haha… Enfin, de toute façon, à part « Graaaaaaah ! » le jeune squale n’est pas en mesure d’articuler quoique ce soit de sensé alors qu’il bondit sur son adversaire pour l’assommer et le mâchouiller à plaisir. Et le brave garçon est tout aussi surpris que la première fois lorsqu’il se retrouve à pirouetter par-dessus le scout. Re-Bleum ! Glen laisse échapper un bref cri de douleur et de fureur. Ça nique les lombaires, la vache ! Rouvrant les yeux tandis qu’il tente de canaliser les élancements douloureux de ses nerfs, Mister Scout se penche un peu vers lui (putain, la torture !) et lui explique que ça suffit les conneries maintenant, en lui montrant une plaque bien surprenante. Obah merde, un scout-flic. Ça c’est vraiment pas de bol… Surtout qu’il l’a agressé et blessé, avant de s’enfuir. Pas gravement sans doute, mais quand même. S’il était dans son état normal, raisonnable ou pas, Glen commencerait certainement à se dire que quand même, effectivement il faudrait arrêter de faire le con. Mais là tout de suite, ben… « T’as de la bouffe sur toi. Une merde au chocolat, c’est obligé… Donne ! » N’en déplaise à notre malheureux défenseur de la loi, ça va effectivement être la seule façon d’en tirer quelque chose avant qu’il ne se refasse croquer un bout…

Et heureusement pour le jeune squale et ses manières cavalières, le flic tire bientôt de la poche de son short un sachet en plastique rouge bien connu qui lui fait aussitôt arrondir encore plus les yeux, si c’est possible. Dans un mouvement tellement vif que le malheureux aurait parfaitement pu y laisser quelques doigts, Glen choppe le paquet de M&Ms et le déchiquette sans même avoir recours à ses mains. Pourquoi faire ? Avec un rythme frénétique, il avale sans même les mâcher les petites boules de chocolat fourrées de cacahuètes, allègrement mêlées de bouts de plastique. Du chocolat au lait forcément, et de qualité vraiment médiocre. A peine 30% malheureux de cacao, voire moins, et suffisamment de sucre pour stoner une escouade d’abeilles. A vomir… Mais Glen ne vomit pas. Une fois qu’il ne reste plus une seule trace ou presque de ce qui fut autrefois un paquet de M&Ms plein et en bonne santé, il prend quelques minutes pour recouvrer son souffle, assis sur son séant, décoince deux ou trois bouts de plastique entre ses dents, puis ricane en se tournant vers le flic-scout, avec un sourire insupportable « Ptain, mec, t’as vraiment des goûts de chiotte… » Aaah… ça va mieux. Maintenant que la fringale est passée et que le jeune squale a pu manger quelque chose (sans blesser personne en plus…), il est complètement détendu. Oubliés, la course poursuite, ce gros con de Boris et son scooter sur le parking. Il a un truc dans le ventre, donc tout baigne. Et cette odeur de chocolat lui tenaille enfin un peu moins les narines. Il se relève tranquillement, en arrangeant sa chemise et son bermuda « So... And now, my lord ? » Glen pose la question pour la forme, il n’est pas dit que la réponse l’intéresse. Ni même qu’il se conforme à la suite du programme malgré son air nouvellement cool.
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Christopher Inoue a écrit:
Chris ne pensait pas sentir autant ce qu'il mangeait à longueur de journée. Cette idée était même assez gênante, même si le chocolat n'était pas une flagrance désagréable. De deux choses l'une : soit le requin avait les sens très développé, soit le parfum était prenante. La peste soit de cette remarque : il ne renoncerait pas pour autant à sa confiserie préférée. Même si cela lui vaudrait de se faire bouffer par un requin affamé, et qu'entre sa peau et cette odeur, Chris pouvait se transformer dans l'imagination du carnivore marin en tablette géante.

Néanmoins, s'il voulait obtenir quelque chose de la part de son fuyard, il n'avait pas le choix. Il sortit son unique sachet de sa poche, et la fixa du regard comme la mère de famille qui va lâcher la main de son gosse avant qu'il ne parte à la crèche. Le déchirement... Mais s'il devait en passer par là pour la coopération éventuelle de l’instable et atypique personnage, il se sacrifierait. Le requin s'empara de l'emballage (et faillit choper des doigts au passage) et s'attaqua à l'ensemble avec une sauvagerie peu commune. Quel vorace, je vous jure ! Il se goinfrait à l'image d'un drogué... Qu'il était peut-être. Il ne profitait même pas du plaisir de laisser fondre l'enrobage sucré sur la langue et croquer la cacahuète au dernier moment. Philistin ! Le pire était à venir : môssieur se plaignait en plus !

- Désolé pour mes goûts de chiotte, mais déjà que t'as à redire sur mon "parfum au chocolat", j'ose imaginer les moqueries si je transportais des crevettes dans les poches ! Et tu peux t'avouer encore heureux que j'avais ça sous la main ! Mais t'inquiète pas, à l'avenir, je n'irriterais plus ton royal palais et j'éviterais de t'en proposer même si tu crèves de faim. Navré de te le dire, mais je ne suis pas si boy-scout que tu le sous-entends.

Chris n'était pas dupe de la prétendue collaboration nouvelle de son boxeur de soirée. Ce dernier était puissant et possédait assurément de la ressource comme du répondant, commettre l'erreur de le sous-estimer serait fatal. Face à toute personne imprévisible, le jeune flic préférait rester sur ses gardes. Il avait déjà une belle blessure de guerre à exhiber fièrement, il ne souhaitait pas en avoir une seconde.

Ce type était spécial, tout de même. Familier et vulgaire, puis pompeux et ironique. Chris ne pouvait s'empêcher de le trouver sympathique en dépit de cette façon de faire. Heureusement qu'il était moins susceptible que certains de ces collègues, qui se seraient mis en colère rien qu'à l’appellation " my lord ". Mais pas  lui. Ses parents étaient membres de la Haute société et il n'était pas rare que le garçon soit appelé par les domestiques : " My Lord ". Cela lui rappelait des souvenirs lointains. " My lord, vous vous êtes encore tâché en jouant avec le chien !", " My Lord, arrêtez de chiper des gâteaux dans la cuisine !". Chris croisa les bras à nouveau, tout en souriant, le regard brillant d'une lueur malicieuse.

- J'aimerais beaucoup être anobli par sa Majesté, c'est vrai. Mais en attendant, je vais juste me contenter de t'offrir une nuit de rêve avec le videur dans un hôtel tout confort. Tu as même le transport gratuit, le carrosse t'attend pour une balade avec son et lumière. Difficile de résister à une offre pareille ! A toi de voir si tu y vas tranquillement, et moi je te suis en confiance. Si tu veux te la jouer requin-taureau, j'accepte le rôle du matador. Ça ne me dérange pas, je m'amuse beaucoup. Seulement j'aime pas beaucoup passer les menottes aux gens, je trouve ça dégradant. Donc soit tu y vas sur les deux pattes, le front levé et fier, soit tu te réveilles en cellule avec une gueule de bois garantie sans alcool.  
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Glen Ring a écrit:
Raclant bruyamment le fond de sa gorge, Glen en ramène un dernier bout de plastique qui lui chatouillait la glotte et le crache sans manières sur le pavé, lesté par un gros glaviot. Qu’est-ce que c’est désagréable, cette connerie. La finesse rude, la souplesse rigide et l’aspect bien trop lisse du plastique, c’est franchement pas top. Il aurait pu être fan d’autre chose ce blaireau, quand même. C’pas comme s’il y avait pleins d’autres trucs méga bons sur cette terre… Ah bah tiens, des crevettes. Très bon exemple [colora=#048B9A]« Putain mais tu ferais ça, mec, t’aurais mon respect à vie ! T’aurais beaucoup plus de balls qu’avec tes bonbecs de fillette, là… Et pis c’est à cause de ton chocolat de merde que j’me suis retrouvé dans cet état, alors poupougne, hein… »[/color] Ouais, le soyeux salé d’une bonne crevette, tellement apprivoisé par ces notes douces qui rappellent les creux d’eau dans les rochers ou les fonds sablonneux, qui effacent presque le goût du grand large sous la carapace toute croquante et la chair moelleuse… sérieux, y a pas photo avec ses M&Ms de merde, là. Les mains dans les poches de son bermuda, il toise un moment cette espèce de flic en short qui lui sourit et rentre dans son jeu, sans y rentrer vraiment, pour faire genre poulet nouvelle vague. Du style relax, proche des djeun’s et des types que je coffre mais à qui on peut pas la faire quand même, une sorte de pote flic histoire de véhiculer une autre image que celle qu’on a habituellement de ces sympathiques personnages. Glen n’aime pas trop ce genre d’attitude. Il y en avait des jeunes comme ça à Sydney et il pouvait pas les blairer. Il mettait un point d’honneur à se foutre de leur gueule jusqu’à ce qu’ils perdent leur sang-froid, pour leur montrer que malgré tous leurs airs, ils n’étaient pas plus cools que leurs vieux collègues d’un autre âge. Ça lui a coûté quelques dents et pas mal de nuit au poste mais il en retirait cette fierté d’avoir réussi à blouser ces cons à leur propre jeu. A priori, y a pas de raison pour que ce mec soit logé à une enseigne différente. Si ce n’est que le courant passe quand même pas pareil. Ce gars-là a l’air plus franc du collier, plus honnête, pas juste pour se donner un look au poste de police. On dirait presque qu’il est content d’être là et de l’avoir choppé, même s’il y a laissé une veste et des bouts de peau. Et pis il le faire marrer avec son short. Bon par contre, ça lui plaît un peu moins quand il lui propose une ptite nuit romantique en tête-à-tête avec Boris, dans une pièce tranquille.

« Rooooh, tu vas pas m’faire ce coup-là, allez ! C’est d’sa faute à Boris, c’est lui qu’a commencé. Moi j’voulais juste aller me torcher et chopper des filles, c’est normal que j’mette une belle chemise, non ? En plus j’suis sûr qu’il a trois fois rien, j’ai même pas mis toutes les dents. Dans deux jours, il sera comme neuf et aussi moche qu’avant, le con… » Ouais, il va pas nous en chier une pendule non plus. La prochaine fois, il foutra la paix à ses fringues et personne aura de problèmes. Glen aimerait bien protester encore un peu, et peut-être essayer de négocier, mais bientôt de nouveaux pas dans la ruelle pas loin l’avertissent juste avant que le reste de la flicaille déboule à côté. Un gros soupir lui échappe tandis qu’il lève les yeux au ciel. C’pas vrai, putain… Il n’écoute même pas les conneries habituelles qu’on lui déblatère pendant qu’on le menotte, comme le dangereux criminel bouffeur de Boris effarouché qu’il est, ouuuuh. Au passage, il jette un claquement de langue dédaigneux au nabot en short « Pffff… J’te retiens, Mister Scout. Tu pourrais être plus sympa avec une espèce quasi-menacée… » Quelle soirée de merde, j’te jure…
HRP:
 
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Christopher Inoue a écrit:
D'accord, la crevette, mauvaise idée. Cela l'avait motivé au lieu de le décourager. En même temps, qu'attendre de plus d'un requin, n'est-ce pas ? Pour faire copain-copain, l'astuce était à retenir, mais qui accepterait de devenir ami avec un type aussi déjanté ?
Un grand silence demeura pendant que l'inconnu salivat à la simple idée de crustacés entre les deux. Ca lui rappelait quelqu'un, à croire que Chris ne recnontrait ue des morfales comme lui ?

Le requin sortit de ses pensées quand le jeune flic évoqua des retrouvailles avec le videur. Ce dernier s'appelait-il vraiment Boris ou lui avait-on donné un prénom au hasard ?). Apparemment, le requin prenait le brun pour un crétin, et inconsciemment pour une fois.
La phrase de Chris avait porté à confusion, ce qui provoqua ce quiproquo. Mais il serait totalement débile de mettre les deux suspects dans une même cellule avec le timide espoir qu'ils fumeraient le calumet de la paix. On ne prendrait pas de risques à parier au contraire qu'ils remettraient ça.

- Tu te méprends. Vous allez au même endroit mais avec voiture personnelle et chambre individuelle.

Il ne chercha pas à en rajouter dans la provocation. Il avait réussi à obtenir la collaboration plus ou moins acceptée de "Bruce", alors il n'allait pas tout gâcher en faisant de l'esprit. Il nota au passage dans le charabia de son suspect les raisons de cette dispute. Les boites de nuit étaient un lieu récurrent de troubles à l'ordre public : droits d'entrée refusés (c'était notre cas), l'alcool, voire la drogue ; les dragues qui dégénèrent. Beaucoup de choses étaient sujettes à la baston générale.

Le jeune policier allait accompagner Glen vers les fourgons lorsque le collègue le plus baraqué après lui-même le rejoignit. Il jouait les gros bras face au criminel, mais il interprétait mal son rôle, vu à quel point il craignait le squale, ses yeux exorbités en étaient un indice évident. Il commença à dicter les droits au coupable qui semblait s'en moquer comme de sa première incisive. Chris lui-même se mit à bailler : il savait ces indications obligatoires, mais savait qu'il aurait, dans son cas, sauté allègrement ce moment. C'était inutile : tout le monde connaissait ces phrases à force de les entendre à la télévision. C'était ennuyeux, digne du poème qu'on récite à l'école devant la classe, d'un ton neutre. A la limite, Chris devrait essayer de la sortir avec des originalités : accent bizarre, en langue étrangère, que ce soit moins rébarbatif.

Hanji-sempai (le collègue), sortit alors les menottes et entreprit d'attacher dans le dos les mains de l'agresseur. Chris fit un pas en avant afin de l'en empêcher.

-- Hey ! Je lui avais promis qu'on ne le menotterait pas s'il collaborait !

Le collègue soupira devant la fougue et l'innocence de la jeunesse et parla d'un ton paternaliste qui déplut fortement au brun.

- Allons, allons, Inoue. Tu apprendras qu'on ne peut pas faire confiance à ces racailles.

-- Si on ne leur accorde pas de confiance, forcément, la réciproque ne peut être vraie.

- Tu es encore un bleu, mon garçon. On ne peut se fier à des gars qui ne comprennent que les coups, les flingues et les matraques. Crois-moi. Allez, viens !

Au passage, histoire d'illustrer le tort de Chris et donner raison à Urabe Hanji, le squale harrangua le jeune homme, sur le ton de la menace. L'anglo-nippon fronça les sourcils de contrariété et suivit le couple.

-- Bah, je ne me fais pas de souci. Etant donné ce que tu voulais faire dans cette boite, tu te charges de la sauvegarde de ton espèce.

Il lui montra le fourgon vide (Boris était dans l'autre). Les deux autres policiers refermèrent les portes. Chris demanda au vieux s'il pouvait se charger de la garde-à-vue. Le supérieur, ravi de se passer de cet exercice pour lequel il n'avait plus l'âge, accepta.

- Tu pourrais le faire avec la petite nouvelle, tu sais, qui a commencé aujourd'hui.

- Nozomi-san ? Elle n'est pas trop... Nouvelle, justement, pour faire une garde-à-vue ?

- Pas plus que toi, tu es sorti de l'école il y a peu aussi. Et je pense que vu vos caractères respectifs, vous devriez vous en sortir.

Christopher était sceptique, mais pourquoi pas après tout. Place aux jeunes !  
Spoiler:
 
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Christopher Inoue a écrit:

Suite de ce message

- Monsieur Inoue, faites bien attention, prenez tous les traitements, sinon cela ne cicatrisera pas, cela risque de s'infecter, et je serai obligé de vous donner un arrêt de travail. Vous mettez la pommade-là, et puis vous ...

"Oui, c'est ça, tout à fait...", pensait Christopher pendant que l'infirmier des urgences lui suturait le bras. Le deal avait été clair avec ses deux collègues, qui emmenaient les deux inculpés de la bagarre de la boite de nuit à l'hôtel de police : si tu ne vas pas te soigner, tu ne t'occuperas pas de la garde à vue. Or, il était évident que les deux agents n'étaient pas prêts à affronter un requin, et qu'ils n'en avaient pas envie. Ils étaient bien ravis de laisser ce rôle à leur jeune camarade. En dépit de ses protestations, il avait récupéré sa moto et s'était rendu à l'hôpital de la ville. Le bras posé sur une table, recouverte d'un drap, on lui avait administré une anesthésie locale. Il regardait faire l'infirmier sans dégoût, là où d'autres auraient détourné le regard ou fermé les yeux. Lui, cela ne le dérangeait pas trop. Il trouvait ça plutôt intéressant. Les techniques de médecine évoluaient tellement rapidement, de nos jours, que même la plus moche des blessures devenait une cicatrice fine qui se résorbait sans qu'on ne ressente de douleur particulière.

Il quitta les urgences après les heures d'attente typique de cet endroit et et récupéra sa moto, garée sur le parking. La nuit était bien avancée, la nuit blanche assurée. Direction le commissariat. Il ne fallait pas trop faire attendre les stars de la soirée !

Arrivé à l'accueil du bâtiment, il salua son collègue de permanence, qui lui indiqua la direction de la salle d'interrogatoire où se trouvait sa belle prise. Il lui confia aussi un dossier que le Vieux avait laissé pour lui. Le futur retraité et le costaud s'occupaient du videur et avaient déjà commencé leur cuisine. Le squale, lui, était resté seul en salle d'interrogatoire, à attendre le retour de Chris, sans passer par la case cellule où il aurait pu se détendre et s'allonger. C'était une technique commune des policiers pour mettre la pression : rendre le prévenu le plus inconfortable possible pour user sa patience et le faire avouer plus vite. Le anglo-nippon ne partageait cependant pas ce point de vue simpliste. "Ce n'est pas comme ça que ça se passe", songea le métis. "Il faut savoir respecter les gens, même en garde à vue. Un peu de repos sur une banquette aurait mis le requin dans de meilleurs dispositions. Là, je vais partir avec un handicap. Surtout s'il est menotté depuis mon arrivée aux urgences, il doit d'ores et déjà grincer des dents."

Tout en marchant dans le couloir, il ouvrit le dossier en question, et découvrit une chose intéressante. Le requin était déjà connu des services de police, semblait-il. Le jeune homme afficha un petit sourire : pourquoi n'était-il même pas étonné de ce qu'il y lisait ? Il referma la chemise cartonnée d'une main. Il progressa une minute supplémentaire avant d'entrer dans la salle de pause du personnel. Il fit chauffer un café qu'il récupéra après avoir glissé sous son bras le dossier, et prit la direction de la salle d'interrogatoire.
Pour sa première garde à vue.

Arrivé devant la porte, il respira un bon coup, vérifia que son bandage tenait bien sur son bras, qu'il n'avait pas renversé le café, et entra. Il connaissait déjà la salle pour l'avoir visitée lors de son premier jour. Un plafonnier obscur qui diffusait une lumière palote ; deux chaises et une table visés au sol ; une glace sans tain (quelle originalité, on se croirait dans une série télévisée). Il n'était guère étonnant que les mecs qui y étaient enfermés puissent péter une durite : un lieu pareil, ça vous met les nerfs, même quand vous avez mauvais goût en matière de déco. Ils devraient envisager des murs colorés et des fauteuils, cela pourrait être plus agréable.
Menotté solidement à la table par un poignet (l'autre main était libre), le requin répondant au nom de Glen Ring attendait. Chris s'installa sur la chaise en face de Glen, en croisant les jambes avec décontraction.

- Bonsoir à nouveau ! Je ne vous ai pas trop fait attendre, j'espère ? Un café ?

Il poussa le gobelet brûlant vers le prisonnier, sachant pertinemment à quoi il s'exposait avec cette générosité : de se le recevoir en pleine tronche, ou qu'il soit renversé à terre.
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Glen Ring a écrit:
22h57. La porte du commissariat s’ouvre avec un certain fracas « HELLOOOOW LADIIIIIES !!!! » « Mais boucle-la, t’es pas au cirque ! » « Rooh ça va, j’rigole, tu vois bien qu’il y a pas de filles canons dans vot’ gourbi… » Glen ponctue sa remarque d’un petit baiser provocateur envoyé du bout des lèvres à la petite fliquette bouclée qui s’occupe de trier un tas de papiers. Sans rancune, chérie… Le voyage dans le panier à salade s’est passé sans trop d’anicroches, excepté pour les deux poulets qui étaient sans doute pressés d’arriver vu comme il a mis leurs nerfs à rude épreuve. A cette heure-ci, il est encore tout à fait en forme, ce qui n’est pas donné à tout le monde, et il a mis un point d’honneur à ne jamais la fermer plus de dix secondes d’affilée. Histoire de leur faire regretter de l’avoir coffré, sait-on jamais. Résultat des courses, il est plutôt étonné de leur résistance mentale. Mais même si l’expérience les a sans doute aider, n’empêche qu’ils ont bien les glandes en le conduisant sans ménagement jusqu’à une salle d’interrogatoire. Glen traîne un peu des pieds pour ne pas leur faciliter la tâche et profite de le recroiser brièvement de loin pour balancer quelques dernières gentillesse à Boris. Après tout, c’est à cause de ce blaireau qu’il est ici. Lui n’a absolument rien à se reprocher. On le fait entrer dans une petite pièce carrée éclairée par une ampoule anémique, aux murs blancs sauf l’un d’entre eux, une vitre sans tain. Glen adresse un grand sourire et un doigt d’honneur (il aurait préféré un bras, mais c’est pas facile avec des menottes) aux éventuels spectateurs avant que les deux flics n’entreprennent de le faire asseoir et de le libérer. Ho, sérieux ? Ah non, on lui lâche juste une main pour l’attacher à la table. Putain, c’est quoi ce délire ?

Regardant sans comprendre les poulets, il en reste sur le cul quand il entends l’explication qu’on lui sert « Bon, maintenant tu te calmes et tu restes là jusqu’à ce qu’on vienne s’occuper de ton cas. Si t’es sage, on essaiera de se dépêcher… » « Hey, attends, vous déconnez ? Vous pouvez pas me planter comme ça, v’zavez pas l’droit ! Ho ! Sans rire, laissez-moi au moins un truc à boiiiire ! » Le jeune squale essaie de se relever pour les rattraper alors qu’ils quittent la pièce et manque de se casser la gueule en oubliant qu’il est maintenant marié à cette saloperie de table, elle-même vissée solidement au sol. Tirant violemment dessus, plus pour exprimer sa colère que pour vraiment se dégager, il balance en vrac un tat d’appels et d’imprécations aux deux bonhommes pour qu’ils reviennent sur leur pas et arrête cette mauvaise blague. Leur départ ne l’empêche pas de continuer à l’adresse de la vitre, dont il n’a aucune idée s’il y a vraiment quelqu’un derrière mais on s’en fout ça défoule. Sans rire, on est à Taiyou no Tokaï, ici ! Pas à Miami ou dans une de ses séries policières à la con que regarde Jul’ quand elle rentre du taf ! Ils vont lui faire quoi après ? L’interroger avec le bon et le méchant flic ? Avec la lampe dans la gueule ? L’intimider ? Le menacer ? Ce genre de conneries lui est déjà arrivé quand il était à Sydney mais sans rire, là dans cette petite ville balnéaire paisible, c’est juste pas crédible. Et pourtant, on le laisse mariner longtemps. Trèèèèès longtemps… Glen a le temps de passer trois fois en revue son répertoire d’insultes, de l’enrichir avec de nouvelles créations, de se péter une dent ou deux en essayant de bouffer le pied de table et les menottes, de montrer son cul à la vitre pour les pousser à réagir et même de se fatiguer un peu. Juste un peu « Raaaaaah, quelle merde, fait chier ! Dès qu’je sors, je pète la gueule à Boris ! HEEEEEEEEEY !!! J’suis vivant, bordel ! J’suis toujours là ! Faites pas les cons, faut qu’je passe un coup de fil ! » Jul’ va lui arracher la tronche quand elle va savoir où il est, mais tant qu’elle ne saura pas, elle va se faire un sang d’encre. Du coup, elle va faire une fringale et bouffer tout ce qui traîne dans le houseboat, ce qui est certainement le point qui l’emmerde le plus, à vrai dire.

Les heures passent, lui semble-t-il. Il ne sait même plus depuis combien de temps il est là. Il finit par somnoler un peu sur sa chaise, le nez baissé sur la poitrine. En tout, il s’endort pendant une petite heure, ce qui est pour lui l’équivalent d’une bonne grosse sieste. Si bien que quand la porte s’ouvre et lui apporte l’odeur sombre et capiteuse du café, en plus de cette saloperie de parfum de M&M’s qui lui dit quelque chose, il est en parfaite forme même s’il met un petit temps à reconnaître le nouvel arrivant qui lui pose un gobelet de café à portée de main. Dès qu’il le reconnait, c’est reparti pour un tour « Putain, Mister Scout, mais t’en a mis du temps ! Tu te paluchais ou quoi ?! Et ces quoi, tes collègues qui me laissent gueuler dans le vide pendant des plombes ? Ça fait trois ans que j’appelle pour un truc à boire et un coup de fil, j’pourrais aussi bien pisser dans un violon ! J’l’ai pas abîmé tant qu’ça le Boris, c’est pas une façon de traiter les gens, merde ! » Non mais c’est vrai, quoi ! Ceci dit, malgré la violence de la diatribe qui résonne un moment dans le petit bocal carré, parce que Glen l’a assez mauvaise, il n’est pas fâché de voir quelqu’un arrivé et qu’en plus ce soit ce type-là. Pas qu’il en soit raide dingue mais il lui a quand même fait une meilleure impression que ses collègues. Il et plutôt sympa. Pour un flic, s’entend. Enfin, en attendant, il aurait quand même pu se grouiller les miches ; Qu’est-ce qui a pu le retenir aussi longtemps ? C’est à ce moment-là que le jeune squale remarque le bandage autour de son bras. Il écarquille les yeux, surpris, avant de ricaner « C’est quoi c’truc ? C’est moi qui t’ai fait ça ? Roh la vache, quelle lopette, j’y suis pas allé très fort pourtant. J’suis trop une terreur, en fait… Sinon, sans rire, t’es bien gentil avec ton gobelet mais tu peux pas voir pour me trouver d’la flotte plutôt ? Genre un ou deux litres ? J’vais sécher, sinon. Et puis faut que j’appelle ma sœur, sinon elle va se demander c’que j’fous… » Toute moquerie mise à part, Glen commence effectivement à se sentir un peur à sec. Sa peau de requin le tire et devient douloureuse à certains endroits. Pendant les soirées, il s’arrange pour aller se rincer régulièrement dans les chiottes mais là, ça fait un bail qu’il est là et qu’il n’a rien pour le faire. Il ne doute pas une seule seconde que Chris lui viendra en aide. Ça ferait tâche sur son rapport, sinon…
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Christopher Inoue a écrit:

Comme il aurait dû s'en douter, le requin l'attendait en démontrant bruyamment son agacement; se voulant le plus grossier possible. Quelle imagination linguistique ! Il alimenterait avec richesse les dictionnaires de noms d'oiseaux.
Sans se départir de sa nonchalance, contrastant avec le vacarme de son opposant; il se leva et quitta la pièce sans dire un mot.  Il entendait les protestations vulgaires dont le métis ne tint pas compte, puisqu'il avait autre chose à faire dans l'absolu. Rejoignant la salle de pause des policiers, il récupéra une serviette dans son casier, qu'il humidifia dans les toilettes du personnel. Il récupéra dans le frigo une bouteille d'eau minérale d'un litre et demi. Avec lenteur, il retourna dans la salle d'interrogatoire. Il déposa sur la table la bouteille, la serviette, ainsi que son téléphone portable professionnel, mais ceux-ci restaient encore inaccessibles pour le squale. Christopher récupéra en revanche le café orphelin qu'il sirota avec délice. Qui pourrait résister à un cappuccino ?

Il restait debout, les bras croisés, silencieux face au débordant personnage, tentant de défendre ses fautes avec des arguments peu convaincants. Soit Glen n'avait pas conscience de ce qu'il avait fait, soit il tentait de minimiser avec effronterie. Il n'avait tué personne, mais de là à déclarer que cela n'était pas grave, c'était gonflé.
Chris laissait aller son regard dans le vague. Il attendait que le prisonnier se calma un peu pour parler. Et il dut attendre un moment, vu que Glen n'avait pas compris et augmentait autant le son et le flux. Plus le moment vint. Le flic parla d'une voix calme et enjouée ; son visage arborait une neutralité presque naïve.

- Provocation, refus d’obtempérer face à la décision du videur, premier coup donné. Insulte et premier coup sur une personne étrangère à la bagarre, tentant  pourtant de calmer le jeu. Morsure. Et encore, je ne compte pas le délit de fuite, tu ne savais pas que j'étais de la police quand tu es parti en courant. C'est sûr, j'aurais nettement préféré me masturber en te regardant te dessécher depuis le miroir sans tain, mais je ne suis pas aussi tordu que toi pour ça. A ce sujet, c'est pour l'aérodynamisme que tu surfes à poil ou pour faire tomber les mamies de la plage en pâmoison ?

Le tout déclaré d'une voix innocent dégageant toute arrière-pensée. Il poussa du doigt les trois objets couchés sur le meuble, comme le ferait un joueur d'échecs ; avec délicatesse.

- Appelle ta sœur. La communication est pour moi. Enfin, pour le commissariat.

Il lui tourna le dos délibérément, et alla se placer dans un coin de la pièce, les yeux fixés sur l'angle ouest de la pièce, donnant l'illusion qu'il laissait à Glen l'intimité du coup de téléphone personnel. Sauf qu'évidemment, en restant sur place, il entendrait tout, rendant cette précaution inutile. Elle était à la fois ironique et symbolique.
En dépit du caractère difficile de Glen, et de sa désagréable habitude de mordre et de frapper, Chris ne le détestait pas, et feignait l'indifférence : il le trouvait, dans un sens, plutôt sympathique. Encore une chance pour les deux parties en présence que ce soit Christopher qui fut chargé de cette garde à vue. Si les deux collègues avaient été à sa place, ils auraient souffert, et Glen aurait été bon pour une nuit plus longue qu'il ne le craignait. Avec des pauses fréquentes, l'eau et le téléphone accordés deux heures plus tard après la réclamation, juste à cause du ton et de la verve du requin.

- Allez, vas-y ! Tu veux pas non plus que je te compose le numéro ?
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Glen Ring a écrit:
Une pointe de lait dans le café, lui apprennent quelques inspirations supplémentaires. Pas de sucre et des arômes un peu moins corsés, plus ronds, qui lui disent que ça a sans doute été réchauffé. Mouaif, il va s’en tenir à de la flotte… A part ça, il a vaguement l’impression que Mister Scout se fout de sa gueule. Okay, il est parti lui chercher à boire sans rechigner mais la façon dédaigneuse dont il l’écoute montre clairement qu’il dit rien, mais qu’il en pense pas moins. Glen a horreur de ça. Qu’on lui dise qu’il a tort en général, mais plus encore qu’on le lui dise sans rien dire. Pour quelqu’un de franc et pas subtil comme lui, ce genre de tactiques de gonzesse ça le goooooonfle. Il décoche un regard mauvais au flic. Allez, parle tapette, qu’on en finisse… Ça marche assez bien puisque Mister Scout entreprend de lui exposer les griefs dont on l’accuse, ce qui lui fait lever les yeux au ciel. Roooh, tout de suite… Et pis c’est n’importe quoi, en plus. C’est dingue comme à l’entendre, il est vraiment la pire ordure de la Terre et Boris un martyr courageux et innocent. Sans déconner, c’est quand même lui qui lui a refusé l’entrée, et la politesse aussi d’ailleurs, en premier. Sa réaction était peut-être disproportionnée (et encore…) mais il l’a quand même pas mordu par plaisir, faut arrêter de fantasmer un peu. Ce résumé des faits ne lui convient donc pas du tout et le met assez en rogne, surtout quand le petit flic se permet une question désobligeante sur ses antécédents vestimentaires. Bordel, on va lui chier dans les bottes combien de temps avec ça… Et surtout, venant de ce type et de ses gambettes à l’air, il l’a un peu mauvaise quand même. « Et toi, c’est pour donner envie aux pédophiles que tu portes des shorts ? P’tain, et après c’est moi l’tordu, sérieux… » Non mais. Il a encore le droit de nager cul nu, la municipalité n’a qu’à se bouger et créer une plage naturiste. Il se fera un plaisir d’y aller…

Une fois que le ton est donné vient le temps du plaidoyer. Chose pour laquelle Glen est, on s’en doute, extrêmement doué… « D’une, c’est Boris qu’a commencé. Il m’aurait laissé entrer, ça se serait jamais passé comme ça. Je sais d’quoi j’parle, j’suis déjà venu dans cette boîte avec mes potes et à part avec lui, j’ai jamais eu d’problèmes. De deux, j’préfère me baigner à poil, j’ai de meilleures sensations quand je nage, c’tout. Et puis franchement, vous les jap’ vous êtes vraiment des nonnes. J’ai pas honte de ma teub, c’est pas comme si j’avais violé mémé sur la plage. Si tout le monde faisait comme moi, j’suis sûr que vous auriez moins de vol de culottes et moins de pelotages sauvages dans l’métro, sans parler d’vos jeux vidéos… » Ça c’est vrai. Quand il voit certains des titres préférés de ce gros dégueu de Junichi, où il a l’air de s’enfiler des gamines de douze ans en tenue de maid, le plus souvent avec pas mal de bondage et assez peu de consentement, même lui passe pour un prince charmant à côté. Rien que d’y penser ça lui fait froid dans le dos, yerk… Un tel argument lui semble quand même imparable, même pour Mister Scout. Ceci dit, il est curieux de voir ce qu’il va répondre à ça. L’embêtant, c’est qu’il a l’air un poil plus futé (non, vraiment ?) que lui donc pour un duel verbal, part quand même avec un sacré désavantage. Mais c’est pas grave. Glen aime bien les défis, toutes sortes de défis. Et là, il a moins l’impression d’être en face d’un agent de la paix, avec tout ce qu’ils ont de chiant et de condescendant, que face à un challenger. C’est plutôt stimulant. Il s’apprête même à le remercier quand il finit par pousser vers lui le téléphone et la bouteille qu’il avait tenu hors de portée jusque là. Il s’interrompt quand il voit qu’il se contente d’aller dans le coin d’en face.

Heing ? Glen a un instant de bug. D’un côté, il devrait être content, c’est une grande première. Jamais il n’a eu le droit à un seul coup de fil quand il a séjourné dans les commissariats de Sydney, faut pas déconner. Mais là en fait, Mister Scout fait genre il écoute pas, alors qu’en fait si. C’est… perturbant. Et va savoir pourquoi, ça donne aussitôt une petite idée au jeune squale, qui sourit en secret en lui matant discrètement le cul, plus pour la forme qu’autre chose. Ah il veut la jouer comme ça ? Et ben il va en avoir pour son blé, le salaud… Saisissant le portable, il compose le numéro d’une main, puis croise les jambes sur la table en attendant qu’elle réponde, dans le plus pur style provoc-relax « …………….. Roh, allez décroche…… Hey ! Salut, Jul’ ! Devine où j’suis !... Trois fois rien, t’inquiète. J’ai juste bouffé un videur et un flic… Roooh, mais non… Ouais euh, moi aussi j’t’aime fort mais si tu pouvais attendre de m’avoir sous les yeux pour la séquence vilain garçon, ça s’rait plus cool, okay ? La fessée c’est mieux en vrai, quand même… Ben là, il est resté sur le parking de la boîte… Nan laisse, c’est moi qu’ai les clés, j’irai le chercher. Rentre à la base, j’te rembourse le taxi quand j’arrive… » Tout de même, c’est pas un chien. Juliette a suffisamment de problèmes à gérer, il peut bien se démerder avec les siens et assumer ses conneries sans emmerder sa petite sœur. Ouais, en théorie… mais quand elle lui demande, un peu contrite, si elle peut faire quelque chose pour l’aider (question rhétorique), il bondit sur l’occasion avec un regard vicelard en direction de Mister Scout.

« Ah bah si tu veux passer au poste pour me sortir de là, te prive pas, y a même des M&M’s !… C’que tu peux faire, mais j’en sais rien, moi. Tailler une pipe au bel officier qui me fouille au corps depuis dix minutes, ça me paraît une bonne option… Quoi ? Tu devrais me remercier, c’est un flic nain. Plus ils sont petits, plus ils ont des grosses bites, regarde Tyrion Lannister. Allez, dis oui, tu vas le vexer… Roooooh, ça va, pète un coup. Si on peut plus rigoler… Ouais, ouais, à plus… Moi aussi j’t’emmerde, pétasse… » Et il raccroche. Pan dans les dents, mon cochon… Très fier de lui, il choppe dans la foulée la bouteille d’1,5L et en arrache le bouchon avec les dents. Puis, renversant la tête en arrière, il se douche copieusement la tronche et le torse avec un grognement de soulagement. Elle est fraîche mais purée, ce que ça fait du bien… L’eau glisse le long de son corps, apaisant les tiraillements de sa peau asséchée, lui rendant sa souplesse et sa sensibilité. Un vrai coup de jeune ! Il boit goulûment la fin de la bouteille et la balance négligemment, beaucoup plus à son aise « C’est l’moment pour la branlette, mon beau. Et tant qu’on y est, tu m’la fais, cette fouille au corps ? » Propose-t-il, goguenard. En toute honnêteté, ce n’est pas vraiment son style. Lui les aime un peu moins virils et, comme il est exclusivement dominant, ça ne passerait sans doute pas avec ce gugus. Mais bon, y a pas de petits plaisirs…
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Christopher Inoue a écrit:

Glen n'utilisait pas la meilleure méthode pour sortir plus vite de ce commissariat. Pour cela, il suffisait de filer doux. Mais le requin n'était pas bien malin, et accentuait ses remarques salaces à chaque nouvelle parole. Il refusait de reconnaître ses torts. La loi n'était pas son livre de chevet, il l'ignorait ou il s'en fichait. Il n'avait pas certainement les notions communes du bien et du mal. Ses justifications étaient aussi navrantes et bancales. Croyait-il vraiment qu'il pouvait le convaincre avec de tels arguments ?

Ce que Chris trouvait drôle dans les mots vulgaires et décousus du requin était sa vision de sa personne : un scout japonais en short qui attirait les pédophiles. Faisait-il si juvénile ? Il se sentait presque flatté. Quant à ses origines, il se montrait surpris que le requin l'assimile aux nippons. Sûrement avait-il généralisé, sans voir plus loin que le bout de son museau. Pourtant, à part son parlé japonais et son accent impeccables, sa double nationalité n'était pas évidente. Il avait tout d'un occidental, avec sa peau bronzée et ses yeux non bridés. Ce petit discours eut le mérite de révéler que le protagoniste venait d'ailleurs. Chris rouvrit le dossier et chercha des informations supplémentaires sur lui. Un Australien, a priori, qui s'était échoué sur les plages japonaises. En fouillant du regard les informations, il découvrit le métier du gus. Il ne put s'empêcher de rire sous cape. Sans déconner, la grosse brute violente et vulgaire, qu'on aurait pu prendre pour un trafiquant de drogue ou un membre de gang était en fait... Barman au café - glacier de Taiyou no Tokai ? Il vendait des cornets vanille-chocolat à des p'tits n'enfants ? C'était cocasse  (ou malsain, question de point de vue). Il ne daigna pas répondre à la polémique sur les jeux vidéos japonais, tordus à n'en pas douter, qui seraient hors sujet dans la déposition.

En attendant, le jeune homme restait dans son coin, à attendre le coup de fil. Le ton amusé, et provocateur comme d’habitude, rendait la conversation avec la sœur assez folklorique. Parlait-il toujours ainsi à ses proches, ou était-ce juste pour tromper le floc et faire passer un message caché ? Aurait-il tenu le même discours si Chris n'avait pas été présent ? Tout serait-il calculé pour provoquer une réaction chez lui, avec la promesse d'une gâterie par la sœur requin de l'énergumène qu'il se coltinait. Tentative ratée, en ce qui le concernait. Le métis n'était pas un homme facile, dont le poireau se dressait à la simple vue d'une jolie fille. Il appartenait à la race en voie d'extinction des gentlemen.

Dès que le requin raccrocha et s'aspergea avec un plaisir non dissimulé, le jeune homme se retourna vers le prisonnier et se replaça en face de lui. Il plaignait la femme de ménage qui allait nettoyer derrière leur passage.

- Nul besoin de dépêcher ta sœur à venir sur place. Ni de lui demander de réaliser des bassesses en guise de pot de vin. Ce n'est pas gentil d'avilir ta sœur de cette manière. Ce n'est pas à elle d'éponger tes conneries. Elle sera accueillie par ma collègue, ira en salle d'attente, mais ne dépassera pas le seuil de cette pièce. Il n'y a ici que toi, et moi.

Il contourna la table pour se planter derrière Glen.

- Mais je ne suis pas sûr que tu veuilles que ce soit ta sœur qui prenne du plaisir. Entre tes évocations de pédophilie, de papouille, de masturbation... je m'interroge...

Il posa ses coudes sur les épaules du requin.

- Tu as envie que je te fouille ?

Il se pencha un peu plus vers lui.

- Je vais finir par croire que je t'intéresse." lui susurra-t-il dans l'oreille d'une voix grave et envoûtante.

Il marqua un silence, avant de soupirer et de se détacher brutalement du requin et déclarer en souriant.

- Désolé, je n'en suis pas. Cela clôt à présent toute conversation destinée à me chauffer ou à me parler de sexe. Je ne fonds pas sur n'importe qui, ce qui peut être difficile à croire pour quelqu'un qui a le revolver chargé en permanence. Dois-je ajouter à l'énoncé de tes délits celui de proxénétisme d'un membre de sa famille et tentative de corruption, ou ... ce n'était juste qu'une boutade ? Ce serait dommage de rajouter ça, surtout que je ne te crois pas amateur de la taule. Je n'en connais aucune qui soit aménagée d'un tunnel à requin. Dommage, ça ferait une belle attraction pour touriste, si tu parviens à contrôler ta propension à te mettre à poil. Un petit pécule en sortant de là, c'est toujours bon à prendre.

Il s'assit pour de bon sur la chaise en face du prévenu, sortit du dossier un papier de déposition, et de la poche de sa tenue un stylo qu'il actionna en pressant sur le click.

- Je veux bien écourter ton calvaire, si tu arrêtes de discuter dans le vide et que tu répondes honnêtement à mes questions. Tu auras même droit à une seconde bouteille d'eau, voire même à ce que je te retire la menotte. A condition que je puisse t'accorder ma confiance. Alors, j'ai ton attention ?

 
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Glen Ring a écrit:
Lorsque le flic revient s’asseoir après la fin du coup de fil, Glen ne peut s’empêcher de tordre le nez, un peu déçu. Il n’a même pas l’air gêné ou énervé, c’est nul… Pourtant, avec sa tête de jeune premier et ses guibolles à l’air, il aurait juré qu’il était puceau. A côté d’un beau gosse au charme ravageur comme lui, c’est sûr que ce scout ringard est puceau, hein ? Hein ? En tout cas lui, s’il était une nana, il n’hésiterait pas une seule seconde. Il ricane en l’entendant lui faire la morale au sujet de Jul’. Comme s’il avait réellement le calibre pour avilir sa frangine à tout bout de champ. Le pauvre chéri, s’il savait… Il décide d’en rajouter une couche, pour le fun « Tu sais pas c’que tu rates, mon beau. Moi j’rêverais de me taper ma sœur. Elle a un d’ces culs, c’est juste le p’tit Jésus en culottes de velours… Et puis elle a surtout pas b’soin de toi pour se défendre. J’te déconseille même plutôt la pipe en toute honnêteté, on n’a pas le même sang pour rien… » dit-il avec un large sourire qui dévoile ses treize aimables rangées de dents de façon plus qu’éloquente. Et oui… Jul’ a beau tenir davantage de leur mère que lui, il n’empêche que son petit minois et sa bouche humaine abrite la même collection que la sienne, en à peine un poil plus petit. Glen a beau être un connard, il ne souhaite à aucun autre couillu une expérience aussi périlleuse, qui finirait sans doute par un accident dégueulasse et atrocement douloureux. Question de solidarité masculine. Ceci dit, il n’a pas le temps d’y penser vraiment (Dieu l’en garde).

Le petit flic se relève pour s’approcher de lui, ce qui l’aurait fait redouter un sale coup de pression en temps normal, mais qui lui met la puce à l’oreille par un sous-entendu qui ne lui échappe pas. Fronçant les sourcils, il le suit du regard jusqu’à ce qu’il passe dans son dos, intrigué par ce nouveau ton de voix (et dérangé par son odeur de sucre, il faut le dire). C’est lui ou… il est peut-être pas si puceau que ça, finalement ? Nan parce que d’accord, Glen parle de cul tout le temps mais c’est davantage pour se donner un genre et faire chier les bien pensants, ceux qui le connaissent ne mordent pas à l’hameçon. Là, il croirait presque que Mister Scout lui fait des avances. Du moins, ça y ressemble sacrément lorsqu’il vient s’appuyer sur ses épaules de façon assez intime, ses cheveux chatouillant les rebords de son aileron, en lui proposant de lui-même la fouille. Et lorsqu’il entend cette suave voix de basse qui lui caresse le tympan, en le faisant frissonner, le jeune squale en viendrait presque à considérer la question d’un nouvel œil. Il n’est pas totalement dupe pour cause d’absence de phéromones dans cet écœurant parfum de chocolat, mais le bougre est quand même convainquant. Ce n’est pas son genre, certes, mais un peu de changement ne fait pas de mal de temps en temps. Surtout qu’à bien y regarder, en dehors de son penchant bizarre pour les shorts, le bonhomme n’est franchement pas dégueulasse et pourvu d’un beau petit cul musclé tout à fait acceptable. Glen tourne la tête vers lui alors qu’il susurre dans son oreille pour savoir s’il l’intéresse « Ça dépend… Tu suces ? » Ça serait cool…  Mais en définitive, on dirait que non. Il finit par s’écarter froidement en lui disant qu’il n’est pas de ce bord-là. Son flair avait raison, toujours se fier aux phéromones. Pour le coup, Glen est un peu fâché. Putain, il était presque en condition, là ! Il a envie de tirer son coup maintenant, alors qu’il est toujours coincé pour un moment dans ce commissariat de merde, avec ce nabot puceau. Franchement, on n’a pas idée de faire ce genre de blague quand on n’est pas pédé… sans compter qu’ils disent tous ça, au début.

Frustré et de mauvaise humeur, Glen n’est pas franchement disposé à bien prendre la suite. En plus, c’est même pas drôle et ça pourrait même passer pour un poil raciste. C’est pas parce qu’il a besoin de plus de flotte que la moyenne que sa place est dans un aquarium. Cependant, il ne s’énerve pas. Non, monsieur ! Parce qu’il peut faire le beau tant qu’il veut, le petit flic, avec son détour bidon par la case prison, mais il est encore à des années-lumière de la plupart des poulets de Sydney en matière d’intimidation. Ramenant ses pieds à terre, il toise son vis-à-vis avec un profond mépris « Hey, je rêve ou t’es en train d’me menacer, là ? Ça te va pas au teint, Mister Scout. Et essaie pas d’me la faire, tu peux pas m’envoyer à l’ombre juste pour vous avoir croqués, Boris et toi. Parce que pour rappel, j’ai fait que ça. Ma sœur a clairement pas besoin de moi pour aller s’faire ramoner par n’importe qui. Elle a des goûts de chiotte, j’t’assure… J’crois qu’tu lui plairais… » Glen n’a rien à redire aux fréquentations de sa sœur mais sérieux, elle a vraiment des tendances bizarres parfois. Les mecs qui lui font des serments, des trucs romantiques, ce genre de comportement de minet alors qu’ils veulent juste la tirer au bout du compte. Elle se fait avoir à chaque fois. Lui au moins ne ment jamais quand à ce qu’il attend d’une gonzesse. Comme ça, tout le monde sait à quoi s’en tenir…

Finalement, Mister Scout va se rasseoir et prend ses armes en main, à savoir son carnet et son stylo, lui proposant un deal honnête. Glen ricane en secouant la tête lorsqu’il entend ses jolies promesses, comme s’il avait réellement besoin d’une telle carotte pour avancer (mauvaise foi flagrante). Sans rire, à ce tarif-là, il aurait pu commencer par ça dès le début… enfin, le coup de fil, c’était marrant. « Okay, chérie, je passe à table à une condition : tu me détaches maintenant. Parce qu’on dit pas à un type qu’on veut lui accorder sa confiance quand on n’est pas à égalité avec. Après, tu peux t’attacher à la table aussi, si tu préfères dans l’autre sens. Ça ferait un défi rigolo pour écrire ton papelard… » Oh, ça oui. Glen en viendrait presque à souhaiter qu’il le fasse, même presque seulement parce qu’il a une furieuse envie de se gratter, à un endroit pas accessible pour sa main libre.
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Glen Ring a écrit:
Lorsque le flic revient s’asseoir après la fin du coup de fil, Glen ne peut s’empêcher de tordre le nez, un peu déçu. Il n’a même pas l’air gêné ou énervé, c’est nul… Pourtant, avec sa tête de jeune premier et ses guibolles à l’air, il aurait juré qu’il était puceau. A côté d’un beau gosse au charme ravageur comme lui, c’est sûr que ce scout ringard est puceau, hein ? Hein ? En tout cas lui, s’il était une nana, il n’hésiterait pas une seule seconde. Il ricane en l’entendant lui faire la morale au sujet de Jul’. Comme s’il avait réellement le calibre pour avilir sa frangine à tout bout de champ. Le pauvre chéri, s’il savait… Il décide d’en rajouter une couche, pour le fun « Tu sais pas c’que tu rates, mon beau. Moi j’rêverais de me taper ma sœur. Elle a un d’ces culs, c’est juste le p’tit Jésus en culottes de velours… Et puis elle a surtout pas b’soin de toi pour se défendre. J’te déconseille même plutôt la pipe en toute honnêteté, on n’a pas le même sang pour rien… » dit-il avec un large sourire qui dévoile ses treize aimables rangées de dents de façon plus qu’éloquente. Et oui… Jul’ a beau tenir davantage de leur mère que lui, il n’empêche que son petit minois et sa bouche humaine abrite la même collection que la sienne, en à peine un poil plus petit. Glen a beau être un connard, il ne souhaite à aucun autre couillu une expérience aussi périlleuse, qui finirait sans doute par un accident dégueulasse et atrocement douloureux. Question de solidarité masculine. Ceci dit, il n’a pas le temps d’y penser vraiment (Dieu l’en garde).

Le petit flic se relève pour s’approcher de lui, ce qui l’aurait fait redouter un sale coup de pression en temps normal, mais qui lui met la puce à l’oreille par un sous-entendu qui ne lui échappe pas. Fronçant les sourcils, il le suit du regard jusqu’à ce qu’il passe dans son dos, intrigué par ce nouveau ton de voix (et dérangé par son odeur de sucre, il faut le dire). C’est lui ou… il est peut-être pas si puceau que ça, finalement ? Nan parce que d’accord, Glen parle de cul tout le temps mais c’est davantage pour se donner un genre et faire chier les bien pensants, ceux qui le connaissent ne mordent pas à l’hameçon. Là, il croirait presque que Mister Scout lui fait des avances. Du moins, ça y ressemble sacrément lorsqu’il vient s’appuyer sur ses épaules de façon assez intime, ses cheveux chatouillant les rebords de son aileron, en lui proposant de lui-même la fouille. Et lorsqu’il entend cette suave voix de basse qui lui caresse le tympan, en le faisant frissonner, le jeune squale en viendrait presque à considérer la question d’un nouvel œil. Il n’est pas totalement dupe pour cause d’absence de phéromones dans cet écœurant parfum de chocolat, mais le bougre est quand même convainquant. Ce n’est pas son genre, certes, mais un peu de changement ne fait pas de mal de temps en temps. Surtout qu’à bien y regarder, en dehors de son penchant bizarre pour les shorts, le bonhomme n’est franchement pas dégueulasse et pourvu d’un beau petit cul musclé tout à fait acceptable. Glen tourne la tête vers lui alors qu’il susurre dans son oreille pour savoir s’il l’intéresse « Ça dépend… Tu suces ? » Ça serait cool…  Mais en définitive, on dirait que non. Il finit par s’écarter froidement en lui disant qu’il n’est pas de ce bord-là. Son flair avait raison, toujours se fier aux phéromones. Pour le coup, Glen est un peu fâché. Putain, il était presque en condition, là ! Il a envie de tirer son coup maintenant, alors qu’il est toujours coincé pour un moment dans ce commissariat de merde, avec ce nabot puceau. Franchement, on n’a pas idée de faire ce genre de blague quand on n’est pas pédé… sans compter qu’ils disent tous ça, au début.

Frustré et de mauvaise humeur, Glen n’est pas franchement disposé à bien prendre la suite. En plus, c’est même pas drôle et ça pourrait même passer pour un poil raciste. C’est pas parce qu’il a besoin de plus de flotte que la moyenne que sa place est dans un aquarium. Cependant, il ne s’énerve pas. Non, monsieur ! Parce qu’il peut faire le beau tant qu’il veut, le petit flic, avec son détour bidon par la case prison, mais il est encore à des années-lumière de la plupart des poulets de Sydney en matière d’intimidation. Ramenant ses pieds à terre, il toise son vis-à-vis avec un profond mépris « Hey, je rêve ou t’es en train d’me menacer, là ? Ça te va pas au teint, Mister Scout. Et essaie pas d’me la faire, tu peux pas m’envoyer à l’ombre juste pour vous avoir croqués, Boris et toi. Parce que pour rappel, j’ai fait que ça. Ma sœur a clairement pas besoin de moi pour aller s’faire ramoner par n’importe qui. Elle a des goûts de chiotte, j’t’assure… J’crois qu’tu lui plairais… » Glen n’a rien à redire aux fréquentations de sa sœur mais sérieux, elle a vraiment des tendances bizarres parfois. Les mecs qui lui font des serments, des trucs romantiques, ce genre de comportement de minet alors qu’ils veulent juste la tirer au bout du compte. Elle se fait avoir à chaque fois. Lui au moins ne ment jamais quand à ce qu’il attend d’une gonzesse. Comme ça, tout le monde sait à quoi s’en tenir…

Finalement, Mister Scout va se rasseoir et prend ses armes en main, à savoir son carnet et son stylo, lui proposant un deal honnête. Glen ricane en secouant la tête lorsqu’il entend ses jolies promesses, comme s’il avait réellement besoin d’une telle carotte pour avancer (mauvaise foi flagrante). Sans rire, à ce tarif-là, il aurait pu commencer par ça dès le début… enfin, le coup de fil, c’était marrant. « Okay, chérie, je passe à table à une condition : tu me détaches maintenant. Parce qu’on dit pas à un type qu’on veut lui accorder sa confiance quand on n’est pas à égalité avec. Après, tu peux t’attacher à la table aussi, si tu préfères dans l’autre sens. Ça ferait un défi rigolo pour écrire ton papelard… » Oh, ça oui. Glen en viendrait presque à souhaiter qu’il le fasse, même presque seulement parce qu’il a une furieuse envie de se gratter, à un endroit pas accessible pour sa main libre.
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Christopher Inoue a écrit:
Quel crétin... L'inculpé avait pris Chris au mot et avait même allumé sa mèche avant que le flic  ne lui refroidisse les idées. Celui-ci regrettait même sa petite plaisanterie tandis que résonnait encore à ses oreilles le vulgaire "Tu suces ?". Non, merci, sans façon. Pourtant, il aurait dû s’y attendre, Glen était prévisible et bas. Rien que cette perspective peu plaisante confirmait à l'anglo-nippon qu'il n'avait pas atteint la face cachée de la lune. Et même si Glen avait été une fille, avec le même discours, il n'aurait pas été séduit pour autant.
Comment ce type parvenait-il à plaire à des filles avec de telles propositions ? A moins bien sûr, qu'il n'en pêche pas, ou qu'il procède autrement en réalité. Il était juste dans la provocation à outrance. Quoiqu'il en soit, Christopher avait une vision trop fleur bleue pour le triste personnage, ne serait jamais sur la même longueur d'onde que lui. Ils avaient des visions trop différentes du sujet.

Une nouvelle fois, Chris perdait pied. Sa blessure à l'épaule le lançait ; la douleur étouffait-elle son assurance ? Il pensait vraiment avoir défait le prisonnier, celui-ci avait pourtant repris du poil de la bête. Le flic hésitait sur la suite à donner à son interrogatoire. Quelque soit le comportement de l'interlocuteur, il n'avait pas le dessus. Bien sûr, Glen était prêt à collaborer. Sous condition. Preuve de la défaite du métis.
Son aptitude à manipuler, marchander et charmer était prise en défaut, il ne venait pas à bout de son dur à cuire. Le brun refusait néanmoins de se laisser abattre. Il avait encore des progrès à faire, après tout, il était jeune dans le métier. L'attaque frontale fonctionnait mieux que le biais, contrairement à ce qu'on pourrait augurer. Cervelle de poisson ne serait pas très futé ? Chris n'aimait pas, il était de toute façon mauvais comédien. Gentil flic ? Pitié, loin de lui ce cliché, autant rester naturel et voir ce que cela donnait.

Des coups frappés à la porte lui fournirent un peu de répit. Sans piper un mot, et jeter un coup d’œil derrière lui, Chris sortit de la pièce en refermant soigneusement derrière son dos, laissant avec plaisir le requin s'impatienter sur sa chaise. Kenji "Osan" avait terminé sa partie et lui tendit la version des faits du surnommé "Boris". Écoutant attentivement le résumé oral, le bleu parcourait chaque mot, chaque ligne du papier pour prélever la moelle nécessaire à son labeur. La tête ailleurs, il remercia évasivement son collègue et revint sur ses pas.

Sans se poser la moindre question, son hésitation envolée, il délivra la main captive du requin après avoir glissé la clé dans la petite serrure. Son visage exprimait une parfaite neutralité, comme s'il exécutait un geste aussi anodin que se servir un verre d'eau. Il décrocha la deuxième menotte de la table, récupéra la paire qu'il rangea dans la poche latérale de son short, le tout réalisé avec un flegme qu'il tirait de ses origines britanniques. Il posa le compte-rendu sur le bureau, dévisagea brièvement le si singulier visage de l'hybride. Il se mit à bailler sans chercher à dissimuler sa bouche grande ouverte, croisa les bras et les jambes. Et se décida enfin à reprendre le cours de son travail.
En anglais.

- Je suis prêt à entendre ta version des faits. Raconte-moi la soirée par le menu. Y compris jusqu'à ton arrestation.  
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Glen Ring a écrit:
Et merde ! Le voilà qui se casse à nouveau ! Glen essaie de le retenir mais il pourrait aussi bien pisser dans un violon. Ptain, ce qu’il est chiant à faire la sourde oreille comme ça, on dirait une vraie gonzesse… C’est peut-être le cas, qui sait ? Peut-être qu’il porte des shorts parce que les jupes lui manquent. Et si ça se trouve, il y a un joli string là-dessous. Héhéhé, ce serait fendart… Cette perspective le fait ricaner tandis qu’il attend son retour, puisqu’il ne peut pas faire autre chose. Tenter de gratter son dos qui le démange contre le dossier de la chaise n’est pas très concluant et il jure en s’essayant à la manœuvre. Vivement que Mister Scout revienne. Au moins quand il est là, il peut espérer obtenir gain de cause. Il lui tire son chapeau d’ailleurs. Ceux qui parviennent à le supporter avec une telle patience se comptent sur les doigts d’un manchot. A Sydney, il serait déjà bon pour une nuit au poste alors que là, même avec toutes les insolences qu’il s’est permises, il peut encore espérer s’en tirer. Est-ce que ça l’exhorte à la patience pour autant ? Pas vraiment… au contraire, puisqu’il est encore safe, autant en profiter. Finalement, le petit flic revient et le détache sans mot dire. Surpris (il ne pensait pas qu’il accepterait aussi facilement son deal foireux), Glen ne se laisse pourtant pas abattre et se gratte aussitôt furieusement le dos de sa main libérée, avec un grognement de soulagement. Bordel, c’que ça fait du bien. Et c’était pas trop tôt. Sans prendre la peine de remercier son geôlier, il s’amuse de le voir bâiller à s’en décrocher la mâchoire. Oooh, la p’tite nature… Glen n’a pas la moindre idée de l’heure qu’il est et pour tout dire il s’en fout. Pour lui, maintenant qu’il a fait sa sieste, ça ne fait aucune différence. Il peut tenir comme ça jusqu’à l’aube ! De l’autre côté de la table, Mister Scout abandonne soudain le japonais pour l’enjoindre à raconter sa version de l’histoire dans un anglais parfait, ce qui lui arrache un haussement de sourcils. Oh, sérieux ? Comment ça se fait ? Gardant la question dans un coin de son crâne, il se lance néanmoins :

« Okay, alors… j’suis parti du taf’ vers 18h30, j’ai graillé un truc et j’suis allé retrouver mes potes pour qu’on s’enfile quelques bières, comme d’hab’. J’précise que j’étais pas bourré. Je conduis pas le scout’ de ma sœur en étant bourré, c’est un coup à y laisser tes balls… Du coup, on arrive devant la boîte vers… ch’ais pas, 22h peut-être. On s’gare tranquille, on va pour entrer, et là y a Boris qui m’dit que moi j’peux pas parce que j’suis pas assez bien sapé. Mais genre rien qu’à moi, t’vois ? Ch’ais plus comment était fringués mes potes mais y ont pas sorti le costard rien que pour cette fois, j’crois pas que la différence de level était si grande que ça... » Ouais, ça c’est vrai. Même que ça sent bon le délit de faciès. Enfin il dit ça, il veut pas influencer non plus, hein ? Se rejetant en arrière sur le dossier de sa chaise, Glen prend ses aises et continue de raconter avec des éclats de voix et des gestes exubérants. Chose curieuse, il essaie de rester aussi sincère que possible. Il a beau être un p’tit con, la mauvaise foi et les flics, ça se marie pas bien. Alors ça fait peut-être un peu mal à l’égo mais il s’y plie quand même. Après tout, personne n’a le droit de lui dire qu’il a tort, mais lui ça passe « Alors sur le coup, j’ai pas compris et j’me suis peut-être… ouais, un peu vénère quand même, quoi. ‘Fin j’ai essayé d’lui faire comprendre que je cherchais pas la merde et que j’voulais juste rentrer, picoler et chopper une gonzesse ou deux, vraiment pas la mort. C’vrai que j’ai p’têt’ pas été très poli mais ça me saoulait d’avoir à m’justifier. Au bout d’un moment, ça me gonflait trop, j’ai essayé de passer en force, il a pas voulu et dans le feu de l’action, j’l’ai mordu. J’sais que j’aurais pas du, mais ça fait chier quand même. J’veux dire, on est déjà venus une fois ou deux dans cette boîte et j’ai jamais eu de problème, sauf ce soir où Madame avait ses ours et où j’étais soi-disant pas assez bien sapé… ‘Fin bref, du coup j’avais du sang plein la gueule alors ça m’aidait pas à me calmer. J’y aurais bien dérouillé la tronche mais là, tiens-toi bien, y a Super Scout qui débarque de nulle part pour chasser la racaille et protéger le sommeil des braves gens ! Roh j’te jure, je sais pas d’où il sortait mais direct j’me suis dit putain mais qu’est-ce qu’il vient nous chier dans les bottes, ce con ? Ah là là, un grand moment… Ça va, tu tiens debout encore ? »

Goguenard, Glen prend plus de plaisir à cette partie de l’histoire que la décence le voudrait. Mais bon, hé ! C’est lui qui l’a cherché, il a bien demandé jusqu’à son arrestation et aux dernières nouvelles on y est pas encore. Et à ce moment-là, il ne savait pas que cette fillette en short était un poulet donc bon, ça compte pas vraiment. Il reprend avec enthousiasme « Du coup, le Scout il arrive, là comme ça, et il veut nous faire lâcher l’affaire. Sauf que moi, j’aime bien régler mes problèmes tout seul alors ça m’a pas trop plus qu’un gus ramène sa fraise dans une bagarre au pif pour se faire mousser auprès de sa copine ou compenser un truc ou n’importe quelle raison à la con. Et quand Boris lui a laissé sa place, ça m’a vraiment saoulé et j’ai voulu le pousser pour qu’il taille la route. Mais là il m’a fait un truc de ninja comme t’en vois que dans les films, t’sé ! Sérieux, le gars, il sort de maternelle et il me met le cul par terre en deux secondes, j’ai rien bité, vraiment ! Alors forcément, j’me suis dit que ça risquait de pas trop le faire avec les poulets qui rappliquaient et j’ai essayé de me tirer. Sauf qu’il m’a cavalé après, le con ! Tu l’crois, ça ? Et avec des techniques de vicelard, en plus ! Il a fini par me rattraper et là, j’ai commencé à perdre un peu les pédales parce ce qu’il sentait grave le chocolat et que moi, les odeurs de bouffe, ça finit par me rendre fou… Frénésie alimentaire, ça s’appelle. Ça doit être marqué quelque part dans tes papelards, c’est considéré comme indépendant de ma volonté. J’fais pas exprès, c’est juste que quand y a un truc à bouffer et que j’ai faim ou que je suis stressé, ou c’que tu veux, faut que je le mange dare-dare, sinon j’deviens violent. C’est le côté requin, t’vois ? ‘Fin bref, il a été cool, il m’a filé sa merde au chocolat et pis là, tadaaaaam ! Il s’est transformé en flic ! T’imagines un peu le délire ? Et après ses potes ont rappliqué, ils m’ont coffré, j’ai chanté plein de chansons de cul dans le panier à salade et j’me suis retrouvé ici. C’t’une belle histoire, hein ? »

Oh ça oui, y a intérêt. Il a déployé tout son talent. Mister Scout a intérêt à être content. Du reste, il se demande qu’est-ce que va raconter Boris de son côté. Y a pas intérêt à ce que ce con balance des saloperies, sinon ça va chier. Glen est prêt à se défendre mordicus, même si c’est parole contre parole (ça peut finir en poing contre gueule, si on arrive vraiment pas à les départager). Et puis il se demande aussi d’où vient le petit flic face à lui. C’est vrai qu’à y regarder de plus près, il a pas l’air si asiat’ que ça. Un p’tit quelque chose quand même, mais pour le reste, il pourrait bien être métis. Finalement, comme le jeune squale n’aime pas se tordre les méninges pendant des plombes, il finit par y aller franco « Au fait, t’es anglais non ? J’me goure pas, c’est bien ça ton accent ? C’est vrai que t’as pas vraiment une tronche de jap’ au final. T’es d’où ? Ça fait longtemps qu’t’es là ? » Et puis bon, si on peut pas taper un peu la causette pendant l’interrogatoire, ça va être chiant comme la mort pour tout le monde. Se dit-il naïvement…
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Christopher Inoue a écrit:

Glen partit dans sa déposition sans demander son reste, l'épiçant de quels détails bien sentis et d'expressions pas piquées des vers. Chris se félicitait d'avoir changé de dialecte. Pas pour lui, non. Il était parfaitement bilingue. Ce n'était en revanche pas le cas de Big Fish qui avait un accent déplorable. Les dents de la mer déchiquetaient la langue japonaise de la même manière que son steak du midi à base d'épaule de flic.

Tandis que le requin parlait, Chris suivait d'un œil le développement de la soirée selon le videur, Hiro Yamamura, et prenait des notes sur les éléments qui lui paraissaient divergents, totalement contradictoires ou flous. Ce qui demandait un sacré effort de concentration, car le requin brodait sur certaines parties avec son vocabulaire fleuri.
Selon Yamamura, le client refoulé ne sentait pas l'alcool. Pour le moment, cela coïncidait. Les réponses agressives de Glen ne pouvaient pas être mise sur un état d'ivresse. De là à savoir si c'était positif ou pas...
Un premier point obscur arriva enfin sur le tapis. Les deux témoignages divergeaient concernant l'interdiction d'entrée du videur. Celui-ci indiquait dans sa déposition qu'il avait demandé au groupe de s'en aller, n'étant pas vêtus correctement selon les critères de la direction. De son côté, glen avançait que la remarque n'avait été adressée qu'à lui, ses amis n'étaient pas concernés. Si cela était vrai, pourquoi ? Glen avait-il eu des antécédents de violence en ces lieux que Yamamura connaissait ? Ou bien avait-il fait preuve de discrimination à cause du niveau social, ou même de son hybridation ? "Osan" n'avait rien noté de particulier, mais avait-il bien creusé la question ?
Le tort de Glen fut d'avoir pris la mouche. Normalement, quand un videur vous refuse, il n'y a pas à discuter. Or le requin, quand il veut quelque chose, a pour habitude de ne rien lâcher. Si vous en doutez, la chaîne télévisée National Geographic pourra vous proposer un documentaire bien ficelé sur le sujet. Si l'on ajoute à cela les paroles sûrement peu cavalières du zigoto, il n'était pas étonnant que la situation se soit envenimée.

Pendant un instant, Chris faillit l'interrompre pour mettre les choses au clair, mais le squale passa de but en blanc à la seconde scène de la soirée, à savoir la propre intervention du sang-mêlé. Chris n'avait pas demandé ce récit pour se faire mousser et entendre une tierce personne parler de lui. Il voulait juste essayer de faire réaliser à Glen l'absurdité de sa réaction et les délits qu'il avait commis en s'attaquant à quelqu'un indépendant de la rixe, venue calmer le jeu.
Au début, il arrêta de prendre des notes. Leva juste les yeux, sa tête toujours penchée. Afficha un air dubitatif sur le visage. Posa son style. Redressa tête et buste. Détendit ses traits tirés. Croisa les bras et écouta la charmante petite histoire. Glen avait un sacré talent de conteur ! Alors que le délicieux orateur terminait sa déposition en faisant exploser l'ironicomètre, puis poser une question sans rapport avec l'affaire, le flic conserva le silence cinq secondes.
Avant de pouffer puis s'esclaffer à en avoir mal aux côtes. Il avait attrapé le fou-rire et ne parvenait pas à s'arrêter. La version de Glen était une histoire truculente, Chris avait imaginé ça dans sa tête, ce qui donnait un petit film loufoque et déjanté. Quelle vision de lui recevait-il en ce jour ? Il mit du temps à se remettre, sans oublier de noter un point important soulevé par le requin, et tenta entre deux hoquets de reprendre la parole.

- Oh, bordel... Ca fait... un bail... que je n'avais pas autant ri ! Ca fait du bien ! Avant... d'attaquer les choses sérieuses... Non, sans déconner, t'as vraiment chanté des chansons grivoises dans le fourgon ?

Il repartit en fou-rire incontrôlé qu'il calmait vainement en toussant pour retrouver une contenance qu'il avait pourtant perdu, et étouffait de temps à autre un sursaut jovial, affichant un insistant sourire-banane.

- Tant que tu n'auras pas ma réponse, je n'obtiendrais rien par la suite, et puis changer de sujet quelques secondes, ça fera pas de mal. J'ai la double nationalité, mi-pudding mi-sushi. Nain par mon père nippon et anglais basané par ma mère impérialiste. Le mariage de deux nations ennuyeuses et collets montés buveuses de thé. J'ai choisi de parler anglais pour être sûr que tu exprimes bien ce que tu penses, et qu'il n'y aie pas de quiproquo possible par une erreur de transposition. Non pas que je doute de ta maîtrise de la langue du soleil levant, t'as même appris des mots d'argot, mais avec l'accent, ça serait dommage que je passe à côté d'un détail important car t'as massacré une prononciation. En tant qu'Australien, t'es plus à l'aise avec l'anglais, non ?

Il fit une pause pour essuyer les larmes qui coulaient de ses yeux depuis sa franche rigolade, reprit son stylo pour jouer avec lui telle une majorette avec son bâton, le faisant tournoyer habilement de phalanges en phalanges.

- Merci beaucoup pour cette minute d'humour. Je me suis bien marré. Mais je dois mettre fin à cette bonne humeur, car j'ai encore quelques interrogations.

Il redevint plus sage, effectuant des yeux un va et vient entre le visage de Glen, la déposition de Hiro, et ses notes.

- Tout d'abord, j'ai pas l'impression que tu en as conscience, mais tu vas sûrement passer en jugement pour coups et blessures. T'as frappé en premier, et ça, ça ne passera pas. Bon, t'iras pas forcément en prison, je te rassure, mais il y aura peut-être des dommages et intérêts, ou des travaux d'intérêt général. Y'a besoin de personnel à la crèche, je crois. T'as quand même mordu le videur, tu m'as mordu et ta frénésie alimentaire explique ton agressivité d'après fuite, mais pas d'avoir voulu te faire de la viande gratos sur notre compte. Mes M&M's, ok, mon épaule, pas d'accord. T'as bousillé quand même un manteau en cuir épais, et t'as réussi à me planter les dents quand même. Je ne suis d'ailleurs pas une si petite nature que tu le crois, et j'ai eu droit à une belle couture. Si je peux me montrer conciliant, ce n'est pas le cas de mon supérieur, et dans ce dossier, il y a un exemplaire du compte-rendu du médecin urgentiste. Et c'est pas bon pour toi. Oh, ne me regarde pas comme ça, je ne voulais pas y aller, moi, aux urgences. J'y suis allé de force, sinon on ne m'autorisait pas mon tête à tête avec toi. Remarque, tu aurais peut-être gagné au change avec le vieux Kenji. Il est moins rapide que moi, t'aurais gardé encore plus longtemps, t'aurais laissé de calmer dès que tu te mettais à crier. Quant à ta bouteille d'eau et les menottes, tu pouvais toujours courir.

Il s'arrêta, et fixa Glen droit dans les yeux avec le plus grand sérieux. Finie la rigolade.

- Il y a cependant un détail qui pourrait limiter la casse et te procurer des circonstances atténuantes, ce qui dans ton cas ne serait pas du luxe, même si cela n'excuse pas la suite. Tu as dit que tu étais déjà entré dans cette discothèque avant. Et que tu n'avais jamais eu de souci. C'est vrai ça ? C'est important, et je peux toujours aller vérifier sur place, alors inutile de mentir, ça nous fera gagner du temps. T'as jamais rien fait là-bas qui aurait fait de toi persona non grata, de sorte que le videur t'avait en tête au panthéon des emmerdeurs et des raisons de te virer ? Seconde chose, es-tu sûr que le videur ne s'est adressé qu'à toi, et pas à tes copains au sujet de la tenue ? Quand tu es entré les fois précédentes, Boris était-il déjà à l'entrée ou bien était-ce quelqu'un d'autre ? Comment ça s'était passé ?

Il marqua un arrêt avant d'ajouter une nouvelle question.

- Pourquoi "Boris", au fait ? Il a plus l'air d'un yakuza qu'un agent du KGB...
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Glen Ring a écrit:
Wow… En toute honnêteté, Glen ne savait pas vraiment à quoi s’attendre en racontant son histoire à la con. C’était jamais qu’un moyen de tester Mister Scout, de l’énerver, histoire de voir jusqu’à quel point il peut se la jouer cool avant de péter les plombs et de passer en mode bad cop. A la limite, il pensait vaguement qu’il allait se manger un interrogatoire plus musclé dans la gueule et qu’on allait le re-menotter des deux mains pour lui apprendre. Là, ça dépasse tout ce qu’il avait pu vaguement imaginer. Après quelques secondes de silence, goguenard pour l’un, stoïque pour l’autre, voilà que le flic pouffe, glousse, puis éclate de rire. Mais genre bien comme il faut, hein ! Il se bidonne tellement qu’il est plié en deux, que ses yeux chialent tout seul et que le jeune squale se retrouve bientôt à se marrer aussi. Un peu bêtement au début, puis de plus en plus fort à mesure que le fou rire de Mister Scout se fait contagieux. Et lui aussi finit par se tenir les côtes en se renversant sur sa chaise, toutes dents dehors. Qu’est-ce qu’il est drôle ! Ceci dit, même si Glen s’auto-flatte avec ses talents de comique, c’est tout autant le délire de la situation qui le met K.O. Jamais il n’aurait pensé qu’un jour il se partagerait un fou-rire avec un poulet, quel qu’il soit. Comme quoi… Et il demande des détails, le ptit malin ! « Mais ouaiiis, plein ! Et des trash en plus ! La tête de tes collègues valait tout l’or du monde, c’est trop con que t’ais pas pu voir ça ! Par contre, j’leur tire mon chapeau, ils ont des nerfs en acier. Ils ont pas moufté de tout le trajet ! Ils devaient penser que j’me fatiguerais… Hey, fais-moi plaisir et quand tu les croiseras, demande-leur si j’ai du talent ! » Haha, les pauvres, quand il y repense… Qu’est-ce que c’était marrant ! Essayant de reprendre son souffle pour ménager ses côtes douloureuses, il essuie ses larmes à son tour et écoute Mister Scout répondre à sa question sans chichis ni manières, comme s’ils étaient des potes accoudés à un bar. Ça aussi c’est une première.

« Héhé, j’me disais bien que c’était ça avec ton accent… Fin bon, faut croire que c’est un bon mélange, c’est la première fois que j’me tape une telle barre avec un flic ! Et ouais, ouais, j’viens tout droit de Sydney ! On est arrivé y a six mois avec ma sœur et comme je jactais pas un mot, j’ai tout appris sur l’tas. J’me démerde bien, hein ? Me demande pas d’écrire par contre, j’y comprends rien à leur pattes de mouches… » N’importe qui pourrait s’en rendre compte : ce fou rire a fait du bien à tout le monde. Glen a manifestement changé d’état d’esprit et relégué sa posture de sale garnement provocateur aux vestiaires (du moins pour l’instant). Parce que finalement, ce petit flic est nettement moins coincé et beaucoup plus sympathique que ses collègues, comme il le présumait au début. Ça se sentait vaguement dans son odeur. Du moins, ce que l’on peut capter de son odeur originelle en-dessous de ce putain de parfum de chocolat. Et puisqu’il se marre bien avec lui, le jeune squale n’a plus aucune raison de se braquer. Mieux, même : quand ils reprennent leur sérieux et que son vis-à-vis lui explique que quand même, il risque pas mal, Glen l’écoute. Si, si, c’est vrai ! Ça se voit sur son visage et sur le pli soucieux qui barre son front. Il lève les yeux au ciel en entendant le détour par la case urgence, mais autrement il ne moufte pas. Plus encore : même s’il ne l’avouerait jamais et nierait tout en bloc si on lui posait la question, il commence à admettre (juste un peu, hein) en lui-même qu’il a peut-être fait le con. Ça l’énerve d’ailleurs et il lutte un peu contre ce sentiment dérangeant. Bordel, il essayait juste de s’amuser et on vient le faire chier, c’est quand même pas de sa faute ! Et puis il les emmerde d’abord, il a le droit de faire ce qu’il veut, encore ! Si ça plait pas c’est pareil, d’abord… Mais bon. C’est vrai que. « Raaah, putain, coincé trois semaines avec des marmots qui puent et qui braillent, l’horreur… Va falloir que j’explique ça à mon patron. Et le vieux va m’tomber dessus, fait chier… » Ça oui. Dès qu’il va savoir ça, il va lui arracher l’aileron. S’il n’essaie pas carrément de le rapatrier au bercail. A cette pensée, Glen s’assombrit. Si jamais il fait ça, il revient à la nage. Et il n’a plus de père. Ça foutrait sacrément la merde dans la famille, mais tant pis. On ne le sépare pas de son banc comme ça.

Heureusement, Mister Scout lui tend une perche en or massif. Le jeune squale ouvre aussitôt de grands yeux ronds en sursautant dans sa direction. Sérieux ? Des circonstances atténuantes ? Putain, il sait pas ce qu’il mijote avec ses questions mais s’il peut vraiment lui trouver ça, il aura sa gratitude à vie (pendant au moins trois jours) ! Et il lui fera plus de double milkshakes et de Sunday caramel qu’il ne pourra en bouffer ! Avec des M&M’s à chier partout ! A l’œil !!! Tellement soulagé à l’idée que ça puisse ne pas se finir si mal que ça pour ses miches, il répond avec empressement et exubérance, grands gestes et éclats de voix « Ouais ! J’te jure que c’est vrai, sur c’que tu veux ! J’y suis allé pt’êt’ trois fois en tout, avec mes potes et une autre fois avec ma frangine. Et j’veux bien croire que j’peux faire mon sac à merde parfois mais là-bas, j’ai toujours été clean ! Tu peux demander à cette barmaid, là… Yura, ou Yuka, un truc comme ça. J’ai commencé à tchatcher un peu avec elle et elle pourra te dire que j’ai jamais mis le dawa là-bas. Je me bourre même pas la gueule à fond, je supporte pas d’avoir la gueule de bois. Toutes les fois d’avant, c’était pas Boris le videur mais un autre type. J’me rappelle plus son blaze mais il m’a toujours laissé rentrer… Là, Boris a fini par nous dire « Cassez-vous tous » mais au début, c’était clairement « T’es pas assez bien sapé ». Le « tu » d’abord et le « vous » après, tu saisis ? On peut dire que je psychote mais en tout cas, j’vois pas comment j’aurais pu l’prendre autrement… » Ptain, pourvu que ce soit comme ça que cette fille s’appelle. A vrai dire, il se souvient surtout de sa chute de reins renversante et du papillon déployé tatoué sur ses nibards. Et pour le reste, il repasse ses souvenirs en boucle et oui, il lui semble bien que c’est comme ça que ça s’est passé. Ce Boris est vraiment un gros enculé, en fait. Pourvu que Mister Scout lui colle une procédure au cul pour racisme avéré…

Entre temps, il lui pose une autre question qui n’a rien à voir. Ah oui c’est vrai, tiens « J’en sais rien. Je cherchais un prénom de brutasse et c’est l’premier qu’est venu. Et pis j’connais pas beaucoup de noms de yakuzas… Tu regardes des films de yakuzas, toi ? Ou alors de kung-fu ? Nan parce que tu m’as vraiment niqué les lombaires tout à l’heure, t’es un putain de ninja ! Hey, c’est quoi ton nom, d’ailleurs ? Bruce Lee ? » Ouais, parce que Mister Scout c’est marrant cinq minutes, mais ce serait cool d’avoir un blaze à coller sur cette tête de flic plus sympa que la moyenne. Encore que, hey… Bruce Lee, c’est pas mal non plus. Ça lui va carrément, en fait ! Il est tout petit et il tatane les mecs comme un rien ! Ouais, adjugé ! Ptain, il est trop bon… Fier de son coup, Glen rigole encore de sa blague quand le portable avec lequel il a appelé sa sœur, oublié sur un coin de la table, se met à vibrer, vraisemblablement à cause d’un sms. Tiens ? Le jeune squale tend le coup pour jeter un œil et hausse les sourcils en reconnaissant le numéro de Juliette. << Je sais pas où t’es mais je suis au commissariat >> Ça le fait marrer. « V’là la cavalerie. Hey, réjouis-toi, t’as le phone d’une jolie fille gratos ! » Ouais, ça le fait bien marrer. Et il en profite tant qu’il le peut encore, parce que dès que l’interrogatoire sera fini et qu'il sortira de cette pièce, ça va chier des bulles… « T’as d’autres questions à me poser ? Allez, j’suis sûr que t’en as encore… » Pitié...
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Christopher Inoue a écrit:

Finalement, Chris s'était inquiété pour rien. Maintenant qu'il avait mis Glen dans sa poche avec son rire contagieux, la discussion était moins lourde et menait vraiment à quelque chose d'important, et non du brassage d'air comme cela était jusqu'à maintenant. Restait à parler à « Boris » et à lui tirer les vers du nez sur la réalité de cette affaire. Et tout dépendait de la volonté de videur de porter l'affaire pour loin ou d'arrêter les frais en partageant les torts. Car s'il doutait des propos du métis et demandant des preuves sans le croire sur parole, l'affaire allait durer longtemps. A l'heure actuelle, de toute façon, il y aurait jugement. Mais la longueur de l'audience et son verdict pouvaient changer la donne de beaucoup pour les deux gardés à vue. D'après Kenji, le videur n'était pas quelqu'un de bien futé, soupe au lait mais pas autant que son adversaire, et facile à mettre à table, puisque la déclaration avait été plus rapide avec lui qu'avec Jaw. Mais craquait-il vite pour autant ?

La bonne humeur de cette salle devait contraster avec sa voisine, vu que le collègue plus âgé était plutôt de la vieille école. Au moins, Chris avait réussi à venir à bout de l'hostilité de Glen, et même s'il avait bien rigolé, il n'était pas devenu son pote pour autant. Il devait aborder le videur avec objectivité et éclaircir ce point de dissension. Il profita de la nouvelle blague du requin avant d'aller prendre l'air ailleurs et préparer sa nouvelle absence.

Non, je ne connais pas de nom de Yakuza. Rien qui me vienne de précis. Et puis tu as raison, Boris, ça lui va bien. C'est simple, c'est... représentatif. Quoique tous les Russes ne sont pas forcément des armoires à glace, mais c'est un détail. T'as le don pour trouver les surnoms, et je dois dire que je préfère nettement Bruce Lee aux autres que tu m'as débusqué. Quoique dans le style, je suis plus proche de Jacky Chan. Lee, c'est plus académique, plus sérieux, ça ne rigole pas. Chan, c'est inventif, et drôle. Qu'est-ce que... »

Il fut interrompu par le téléphone qui vibrait. Le texto émanait de la sœur du prisonnier, ce qui déclencha une remarque du frérot, nettement plus pondérée que les précédentes. Elle était arrivée. Mais Chris ne voulait pas la rencontrer. Voir un proche pendant une enquête mettait à mal l'objectivité.

Du coup, elle va te tenir compagnie le temps que je rende visite à notre second invité. On vous relâchera tous les deux après cette petite mise au point, je pense. Alors courage, il n'y en a plus pour trop longtemps. Seulement, étant donné les faits, sans avoir droit au grand procès, vous passerez forcément devant un juge pour qu'il prenne la décision, positive ou non pour vous deux. Mon rôle est juste de veiller à ce qu'il aie toutes les infos nécessaires. Et non, ce n'est pas moi qui décide. Mais entre temps, tu seras relâché, avec obligation de rester dans le coin. Mais vu que t'as un boulot ici, je doute que tu cherches à t'enfuir. C'est pas dans ton intérêt, et je ne t'en crois pas volontaire. On va faire venir ta sœur, mais je suis obligé de te rattacher, car c'est la procédure. Avec moi, je m'en fiche, mais avec mes collègues, c'est pas pareil. Alors autant faire comme si je ne l'avais pas fait, et je te prierais de ne pas leur dire que j'ai accepté. Je t'ai fait une fleur, me renvoie pas la guêpe.

Il joignit le geste à la parole. Avant de sortir, il récupéra stylo, téléphone et dossier, avant de passer la porte en déclamant à la cantonade : « A tout à l'heure ! » en saluant le squale de la main. Une fois dehors, il donna des instructions à un de ses collègues, le second du fourgon venu en renfort avec Kenji, qui se chargea d'introduire la jeune sœur dans la salle d'interrogatoire n°1, avec deux bouteilles d'eau pour la visiteuse et son forcené de frère, et de les garder à l’œil après avoir fermé la porte à clé de l'intérieur. Ce n'était pas de la défiance, mais par professionnalisme. Il changea de pièce pour s'enfermer en compagnie de Yamamura, afin d'éclaircir les choses.

***

Quand il ressortit après une discussion pas si longue qu'on pourrait le croire, Christopher était content de voir que son talent de manipulation avait mieux marché sur l'employé de la boite que sur le client récalcitrant. Prenant d'abord la défense de cet homme, il arriva à le faire venir là où il le voulait, en commençant par une manœuvre qu'il savait risquée : celle d'évoquer la contradiction évoquée par Glen. Comme de bien entendu, le vigile s'énerva. Il traita le requin de tous les noms, dont de menteur. Il accusa même le policier de chercher à l'avoir, qu'il avait bien vu ce qu'il s'était passé. Demeurant d'un calme olympien, ce dernier nia prendre la défense de l'un ou de l'autre, vu qu'il n'avait pas assisté au début de la querelle. Il modifia son approche, fit quelques écarts dès que cela devenait tendu, jusqu'à pousser à bout, exactement là où il voulait le mener depuis le départ. Et Hiro Yamamura tomba dans le panneau. Sous l'effet de la colère, il avait lâché une expression, dont il s'aperçut trop tard de la portée, et tenta de se rattraper aux branches. Mais l'homme à la peau mat ne le lâcha pas. Il appuya sur l'erreur que l'employé venait de commettre, et obtint finalement un aveu sur son attitude. Effectivement, celui-ci ne portait aucune confiance à Glen non pas à cause de sa tenue, mais bien son visage qui ne lui revenait pas. « Un requin, ça apporte nécessairement des emmerdes ». Le flic lui pointa son erreur, évoquant discrimination et délit de fasciés. Même si le but des videurs était bien d'écarter toute personne susceptible de poser problème à l’intérieur de l'établissement, le vendeur de glace n'avait rien fait de mal avant son interdiction, belle et bien adressée en premier lieu à l'hybride. Histoire de ne pas lâcher le morceau, tout en pondérant son attaque en précisant bien qu'il n'était pas non l'avocat de son opposant, Christopher signala que même si Glen avait frappé le premier, et qu'il était fautif, lui-aussi avait une part de responsabilité. « Boris » protesta, le flic le calma d'un simple regard, et en évoquant qu'un tel comportement à l'entrée d'une boite entachait la réputation d'un établissement, qui risquait de perdre des clients si un hybridophobe refusait un type de population très présent sur l'île.

Le videur baissa les bras, et indiqua qu'il ne porterait pas plainte. Et que s'il pouvait éviter le jugement, en mettant fin à cette histoire, qui risquait de lui faire plus mal que d'amener son agresseur sur les bancs d'un tribunal. Chris ne s'attendait pas à ce qu'il renonça aussi vite ; sûrement craignait-il d'être licencié. Or, selon Glen, Yamamura était nouveau. Pas étonnant que ce dernier ne souhaita pas prendre de risque. Tout cela pouvait donc s'arrêter-là, après cette nuit, sans suite. A une condition.

Le jeune homme retourna à la première salle d'interrogatoire, frappa deux coups et s'identifia auprès de son collègue, qui déverrouilla la porte et le laissa entrer. Il salua la jeune sœur poliment (elle était mignonne, en effet, Glen n'avait pas menti), lui demandant de retourner à l'accueil le temps des derniers réglages. Et de nouveau, les deux lurons se retrouvèrent seuls. Christopher détacha à nouveau la menotte et résuma l'entretien. Avant de conclure.

- Vous pouvez sortir tous les deux après avoir signé vos dépositions finales, et il n'y aura même aucune poursuite. Juste un avertissement du commissariat et bien sûr un petit casier, mais vu que tu en as déjà un, toi, ça ne changera rien. Vous n'aurez pas à passer devant un juge. Sauf si tu veux toucher des dommages et intérêts, mais je crois que porter plainte serait vraiment une grosse connerie. En gros, ça se termine là, vous avez compris la leçon, bon vent et je ne veux plus vous voir vous disputer, sinon ça se passera mal. En ce qui me concerne, je passe l'éponge, je ne me plaindrais pas. Tu ne m'as pas fait du bien, et tu m'as bousillé mon blouson, mais je m'ennuyais sérieusement dans ce bled, et tu m'as un peu réveillé. Et puis, t'es glacier, non ? J'adore les glaces. Ma morsure contre des glaces, c'est pas cher payé.
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Glen Ring a écrit:
« Haha, ouais, Jackie Chan c’est pas mal aussi. Et pis ça te va mieux au teint, en plus. Avec ta tronche un peu ahurie… » Ça lui rappelle un dessin animé que regardait sa sœur quand ils étaient minots, avec plein de talismans du zodiaque à récupérer, une gamine ultra énervante et un vieux qui le faisait tellement délirer qu’il l’imitait tout le temps. Et ouais, pour le coup, Jackie Chan était vraiment inventif dans la baston et vraiment ahuri vu toutes les situations de merde qui lui tombaient dessus. Il pouffe dans sa barbe quand il imagine son petit flic dans le même genre d’embrouilles. Mais pas longtemps parce que les affaires reprennent et que, même s’il y a une lueur d’espoir, ça s’annonce pas brillant malgré tout « Ptain, le juge… ah la merde. J’bougerai pas de toute façon, où tu veux te planquer sur ce caillou ? » C’est vrai, c’est clairement pas l’Australie ici. Faire le tour de l’île lui prendrait peut-être deux jours à tout casser, trois pour faire large. Bref… y a plus qu’à espérer qu’il parvienne à tirer les bons vers du nez de Boris pour lui sauver la mise. Il va croiser les doigts pour son succès (et pour que le videur soit un sale nazi qui n’aime pas les gosses et martyrise les chats) et attendre son retour en compagnie de sa s… Heing ? « Euh, wait… tu me rattaches et tu me laisses seul… avec elle ? » Les yeux de Glen s’arrondissent subitement. Oh purée... « Hey, non, attends ! Déconne pas, Jackie ! J’blaguais, t’as pas l’air si ahuri que ça ! ‘Fin juste un peu mais, hé ! Fais pas l’con, reviens ! » Trop tard, le voilà déjà parti. L’enflure ! Il le trouvait presque sympa pourtant !

Glen n’a même pas le temps d’essayer de s’évader en bouffant ses menottes que déjà la porte se rouvre et laisse le passage à un des deux flics du fourgon (tiens donc !) et à sa petite sœur, Juliette Ring, 21 ans, une silhouette à faire bander les papes et l’air sacrément en rogne. Et merdeuuuh… Un grand sourire plein de dents lui barre le visage « Oh, Jul’ ! Quelle surprise ! Tu traînais dans l’coin ? » A peine a-t-il fini sa phrase qu’elle est déjà sur lui et lui abat son poing sur le sommet du crâne, juste à la base de l’aileron. Le squale laisse échapper un cri de protestation en se frottant la tête et jette un regard mauvais à la jeune femme qui le toise en retour, le visage froncé et les yeux furibards. La pute, ça fait mal…  Pris par surprise, le flic les observe avec méfiance, hésitant entre intervenir pour calmer le jeu et rester à distance de cette harpie des profondeurs. S’ensuit alors une joyeuse discussion en anglais dont il ne bite rien « Tu peux pas t’en empêcher, hein ? Quand est-ce que tu vas arrêter de rameuter du monde dans tes problèmes ?! » « Ptain, moi aussi j’suis content de t’voir… Mais ça va, c’pas ma faute ! Il l’a cherché, c’était un connard… » « Et toi, t’es un abruti fini ! Qu’est-ce qu’on fait si tu finis en taule ?! Et ton boulot ?! Papa est furieux et… » « Attends, t’as parlé de ça à papa ?!! » « Tu vas passer devant le juge ! Tu crois qu’il n’en saura rien ?! » « Mais t’es vraiment une salo… » Paf ! Cette fois-ci, elle a visé le bout du museau et Glen se le tient à deux mains en gémissant de façon assez pitoyable. Là quand même, le poulet se décide et demande à la jeune femme de se calmer. D’un geste et d’un signe de tête, elle lui répond que ça va, elle maîtrise. Tu parles… Réagis, mou du gland ! Elle est en train de le torturer, là !

Tandis que le squale respire précautionneusement pour vérifier qu’il ne pisse pas le sang, elle pousse un soupir, les mains sur les hanches « T’es vraiment un crétin. Quand je pense à quel point je me suis inquiétée pour toi… » « T’en fais pas : ça se voit… » « Roh, ça va, tu l’as bien cherché… Ils t’ont pas trop bousculé ? » « Certainement pas plus que toi… » Elle lève les yeux au ciel, l’air de dire que c’est une vraie chochotte. Glen lui répond en lui montrant brièvement son majeur bien tendu au milieu de ses doigts repliés et elle repousse sa main avec un petit sourire conciliant. Bon, au moins elle est calmée, maintenant qu’elle lui en a mis deux dans la gueule… « Et il est où le flic-nain à qui je dois faire des gâteries ? » « L’est parti… il est vraiment en rogne, le vieux ? » « Hein ? Oh ça… j’ai menti. J’lui ai rien dit. » « Merci, pétasse… » « De rien, ducon. » Ah les gonzesses, vraiment… Posant son joli petit cul sur la table, elle commence à papoter. Ils partagent les bouteilles d’eau (sans la douche, faut pas pousser), il lui raconte comment ça s’est passé avec tout son talent, elle se marre, ils finissent par reprendre en cœur le concert de chansons paillardes entamées dans le fourgon et le flic qui les surveille se demande vraiment pourquoi il a choisi ce métier au lieu de devenir facteur. C’est sur ces entrefaites que Jackie Chan revient. Son collègue l’accueille comme le Messie et se dépêche de quitter la pièce pour aller se vider le cerveau de toutes les insanités qu’il a entendues. Juliette rend tout aussi poliment son salut au bel officier et quitte la pièce quand on le lui demande. Glen tâte ostensiblement sa bosse sous l’aileron  et son nez gonflé par les mandales qu’il s’est mangées « Elle est folle de moi… » Puis il écoute le verdict du petit flic. Et il en tombe des nues.

« Non mais tu m’as regardé ? J’ai une gueule à porter plainte ? Oh purée, juste un autographe et j’suis libre… Qu’est-ce que t’as fait pour qu’il lâche tout comme ça ? T’as cogné dessus ? » Sérieux, c’est trop fort ! Ce sera bien la première fois qu’il sort d’un commissariat quasiment sans aucuns problèmes. Une ligne de plus à son casier, pfahahaha, la bonne blague… Sans doute est-il un peu inconscient, mais Glen s’en bat royalement les couilles. Et Jackie Chan, mine de rien, grimpe une petite marche supplémentaire dans son estime. Une toute petite « Ça me fait mal, mais… pour un flic, t’es pas trop un tocard. T’as assuré comme un chef. T’auras qu’à passer au café glacier sur la plage, j’te ferrai une Tour de Babel gratos, avec supplément M&M’s. Tu vois comme ch’uis un mec sympa ? » Trop généreux, ouais. Surtout quand tu sais que la Tour de Babel, c’est grossièrement comme le Sunday du MacDo mais en format  vingt centimètres et avec de la vraie glace maison. Un truc de fou. En ce qui le concerne, il ne peut pas commencer son service sans ça alors c’est devenu un vrai pro. Ah il aime la glace, le ptit flic ? Et bah il va être servi. C’est vrai que c’est pas mal comme échange de bons procédés. Le portable vibre à nouveau sur ces entrefaites << T’as raison, il est pas mal Wink >> Glen éclate de rire. Oh la con ! Elle sait pas sur quel mobile elle l'envoie... « Hey, t'as un ticket, bro ! »
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Christopher Inoue a écrit:

Chris n'avait pas utilisé les méthodes les plus classiques d'interrogatoire. Il avait plus joué les avocats cherchant les contradictions et prêts à pointer d'un doigt autoritaire l'erreur commise par le témoin. Cela avait un petit air de Phoenix Wright, mais il avait toujours été accroc à ces petits Visual Novel. Il avait pressé le videur jusqu'à obtenir enfin ce qu'il souhaitai de lui. Ceux qui auraient pu le voir faire penseraient qu'il était partisan, alors que ce n'était pas le cas. Il trouvait Glen sympathique ; mais pas de là à le défendre, il n'était pas un ripoux. Il voulait bien faire son travail, même s'il ne le faisait pas conformément à l'étiquette. Il l'avait donc réussi à obtenir un aveu et son contenu ne serait jamais connu du requin.

- Bon, si on en reste là, je suis satisfait. Non, je n'ai pas cogné. On a parlé. Il n'y a pas que la violence dans la vie. Parfois, parler est nettement plus efficace que les coups. Avoue que si on avait joué à Stallone contre Chan tout à l'heure, tu en serais encore là, menotté, avec des bleus en plus. Je ne pense pas que je vais devenir ton modèle cependant et te faire rentrer dans les ordres, mais discuter avant d'agir, ce n'est pas qu'un truc de lavettes. A condition de bien maîtriser le verbe.

Il afficha un sourire jusqu'aux oreilles, assez resplendissant. Oui, il était fier d'avoir mené cette affaire de main de maître, là où ses collègues avaient échoué, puisqu'il n'avait pas découvert, le vieux Kenji, cette histoire de discrimination plutôt essentielle. Il imaginait son supérieur et aîné avoir pris en grippe Glen dès le début. Il n'aurait pas cherché bien longtemps. Il se serait énervé et braqué. Et serait passé à côté d'une remarque essentielle, faisant preuve d'injustice. D'accord, le requin était agressif, vulgaire, et avait au départ arrangé un peu sa sauce. Mais il n'était pas entièrement responsable. Pour Kenji, il était suspect, et l'aurait été jusqu'au bout. Faisant passer ces deux-là en jugement, sans avoir apaisé les tensions.

La crainte de Christopher à présent était la récidive d'un des deux. Que Yamamura fasse attention à son travail, que Glen ne tombe pas dans la provocation. Difficile, très difficile, surtout de la part du second.

- J'espère bien te revoir à ton bar-glacier, et pas dans ce commissariat après avoir dû te courir après. J'ai vraiment hâte de goûter une Tour de Babel, donc on ne risque pas de se perdre de vue. Ce serait dommage, on rigole bien avec toi. Je compte sur toi en tout cas pour te tenir tranquille quelques temps, car si mon supérieur te voit trop souvent, je doute qu'il me laisse s'occuper de toi ; il risque d'avoir l’œil et ça tournerait mal. Avoue que ce serait dommage.

Son téléphone se mit à vibrer à nouveau, et Glen lut le message avant lui. Curieux, il découvrit les envois d'une certaine Juliette (la sœur du requin), qui avait cru que cet appareil était celui de son frangin. Il sourit tranquillement à la remarque de Jaw. Content qu'il lui plaise. La réciproque était vraie ; l'hybride avait des yeux vivants, une grâce féminine en dépit d'un caractère de garçon manqué. Tout à fait charmante. Chris raccompagna le gardé à vue enfin libéré jusqu'à l'accueil, où il fit signer les documents certifiant son départ. Le flic signa l'autorisation de sortie (pour éviter toute rencontre, le videur prendrait la même voie dans dix minutes).

- CA y est, tu peux y aller. Oh, attends...

Il s'empara d'un post-it où il rédigea quelques mots, avant de tendre le papier au requin.

- Tu donneras ça à ta sœur. Plutôt qu'elle n'appelle sur le mobile du boulot, voila mon numéro personnel.

Il salua le duo de choc (les torgnoles qu'elle mettait à son frère étaient impressionnantes !) et suivit du regard la porte automatique du commissariat se fermer. Il devait commencer son service dans 2 heures. Sympa pour la paie, les heures supp', mais pour la fatigue, pas génial.
Il refusa de rentrer chez lui cependant. Il laissa son collègue faire sortir un Yamamura pas très heureux, se rendit dans la salle de pause, s'avala un sachet XXL de M&M's avant de se coucher sur le divan du service pour une courte sieste qu'il souhaitait réparatrice...
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