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VISCÉRALE ATTENTE.

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Chihiro Asuka a écrit:
Il n'y a toujours eu que toi
13 Octobre 2109 ••• Je suis fatigué, la sensation que ça irradie, dans ma poitrine. Opéré la semaine d'avant, la cicatrice trop fraîche n'a pas supporté l'eau sale et glacée qui a pu envahir le métro. J'ai du mal à comprendre encore comment on a pu survivre, tant ça semblait désespéré par moments. Une quelconque infection dont je n'ai pas su retenir le nom, par manque d'envie, de temps aussi. Parce qu'ils sont débordés. Je suis sorti dès que j'ai eu l'autorisation, dès qu'Aloysia a pu recevoir l'appel pour la prévenir. Grand soulagement, autant l'un pour l'autre, de savoir que l'autre va bien. Elle m'a ramené au passage un téléphone de fortune, le mien n'ayant pas survécu à la journée précédente. Je mets la puce, avec le vague espoir d'y voir des appels manqués de ma mère. Mais il n'y a rien, quand enfin ça s'affiche. Un message d'elle qui date d'hier matin, mais à part ça... J'inspire, tente de lutter contre l'épuisement, tandis qu'Alo règle les papiers qu'il faut signer. Une nouvelle angoisse se rajoute dans le lot... Abe, est-ce que tu vas bien... ? J'envoie un message après avoir hésité. Parce que... Parce que si les mauvaises sont nouvelles... Ca me rappellera pourquoi je n'envoie jamais de messages pour en demander... J'ai le souffle court, quand une réponse indescriptible arrive en réponse. Est-ce que ça veut au moins dire que tu vas bien, que c'est juste le réseau qui merde, par là où tu es ? J'ai tellement peur pour toi aussi, merde... Finalement, on doit rester ici encore pour quelques temps. Je soupire.

[...]

J'ai eu de tes nouvelles, plus qu'un message qui m'avait presque l'air crypté sur le coup. On sort enfin et il va falloir utiliser nos jambes, les rues sont encore bien trop obstrués pour s'essayer à rouler avec une voiture. Peut-être plus un scooter ou une moto, en étant prudent ? Mais le reste, ça ne passerait pas, oui... Je sens que mes collègues vont avoir du travail, beaucoup de travail... Et je m'en veux presque de ne pouvoir aller les aider. Mais d'abord... On doit retrouver où peut avoir été notre mère. Quant à toi... On échange des sms ensemble et ça me rassure quand même, grandement. Un terrible soulagement qui me prend déjà, oui. J'ai hâte aussi de rentrer pour pouvoir retrouver mes animaux, voir s'ils vont bien, s'ils n'ont pas souffert de tout ça... J'espère que non, ça me dévasterait totalement. Je finis par te laisser, parce que je dois conserver la batterie, que ce n'est pas évident de parler avec toi pendant qu'on marche, qu'on discute aussi avec Aloysia, à tenter d'évoquer les possibilités. Elle est quelque part, c'est sûr. Mais où ?

[...]

Elle est morte. Maman... Est morte ? Emportée de plein fouet par la vague, elle s'y est noyée, elle... Elle... Maman... ?

[...]

16 Octobre 2109 ••• Je regarde la lettre sans avoir la moindre émotion. Sans doute que ça devrait me faire quelque chose, m'émouvoir, me faire paniquer. Mais rien. Je ne ressens plus rien, depuis trois jours. Même lorsque tu m'as annoncé que ton mariage était arrivé, j'aurais pu avoir le coeur brisé, mais en même temps, pourquoi est-ce que ça aurait été le cas ? Je n'ai cherché à te dévoiler mes sentiments, jamais cherché quoi que ce soit auprès de toi. C'est juste comme une fatalité finalement, une de plus. Et je dois bien avouer que... Que face à la mort de ma mère, ça me touche pas. Plus. Alors, je regarde la lettre, me souviens que le facteur m'a dit qu'on avait que trois jours. Ça m'a semblé étrange, sur l'instant. Je t'ai demandé confirmation, au cas où. Et apparemment, c'est bel et bien trois jours... Je n'aurais pas le temps de préparer la suite, en trois jours... Demain a lieu l'incinération de Maman... Je sens une boule dans la gorge, qui me prends, rien que d'y penser... Mon monde s'est écroulé et voici qu'on condamne déjà quelqu'un dans cette espèce de fatalité. Désolé Shiori, qui que tu sois... On n'aura pas beaucoup l'occasion de se connaître... Je ne comptais pas me présenter, à la base, au domicile. En sept jours, j'aurais pu avoir le temps de confier mes animaux à quelqu'un de sûr, autre que ma soeur... Parce qu'elle se serait douté de quelque chose... Je me sens même pas désolé de mes projets...

[...]

17 Octobre 2109 ••• Je n'ai pas su retenir les larmes. Elles ont bien trop coulé, sans s'arrêter. Ça me brûle dans la poitrine... Et c'est pas que l'infection, cette fois... Elle me manque, à en crever, bordel, pourquoi, POURQUOI ??! Je n'en peux plus...

[...]

19 Octobre 2109 ••• Je n'ai pas prévu de rester. Pas plus qu'une nuit. Demain, demain... Je ne serais plus là. Shiori sera libre de retrouver sa vie, son nom de famille. Shiori Bohra... Ça ne sonne pas bien, de toute manière... C'est lui rendre service, pour le coup. Les yeux rouges et gonflés, à force de pleurer, d'insomnies, de cauchemars. Je me dis qu'à force, on pourrait confondre les pupilles avec le reste... Tout est trop violent en ce moment, les nuits sont catastrophiques. Trop de visions horribles, qui se mélangent, qui donnent des choses terribles. Et je la vois se noyer, de l'autre côté du métro, je la regarde passer dans le courant, impuissant. Et j'ai beau frapper contre les vitres, elles ne se brisent pas. Et Kunio, elle rigole si fort, me rappelle à quel point je suis misérable, idiot. Je préfère ne plus dormir, parce que dès que je sombre avec l'épuisement, c'est Kunio qui survit et ma mère dont je vois le visage devenir blême, sans plus aucune vie pour l'animer. Ça me détruit, définitivement. Comment font-ils les gens qui perdent leur mère et y survivre ? Comment font-ils pour réussir à vivre sans elle, avec cette absence ? Je ne saisis pas. Ça me semble même totalement impossible, irréalisable... Demain, j'ai quelqu'un de confiance à qui je pourrais confier Mozart, Oola et Oona. Alors, pour ne pas finir en cellule pour des raisons stupides, je préfère m'y rendre, même pour un soir. Pour dire à l'autre que ce n'est absolument pas contre elle, pas du tout même. Les animaux resteront à mon appartement pour la nuit, ça ira pour eux.

[...]

Je pousse la porte, paré de juste mon pull à motif squelettique duquel dépasse la lettre dite rose que je viens de fourrer de nouveau dedans après y avoir cherché le code, d'une écharpe grise, d'un jean noir et des chaussures usées par le temps qui n'ont pas aimé non plus le passage dans le métro. Mais je ne peux me résoudre à les jeter, plus jamais même désormais... Il est tard, près de vingt heures, je crois que j'ai frôlé la cellule finalement. Si l'autre n'est pas là... Alors, on ira quand même et j'aurais l'air bête, contrarié dans mes plans. J'inspire tout de même, une fois la porte refermée d'une petite maison sans étage, proche du campus, à une extrême limite de Tokyo. Elle a l'air petite mais confortable, j'imagine que tu dois bien gagner ta vie, toi aussi, pour qu'on est ce genre de logement. D'ailleurs, elle n'a pas l'air d'avoir particulièrement souffert du tsunami, je suppose donc qu'il n'est pas venu tout éclater jusque vers ici non plus... Ils avaient parlé de zone... C'est quoi, une verte ? Bah, qu'importe... C'est allumé, alors... Je suppose que... Je prends une nouvelle goulée d'air, avant de venir oser affronter la future veuve... Silencieux, errant comme un fantôme jusqu'aux bruits que je perçois. Je ne vois d'abord que ton dos, mais déjà, tes cheveux m'interpellent. Forcément, je pense à toi. Je finis par sortir une main d'une poche où elle était fourrée, pour toquer contre la porte. Et quand tu te retournes, mon air meurtri se transforme en réelle surprise.

- ... Abe ?

Ça m'abasourdi, sur le coup. C'est comme une vague qui me traverse le corps, tandis que j'essaye de réfléchir, un tant soit peu. Mais rien ne me vient, je cligne des yeux, bêtement, trop simplement, comme si je refusais de croire ce que mes yeux sont trop occupés pourtant à voir. Je balbutie un peu, tente de trouver quelque chose à dire, avant de finalement me dire que...

- Qu'est-ce que... Tu fais là... ?

Et là, je n'ai plus qu'à prier que tu ne sois pas la soeur de Shiori... Parce que là, même une nuit, ça serait de trop, le coup de poignard qu'il ne fallait pas abattre, celui qui me crève définitivement. Comme si tout le reste n'avait pas suffit... Je n'arrive même plus à compter le nombre d'années depuis que tu me réchauffes le coeur... Mais là, là... C'est de trop, Abe, tu comprends ? Je me sens achever sur place, coulé pour de bon. J'aurais jamais dû survivre...

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Shiori Wakashimazu
« Nan mais oh ! »
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Chihiro Bohra (Asuka)
«Rod-chan, c'est toi ?»
JOUR 1.

C'est étrange. Je me réjouissais toujours du moment où je trouverais la fameuse lettre et que je serais enfin avec quelqu'un. Par la force des choses, mes petits copains n'ayant pas tenu le rythme que je leur imposais. Pourtant, je stresse tout autant que je cogite, à une vitesse qui ferait tourner la tête toute personne lambda. Vais-je m'entendre avec lui ? A l'inverse, va-t-il s'entendre avec moi ? Viendra-t-il comme moi, de suite, après le travail ? Et surtout, pourquoi l'Incontestable, malgré mes efforts et ceux de mes autres collègues informaticiens, continue-t-il à envoyer des courriers dans cette période apocalyptique où tout doit être reconstruit et où les gens cherchent avant tout à retrouver des repères très souvent détruits ou du moins abîmés, apprenant les blessures de proches, voire pire. J'ai eu de la chance de mon côté et tant mieux. J'ai cependant une pensée pour tous les autres qui ont connu malheurs sur malheurs après la panique de ces longues heures d'angoisse. Oui, l’Incontestable, bien que je le respecte, ne pourrait-il pas faire une pause avant de reprendre les mariages ? Pire encore, de ralentir les délais de sept à trois jours, alors que je suppose mes pairs plongés dans d'autres démarches administratives ou autres. Je n'ai peut-être pas bien fait mon travail, après tout. Je suis même l'une des responsables de ce bug un peu étrange. Quoique les têtes pensantes n'ont rien objecté, rien arrêté. Je ne fais que mon devoir, je suis donc à moitié fautive. Je suis à moitié stressée maintenant.
Ah non. Mariage. Inconnu. Cent pour cent stressée, j'y reviens.

Je suis le plan sur mon téléphone, pour me diriger vers une maisonnette censée être notre petit nid d'amour, à Chihiro Bohra et moi. Dans mon entourage, d'autres personnes, dont Rod-chou, doivent subir Weeding Express by Incontestable. Dans l'empressement, j'ai emporté une valise contenant le nécessaire pour une nuit. Pendant ma pause, j'ai réussi à joindre des déménageurs, en essayant nombre d'entre eux. Beaucoup ont refusé. Le contraire serait étonnant : comment circuler dans une ville encombrée et aux routes massacrées ? Quand ce n'était pas leur entreprise directement touchée, avec les camions en berne et la lutte avec les assurances. Tant pis, j'ai fait appel à des extérieurs de Tokyo. Le coût sera plus cher, ils ont failli refuser jusqu'à ce que je leur explique que mon ancien et mon futur chez-moi étaient tous les deux en zone verte. Impossible en revanche d'agir sur 3 jours, ce que je comprends. J'ai accepté leur délai.

La maison est là, juste devant moi.  J'ai le cœur qui bat la chamade à un point à peine insupportable. Je ne vois pas pourquoi je m'inquiète à ce point. Je me suis toujours dit que ma seule chance de ne pas finir vieille fille qui dévore son bac de glace devant un vieux film romantique serait la moitié choisie par l'Incontestable, celui que j'entretiens tous les jours au travail pour qu'il accomplisse son office de Cupidon. Un petit angelot de l'amour tout plat en format A4, enveloppé dans du papier craft quand le secrétariat a oublié de recommander des enveloppes blanches au service des achats. Un chérubin qui n'envoie pas forcément l'amour à tous les coups, qui a du plomb dans l'aile.
Donc, je devrais forcément me réjouir de ce quotidien transfiguré par la présence d'un homme à mes côtés, mais cela me rend nerveuse à un point tel que même Bip-Bip ne parviendrait  à me suivre.

La rue est vide. Je regarde à droite et à gauche. Personne. Peut-être est-il déjà à l'intérieur ? Je tousse, j'arrive devant la porte et tape le digicode. Les gonds font leur office et découvre une habitation totalement éteinte jusqu'à ce que je passe le pallier et que "la lumière fut". Mari absent.

J'attendrais. Un, deux, trois. Trois p'tits chats. Jours, pardon. J'espère qu'il se présentera à temps. Sinon, deux cas de figure : je suis veuve ou je vais en taule. Je ne veux ni l'un ni l'autre. Bien que le pire serait la taule. On ne peut pas pleurer quelqu'un qu'on ne connait pas. Par contre, savoir que mon mari s'oppose au système dont je suis l'actrice, me retrouver entre quatre murs sans possibilité de bouger et ainsi devenir folle comme dans le métro avec Reiichi, être refusée, ange déchue, par mon époux, sans parler de la menace de mort qui nous pend en nez... Non. Pitié. Pas ça. Pourvu que mon karma positif durant cette période troublée ne se mue pas en négatif pour rétablir l'égalité des destins. Je ne crois pas en ce genre de superstition d'ordinaire, mais étant donné la situation, j'y pense et je me laisse même prendre par une peur encore plus forte, avec un cœur qui bat à rompre les artères.

Je visite la place. J'installe les maigres affaires transportées dans une énorme valise (choisir dans ma garde-robe fut un calvaire, j'ai l'impression d'abandonner des êtres chers). Je sors mon matelas pneumatique, puisqu'il n'y a pas de meubles pour l'instant. A part en cuisine. Je me jette dessus et m'endors aussitôt.

JOUR 3

Bon sang de [...] de [...] de [...] ! Il n'est toujours pas arrivé, le Chihiro trucmuche ! Si la prison et la mise à mort, c'est son dada, ce n'est pas ma tasse de thé ! Suffit l'égoïsme, là, oh, je ne suis pas coupable de sa condition (enfin un peu si, mais à 10%, parce que je travaille au TPAI, mais mieux vaut ne pas lui en parler de suite, voire pas du tout. Apprendre à mentir va devenir une de mes priorités). N'empêche, le moment approche où la milice va arriver, et si, au mieux, Môssieur accepte et on retourne dans notre maison, ça va forcément se savoir et les collègues vont se moquer de moi pour le côté ironique de l'affaire ! Ah, si seulement je savais où il se trouvait, j'irai le chercher moi-même et le ramener par la force ! Deux jours passés déjà, dont un entier à se morfondre, ma patience a des limites franchies depuis... très rapidement. Dans son intérêt personnel, il a presque intérêt à être décédé, le type, ça me simplifiera la tâche et ça m'empêchera de tourner en rond comme un poisson dans un bocal. J'en ai marre de patienter !

Mon dieu, mais c'est horrible... Je suis un monstre. On dit toujours que quand sa vie est en danger, l'être humain peut révéler le pire de sa nature. Suis-je du genre à écraser les gens en cas d'évacuation d'urgence ? Je me fais peur toute seule par mes pensées lugubres et me voilà maintenant complètement déprimée.

Un bruit interrompt tout. Mes pensées. Le temps. La réalité. La porte d'entrée vient de s'ouvrir. Je sens comme un courant d'air. Je suis où déjà ? Ah oui, dans le couloir d'entrée. J'allais me rendre vers la cuisine quand "Il" est entré. Glacée, je ne bouge plus. J'ai peur de me retourner. J'ai envie de voir son visage, tirer le voile sur la surprise et éventuellement lui foutre une baffe pour le suspense forcé. Mon cœur bat plus fort encore que les tambours du Bronx, je me décide à mettre fin à l'attente.

Je demeure silencieuse et interdite devant le visage que je reconnais sans peine. Rod-chou. Il me demande ce que je fais là. Je ne lui réponds pas et je fonce dans ses bras pour le serrer contre moi, contente de le savoir en chair et en os, vivant, bien que blessé. Le TPAI lui aurait-il donné mon adresse pour qu'il puisse voir si j'allais bien ? Non, pas le genre de la maison. S'il est là, cela ne peut signifier qu'une chose....

- C'est toi, Chihiro Bohra ?
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Chihiro Asuka a écrit:
Il n'y a toujours eu que toi
Pour toute réponse, tu te retrouves entre mes bras et bien malgré moi, ils répondent à l'étreinte, te la rendent avec presque désespoir. Je me sens comme le condamné à qui on donne son dernier repas, avant de reposer mon regard sur toi, quand tu t'éloignes juste assez pour me poser cette question. Elle me semble terrible, sur le coup. J'ai envie de te dire que oui, malheureusement, c'est moi. J'aurais aimé être n'importe qui d'autre, plutôt que moi-même. Demain, tout se réglera... Alors, je me contente d'acquiescer, de confirmer l'information, tandis que mes prunelles se perdent dans les tiennes, avant de dériver sur ton visage, tes cheveux. Je sens mon coeur qui se noie une nouvelle fois, l'émotion m'étreindre à son tour. Mais je ne montre rien, parce que j'ai appris au fil des années à m'étouffer. C'était le seul moyen de survivre, à l'époque... Et puis, je capte petit à petit, la réalité de la situation. À ton expression, surtout. Elle semble changer... Alors, je me décroche de toi, en train de subir le contre choc. J'ouvre la bouche, comme pour tenter de dire quelque chose, mais surtout pour happer de l'air... Et plus je te regarde, plus je me sens horrifié. Pas par toi, non, non... Juste par la situation. Qu'est-ce que tu as pu faire, pour me mériter, si c'est bien toi, Shiori... ? Parce que ça ne peut pas être quelqu'un d'autre, finalement ? Je repense au fait qu'on est reçu la lettre le même jour... Mais, j'étais à mille lieux de me dire que... Que...

- T-tu... - Déglutition. - Tu es Shiori... ?

Ça me frappe une nouvelle fois. Je dois m'asseoir. Alors, je trouve quelque chose, le premier truc à portée, pour me laisser tomber dessus, qu'importe ce que c'est. Ça peut bien être le sol que je m'en fous, là. J'ai une main qui vient se perdre entre mes mèches, tandis que je te fixe encore, comme pour m'imprégner au fond des rétines que c'est bien toi, Shiori. Et quand l'information est assimilée, j'ai un souffle de rire, un peu brisé, un peu heureux. C'est horrible. Je me sens comme un monstre, de ressentir, cette pointe de joue, alors que, que... On vient à peine de lui dire Adieu... Je finis par fermer les yeux, secoue à peine la tête, relève le menton, pour ne pas pleurer. Pas devant toi, surtout pas devant toi... La salive s'active sous l'émotion, dans la bouche qui était pourtant sèche. Je ravale littéralement mes larmes ?

- Dé-désolé... J-je...

Je suis partagé. Tranché en deux. Une partie, pourtant infime, se sent heureuse. Le reste... C'est une grande détresse, un affolement terrible. Je ne peux pas te faire ça, pas à toi... Je prends conscience d'un trop plein de choses, de ce quotidien qu'on va partager, de la chance qui me semble bien trop belle, là... Comment je peux me sentir chanceux, rien qu'un instant, alors que je l'ai perdu, elle ? Mais la simple et toute petite partie qui se réjouit, elle prend une place terrible dans ma tête. Je n'ai pas envie que tu penses que c'est de ta faute, que tu puisses croire que j'essaye de ne pas pleurer parce que c'est toi que j'ai trouvé. Ma voix se meurt dans la gorge, bon sang.

- Je... J'ai été... Occupé... Et...

J'essaye si fort, tu sais. J'ai jamais autant essayé de ma vie de m'exprimer que là, maintenant. Et finalement, je baisse la tête, quand je sens quelques larmes qui passent les frontières. Fais chier, je me déteste d'être si faible, tu sais...

- On avait... Une... À or-organiser...

Maman... Je me sens secoué par un sanglot, légèrement. Il ne s'agira que de quelques larmes, avant de réussir à me reprendre, à me contrôler. Pardon, Abe... J'ai failli te rendre veuve avant même que tu ne me rencontres... Je me souviens de ton message, de la joie qui pouvait en déborder. Je n'ai pas le droit de te gâcher ça, hein... ? Je crois que dans le fond, ma mère serait heureuse de savoir que c'est toi, au bout de la lettre... Parce que je suis incapable de te quitter, désormais...

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«Rod-chan, c'est toi ?»
Je me sens si bien, contre lui, rassurée de le savoir entier. Je redoute d'apprendre de mauvaises nouvelles. Des blessés, des morts. Lui, au moins, il est là, dans mes bras et il est ... mon mari. Je ne suis pas certaine de réaliser cette information. Trop à assimiler à la fois.

Je reçois un courrier de mariage.
Rod-chou aussi.
Nous reportons notre discussion par sms pour retrouver notre moitié dans la réalité.
Je me rends à l'adresse mentionnée par le courrier.
Je rencontre Rod-chou, en chair et en os.
Il est là, devant moi.
Je lui demande son nom.
Il s'écarte de moi et me regarde comme s'il me découvrait pour la première fois.
Ce n'est pas la première fois.
Il me fixe si étrangement. Pourquoi ne me donne-t-il aucune affirmation à ma question ? Est-il la réponse à mon équation ? Au sophisme qui trône dans ma tête ?

Après ce temps aussi court qu'infini, il me pose la question en retour. Elle ne laisse plus aucun doute. Je lui confirme que Shiori est bien la petite abeille. Je discerne un rire. Je ne sais pas quoi en penser. Heureux, pas heureux ? Que lui arrive-t-il, je ne comprends pas. Je m'imaginais tellement ce fameux mariage, de mille façons. Mes versions n'ont rien à voir avec celle-ci. Je crois qu'un drame l'a touché pendant la catastrophe, qui m'est étranger. Je cherche dans ma cervelle de blonde écervellée ce dont il m'avait fait part dans ses textos.

Il a été blessé, dans le métro. Coincé dans les sous-sols sombres. L'expérience fut sans doute perturbante. Le film catastrophe qui se déroule sous tes yeux sans le fauteuil en velours rouge sous tes fesses pour te rassurer en te rappelant que ce n'est pas vrai. Il est sûrement choqué et doit souffrir le martyre. Je veux le rassurer, lui poser ds questions, crever l'abcès, écouter ce qui le tourmente. Je ne peux pas abandonner un ami... pardon, mon mari, à sa douleur.
L'éternelle bavarde que je suis laisse à cet homme désespéré le temps dont il a besoin. Je le sens prêt à craquer. La blessure n'est pas seulement physique. Il y a plus. Il balbutie des bouts de phrase. Je le suis avec difficulté. Je lutte contre mon impatience habituelle qui me démange. Je le laisse faire, je ne l'interromps pas. De mon côté, je peine à recomposer le puzzle des mots.
Il sanglote.

Un éclair traverse ma tête. Une illumination sombre. Cela me revient. Ses animaux d'un côté de la balance. De l'autre, sa mère. Il n'arrivait pas à obtenir de nouvelles. Je lui avais dit d'insister, de continuer à l'appeler, que les télécommunications étaient brouillées, ce jour-là. Je peux me tromper. J'aimerais me tromper. Oh , oui, j'aimerais. Mon intuition féminine pourtant me pousse à croire autant qu'à rejeter ce fait.  Pour la première fois de ma vie, je reste calme. Je me contente de la prendre contre moi avec douceur pour éviter de briser plus, métaphoriquement, mon homme en sucre. J'ignore combien de temps on reste ici, au point de rendez-vous de l'enveloppe rose.
Je ne me suis jamais demandé à quoi ressemblait un un paradoxe. J'ai l'occasion à présent d'en connaître un. Voir un monde se construire tandis qu'il s’effondre. L'espoir mêlé au désespoir. Rod-chou menace de s'écrouler, je demeure droite telle un pilier. Quand je sens qu'il tient seul à nouveau, je me détache à nouveau mais conserve un contact en saisissant délicatement sa main.

Toujours sans un mot, je l'emmène vers notre logement. Je compose le digicode de la porte avec automatisme, sans même me souvenir l'avoir mémorisé à un quelconque moment. Il est venu tout seul. Je suis possédée, je ne me reconnais pas. Si sûre de moi, si forte. Pour compenser le poids que Rod porte sur ses épaules, je me fais légère.
La porte se referme dans notre dos. L'obscurité renaît. Nous sommes au chaud, entre nous, sans témoin potentiel dans la rue. Sans décor apocalyptique pour nous rappeler le cataclysme. Je me remets face à lui, je pose une main sur sa joue droite.

- Je suis désolée....

Je crois que je pleure aussi. Ou alors il pleuvait dehors avant que nous n'entrions. Je ne sais pas, je ne me rappelle plus. Non, ce sont ses larmes qui tombent sur mon visage. Oui, ça doit être cela.
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Chihiro Asuka a écrit:
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Houle soudaine, les larmes s'échappent de moi comme on tomberait par dessus bord sans avoir su se rattraper à un quelconque cordage. Et me voici à me noyer, pleine tempête hors et dans le cœur. J'ai honte, mal, m'essouffle une nouvelle fois. Face à la fatalité de la vie, de celle de la machine. Face au bonheur qu'on écrase d'une pierre, comme si Goliath avait été plus fort que David cette fois, qu'il avait su l'étrangler avant que la fronde ne puisse permettre à l'enfant de survivre. Me voici terrassé, comme si la vague revenait, qu'elle emportait de nouveau tout, me fait avoir les épaules si basses alors qu'on m'a dit que je pouvais être fier de moi. Mais qu'importent les efforts ce jour maudit, ça n'a rien changé. La vague a englouti la mère.

Tes bras autour de moi, je ne sais si c'est une ancre ou une bouée. Aurais-je lancé un SOS en venant ici, finalement ? Je ne sais pas, mille aiguilles dans le cœur encore. Une de plus ou de moins, je ne sais plus. Je ne me sens pas être relevé, je ne sens plus rien, comme si à être trop percé, l’acupuncture avait rendu le corps stérile à la douleur. Mais le cœur, lui, il est à l'agonie. Je crois que les larmes se calment, comme si elles avaient trop coulées. Ou bien est-ce ta main sur ma joue qui les récupèrent, pour qu'elles viennent à couler sur les tiennes. Et ça me soulève le cœur, le piétine encore une fois, comme si finalement il avait encore un souffle de vie. Et j'inspire face à tes mots, appuie à peine ma peau contre la tienne, avant de fermer de nouveau les yeux.

- Merci...

La voix est brisée, toujours. C'est à mon tour de venir de t'entourer de mes bras. Ils n'ont rien de rassurant je crois, rien de vaillant. Et j’enfouis mon visage contre le tien, te serre de mes maigres forces. J'oublie les blessures, oublie ce front recousu, les multiples coupures sur la peau. Ce n'est rien, face au reste, face à toi. Je te murmure encore ce même mot, laisse quelques larmes se verser encore. Et peut-être que cette proximité reste ainsi quelques minutes, avant que la crise ne passe. J'inspire une nouvelle fois, m'enivre de ton odeur, avant de reculer la tête, pour me perdre dans ton regard. Et j'ai le cœur qui s'agite, terriblement, encore. Mais cette fois, c'est autre chose. Je m'approche finalement derechef, pour venir déposer mes lèvres par dessus les tiennes. Je ferme les paupières, pour les quelques secondes que ça dure. Ma manière à moi de te dire que je ne poserais plus aucun souci, face à ce quotidien qui nous attends. Je déglutis en reculant de nouveau mon visage, les yeux rougis, drôle de combo avec les iris carmines.

- Tu... Tu n'as pas... L'air blessée...

Je porte de nouveau mon regard sur toi. Et ça me rassure, terriblement. Je ne peux pas en dire autant, mais qu'importe, c'est tellement... Minime. Je ramène une main vers toi, pour effleurer d'un revers de doigts ta joue.

- Je suis... Content que ce soit... Toi.

Réellement. Je tente un sourire qui peine à se soulever, à agiter le coin des lèvres. Mais j'essaie, tellement.

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