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Pizza Tatin

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Date d'inscription : 22/11/2008
Sam 1 Sep - 15:14
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Pizza tatin

Featuring : Darren Holmes

Le bonheur de l'indépendance, de l'autonomie. Dire que des jeunes de mon âge aurait préféré avoir tout l'argent du monde et rester à proximité de ses étouffants parents plutôt que de galérer pour payer loyer, repas, études et à côté. Je leur souhaite bien du plaisir. L'argent est utile ; j'en aurais besoin pour mon projet professionnel. Mais il ne fait pas tout et ne remplacera jamais la liberté.
La liberté de jurer comme un charretier.
La liberté de choisir ses meubles et sa décoration.
La liberté de regarder la télévision, même si 90% des émissions sont nulles.
La liberté de manger autre chose que le repas du cuisinier de la maisonnée Tanaka-Winters, tout en raffinement, pour se reporter sur du conventionnel facile, rapide et pratique.

Ce soir, pizza.
J'ai vu la publicité d'une livraison à domicile, en revenant de la Bibliothèque Universitaire. J'ai noté l'url du site web et m'apprête à présent à composer le numéro de téléphone. Un petit frisson me parcourt le corps. D'enthousiasme. C'est le soir des premières fois : première pizza et première livraison à domicile. J'ai relu à moult reprise le dépliant pour éviter de m'y prendre comme un manche. Je respire un bon coup. Mon doigt défile sur les touches de mon téléphone portable à clapet généralement vendu aux personnes âgées qui ne veulent que passer des coups de fil (les smartphones sont au-delà de mon pouvoir d'achat pour l'instant).
Tonalité.
Une voix agréable et souriante me parle, déclamant le nom de l'entreprise après un bonsoir de circonstance et une question d'autant plus de circonstance, puisqu'il s'agit de ma commande.

- Bonsoir. Je vais prendre une Marguarita, s'il-vous-plait. Une petite. Une boisson ?

Je n'ai pas envisagé cette possibilité. Je m'accorde un moment de pause pour réfléchir à mon équilibre alimentaire. Certes, liberté de choisir son repas, mais en restant raisonnable. Un sportif qui s'encroûte est un sportif fini. Il faut que je calibre exercices physiques et futures sustentations pour accepter de me laisser tenter.

- Un coc... non, une bière, s'il-vous-plait. Pas de dessert, je vous remercie.

Ah, la politesse japonaise... Elle est lourde et omniprésente mais on ne parvient jamais à se débarrasser des habitudes.

- En liquide, oui. Mon adresse, c'est le...

J'énumère tous les renseignements requis. On m'indique le temps d'attente. J'acquiesce et remercie (encore) avant de raccrocher. Je suis satisfait. J'ai rajouté une boisson alcoolisée pour la peine. On ne m'a pas demandé mon âge ; je suppose que je faisais assez âgé pour eux. Première bière. La trilogie de la découverte. Pétillant de bonheur, je prépare l'argent que je pose à côté des clés de mon logement et de mon téléphone portable, avant de m'emparer d'un livre écrit en japonais, me vautrer dans un fauteuil et me laisser embarquer par les mots.

Quelques minutes seulement.
Je pose le livre sur mes genoux, lève la tête et regarde le plafond. Je me perds dans mes pensées. Je me remémore tout ce qu'il s'est passé ici depuis que je suis arrivé. Mon aménagement, l'inscription à la fac, la visite de la ville (et une belle rencontre au passage), les premiers cours, la voie royale vers la ceinture noire... Cette année me paraît de bonne augure. J'irai volontiers déposer une offrande dans un temple... sauf qu'il n'y a pas de temples Shinto à Nifleim. Pas que je sache, du moins. Les Kamis m'en voudront-ils si j'utilisais un lieu de culte d'une autre croyance, comme une église anglicane, pour leur transmettre un message ? Et comment je peux me montrer superstitieux malgré mon esprit rationnel ? Voilà qui est irrationnel...

Je consulte ma montre et constate que mon introspection a duré plus que je ne l'aurais cru. Je traîne en yukata dans mon appartement d'étudiant et le livreur ne devrait pas tarder. Outre le côté décalé de ma tenue (exotique), je ne vais pas sortir du bâtiment à moitié nu. Accueillir quelqu'un en peignoir ou autre vêtement approchant n'est pas respectueux. Je me dépêche d'enfiler un t-shirt et un short. J'enfilerais au dernier moment mes baskets attendant devant la porte d'entrée, grandes ouvertes et les lacets défaits. La coutume japonaise ne me quitte pas, les chaussures sont interdites au delà de l'espace que j'ai aménagé dans le hall. Que mon futur colocataire, si j'en trouve un, se le tienne pour dit.

Au moment où me revient en mémoire la tradition occidentale du pourboire (j'ai appris ça l'autre jour dans un café en centre-ville) et que je cherche dans mon porte-monnaie un montant convenable pour le livreur comme pour moi, un bruit m'interpelle. Brusque. Violent. Je cours vers la fenêtre du salon et regarde à gauche, à droite. Je crois distinguer, au niveau de la route, un véhicule renversé sur lequel est écrit "za".. Je ne vois pas bien, distance et angle inhabituel du véhicule obligent, mais il ne me faut pas de dessin pour comprendre que mon livreur a rencontré une mésaventure. Je m'empresse de récupérer mes clés, laissant l'argent et mes chaussures de côté pour le moment. Je ferme mon appartement et me dirige en courant, pieds nus, vers les lieux de l'accident.
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