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MON PRÉCIEUX....

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Dim 27 Mai - 1:08
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Matin, réveil, lever.
Déjà levée avant réveil.
Revenir en arrière, arrêter réveil qui sonne. Revenir à la table du petit déjeuner. Thé vert, riz, poisson. Le réveil re-sonne ; mis sur "rappel dans cinq minutes" par erreur. Appuyer, vérifier que tout va bien, revenir en arrière. Quitter le siège pour partir dans la salle de bain, oublier le pourquoi du déplacement et rejoindre le point initial. Poisson froid - beurk - réchauffer micro-onde. Se souvenir du pourquoi de la salle de bain et en prendre la direction. Mettre le chauffage et faire couler l'eau. Chauffage et eau déjà lancés - mince, à quel moment déjà ? Bref, récupérer le siège, regarder la table sans assiette, retirer le poisson du micro-ondes (se brûler les mains). Crier un peu, manquer de faire tomber l'assiette qui se réceptionne miraculeusement sur la table. S'asseoir à nouveau, tenter de finir son repas sans partir encore. Se faire violence. Se gronder. Remuer la jambe nerveusement. Penser à la salle de bain ; ne plus penser à la salle de bain, penser au riz et au thé froid qu'il reste, zut de zut ! Finir enfin le repas, mettre l'assiette dans l'évier. Énième retour en salle de bain, pour cette fois faire sa toilette. Traverser l'espace à poil pour mettre le reste de la vaisselle dans l'évier. S'habiller enfin, se brosser les cheveux (du côté droit seulement) et franchir le seuil de la pièce où trône le PC.
Allumer le PC.

Merdum ! Pourquoi l'écran est le seul à s'allumer ? J'ai beau essayer, l'unité centrale refuse d'obeir. Je m’assois sous le bureau, enlace la bête dans mes bras pour la retirer de son espace clos et m'atelle à l'éventrer pour en examiner les entrailles. Quelques secondes me suffisent à détecter l'anomalie. Une pièce, que je retire avec précaution, est complètement grillée. Made in Taiwan, je suppose, le grillé m'empêche de lire. Je suis en congés aujourd'hui, j'aurais aimé me prélasser devant mon écran mais le destin en veut autrement. A mes dépends. Je ne peux même pas me connecter pour commander sur internet... Tellement ballot... et ironique, quand on y pense ! La seule solution restante m'oblige à quitter la maison et me rendre au centre commercial. Au moins, je sortirais un peu avant d'être attaquée par des mites.

N'ayant pas de véhicule (me connaissant, je serai un vrai danger sur la route), j'emprunte un taxi jusqu'au centre commercial possédant une boutique qui fera mon affaire. Je suis trop pressée pour prendre le bus. Je ne sais pas pourquoi, mais le chauffeur roule à toute vitesse. Pourtant, ma conversation est intéressante et j'ai le mérite de briser le silence trop habituel dans les taxis. Les japonais sont trop polis et si peu communicatifs dans l'absolu. Il pourrait au moins répondre un peu ; je le vois plutôt hausser les yeux vers le ciel régulièrement. Une mouche doit lui chatouiller le front.
La voiture se gare sur une place vide, je tends ma carte PASMO au conducteur. Il encaisse sa course et ouvre avec précipitation la porte arrière. Il doit être pressé ; veut-il se débarrasser de moi ? Je commence à l'envisager sérieusement. C'est très fréquent en ma compagnie. Je le salue à travers la vitre depuis le trottoir, il fait vrombir le moteur et part au quart de tour.

Je me repère facilement dans la galerie et débusque sans tarder jusqu'à la boutique d'informatique. Sans tarder, enfin... après plusieurs arrêts à baver devant d'autres vitrines, pour le plaisir des yeux. J'expose au vendeur ce que je cherche, lui montre ma pièce toute cramée. Il l'observe sous toutes ses coutures. Se gratte la tête et grimace.

- Je suis navré, mademoiselle, mais je vais être obligé de la commander.

- Vous n'en avez pas sur place ? Non ? Vous êtes sûr ? Je peux vérifier dans votre stock si vous voulez !

- Je suis désolé, mais l'arrière-boutique est réservée aux membres du personnel. Pouvez-vous repasser de l'autre côté, s'il-vous-plait ? Sans sauter sur le comptoir...

- Mais vous l'aurez dans combien de temps, c'est urgent...

- Deux, trois jours. Ce n'est pas bien long.

Deux, trois jours, pas bien long. Il se moque de moi, en plus.

- Vous n'avez pas de chance, vous seriez passée deux minutes plus tôt, elle était votre.

Quoi ? Qui ? Qui a osé ? Quelqu'un a été plus rapide que moi ? Où est-il ? Je fronce les sourcils en mode prédatrice en quête de sa victime. Je plisse les yeux au point de me créer des rides (que je n'aurais que dans vingt ans de façon plus définitive). La pièce est dans le coin, c'est évident. Mais lequel de ces clients possède mon bien ?

- Et qui est ce chanceux personnage ?
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Dim 27 Mai - 1:08
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Vous connaissez la plus grande hantise de tout bon geek, passant la majorité de sa vie devant son ordinateur ? C’est ce que ce dernier refuse de fonctionner. Ce cauchemar débuta un matin, où je venais enfin de prendre une petite semaine de congé. Du moins, c’était plutôt un arrêt maladie. En effet, avec la chute de température soudaine, j’ai attrapé un petit rhume. Mal de gorge, légère fièvre, et éternuement régulier, tel était devenu mon quotidien. Je m’étais levé assez tôt, la tête embrouillée dans un brouillard. Je m’approchais doucement de mon ordinateur, ma fierté, ma bataille. Je l’allumais tout en m’installant lourdement sur mon siège. Je sentais bien qu’un truc louche se produisait lorsque mon écran affichait un message d’erreur. Sans trop réfléchir, je tentais un reboot rapide, espérant un allumage classique, mais je n’aurais pas dû. Au moment du redémarrage, un bruit strident se fit entendre, suivi d’un léger « crac ». Puis, de la fumée. Je repris mes esprits rapidement et débrancha le tout en vitesse, afin d’éviter de multiples dégâts. Après quelques minutes, j’ouvris la bête pour en découvrir la cause : la poussière s’était fait un royaume dans mon ordinateur ! J’essayais de me souvenir la dernière fois que j’avais passé un coup de nettoyage à l’intérieur, et me rappelais qu’il y avait eu plusieurs mois qui s’étaient écoulés. Je me sentis très bête sur le coup. J’étais coupable de cette panne, et je devais assumer les conséquences. Je devais remplacer les composants rapidement, et d’avoir réparé le tout pour mon stream ce soir ! En plus, je ne pouvais plus annuler. Cela faisait déjà une bonne semaine que je n’avais pas repris mon activité nocturne, et j’avais annoncé mon retour grandiloquent le soir même ! Raah, quelle idée !

Après une inspection des différents matériaux, je vis que c’était le processeur qui était mort, et que le reste était encore en bon état. La poussière avait en fait bloqué le ventilateur, et le composant avait surchauffé tout simplement. Je fus surpris de voir que mon pc n’avait pas actionné sa sécurité plus tôt. Il faudra que je check ça quand je rallumerais l’ordinateur. Je nettoyais complètement l’intérieur, enlevant toute la poussière présente. Je me rassurais en sachant qu’il me faudrait juste changer le processeur, et tout remarchera comme sur des roulettes. Je plaçais le composant dans sa boite d’origine que j’avais conservée dans un coin, m’habillait en vitesse – après avoir pris une bonne douche, quand même – et me dirigea vers un magasin d’informatique, assez réputé, et ayant surtout une bonne collection d’outils pour monter son pc. J’avais les références de la pièce, ce qui était très important pour avoir le même ou un équivalent. Pour réaliser mes streams, je me devais d’avoir un pc très puissant, et il est évident que le processeur est une pièce maitresse dans le bon fonctionnement de l’engin. À contrecœur, je sortis de chez moi. Évitant de partager mes microbes, j’ai enroulé mon écharpe le long de ma bouche, laissant dépasser juste mon nez. J’ai pris soin de mettre un bonnet également, pour couvrir mes oreilles, malgré que je ne fusse pas fan de ce genre d’accessoires. J’espérais juste ne rencontrer personne, et surtout pas un abonné ! Je suis gentil et compréhensif, mais je n’ai pas envie de montrer ma bouille du matin, couplé au visage de l’homme fatigué par la maladie.

Après une succession plus ou moins longue de transports en commun, j’arrivais doucement à pied vers le magasin. Le gérant me reconnut rapidement, et après une brève discussion, je lui expliquais la raison de ma venue. Il se gratta l’arrière du crâne, l’air un peu gêné, avant de partir voir dans son stock. J’en profitais pour jeter un œil rapide aux matériaux mis en vente dans le magasin. Quelques minutes plus tard, l’homme revient vers moi, avec un grand sourire aux lèvres. Il avait mon processeur ! Formidable, mes problèmes étaient réglés. J’allais lui payer le composant, lorsqu’il me fit une demande… Original. Il souhaitait que je fasse un shooting photo histoire qu’il puisse mettre ma trogne à l’entrée du magasin, en échange d’une promotion très généreuse sur le processeur, et mes futurs achats. Hésitant surtout à cause d’une grosse flemmardise, je n’ai pas su dire non quand j’ai vu son collègue s’approcher avec l’appareil photo en main, les yeux brillants à mon égard.

Après avoir enlevé mon manteau, bonnet et écharpe, et pris le temps de me recoiffer rapidement, je me dirigeais vers l’arrière du magasin, entre deux rayons, et commençait à prendre différentes poses. Dans ma tête, je me rappelais d’un personnage de jeux vidéo qui avait eu sa séquence similaire à la mienne, disant que c’était son magasin préféré de la Citadelle.
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Dim 27 Mai - 1:08
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Les poings fermés posés sur mes hanches, l'air aussi furibonde qu'une mégère à qui le chat a volé son repas du soir, les joues gonflées d'un hamster pour parfaire le portrait, je fixe des yeux le vendeur qui n'ose même plus détourner son attention. Il ne parvient pas à parler, en revanche, et c'est bien dommage, car j'irai jusqu'au bout, foi de Shiori, pour obtenir ce que je veux. Peut-être l'employé sent-il le danger, car il conserve un silence pro mais frustrant. Ma bouille d'enfant boudeur n'ayant aucun effet sur lui - diantre, je suis plutôt convaincante, quand je m'y mets - j'opte pour un autre moyen. Comme dit le proverbe, on n'est jamais mieux servi que par soi-même. Cette pièce, il me la faut, je la veux, j'en ai besoin. Comment puis-je tenir une journée de repos sans pouvoir allumer mon ordinateur ! Ma rage aspire en moi toute raison. Sûrement plus tard, après le recul, penserai-je que j'aurais pu aller dans un autre magasin (celui-ci n'est pas le seul de Tokyo). Mais le recul, justement, nécessite de la distance, que je n'ai pas en cet instant.
Je commence ma prospection, en surveillant tout client potentiel arpentant les rayonnages. Sachant que la surface de la boutique est réduite, j'en fais vite le tour. Et je découvre une scène un peu étrange : un type qui se fait flasher la façade comme s'il était un cosplayer en pleine convention. Qu'est-ce qu'il a de spécial, ce gus, à part qu'il a l'air d'avoir choppé le typhus et qu'il concurrence les zombies en matière de pâleur ? Ce type est aussi accro que moi (en ce cas, la partie va être serrée) pour sortir dans cet état chercher son Saint Graal. Diable, s'il était resté au lit...
Je retourne vers mon vendeur favori qui me surveille avec suspicion.

- Vous le connaissez, ce monsieur ?

Sur la défensive, il me répond.


- Non, je ne sais pas trop. Voyez avec mon collègue quand il aura fini...

Je sais qu'il me ment. Il y a quelque chose dans son petit regard perfide qui le prouve. Hum, petite fouine, que caches-tu ? Soudain, je comprends bien assez tôt - j'ai l'air d'une idiote, je sais, mais je ne suis pas si nunuche - qu'il garde un œil sur une boîte. Un processeur. MON processeur ! La relation est accomplie, c'est Monsieur la Star qui m'a coupé l'herbe sous le pied. Parfait.
J'abandonne le vénal marchand - logique qu'un marchand soit vénal puisque son but est de vendre, vous serez gentil de ne pas me faire remarquer le pléonasme - et me place juste derrière le sujet du photographe, dans le cadre, pour bien embêter. Je plombe la séance photo et le collègue en question me le fait bien comprendre. Sans tenir compte de ses désidératas - et de ses gesticulations, je me jette sur le jeune homme qui se fait tirer le portrait.

- Ça alors, c'est vous !!! Je suis trop fan !

De qui, je ne sais pas. Si ça se trouve, le gus est un simple pékin anonyme qui va faire une pub pour le magasin ou pour une marque d’ibuprofène. Ou encore qui ne sait pas faire un selfie et qui demande à un tiers. Ce qui est encore plus bizarre, quand on y pense. Qui veut faire un selfie avec la goutte au nez ?

- Vous pouvez me prendre en photo avec lui ?

Et pour ne pas laisser le choix à l'employé - au Japon, le client est Empereur - je lui tends mon smartphone. Je me serre contre la star du jour, avec un grand sourire et le signe de la victoire écartant majeur et index. La victoire ne m'appartient pas encore, je ne suis pas cruche. Et peut-être de ma stratégie n'obtiendrais-je qu'un rhume carabiné. Je suis cependant prête à prendre le risque : le processeur est à la portée de mes doigts.
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Dim 27 Mai - 1:08
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Le flash des photos était en train de bruler ma rétine, et avec mon esprit encore embrumé par la maladie, j’avais hâte d’en finir et de rentrer chez moi, installer mon processeur, et me détendre d’ici ce soir. Entre deux flashes, je crus voir une cliente s’approchait de moi… Ce pourrait-il que…

- Ça alors, c'est vous !!! Je suis trop fan !

… Ouais, c’était bien une fan. Je n’avais pas le choix de devoir garder mon masque d’Issun plus longtemps. Même si tout mon corps avait préféré le contraire, je devais entretenir mon image publique. Un refus, et je peux être sûr de retrouver le soir sur les réseaux sociaux que j’ai pris la grosse tête. Soit, la jeune femme ne semblait pas méchante du tout. Au contraire, elle était charmante, avec sa chevelure blonde, et son visage d’ange. L’inconnue désirait prendre une photo à mes côtés. L’homme qui était avec son appareil en main me jeta un regard interrogateur, et je lui répondis par un simple signe de tête de prendre le temps de faire quelques clichés avec la demoiselle. Elle prit une posture, les doigts en V devant l’appareil, et je décidais de prendre le même style qu’elle, m’abaissant légèrement afin d’être à sa hauteur, ajoutant un clin d’œil. Au moins, un de mes yeux serait protégé du flash. Les clichés réalisés, je me relevais doucement, et me tourna vers la demoiselle :

« Et voilà mamz’elle ! Vous avez vos photos avec Issun, le glorieux ! J’espère que vous les afficherez au-dessus de votre lit ! »

Je riais doucement, avant de tousser doucement. Raah, maudit rhume. J’espérais sincèrement en avoir bientôt fini avec. C’était bien une chose que je détestais : être malade, et être bloqué chez moi. Ironique dans le sens que je reste souvent chez moi, devant mon ordinateur, même en pleine forme. Cependant, ce n’était pas le même ressenti, et même jouer à des jeux m’ennuyait dans la maladie. J’approchais de l’homme à l’appareil, et discuta rapidement des clichés. Il s’éloigna, après m’avoir sincèrement remercié et s’être courbé à plusieurs reprises. Je m’approchais de nouveau de la jeune femme, et lui expliqua :

« Cet homme va m’envoyer les photos prises aujourd’hui par mail. Je peux transférer les fichiers sur votre boite mail, si vous êtes d’accord pour la partager ? »

Il fallait bien qu’elle récupère ses clichés. Personnellement, j’étais curieux de voir aussi le résultat, en espérant que mon visage balafre ne va pas trop gâcher les photos. En plus, certaines d’entre elles vont servir de modèle pour être sur l’avant du magasin. Il valait mieux qu’elle soit de bonnes qualités ! Sinon, bonjour l’image que j’offrirais au passant. Oh, regardez, même les zombies achètent ici ! Naan, au pire, je reviendrais prendre des photos lorsque mon état se sera amélioré. Je repris mes affaires, mettant mon manteau et mon écharpe. Instinctivement, j’interrogeais la petite blonde près de moi, dans un élan de curiosité :

« Alors, vous êtes venus vous aussi pour acheter du matériel ? »

Je me rendais bien compte que ma question était idiote. J’aurais été surpris si elle m’annonçait venir ici pour faire un tennis. M’enfin, c’était histoire de discuter un petit peu, le temps que je me rhabille, et disparais du magasin.
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Malade, mais pas chien, l'inconnu. Il accepte de jouer à mon jeu, sans se douter, le pauvre, de mon ignorance. Et donc, de l'hypocrisie de mon geste. Tant qu'il ne l'apprenait pas, l'honneur serait sauf de nos deux côtés. Je n'ai aucune intention d'en parler, sauf si ma langue et mon cerveau se liguent contre moi pour causer sans autorisation, avec traîtrise. Au pire, de toute façon, je ferai une recherche vite fait sur son cas et me vanterai par la suite auprès de mon frère et mes collègues d'avoir pris une photo avec Trucmuche, roi de la truite aux amandes. Nous posons pour la postérité, il me sourit avant de cracher ses poumons, lâchant dans l'intervalle son nom. Here soon ? Encore un adepte des pseudos en anglais, ou des énigmes bizarres. Soudain un Eurêka magistral vient éclairer ma lanterne au point de fusiller mon entourage d'un regard laser. Issun ? Le type du streaming ? J'en ai vaguement entendu parler, au boulot notamment, dans la salle de pause. Voilà qui ne me plait absolument pas : si c'est bien cette star du net, il ne lâchera pas son disque dur facilement. Je dois jouer finement - perspective proche de l'échec annoncé, quand on y songe.

Issun le roi du gaming échange quelques mots avec le vendeur avant de revenir vers moi. Je profite de cet intermède pour vérifier que l'objet de mon désir n'a pas été dérobé par un troisième larron. Quitte à me mettre des bâtons dans les roues, autant en rajouter une couche. Heureusement, le trésor est protégé par Cerbère en personne - hein, vilain vendeur hargneux et dur en affaire - il n'y a rien à craindre. Je retrouve une face réjouie après un assombrissement rapide, comme si je venais d'avaler un bisounours.

- Oui, bien sûr ! Avec plaisir ! Oui oui oui !

Je m'enthousiasme comme une fan girl en rut en frappant des mains. Je ne lâche pas la petite vedette du web, en songeant que mon mensonge risque d'être vite démasqué si je n'agis pas rapidement. J'entreprend d'envoyer un texto à mon frère - cette grosse feignasse joue énormément aux jeux vidéos, il doit forcément connaître - afin d'obtenir son compte. Pourvu que Shun ne soit pas en train de dormir et qu'il me réponde sou peu. Je sens bien l'entourloupe du genre :"c'est quoi votre pseudo ?" et que je sois incapable de répondre au final. Je temporise ce moment fâcheux en épelant mon adresse e-mail avec précaution, articulant bien chaque son. L'information donnée, le jeune homme repart chercher ses affaires ainsi que son achat. Quant à moi, je suis parée à toute éventualité - Shun a eu du répondant pour une fois, je l'en remercierai en temps et heure.

A l'instant où je relève mes yeux de l'écran du smartphone, réplique en tête en cas d'interrogatoire, Issun me pose une question aussi évidente qu'une seule réponse manque me sortir (Non, je viens jouer au tennis !) ; je la stoppe avant le point de non-retour.

- Non, je v... enfin si, je venais pour acheter un article, mais malheureusement, la pièce que je souhaitais a été vendue quelques secondes avant mon arrivée. Et c'était la dernière. La faute à pas de chance, ah ah ah !

Je tire une tête de cocker dont la gamelle est vide, triste à en faire pleurer Mao Zedong. Plus kawaii en pleureuse que moi, pas possible ! De l'avantage d'être expressive... Et un peu gonflée sur les bords. Mais à la guerre comme à la guerre, tous les coups sont permis. Les femmes ont leur propre façon de faire, autant s'y mettre à fond ! Et puis, si ça marche pas... Au moins pourrai-je faire enrager ma voisine de bureau avec ma super photo !
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Dim 27 Mai - 1:08
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- Non, je v... enfin si, je venais pour acheter un article, mais malheureusement, la pièce que je souhaitais a été vendue quelques secondes avant mon arrivée. Et c'était la dernière. La faute à pas de chance, ah ah ah !

Son léger rire en fin de phrase sonnait assez faux. Elle était de toute évidence déçue, et je la comprenais ! Si le processeur que j’étais venu chercher venait juste d’être acheté par une autre personne, je serais moi-même dégouté. Fort heureusement, j’avais le matériel qu’il me fallait. Il me suffirait dès lors de bricoler rapidement sur mon pc, et la bête redémarrera, prête à passer de longues nuits de streams ! Cependant, je n’y étais pas encore. Je répondis à la jeune femme par un léger sourire désolé, tout en replaçant mon écharpe autour de mon cou :

« Ah ! Vous m’envoyez navrer ! Vous devriez jeter un coup d’œil dans la boutique du centre-ville. Ils ont souvent du bon matériel, même si c’est un peu loin… »

Un peu était un euphémisme. En réalité, le magasin était très mal situé. Après le métro, il fallait encore prendre une ligne de bus, et traverser une zone piétonne pour rejoindre cette fameuse boutique. Autrement dit, c’était long, et chiant, mais s’il avait vraiment besoin d’une pièce, je crains qu’elle n’ait guère le choix. Après, elle pouvait toujours commander en ligne depuis un cyber-café, et attendre la livraison. Remarque, si elle est comme moi, elle ne pourrait pas patienter quelques jours pour pianoter le clavier de son ordinateur. Plongé dans mes pensées, je me rendis compte que j’avais laissé un court silence, qui commençait à s’éterniser. Je toussais doucement, et m’apprêtais à quitter le magasin. Je pris mon processeur près de la caisse, tandis que le gérant tapotait sur sa machine, ajoutant la fameuse promotion tant vantée. Je sortis mon téléphone, prêt à payer avec, grâce aux applications de payement rapide. L’homme en face de moi m’annonça la somme, et, lorsqu’il vit mon portable en main, il s’excusa quelques instants afin d’aller chercher la machine capable de lire mon téléphone. Je soupirais doucement, impatient de rentrer chez moi, et de me poser tranquillement. En attendant le retour du gérant, je me tournais vers la jeune femme, et entama une nouvelle conversation, histoire de patienter :

« Donc, je vous verrais ce soir, dites-moi ? »

A vrai dire, la réponse n’avait guère d’importance. C’était un peu triste à dire, mais, qu’elle serait là, ou non, je serais bien incapable de l’apercevoir. Il y avait toujours du monde, et les messages passaient tellement rapidement, qu’il m’est difficile de lire le tchat. Cependant, peut-être que le par le plus grand des hasards, j’apercevrais son pseudo, et la mentionnerais. Dans tous les cas, j’avais un peu de temps à perdre en attendant le vendeur, autant en profiter pour discuter tranquillement. Au loin, on pouvait entendre l’homme dans sa réserve pestait, et déplacer des choses. Apparemment, ce sera plus long que je ne l’aurais cru…
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Dim 27 Mai - 1:09
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Tu peux sourire naïvement, vilain monsieur du Web ! Et tu peux t'excuser, oui ! Toi qui m'as prise de court pour récupérer ton informatique trésor avant moi... Et qui plus est, de me renvoyer par ailleurs vers un magasin dont je connaissais l'emplacement. Patate, si j'avais voulu aller au centre ville, je ne serai pas passée par ici ! Je meurs d'envie de trépigner comme un lutin maléfique, les bras tendus vers le sol et les poings fermés. Mais à quoi cela servirait-il ?
Des scénarios plus marrants me viennent à l'esprit à présent. Et si je tentais de le séduire, l'amadouer suffisamment pour qu'il me le cède - contre paiement, je ne suis pas une voleuse ! De jouer les psychopathes et le poursuivre dans la rue en le menaçant de lui injecter du poil à gratter par intraveineuse s'il ne me le cède pas - contre paiement, j'insiste. Je cherche, je cherche, mais les stratagèmes ne viennent pas, trop surréalistes pour être vraiment applicable sans risquer de me compromettre. Je doute que mes patrons acceptent que je paraisse sur le journal, déguisée en clown, en train de faire un tour de magie où un disque dur a disparu dans l'explosion d'un ballon en forme de perroquet... Dois-je donc reprendre un taxi pour aller dans ce magasin perdu - nan, sérieux, je suis pressée, je ne vais pas prendre le métro, le bus et marcher, l'hyperactivité a ses limites ! Et puis j'adore parler avec les chauffeurs de taxi.

Mes pensées m'évadent de mon désespoir quelques secondes, suspendues dans le vide. Je reviens sur terre lorsqu'il récupère son paquet et règle son achat. Quoi-quoi-quoi ? Il ne l'avait pas encore payé ? Mais en ce cas, il ne lui appartenait pas jusqu'alors véritablement ? Tant shopping non réglé, propriétaire non désigné (proverbe shioresque) ! Je meurs d'envie de chatouiller le vendeur indélicat sous les pieds, en guise de représailles, mais j'ai du pain sur la planche... Et mon rival ose m'adresser la parole en attendant sa libération. Le vendeur a rien compris : s'il me l'avait vendu, à moi, ce bidule, j'aurais payé avec simplicité sans recourir à du matériel extra-terrestre.
Bref, me voilà obligée de répondre. Et puisque Môssieur veut que je mette les pieds dans le plat... Je vais lui servir !

- Et bien... Vu que je n'ai pas ma pièce de rechange, je crains de ne pas pouvoir vous croiser sur la Toile....

Mon regard se perd involontairement - en fait tout à fait volontairement, mais je veux lui faire croire que c'est involontaire, genre la petite fille à qui on a piqué son goûter devant ses yeux et qui regarde l'autre se goinfrer à sa place, bref le regard pas contrôlé du tout, un réflexe, une supplication, vous me suivez toujours, là ?
Frôlant l'Oscar de la meilleure actrice, j'affiche un visage affligé de petit chat perdu sous la pluie, avec un froid de zéro absolu, entouré de fil barbelé le séparant d'une horde de morts-vivants affamés de petit chat perdu sous la pluie avec un froid de zéro absolu, entouré de fil barbelé le séparant d'une horde de morts-vivants.

- ... Vu que mon disque dur m'a quitté.

Changement de scène et de projo, lumière noire sauf poursuite sur ma personne, à genou dans la lueur, les pétales de cerisier tombant du plafond et des percussions de kotsuzumi pour rajouter l'effet dramatique, mes poings levés vers le ciel en signe de désespoir, suppliant le ciel de rendre l'être aimé.
C'est une vue de l'esprit... Je ne me suis pas vraiment agenouillée dans le magasin dans cette posture. Ça ferait un peu bizarre. Mais si d'aventure Issun me regardait dans les yeux, il y verrait l'une des pires tristesses qu'on n'aie pu narrer. Mais avec un regard vitreux de malade grippé, je doute qu'il puisse distinguer quoique ce soit.
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« Et bien... Vu que je n'ai pas ma pièce de rechange, je crains de ne pas pouvoir vous croiser sur la Toile.... Vu que mon disque dur m'a quitté. »

C’était effectivement une bonne raison de ne pas être présente. Je me rendais compte que ma question était une nouvelle fois idiote. En l’écoutant parler, j’eus un drôle de sentiment. J’avais l’impression de lire dans son regard tout le malheur du monde, soudainement abattu sur elle, sans crier gare. C’était une nouvelle tragédie grecque qui s’était produite ce jour-là pour la jeune femme. La perte de son disque dur semblait vraiment la toucher et… Je ne sais pas si c’était à cause des restes de mon petit rhume, mais je la trouvais plutôt mignonne avec ses petits airs. Je me contentais de lui faire un sourire désolé et de déposer ma main sur son épaule :

« Je suis désolé pour vous… Mais dites-moi… Quel élément de votre disque dur vous a lâché ? J’ai peut-être la pièce chez moi, et que je n’utilise plus sur un vieux PC… »

Il faut dire que chez moi, ma femme et moi avons quelques pièces de rechange, ainsi que de vieilles tours laissées à l’abandon après un changement d’ordinateurs plus performant. J’aurais pu toujours prendre un processeur qui me fallait dans cette réserve, mais mon stream exigeait de la qualité, et donc du neuf. Je pensais également à MeiLi, ma femme, qui s’y connaissait mieux que moi en matériels informatiques. Elle démontait régulièrement des PC. Peut-être qu’elle pourrait aider cette jeune femme ? J’allais lui faire cette proposition lorsque le vendeur sortit finalement de sa réserve avec sa machine, un sourire triomphant sur ses lèvres. Il déposa l’appareil sur le comptoir, et je passais d’un geste rapide mon portable. Un « bip » confirma le payement. Je pris le plastique contenant mon processeur, et me retourna vers la jeune femme, décidant de proposer mes services, ou plutôt celle de ma femme :

« Si vous le souhaitez, je peux demander à ma fe… une connaissance de jeter un œil à votre PC, elle pourra peut-être régler votre souci ? »

Pendant un instant, je faillis déclarer mon mariage à une de mes fans. À ce moment-là, j’étais toujours officiellement célibataire sur mon stream, et je ne désirais pas en parler. J’attendais de trouver la bonne occasion avant de dévoiler tout cela. J’espérais que mon petit bafouillement passerait inaperçu aux yeux, ou plutôt aux oreilles de la jeune blonde. Je m’éloignais doucement du comptoir vers la sortie, tout en annonçant mon départ :

« Bon… Je vais prendre congé ! N’hésitez pas à me contacter si vous avez un souci, et… J’espère que vous trouverez le matériel qu’il vous faut ! »

Je la saluais avec mon sachet dans les mains, secouant le processeur devant elle, et me retourna rapidement vers la porte et commença à retourner chez moi, tranquillement. Heureux qui comme Ulysse avait fait un beau voyage, je retournais fièrement chez moi, avec la réussite de mon expédition. Cependant, j’entendis dans mon dos quelqu’un qui s’approcha rapidement de moi…
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Merci pour la compassion et le toucher à l'épaule ; ce n'est pas ça qui va remplacer mon disque dur. Au moins se met-il à ma place, du moins est-ce ainsi que j'envisage son geste. Il n'est cependant pas prêt à l'ultime sacrifice (à savoir me le donner, voire à me le vendre avec des intérêts). Il ignore ma situation, aies-je besoin de ce disque dur pour mon travail d'une importance primordiale ? Non, il n'y songe même pas. La pièce qu'il a dans les mains correspond à son propre taff, son gagne-pain.
Bien sûr, je ne vante pas de connaître tout le microcosme du web et savoir si untel bosse à côté ou non. Cependant, je ne suis pas stupide ; je sais que, bien souvent, les stars du web ont une vie passionnée mais peu rentable. La moindre panne devient aussi douloureux que la perte d'un organe. Je suis dans ce cas-là, mais en ce jour, même si ça m'agace au plus haut point de me faire damer le pion, je suis plus tolérante à l'idée que le disque comble un homme comme lui plutôt qu'un gamer qui passe son temps sur pc au lieu de regarder la nature dehors. Quoique je suis mal placée pour critiquer, vu que j'allais passer ma journée sur mon pc, mais pas à jouer. Je suis plus utilitaire que ça, quand même.

Un peu navré de me voir en si mauvaise posture, il propose de m'aider. Il est vraiment trop chou ! Sans son rhume qui lui donne le teint verdâtre, je le serrerai dans mes bras. L'idée que je choppe son truc, que je doive rester au lit sans un pc qui marche à la maison et sans pouvoir me satisfaire au travail m'en empêche. Je me contente d'un gros sourire et me met en retrait le temps qu'il règle son achat. Il va bientôt me passer ses coordonnées, je vais trouver une pièce rapidement sans devoir attendre demain matin à utiliser un des ordinateurs de mon bureau pour commander. Sans savoir aussi à se perdre dans les rues du centre-ville pour trouver une boutique providentielle. Je suis ravie de le savoir si intéressé par le sort d'autrui. Je me gausse même d'être honnête au point de le laisser partir sans lui faucher le sac qu'il balance devant mes yeux. Il va peut-être m'inciter à rejoindre son site sans que j'utilise le pseudo de Shun, finalement. Histoire de participer à son entreprise.

Je retourne sur terre et constate qu'à part le vendeur et son collègue, il n'y a plus que moi dans la boutique. Mince, à quel moment il a disparu, le monsieur ? Je regarde à droite, à gauche, en songeant à deux choses... Comment va-t-on m'envoyer la photo si je ne laisse pas mes coordonnées ? Comment la connaissance d'Issun va-t-elle m'aider si je ne lui laisse pas mes coordonnées non plus ? Bref, je suis un peu dans la panade et partagée entre deux priorités qui se résument à un numéro de téléphone et une adresse mail.
Je lève l'index vers le ciel pour attirer l'attention du vendeur.

- Je reviens, bougez pas.

Bon, en même temps, je ne vois pas où il irait, puisqu'il n'a pas fini sa journée et qu'il doit rester présent s'il veut augmenter son chiffre d'affaire.
Je pars à la poursuite du webmaster réputé et finit par le détecter avec son paquet sous le bras. Je cours un peu avant de calquer mon pas sur le sien. J'ai l'air d'une stalkeuse psychopathe, avec un visage d'ange. Je ne comprends pas vraiment pourquoi je fais ça d'ailleurs. Peut-être parce que je viens de rencontrer un mec capable de se lever, agonisant, pour chercher de quoi réparer son pc. Un passionné de l'informatique capable de soutenir une conversation avec moi. De savoir aussi avec qui j'ai pris une photo sans le rencontrer uniquement à travers Wikipedia ou des blogs d'actualité numérique.

Afin qu'il ne croit pas à une agression et ne m'envoie le lacrymogène dans la tronche, je romps le silence en l'interpellant, de ma petite voix craquante et mon air de cocker dépressif.

- Attendez, attendez ! Vous êtes parti avant que je ne puisse... vous demander l'adresse de votre connaissance... Pour la pièce de mon ordinateur.
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Dim 27 Mai - 1:09
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- Attendez, attendez ! Vous êtes parti avant que je ne puisse... vous demander l'adresse de votre connaissance... Pour la pièce de mon ordinateur.

La jeune femme du magasin m’interpella une fois de plus. Je me retournais vivement à ses appels, l’air interrogatif. Comment ? J’ai oublié de lui donner les contacts de ma femme ? Je me sentis soudainement honteux. Où avais-je la tête à ce moment-là ? Encore en train de préparer le stream à l’avance sans doute… Le regard tendre et attristé de la jeune femme ne m’aidait pas non plus. J’avais l’impression de battre un pauvre animal. Je fis face à la demoiselle, et m’excusa pleinement :

« Oh ! Je vous prie de m’excuser… Je suis assez distrait, je vous donne ça de suite. »

Je sortis de mon sac un stylo, et ticket de caisse – sans doute de l’achat du processeur que je venais de réaliser – et inscrivit le nom de ma femme, MeiLi Seduttore, ainsi que son numéro de téléphone. Je lui tendais le papier, avec un petit sourire satisfait aux lèvres. Je vérifiais cette fois que je n’avais rien oublié avant de prendre congé. Cependant, le visage de la tête blonde devant moi semblait garder son air attristé. J’avais… pitié d’elle dans un sens. Pourtant, je ne faisais rien de mal ! Après tout, ce n’était pas moi qui avais cassé son ordinateur ! Sous le poids des remords, je lui fis une proposition :

« Écoutez… Puis-je vous proposer de vous accompagner au fameux magasin d’informatique du centre-ville ? Je pourrais peut-être vous conseiller sur un produit… »

Trop bon, trop con comme dirait certain. C’est vrai que je pouvais paraitre trop gentil aux yeux de certains. En réalité, j’étais assez avenant, et j’aimais aider les gens autour de moi. C’est vrai qu’il y eut des fois des gens qui ont essayé de profiter de cette situation, mais je n’étais pas naïf non plus. Pourquoi aider cette jeune femme ce jour-là alors ? Disons que son visage d’ange m’a bien persuadé. Et puis, il n’y avait aucun mal d’offrir des conseils à autrui. J’étais cet homme utopique, qui espérait un monde meilleur où tout le monde pouvait s’entraider. Chaque petit geste comptait ! Bon, c’est vrai que ce magasin était quand même à une sacrée distance de là où nous étions. Cependant, je ne travaillais pas aujourd’hui, et mon stream ne commençait qu’assez tard dans la soirée. Si je décider de rentrer maintenant, je risquais fort de passer mon après-midi devant un jeu vidéo. Donc, j’y perdais rien d’accompagner la demoiselle… Dont j’ignorais son nom d’ailleurs. C’était souvent une situation qui revenait. Les gens me reconnaissent, mais ne se doute pas que je n’ai aucune idée de qu’ils peuvent être. Je regardais autour de moi un arrêt de bus pour prendre le prochain véhicule. Je fis signe à la jeune femme de l’arrêt proche de nous, accompagné d’une courte phrase :

« A mes souvenirs, le bus de cet arrêt fait un circuit jusqu’au centre-ville, relativement proche du magasin d’informatique… En revanche, il y a une dizaine d’arrêts avant d’y arriver… »

Je fis une mine désolée. J’aurais apprécié aussi que ce fameux magasin soit plus proche de chez moi également. Mais, ce n’était pas moi qui décidais des emplacements des magasins dans la ville. À part quand je jouais à SimCity 2800 +.
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Dim 27 Mai - 1:09
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Le jeune homme corrige aussitôt son erreur ; il dégaine un stylo et un papier (qu'il a sorti de je ne sais où...) et écrit malgré l'inconfort de la situation. J'y découvris un numéro de téléphone, et un nom. Une connaissance bien proche, Seduttore. Membre de la famille, peut-être. Il veut sûrement être discret, dû à sa célébrité. Mais puisqu'il me donne les coordonnées au final, la précaution est inutile, non ?
J'écarte ma réflexion, tout aussi inutile au demeurant, car j'ai enfin une réponse satisfaisante : mes coordonnées. Mieux encore, Issun-kun, bien que mourant de la peste, du choléra et de la tuberculose, émet une proposition qui ne tombe pas dans l'oreille d'une sourde. Mon visage s'illumine instantanément et je saute de joie sans même réaliser que je puisse mettre mal à l'aise mon interlocuteur. Je manque de le serrer dans mes bras mais je me retiens. J'attends qu'il réalise mon souhait, je lui garde des effusions excessives pour plus tard.

- Oh, merci merci merci ! Vous êtes un ange, vous savez ça ? Pour la peine, je vous paie le bus ! Et on va papoter un peu, ça fera passer le temps !

Je ne suis pas certaine qu'il soit ravi de tailler une bavette avec moi, surtout qu'il n'a qu'une envie, celle d'aller se réchauffer, de changer sa pièce et de prendre son poste sur le web. Si j'avais été une personne attentive aux autres, avec le cœur sur la main (voire les tripes à l'air), je lui lâcherais la grappe et retrouverais mes pénates dans l'attente de trouver autre chose à faire jusqu'à mon retour au boulot demain. Mais il me le propose avec tellement de gentillesse et de culpabilité (que mon air de comédienne douée insinue en lui), que je me laisse mener jusqu'au bout. Peut-être devrais-je me montrer plus conciliante et abréger ses souffrances en lui offrant le taxi plutôt que le ticket de bus. Après tout, je gagne plutôt bien ma vie et je suis capable de me payer une visite de Tokyo sans que je me retrouve handicapée lors de mes prochaines courses.
Sauf que le taxi est plutôt direct et que j'ai envie de prolonger la rencontre. Je ne sais pas pourquoi, mais je m'attache à ce petit monsieur. Je suis donc face à un conflit cornélien : échanger avec lui et faire durer ; le remercier en lui fichant la paix au plus tôt. Nous attendons à l'arrêt depuis quelques minutes et je pèse encore le pour et le contre. Je ne trouve pas le portrait de ma personne bien flatteur, au fur et à mesure que je réfléchis sur ma décision. J'use de la bienveillance d'un homme malade pour accomplir mon égocentrique objectif. Je me déçois vraiment. Je m'avoue vaincue et décide de faire un geste.

- Vous me rendez beaucoup de service alors que vous n'avez pas que ça à faire.

Je quitte la station et je m'avance plus proche du trottoir où je lève la main à chaque fois qu'un véhicule passe. Je ne regarde pas s'ils sont disponibles ou pas, alors qu'il y a pourtant des signes évidents d'information. Ils s'arrêteront s'ils le peuvent et moi ça m'occupe. Alors que notre bus arrive, notre carrosse accoste enfin le bord du bitume et ouvre automatiquement sa porte. Je fais signe au "streamer" de passer devant moi, à la limite de la révérence.

- La course est pour moi, je précise.

Je lui fais un clin d’œil pour apporter ma confirmation. Avant de rentrer, j'observe le transport en commun. Utiliser un taxi n'est pas des plus écologiques ; mais le véhicule est plein. Mon initiative paie, nous aurions dû prendre le prochain.
Je prends place sur la place arrière gauche et laisse le soin à celui-qui-sait de confier l'adresse au conducteur.
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Dim 27 Mai - 1:09
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- Oh, merci merci merci ! Vous êtes un ange, vous savez ça ? Pour la peine, je vous paie le bus ! Et on va papoter un peu, ça fera passer le temps !

Je ne pus m’empêcher de rougir doucement à sa remarque. Moi, un ange ? Nooon, elle exagère, pour sûr. Certes, j’étais quelqu’un de gentil, mais tout de même ! Elle jeta un œil aux arrêts, tout en me proposant de me payer le service. Elle ne devait pas se donner cette peine ! J’avais ma propre carte de bus, que je payais mensuellement, et me permettaient de prendre de manière illimitée les transports en commun. Finalement, son regard changea de direction et la jeune demoiselle fit de grands signes au taxi qui passait dans la rue. C’est vrai que ce serait sans doute plus rapide, mais à un certain prix. Non pas que je ne pouvais me le payer – l’avantage d’avoir un double-emploi -, mais je préférais prendre le bus. L’idée de me retrouver dans une voiture seul avec le chauffeur, qui par réputation, ils ne sont pas toujours très sympa. Tandis que l’un d’eux s’approcha, elle ajouta :

- Vous me rendez beaucoup de service alors que vous n'avez pas que ça à faire.

En vérité, j’avais ma journée, et de manière générale, je gérais ma semaine comme je l’entendais. Mon boulot d’archiviste était assez flexible concernant les horaires, et les streams… Bah, c’est moi le patron. Pourquoi ne pas aider cette petite tête blonde ? Et puis, pour être honnête, elle me plaisait. Elle semblait avoir un petit caractère caché derrière ces mimiques. Curieux, je voulais en savoir plus sur sa personne. Le taxi s’arrêta devant nous. La jeune femme précisa que le trajet était à son compte. Cela me gênait un peu, mais je compris que je ne pourrais lutter face à elle. Pas de problème. Je trouverais autre chose pour lui rendre la pareille. Elle monta à l’arrière de la voiture, et je la suivis peu après avoir donné l’adresse au chauffeur. Ce dernier alluma son compteur, et démarra doucement. Il était heureux, pour sûr. La route était assez longue, et il allait se faire un beau chiffre sur ce trajet. Après quelques minutes de silence, je répondis enfin à mon interlocutrice :

« Oh, ne vous en faites pas. J’ai une journée assez calme aujourd’hui. Nous sommes encore le matin, et je ne stream que le soir vers 20 heures. Ça laisse pas mal de temps pour vous aider à trouver la pièce qu’il vous faut ! »

Je concluais ma phrase par un sourire sincère. Cela faisait un moment que je n’étais pas allé à ce magasin. J’espère que le magasin aura ce qu’il faut pour la jeune demoiselle. J’en profiterais pour jeter un œil de mon côté aussi. Je trouverais peut-être des petites choses pour agrémenter mon ordinateur, ou même à offrir à MeiLi. Ma femme était une férue d’informatique, et adorait bricoler les machines. Je tenais mon petit sachet avec mon processeur dedans. Je me disais que je devrais faire attention sur place que le magasin ne pense pas que cela vient de chez eux, et que je suis en train de leur voler ! M’enfin, j’ai toujours le ticket de caisse, en gage de mon achat. Le taxi continua d’avancer, malgré une circulation assez importante. Nous en avions encore pour un sacré bout de temps… C’était le moment de discuter, et d’en savoir plus sur ma voisine :

« Alors, dites-moi ma charmante demoiselle, qui êtes-vous parmi les gens de Tokyo ? »
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Dim 27 Mai - 1:10
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Je force un peu la main ; je ne laisse pas d'occasion réelle au streamer de choisir. Déjà que le harcèle pour mon propre intérêt alors qu'il a la goutte au nez, je ne vais pas obligataire à rester dans une bus ou le métro au milieu d'autres personnes, serrés comme des sardines. Mr. Issun en prend son parti sans rechigner. Qui résisterait au confort d'une voiture chauffée ?
Pourtant, mon interlocuteur ne récupère l'usage de la parole qu'après une infime pause. S'il a eu le réflexe des transports en commun, il doit les emprunter prioritairement. Je passe pour une parvenue prétentieuse pour payer une course sans hésitation. J'éviterai prudemment de mentionner que je suis arrivée au centre commercial par le même biais.

Je m'étonne d'ailleurs de ce choix si contraire à mon débordement d'activité physique. En quête d'un perpétuel mouvement, la marche à pied, les correspondances devraient mieux me seoir. Puis je réalise pourquoi j'affectionne le taxi : il existe un frein entre ma destination et moi, m'interdisant de changer d'avis toutes les cinq secondes. Les chauffeurs de taxi détestent mes sautes d'humeur, même si ça paie pour eux. Je soupçonne même certains d'entre eux de m’éviter lorsqu'ils me voient lever la main depuis le trottoir. Je suis persona non grata
; ma photo apparaît sur l'écran de leur tableau de bord et un single d'alarme les avertit, grâce à un espèce de logiciel d'identification quelconque.
Il paraît que nous avons un sosie dans le monde entier : elle va m'en vouloir à mort si elle vit à Tokyo et qu'elle essuie souvent des camouflets...

Cette petite dérivation de mon esprit achevée, j'accueille avec sympathie la question de mon compagnon de route. Puisqu'il a du temps devant lui, allons-y pour une petite biographie. Je me demande au bout de quelques minutes, il lâcherait... Pauvre de lui ! Pour ne pas le dégoûter outre mesure, je vais raccourcir et compenser la réponse de questions. Même si j'ai des défauts, je les reconnais. J'essaie de changer et d'endiguer la masse. Car les gens veulent de l'échange et non un monologue long digne d'une tragédie grecque, les rimes en moins.
Quoiqu'à l'occasion, je tenterai en vers, ça peut mieux faire passer le pavé...

- Et bien, je suis une fille.

On repassera pour la pertinence du contenu...

- Pur produit Tokyoite ! Je n'ai jamais vraiment quitté Tokyo à part les villes alentours.

Évite la leçon de la géographie urbaine. Question initiale : parle de toi. Recentre.

- Pour autant, je ne connais pas votre boutique. J'ai honte à double raison, car je suis informaticienne.

Arrêt mental = terrain brûlant. Si tu es informaticienne, que lui annoncer au sujet de ton employeur ? Faut savoir faire preuve de lucidité dans la vie, et je m'attends à l'interrogative fatidique, à plus forte raison pour lui qu'il est plus ou moins du métier.
Tonnerre, parler de l'Incons' et des Hautes Autorités ne se fait pas, pour deux raisons. Le sujet est délicat et les esprits s'échauffent vite. Je suis trop bavarde et j'ai une obligation professionnelle qui s'appelle le droit de réserve. Je devrais mentir, sauf que JE-NE-SAIS-PAS mentir. Ou alors je sors un truc du genre "secret défense", à la fois top-classe et bloquant toute discussion possible. De son côté. Au mieux. Et s'il insiste...
Crotte de tanuki, une parade vite vite ! Je vais revenir vers la conférence de géographie urbaine de la périphérie de Tokyo, en définitive...
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