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IMMERSION, ÉMOTION [PV : CHRISTOPHER INOUE]

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Dim 27 Mai - 0:47
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La porte claqua doucement dans son dos. Hana marqua un temps d’arrêt, mais trouva néanmoins le courage d’atteindre l’ascenseur. Là seulement, elle s’appuya contre la paroi et étouffa un sanglot derrière sa main posée sur sa bouche. Bien sûr qu’elle l’avait entendue. Elle était tellement suspendue à chacun de ses mots, de ses gestes et de ses regards que même la porte entrebâillée n’aurait pas pu l’empêcher de percevoir la voix de Chris qui lui souhaitait une bonne journée. Si elle souffrait à présent dans cette boîte de métal qui l’emmenait vers le parking souterrain de leur immeuble, c’est parce qu’elle n’a pas eu le courage de revenir sur ses pas pour lui répondre.
Et pour l’embrasser. Et pour le serrer dans nos bras. Et pour lui dire qu’on est désolée.
Toutes ces choses qui la taraudaient depuis qu’elle l’avait revu. Malgré tout, elle ne reprit contenance, rassembla son courage.
Ce soir. Il sera là ce soir. Il sera là tous les jours de notre vie, maintenant.
Ça ne sert à rien si on ne se décide pas à lui dire la vérité.
Elle le savait bien. Mais pas aujourd’hui. Non, pas aujourd’hui. Elle avait d’autres choses à affronter avant ça.

Hana posa ses affaires sur son bureau à 8h30 précises, en adressant un sourire implacablement resplendissant à ses collègues de travail qui n’avaient pu masquer leur étonnement en la voyant arriver. Après tout, elle avait été sur la sellette jusqu’à la dernière heure. Tout le monde devait être persuadé qu’elle passerait la mauvaise porte du centre de redressement aujourd’hui. On ne l’aurait pas ignorée à ce point pendant les trois derniers jours autrement.
Et bien non.
Dans vos gueules, tiens.
Ferme la bouche, Haruna-san, ça va devenir vexant.
Cette journée de travail lui fit plus de bien qu’elle ne l’avait escompté. Déjà parce que son honneur était sauf et qu’elle n’avait pas à subir l’humiliation et l’angoisse d’une mise en cellule. Et ensuite parce que voir certains de ses collègues revenir timidement vers elle pour lui demander des nouvelles avait quelque chose de jouissif, même si elle ne se faisait plus d’illusion. Le mal était fait, elle savait ce qu’il en était réellement de ces gens qui s’étaient éloignés dès que le vent avait semblé tourner pour elle. Bien entendu, elle n’en montra rien et resta aussi courtoise et avenante qu’à son habitude. Son mari était sportif de haut niveau et revenait tout juste d’un entraînement en dehors de Tokyo, il n’avait pas eu l’occasion de relever son courrier avant hier. Il était gentil, encore un peu distant…
Ha ha…
… Mais rien qu’un peu de temps passé ensemble ne pourrait arranger. D’ailleurs, elle partirait sans doute plus tôt car elle devait accomplir leur première action de couple à l’aquarium d’Odaiba. Oui, pas de soucis, elle leur raconterait avec plaisir.
On ne mangera simplement plus avec vous pendant les pauses.
On pourra aller squatter avec Reii-chan juste pour vous mettre la haine.

La journée se passa tranquillement. Mine de rien, travailler était presque reposant maintenant qu’elle ne craignait plus de finir en cellule, ne serait-ce que parce que cela lui permettait de ne pas penser à la catastrophe de son mariage. Le soir venu, elle put effectivement partir plus tôt pour remplir ses obligations conjugales, en se promettant de faire un peu d’heures supplémentaires le lendemain. Elle n’eut donc plus qu’à monter dans sa voiture pour retourner à Odaiba. Ce ne fut qu’en arrivant en vue de l’aquarium qu’elle se rendit compte que ses mains tremblaient sur le volant.
Ce n’est pas le moment. Il n’y a pas de quoi avoir peur, nous allons simplement accomplir nos devoirs de couple, c’est une bonne chose.
Comment ça pourrait être une bonne chose ? Comment on pourrait former un vrai couple en l’état actuel ?
Hana fit taire toutes ses contradictions en se garant sur le parking. Un coup d’œil à sa montre lui apprit qu’ils étaient dans les temps pour peu que Chris soit déjà là. Par réflexe, elle sortit son portable de son sac pour lui annoncer son arrivée, avant qu’un détail ne lui saute à l’esprit.
Son numéro !
Ah oui, merde !
Elle s’immobilisa sur le parvis, l’appareil à la main, maudissant intérieurement sa stupidité. Certes, elle avait été perturbée mais tout de même, pouvoir contacter son époux, ça faisait partie des impératifs de base ! Indécise, elle resta un moment à se demander que faire, balayant les alentours du regard…
Peut-être qu’il a toujours le même numéro ?
Mais dans ce cas, il saurait qu’on n’a jamais effacé le sien !
Heureusement, une haute silhouette à la peau basanée accrochant son regard au moment où l’accablait ce dilemme. Son cœur fit un bond dans sa poitrine et elle s’élança vers lui sans hésiter. Elle aurait reconnu n’importe où la courbe de ces épaules.

« Christopher ! »

Lorsqu’il se retourna vers elle, Hana sentit son regard la percuter, laissant une traînée de feu le long de sa colonne. Sa mémoire lui fit mal. Pendant une seconde, sans pouvoir s’en empêcher, elle se souvint de toutes les fois où ils s’étaient donné rendez-vous quelque part pour faire quelque chose ensemble, deux ans plus tôt. Les fois où il arrivait le premier, où elle était en retard et courrait pour lui sauter au cou, où elle lui tapait sur l’épaule avant de se cacher dans son dos, où il lui prenait la taille et la soulevait du sol par surprise, où elle lui envoyait un message juste pour lui dire qu’elle était derrière lui, et le baiser tout doux et taquin qui suivait invariablement ces retrouvailles. Elle se souvint de tout et le présent se fit encore plus douloureux alors qu’elle le rejoignait le plus simplement du monde alors qu’elle aurait voulu le serrer dans ses bras, comme avant.
Fais-le.
Non.
C’est trop dur.
Moins que s’il nous repoussait.
Elle se contenta donc de remettre une mèche en place, de lisser le devant de sa jupe noire (elle n’avait pas pris le temps de se changer en sortant du travail mais elle avait son maillot de bain dans son sac) et de désigner l’entrée de l’aquarium.

« Le personnel doit déjà être au courant, ils nous aiguilleront quand on se présentera à l’accueil… »

Et elle lui emboîta juste le pas quand ils se mirent en route pour passer la porte vitrée, sans oser le regarder plus longtemps.
Lamentable.
Oui. Mais elle ne se voyait pas faire autrement. Elle se tenait simplement près de lui alors qu’ils marchaient ensemble et elle sentait déjà son cœur écrasé par l’émotion, alors qu’elle ne pouvait songer qu’aux gestes qu’elle aurait eu à faire pour lui prendre la main. Juste lui tenir la main… Le hall de l’aquarium était en forme de dôme, vaste et bleuté, parcouru d’hologrammes de poissons de toutes espèces qui émerveillaient les enfants présents. Alors qu’ils attendaient leur tour au guichet, Hana trouva mystérieusement le courage de relever le visage vers lui, pour réparer son erreur du matin :

« Tu as passé une bonne journée ? »

Mieux valait tard que jamais après tout.
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Dim 27 Mai - 0:48
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Le coach écouta attentivement le récit de son poulain. Beaucoup de choses s'expliquaient dans son comportement récent. Il connaissait assez Christopher pour savoir qu'il n'était pas dans son état normal. Peu bavard, renfermé, prenant des risques sur la piste qui ne l'aideraient même pas à gagner, plutôt à l'envoyer à l'hôpital. Une raison bien simple le bouleversait : Hana Saika. Celle qui hantait le jeune homme depuis de temps nombreux mois. après une longue éclipse, la voilà de retour, pour rien de moins que le mariage, aussi inattendu qu'improbable. Dire que le garçon l'avait rêvé, à une période. Maintenant, l'histoire tournait au cauchemar.
Compréhensif, le grand monsieur permet à son coureur de prendre encore des jours de congés avant de revenir à l'écurie, le temps de se remettre. Christopher était du genre réglo, s'acharnait au travail et se comportait avec sérieux. Relâcher lui ferait du bien et éviterait de le mettre en danger.
En fin de conversation, Chris osa poser une question personnelle. Il interrogea son entraîneur sur les obligations d'activités au sein du couple, avant qu'il n'évoqua la sienne. L'homme au bout du fil se mit à rire. Nager avec les requins, voilà qui était singulier ! Son expérience propre était des plus convenues. A défaut d'avoir rapproché mari et femme, au moins les avait-elle amusé. Après les politesses d'usage, les deux hommes raccrochèrent.

Hana serait absente la journée. Lui n'avait rien de prévu. Les déménageurs ne devaient opérer que demain. Rien à accomplir, juste à penser jusqu'à l'heure de se préparer et de se rendre à quelques kilomètres de la maison seulement, à l'Aquarium d'Odaiba. Penser... Cette perspective ne le satisfaisait pas. Il quitta le sol et les petits animaux, s'étira en liant ses doigts et les poussant vers le plafond. Abandonnant son téléphone sur une table, il calcula le temps qui le séparait de leur activité. Le métis opta pour la marche à pied. Il éviterait de prendre la moto, d'emprunter les transports en commun bondés de travailleurs, d'être coincé dans les embouteillages. Cette solution obligerait le couple à se véhiculer ensemble pour le retour. Après tout, ils étaient mariés à présent ! Son idée machiavélique lui arracha un sourire au coin de ses lèvres.

Toutes ses affaires restaient stockées dans son ancien logement, dans des cartons Pour une nuit, il n'avait pas considéré un maillot de bain comme une nécessité. Il ne lui restait plus qu'à en acheter un neuf. Son revenu aisé l'autorisait à traîner du côté de Venus Fort. Pendant que sa femme passait sa journée au travail, il ferait du shopping.
Il n'emporta avec lui que de menues affaires. Avant de partir, il vérifia que les chinchillas avaient assez d'eau et de nourriture. Hana l'avait déjà fait, fort probablement, mais il voulait s'en assurer. Il referma la porte derrière lui et commença sa balade en direction du centre commercial.
La galerie accueillait un nombre fou de marques, pour tout public et tous les goûts. Quoiqu'un peu cher... Pourtant, Chris n'avait pas le droit de porter ce qu'il voulait, en public comme en privé. Terrible tyrannie que celle des sponsors ; si l'on le surprenait à se vêtir d'une licence adverse, l'incident pouvait avoir de fâcheuses conséquences. Un de ses confrères, d'une autre équipe, avait tenté le coup et attiré l'opprobre sur son écurie. Heureusement, Venus fort abritait un gigantesque magasin appartenant à son "généreux mécène". Il détailla avec soin les nouveautés de chacun rayon, évitant cependant celui des sports mécaniques. En effet, une affiche publicitaire usait de son image, au fond du magasin. Chris était ouvert aux autographes, mais pas en ce moment. Il s'éloigna donc vers les articles de natation. Sûrement l'Aquarium fournissait le matériel nécessaire à ses clients, mais il préférait posséder ses propres affaires, se mettant en quête d'un maillot dans lequel il se sentirait aussi à l'aise que possible face à des requins.

Cette idée saugrenue l'avait d'abord agacé, avant de le convaincre au fil des heures. Le risque, l'adrénaline, la tension, il aimait ça. Et puis serrer Hana dans ses bras, avec une attitude protectrice, avait un côté super héros alléchant. Si toutefois elle se laissait faire. Dire qu'auparavant, il l'aurait prise contre lui, sans jouer la comédie, juste pour admirer les poissons et partager un savoureux moment. Il faisait cependant le deuil de la sincérité et de l'authenticité. Sa femme interprétait un rôle depuis leurs retrouvailles, la veille au soir. Elle n'agissait plus avec le naturel qui faisait son charme. Chris allait s'aligner sur son attitude, entrant par la grande porte dans le monde merveilleux de l'hypocrisie.

Il finit par trouver ce qu'il souhaitait, investissant dans un petit sac de sport, un maillot et une grande serviette de bain. Le tout dans le même ton, bleu marine. Après ces menus achats, du temps lui restait encore avant le rendez-vous à l'aquarium. Il le combla en déjeunant, visitant le Mega Web Toyoto City Showcase et admirant les prototypes de la marque, visualisant même un film au cinéma.

Après quelques dernières minutes de marche, Christopher arriva devant le magnifique bâtiment. A priori, Hana ne l'y attendait pas. Patientant donc, il observait un kakemono géant qui recouvrait la façade, entièrement composé d'écrans numériques, et qui diffusait des publicités dont une sur la fameuse immersion avec les squales. Le métis s'en réjouissait d'avance, oubliant jusqu'à la présence de son épouse au profit de l'aventure. C'était sans compter sur celle-ci pour lui signaler sa présence.
Il se retourna, recouvrant un visage neutre et s'approchant d'elle pour donner le change. Il jeta un coup d’œil à sa tenue. Il mourait d'envie de la prendre dans ses bras et de la faire tournoyer comme autrefois. A la place, il glissa une main dans la poche de son short et la seconde balança négligemment par dessus l'épaule son sac de sport. La jeune femme proposa de s'avancer ; il se dirigea donc sans tarder vers l'aquarium. Ils n'allaient pas se fixer bêtement dans le blanc des yeux, non ? Tous deux rejoignirent donc la file d'attente des guichets. Chris profita de cette pause pour surveiller les informations de nouveaux écrans. L'un d'eux résumait les règles de sécurité. Le basané mémorisait au fur et à mesure le contenu mais fut interrompu par la jeune femme.
Ses yeux quittèrent la télévision pour se poser sur elle. Ses cheveux. Son visage. Sa peau foncée. Son sac, son haut, sa jupe noire qui renforçait la couleur de ses jambes. Il hésitait entre un cinglant :"J'étais en train de lire, là!" et un vrai échange. Magnanime car pas si cruel, il se confia.


" Excellente. "

Laconique.


" Et toi, la reprise du boulot ? Bien passé ? "

Silence.


" Au fait, tu ne m'as pas dit où tu travaillais exactement. "

Véritable curiosité, il ne bluffait pas. Il consentait, après tout, un effort pour dialoguer un peu.
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Dim 27 Mai - 0:48
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« Je… Oui, ça a été… »

Tendue jusqu’au bout des épaules, Hana tentait tant bien que mal de maîtriser toutes ses marques de nervosité, depuis cette envie maladive de remettre ses cheveux en place à cette fâcheuse tendance à imaginer la honte qu’engendrerait une chute impromptue pour cause de chaussures à talons.
Respire, respire, tout va bien se passer.
Ouais, on va juste faire un ulcère avant la fin de la semaine…
À côté d’elle, Chris affichait toujours son impassibilité implacable, mais elle ne put s’empêcher de frissonner lorsqu’il reposa son regard sur elle. Elle avait toujours aimé ses beaux yeux noirs, leur forme en amande différente de ceux de la plupart des japonais, les puits d’obsidienne qu’ils semblaient ouvrir sur sa peau halée. Ces prunelles avaient été autrefois si caressantes qu’elles la blessaient par tous les sentiments qui s’y reflétaient et qu’elle était persuadée de ne pas mériter. Leur regard n’était pas moins douloureux aujourd’hui maintenant qu’elle n’y lisait plus que de la froideur. Pourtant, elle n’eut pas le temps de s’en désoler. Chris lui posa soudain une question qu’elle n’avait pas vue venir. Une question qui fit l’effet d’une bombe dans son cerveau.
Oh merde !
AAAAAAAAAAAAAAH !!!!
Après une seconde d’incrédulité, elle tenta tant bien que mal de se reprendre aussi vite que possible. Replaçant une mèche derrière son oreille, elle ne put s’empêcher de détourner le regard vers les nombreux hologrammes qui peuplaient le hall de l’aquarium.
Une diversion, vite !!!

« Euh… je suis secrétaire dans un établissement public… »

Sa voix était si peu assurée que ses pommettes virèrent au rose, mortifiée.
C’est tellement pas crédible qu’on est obligée de dire la vérité…
Mais on ne peut quand même pas lui dire ça ! Pour quoi on va passer ?!
De toute façon il finira bien par le savoir un jour ou l’autre. Rah et puis merde, un seul mensonge par omission c’est déjà bien suffisant !
Et en effet, Hana n’eut bientôt plus d’autres options parmi celles dont elle disposait que de se résigner. Se mordant la lèvre, elle prit une brève inspiration pour avouer :

« Je travaille au… »
« Inoue-san ? Excusez-moi de vous interrompre mais je vous ai reconnu alors j’ai pensé qu’il serait plus simple de venir à votre rencontre. Je m’appelle Kanagami et c’est moi qui m’occuperai de vous pour votre plongée aujourd’hui. »

La surprise lui laissa la bouche ouverte sur la fin de sa révélation tandis que s’avançait vers eux une jeune femme athlétique aux longs cheveux noirs noués en queue de cheval, le sigle de l’aquarium imprimé sur sa veste de sweat, le visage éclairé par un sourire engageant et un regard pétillant d’excitation.
D’excitation ?
Oui. Mais il y avait trop de questions en suspens dans cette interruption impromptue. Hana en était encore à se demander comment la nouvelle venue les avait reconnus alors qu’ils ne s’étaient même pas annoncés à l’accueil quand cette dernière se pencha légèrement vers son mari pour confier d’un ton complice :

« Mon frère et moi sommes des fans. Nous regardons les courses de moto depuis tout petit. J’ai cru rêver quand j’ai vu les réservations d’aujourd’hui. Suivez-moi, je vous prie ! »

Ah ouais…
La jeune femme en était bouche bée tandis qu’ils emboîtaient le pas à leur monitrice de plongée du jour. Une chose dont elle n’avait jamais pris conscience jusqu’à maintenant lui sauta à l’esprit : Chris était une célébrité. Un coureur de moto en pleine ascension, plein de promesses, dont les amateurs de sport automobiles connaissaient le nom et le visage. Cette idée lui porta un coup au cœur.
C’est notre mari, mais il n’est pas qu’à nous…
Loin de là. La jalousie planta aussitôt ses griffes dans les entrailles alors qu’ils suivaient Kanagami dans les coulisses de l’aquarium, un dédale de couloirs qui sentaient le sel et le poisson, où de gros tuyaux blancs courraient au plafond. Ils arrivèrent bientôt au-dessus d’un grand aquarium où s’affairaient deux ou trois membres du personnel avec des perches et des seaux à poissons. Dans l’eau, elle pouvait distinguer les silhouettes gris sombres et profilées des requins qui croisaient lentement parmi des bancs de petits poissons colorés. Un frisson lui parcourut l’échine et elle se demanda par quel miracle ils n’avaient pas becquetés tous leurs colocataires. Kanagami retira la veste et le pantalon de jogging qu’elle portait, révélant un corps musculeux moulé dans une combinaison en caoutchouc noire.
Nan mais ça va, arrête de te la jouer, tu crois séduire qui avec tes épaules de viking ?
Se retournant vers eux, elle entreprit de leur expliquer rapidement comment la séance allait se dérouler :

« Comme c’est votre première fois, vous allez plonger avec des requins taureaux. Ils ne sont pas particulièrement engageants au premier abord mais ne vous inquiétez pas, ils ne sont pas dangereux pour l’homme. Ils viennent d’être nourris, ils seront donc plutôt tranquilles. Quelques consignes de sécurité tout de même : on s’immerge rapidement ; on reste groupés ; on ne s’approche pas à moins de trois mètres ; on garde toujours les requins en vue, surtout les gros ; en cas de spasmes, de signes de nervosité ou de brusques prises de vitesse, on interrompt immédiatement la plongée ; et enfin, on s’amuse et on fait coucou à Kiba-chan ! »

Ajouta-t-elle en désignant l’un des requins, souffrant d’après elle d’une malformation de naissance qui faisait tomber plus bas que les autres sa mâchoire supérieure, de sorte que toutes ses rangées de dents du haut lui pendouillaient sur le menton. Dans la nature, il n'aurait sans doute pas été capable de chasser correctement, ni atteint l'âge adulte mais il menait une vie paisible en aquarium. Il ressemblait un peu au gamin à lunettes et à appareil dentaire au fond de la classe, qui passait son temps à jouer aux jeux vidéos et bafouillait en s’adressant aux filles. Ça le rendait attachant.
Il est… mignon.
Et un peu pitoyable…
Et de fait, il avait l’air beaucoup moins menaçant que ses congénères. Kanagami leur remit des combinaisons de plongée intégrales semblables à la sienne, sombres avec chaussons et gants. Elle leur désigna ensuite un vestiaire où ils pouvaient se changer et déclara les attendre au bord du bassin. Les époux Inoue n’eurent donc plus qu’à s’éclipser pour enfiler leur tenue. Et Hana pâlit en se rendant compte que le vestiaire en question était mixte.
Quoi ?! Mais on ne va quand même pas se changer devant lui ?!
Boah, pourquoi pas, techniquement il a déjà tout vu.
Mais ce n’est pas la question !!!
En effet, Hana se sentit d’un seul coup aussi gênée qu’une collégienne, s’empourprant jusqu’à la racine des cheveux en serrant entre ses mains sa combinaison de caoutchouc. Son regard s’échappa brièvement sur la silhouette de Chris à ses côtés. Ses vêtements devinrent soudain transparents alors qu’elle se remémorait son corps d’athlète, la beauté de sa musculature sous sa peau basanée, le désir qu’il lui avait toujours inspiré.
Ce n’est pas le moment !!!
Non, absolument pas. Elle n’en avait pas le droit. Pourtant, elle savait bien que d’ici deux semaines, elle renouerait intimement avec lui qu’elle le veuille ou non. Mais en cet instant, la pensée qu’ils allaient se dévêtir l’un à côté de l’autre lui donnait des palpitations…
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Dim 27 Mai - 0:48
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Hana était vraiment devenue la reine de la bafouille. Jamais Chris ne l'avait entendue percuter les phrases et ne pas les finir à ce point, sans aller au but. Depuis qu'il l'avait retrouvée, la veille, elle n'était vraiment pas la même. La raison était évidente, cette gêne permanente qui la dévorait de l'intérieur. Oui, elle marchait sur des œufs concernant ce mariage particulièrement pénible. Si seulement elle se décidait à parler clairement, et ainsi dissiper les doutes pour de bon pour qu'ils puissent avancer, qu'importe la voie... Exaspéré par son comportement manquant d'honnêteté et de courage, il sursauta presque quand on interrompit leur conversation en l'interpellant par son nom. Attitude pourtant commune, dans un certain milieu : le nom de Christopher Inoue faisait du bruit dans le Landerneau des sports mécaniques. D'ailleurs, la jeune femme qui s'approchait du couple déclina son identité sans tarder, avant de révéler qu'elle était une fan, en se penchant sur le ton de la confidence. Chris se mit à sourire instantanément. Il ne cherchait pas forcément la renommée, elle allait juste de pair avec ses victoires. Toutefois il appréciait de rencontrer des gens qui aimaient son travail. Il ne ferait pas sciemment la proposition, il laissait les gens venir à lui, refusant de se comporter comme une star. Mais si elle lui demandait un autographe ou une photo avec lui, il ne dirait pas non. Kanagami-san semblait tellement mordue qu'il ne résisterait pas.

Pendant que les trois jeunes gens déambulaient dans les couloirs de l'aquarium, Chris écoutait attentivement toutes les explications que la monitrice leur prodiguait, avec beaucoup d'enthousiasme et un soupçon d'excitation.
D'excitation ?
Sûrement à l'idée d'accompagner une de ses idoles au sein de son propre univers, aussi aventureux et à risque que le sien.
Elle les entraîna vers le bassin des requins, se chargeant de faire les présentations et prodiguer de nouvelles recommandations. Les requins, vus de haut, restaient impressionnants. Pour un débutant dans cet exercice, n'aurait-ce pas été plus rassurant d'envisager avec un requin-marteau, plutôt qu'un Bruce-like ? Pourtant, malgré un petit frisson d'appréhension, aucune angoisse n’étreignait le cœur du métis. Après tout, il avait fait de l'adrénaline sa drogue ; risquer la chute à chaque course (et se rapper sur le gravier à 370km/h) ne valait-il pas les dents acérées d'un squale ? La curiosité le saisissait au point de s'hypnotiser à les regarder tournoyer dans l'eau claire.

L'amie des requins interrompit son observation tandis qu'elle se changea, retirant ses effets, sous lesquels elle portait une combinaison. Le tissu brillant moulait ses formes athlétiques. Elle dégageait une sensualité presque animale qui ne laissa pas le garçon indifférent. Chris ne put s'empêcher d'admirer cette femme, si vivante et passionnée, qui le dévorait plus des yeux que sa propre épouse. Son visage rayonnant contrastait en cet instant avec celui d'Hana, qui ne contrôla pas une soudaine moue contrariée.
Un sorte d'électrochoc le secoua d'une révélation - à moins qu'il ne s'agisse que d'une interprétation de sa part ? Pourquoi réagissait-elle ainsi, brusquement ? A cause des requins et de Kiba-chan ? Ou bien à cause de la dresseuse de squale en lycra près du corps ? Il se ferait un plaisir d'interroger Hana à un moment opportun, bien choisi, histoire de la mettre encore au pied du mur. A force de la pousser dans ses retranchements, elle finirait bien par parler sans ambages. A moins d'être idiot ou aveugle, il était facile à deviner qu'elle cachait quelque chose et qu'elle surveillait chacun de ses mots ou gestes, en permanence. Dès qu'il lui laissait une brèche, elle ne s'engouffrait pas dedans au profit d'une défense maladroite qui l'exposait encore plus. A lui de l'entraîner sur le chemin de la vérité, même si l'accouchement serait douloureux. Afin de vérifier son hypothèse, il allait s'amuser un peu. Aux dépends de sa femme, certes, mais n'avait-il pas vécu aussi des émotions fortes à cause d'elle ?

Kanagami-san confia au couple leurs tenues de plongée. Les voilà invités à se changer. Christopher la remercia d'un nouveau sourire avant de se détourner vers le vestiaire, suivant Hana. Il découvrit bien tôt que le vestiaire était commun. Il haussa les épaules ; ils accomplissaient un devoir matrimonial, quel intérêt de séparer le couple, n'est-ce pas ? D'autant plus que, contrairement à d'autres mariés ayant subi le même sort, ils se connaissaient déjà et ne ressentiraient aucune pudeur.
Le métis posa son sac de sport sur un banc et entreprit de se dévêtir, dévoilant très vite son torse musclé couleur cannelle. Il ne se gênait pas à surveiller, de son côté, l’effeuillage plus timide de son épousée, décidément plus secrète qu'autrefois, inversant les tendances de leur première union. Elle devenait presque ennuyeuse. Où était donc sa sulfureuse Hana, sa fleur aux couleurs chatoyantes, sa peau sentant les épices, le soleil de l'Amérique du Sud ? Il ne découvrait qu'une ombre, un fantôme, qui la blêmissait et retirait d'elle toute saveur.

Il enrageait autant qu'il souffrait de la voir ainsi, car il ignorait ce qu'elle pensait. Leur mariage deviendrait impossible si elle ne se décidait pas. Il aurait pu mettre ce malaise sur la peur des requins. Mais ces pauvres animaux n'étaient pas responsables de tous ces maux.
Hana ne cessait, depuis la veille, de montrer des signes de faiblesses. Ses hésitations à parler, ses lèvres mordues, ses mains qui remettaient ses cheveux en place. Les larmes qu'elle retenait. Tout ces signes ne lui échappaient pas ; être attentif à son environnement appartenait à sa nature ainsi qu'à sa profession. Il mourait d'envie de la plaquer contre le mur, la fixer droit dans les yeux et l'obliger à tout lâcher, pour mieux la serrer dans ses bras une fois son sac vidé. L'embrasser. Sentir sa peau sous ses doigts, sa peau si douce. Fulminant, il chassa ses pensées dans une respiration profonde qu'il rejeta dans son ventre.

Retrouvant modérément du calme, il se concentra sur une question existentielle : maillot ou pas maillot ? Il l'avait acheté avant de venir. Mais la combinaison le remplaçait entièrement, non ? Le vêtement lui servirait peut-être par ailleurs. L'investissement ne serait pas inutile.
Un sourire machiavélique déforma momentanément ses lèvres avant de célébrer le retour du masque inexpressif. Sa belle s'était-elle vraiment montrée jalouse tantôt ou avait-il rêvé ? S'il ne se trompait pas, voilà une donnée intéressante qu'il n'allait pas manquer d'exploiter.
Il se dénuda complètement, dévoilant par ce biais les blessures de la veille, lors de sa chute annonciatrice d'une journée pourrie. Bleus et éraflures, plus impressionnants que douloureux. Et cicatrisés pour éviter d'exciter les requins ? A signaler peut-être à la monitrice. Il commença à enfiler la combinaison, en prenant son temps, tout en suivant la progression d'Hana du coin de l’œil.
Alors qu'il aurait très bien pu le faire seul, il l'interrogea avec un air innocent (d'apparence).


Je n'arrive pas à remonter la fermeture éclair, tu peux me donner un coup de main ?
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On reste calme, on reste calme, on respire par le nez, on se tourne vers le mur et on se…
Attends, attends, il tombe le t-shirt !
Du moins, si elle en jugeait par la recrudescence de peau basanée qui batifolait soudain à la limite de son champ de vision, au son des froissements de tissu. Hana sentait son cœur battre à tout rompre alors qu’elle se changeait elle-même dans son coin, fébrile (et angoissée) comme elle ne l’avait pas été depuis longtemps.
Est-ce qu’on a une assez jolie peau ? On n’a pas pris du poids ces dernier temps ? Est-ce qu’il va nous trouver désirable ou est-ce qu’on ne lui fait plus aucun effet ?
En vérité, même si elle avait honte de se comporter comme une vierge le soir de ses noces, même si elle souffrait de cette distance qu’elle avait elle-même instaurée et s’acharnait à creuser entre eux, malgré tout ce qui lui serrait le cœur, elle sentait friseler sur sa peau un inextinguible voile d’excitation. Chris était là, tout près d’elle. Elle ne se serait pas permis de le toucher, s’autorisait à peine à le regarder à la dérobée mais cette proximité à la fois permise et interdite se chargeait sans qu’elle ne le veuille d’un érotisme illicite et fiévreux qui faisait remonter moult souvenirs de sa mémoire. En quelques secondes, elle eut les nerfs à vif, comme si son corps lui-même se souvenait de cette peau, de cette silhouette, de la charpente des muscles et de la chaleur des caresses. Elle se sentit rougir alors qu’elle retirait son sous-vêtement puis enfilait son maillot de bain sous sa jupe, se débarrassait de la jupe et de son chemisier avant de poursuivre la remontée du vêtement contre son corps. Coupablement, elle s’abandonnait presque à quelques fantasmes défendus…
S’approcher de lui, embrasser sa nuque, caresser son dos, demander un baiser, plus qu’un baiser, après tout la cruche en lycra peut bien patienter quelques minutes le temps qu’on accomplisse nos devoirs de bons citoyens…
…Lorsque la belle voix grave de Chris en personne la tira de ses rêveries. Hana tourna la tête vers lui, la combinaison enfilée à mi-corps par-dessus le maillot, prise de court par sa demande.
Oh merde !

Une petite part isolée de son cerveau vit aussitôt le piège. Elle-même en tendait beaucoup de ce genre quand elle partait en chasse et jaugeait les mâles potentiels auxquels elle avait affaire. Nul doute qu’avec un peu de souplesse, son mari aurait pu se débrouiller tout seul. Mais Chris n’était pas plus idiot qu’elle. Il avait remarqué son attitude lamentable et elle ne lui plaisait pas. Derrière son innocence apparente, cet appel à l’aide était forcément un test.
Ou une punition.
Ou un moyen de nous décider enfin à l’approcher, ce qui ne ferait de mal à personne dans cette pièce…
Cette manœuvre lui fit mal au cœur de la part du jeune homme. Auparavant, jamais il n’aurait eu recours à ce genre de fourberie. Il avait toujours été honnête avec elle. Le voir se livrer à un tel procédé, uniquement à cause d’elle, donnait un regain de cruauté au remord qui la rongeait de toute part. Pourtant, elle encaissa le coup, avec un aplomb qui la surprit elle-même.
Supporter tout ce qu’il voudra bien nous infliger comme châtiment, c’est notre rôle désormais.
Caressant son visage de son regard triste, elle acquiesça simplement :

« Oui, bien sûr… »

Un peu intimidée, légèrement rougissante, elle vint à sa rencontre jusqu’à se retrouver dans son dos, les yeux perdus sur la saillie de ses épaules, l’arc puissant de sa nuque. Elle retint un instant son souffle en retrouvant le grain de cette peau brune qu’elle avait aimée mais se reprit rapidement. Ses doigts tremblaient légèrement lorsqu’elle se saisit de la fermeture éclair, et plus encore lorsqu’elle sentit la chaleur du corps du jeune homme lui effleurer les phalanges alors qu’elle conduisait le petit morceau de métal le long de sa colonne jusqu’en haut de la combinaison. À nouveau, elle se sentit frissonner sans pouvoir se retenir. Et sans pouvoir se retenir à nouveau, quand ses doigts frôlèrent les épaules de son mari, elle retira ses mains, enfila le reste de sa combinaison et lui présenta son dos à son tour.

« Tu veux bien m’aider aussi ? »

QUOI ?!
Le regard fixé droit devant elle, Hana s’efforçait de contenir les tremblements de frayeur qui menaçaient de courir sur son épiderme suite à son mouvement d’audace.
Mais ça ne va pas de faire des trucs pareils ?! Qu’est-ce qu’on fera s’il refuse ? Ou s’il accepte ?!
Au moins on saura à quoi s’en tenir…
Oui. C’était pour ça que la jeune femme ne se rétractait pas, même si elle était morte de peur. C’était contraire à tous ses plans, à tout ce qu’elle avait prévu, mais tant pis. Elle aussi voulait tester Chris. Elle aussi voulait savoir ce qu’il était devenu. Et Wonder Woman/Bêcheuse/Kanagami-san n’avait qu’à barboter toute seule en attendant.
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Chris attendait. Hana était obligée de s'exécuter, il lui demandait de l'aide. Il guettait avec attention sa réaction. Non par le sens de la vue, puisqu'il lui tournait délibérément le dos pour qu'elle puisse s'occuper de cette fermeture qu'il aurait pu traiter lui-même. En revanche, son sens du toucher apprécia la caresse de ses doigts. Elle hésitait en manipulant le système métallique alors qu'elle était simple comme bonjour. De plus en plus, par son comportement, s'éclairaient les pensées de sa femme.

Dire que l’enfilage simple d'une combinaison de de vêtements moulant provoquaient en lui des souvenirs éloignés, si éloignés. Pourtant, le temps avait perdu sa véritable durée. Pourtant, cela lui paraissait hier, à quelques exceptions près. Avant, ils étaient face à face, à se perdre dans le regard de l'autre, à se sourire, se caresser et à se déshabiller. Cette scène, à cet instant, ressemblait à son double dans un miroir déformant. L'un tournant le dos à l'autre, l'absence de joie et se vêtissent d'une combinaison. Pourtant, ses sentiments pour elle restaient présents. Il se retenait de ne pas se retourner et l'embrasser. La neutralité tait une comédie difficile à interpréter sur le long terme. Il crut qu'elle ferait un signe : elle effleura juste ses épaules avant de lui demander de lui rendre le même service. Aimablement, il fit volte-face, fixa ses yeux un instant, avant qu'elle ne lui tourne le dos. L'échange fut trop bref pour qu'il n'en tire la moindre conclusion. Il pencha son regard vers ses formes, toujours aussi généreuses, que le maillot mettait en valeur.

Evidemment.

Avec une douceur extrême, il clôtura le vêtement en prenant soin de ne pas coincer le maillot de la jeune femme, ni même ses cheveux qu'il souleva d'une main tandis qu'il remontait le fermoir en métal. Ses cheveux si beaux, bouclés, tombant sur ses épaules. Il aurait aimer capturer une de ces boucles dans un de ses doigts et la faire tourner, comme autrefois. Si seulement, il acceptait de lâcher du lest, il pourrait faire patienter Kagami-san, quelques minutes de plus.
Pendant toute l'opération, qu'il voyait lui aussi comme un test à l'image de celui qu'il venait de lui imposer, il manquait de craquer, de se laisser séduire, de répondre à l'appel de leurs corps. L'alchimie corporelle existait, il en mettrait sa main au feu. Mais sa détermination l'obligeait à ne pas flancher. Il ferait des efforts, rien ne serait réglé tant qu'elle ne lâcherait pas ses pensées. Corps contre cœur, dilemme cruel.

Il termina jusqu'au bout de la fermeture éclair et déclara d'un simple "c'est fait", l'exécution de la demande son épouse. Laissant ses affaires dans les vestiaires, il ouvrit la porte et quitta la petite pièce pour revenir vers les aquariums. Chris remarqua qu'elle ne le suivit pas avec grand enthousiasme. Il s'arrêta pour l'attendre, et repartit lorsqu'elle atteignit son niveau. Il la côtoyait , son masque neutre luttant de plus en plus difficilement entre la colère et la peine d'un côté ; le pardon de l'autre.

Côte à côte, ils retrouvèrent les requins,. Kanagami-san échangeait quelques mots avec ses collègues. Sans lâcher la main d"Hana, il gratifia la plongeuse d'un sourire. Celle-ci lui rendit instantanément. Chris surveilla Hana pour la voir tiquer ou non. Avant de retourner son regard sur ses requins. Il était excité par cette aventure. Et qu'en pensait son épouse à ce moment ? Enthousiasmée ? Effrayée ? Curieuse ? Il voudrait serrer sa main pour vérifier ses émotions mais gardait ses bras collés à ses hanches.

Kanagami avait sorti, pendant ce temps de pause, le matériel de plongée. Les requins attendaient dans leur aquariums. Les sensations augmentaient tandis que les deux jeunes gens distinguaient à nouveau ces animaux à la réputation négative malheureusement aussi peu méritée que celle du loup. Bien sûr qu'ils étaient impressionnants, mais les légendes urbaines, les livres et les films dressaient d'eux un portrait qui faisaient d'eux une victime des humains peu compréhensifs, et ce malgré deux siècles de sensibilisation dans les différents aquariums du monde ou des reportages. Leur apparence y jouait pour beaucoup, avec leur rapidité, leur œil noir sans émotion, cette nage de prédateur. Sans parler des dents, des mâchoires terribles.

Le couple étant revenu à ses côtés, la monitrice donna quelques menues explications sur le fonctionnement des bouteilles.

" - Les bonbonnes s'enfilent comme des sacs à dos. Vous avez des sangles à passer de chaque côté de votre bras. Je vais vous aider à les mettre, c'est un peu lourd au départ, mais vous vous y ferez. Dans l'eau, le poids disparaîtra. Il ne restera plus qu'à enfiler le masque, permettant la respiration de l’oxygène, et le tour est joué. On va tout de même exécuter un test avant la plongée pour éviter tout problème une fois immergés."

De bonne volonté, Chris se pencha et put sans difficulté mettre la bouteille sur son dos. Kanagami-san échappa un "oh !" d'admiration. Il disposa le masque devant ses yeux.

Ça n'a pas l'air d'adhérer... Comment s'y prend-t-on ?

Avec un plaisir non dissimulé, l'employée de l'aquarium vint l'aider, ajuster, prenant son temps et échappant des plaisanteries. Il répondait avec le sourire et testa l'attirail. Il montra d'un pouce levé vers le haut qu'il était prêt. Quant à Hana, elle ne s'en occupa qu'en second, avec une gentillesse plus professionnelle que cordiale.
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À quel moment s’était-elle retrouvée dans cette situation ? Difficile à dire. Depuis qu’elle avait reçu cette lettre et s’était vue bombardée au rang de Madame Inoue, elle ne cessait que rarement de se poser la question. Pouvait-on réellement découvrir où naissent les douleurs ? Percer le mystère de leur croissance et de leur maturation, des multiples formes qu’elles pouvaient prendre pour torturer les humains ? À partir de quel moment avait-elle véritablement commencé à souffrir de ce que ce mariage l’obligeait à vivre ? Souffrait-elle tant que cela pour s’entêter à faire durer le supplice quand quelques mots et un peu d’honnêteté aurait suffi à y mettre fin ? Mais surtout, surtout, où était la frontière entre la douleur et le plaisir dans ce petit vestiaire froid, rempli d’humidité et de bruits de tuyauterie ?

Plus encore que ses grandes mains chaudes qui l’effleuraient à peine en remontant la fermeture, c’était l’espace entre eux qu’elle ressentait plus intensément que tout le reste. En cet instant précis, Hana aurait été capable de dire exactement combien de centimètres vibrants les séparaient. Cette distance pourtant négligeable devenait une véritable muraille de matière dense et compacte qui l’empêchait de bouger, mais laissait se propager tous les messages éplorés de leurs peaux l’une vers l’autre. Elle endurait la proximité de son corps en silence, rêvant aux gestes qu’elle aurait à faire pour le rejoindre sans parvenir à souhaiter les esquisser et malgré tous les regrets et la honte dont elle s’accablait, ces quelques secondes de caresses inexistantes la mirent dans un état de fébrilité intérieure qu’elle n’avait que rarement connu. Juste parce qu’elle n’osait pas le toucher.
C’est à croire qu’on devient maso, tiens…
Attends, attends, il nous caresse les cheveux !
En effet, Hana ne put s’empêcher de tressaillir lorsque la main de Chris repoussa légèrement les boucles sur sa nuque pour ne pas les prendre dans la fermeture, émaillant sa peau de frissons. Ce geste d’une douceur ineffable faillit avoir raison de ses défenses. Pourtant ce n’était rien, une pression tout juste ébauchée de ses doigts contre sa chevelure, mais cela suffit à lui faire incliner la tête dans un mouvement humble et fébrile, les paupières closes dans l’attente d’une suite qui ne vint jamais. Le morceau de métal parvint au bout de la glissière avec un petit son sec et inexorable, et Chris s’éloigna tout aussi sèchement lui sembla-t-il, la laissant seule avec l’émotion éperdue qu’il avait fait naître en elle en la touchant à peine.
Oh putain mais on peut pas s’arrêter là !
Si ! On doit aller nager, maintenant.
Mais on s’en tamponne du bain avec les requins, merde ! Surtout si c’est pour se coltiner l’autre grognasse !

C’était on ne peut plus vrai. Hana se souciait à présent autant des requins que de son premier sushi (lequel avait du être avalé aux alentours de deux ans et demi). La seule raison pour laquelle elle consentit à quitter le vestiaire fut la main de Chris qui attrapa la sienne pour l’entraîner au-dehors. Son cœur fit un bond.
Wow !
Wow !
Rien ne l’avait disposée à ce geste. Elle eut soudain l’impression que la paume de sa main s’ouvrait comme une fleur, libérant des centaines de terminaisons nerveuses jusqu’ici inconnues qui s’abreuvèrent de soleil contre la peau de Chris. Naïvement, elle espéra que les quelques pas qui les séparaient de Kanagami-san ne seraient jamais franchis. Un vœu idiot qui ne la laissa que plus exposée au coup qui advint par la suite.
Non mais attends…
Ce petit sourire échangé, un poil trop large pour être simplement poli. Surtout avec ce genre de regard appuyé.
NON MAIS QUOI ?!
Hana se raidit une fraction de seconde et consacra ensuite toute son énergie à se reprendre. Chris lui tenait toujours la main. Bien que ce contact lui faisait désormais l’effet d’une pierre froide et coupante, elle ne devait pas lui laisser deviner son trouble. Quand bien même ce dernier mit un point d’honneur à retourner le couteau dans la plaie.
Oh bordel mais elle va aller se baigner toute seule, cette truie ! Avec trois steaks saignants attachés aux chevilles !!!
Non ! Non ! Non ! Surtout il ne faut pas se montrer jalouse ! C’est tout sauf séduisant, ça nous rend hargneuse et vulgaire, on va passer pour une mégère infâme ! On respire, on sourit et on fait comme si tout était normal.
Tout sera normal quand elle arrêtera de lui lécher les pectoraux comme ça ! Et qu’on lui aura retourné une bonne paire de claques à lui aussi !
Oh, comme elle en rêvait. Mais non, pas ici, pas maintenant, pas dans ces conditions. Il ne fallait pas. Elle se contenta donc de serrer les dents, d’enfiler rapidement son propre matériel et d’opposer à Kanagami-san un sourire aussi poli qu’implacable lorsque cette dernière proposa de l’aider.

« Merci. Je me débrouille. »

Une voix nette et précise, aussi déliée qu’un ruban, qui suscita un très léger étonnement chez leur monitrice. Comme si elle venait de se couper par mégarde en saisissant une feuille de papier. Hana vit clairement la sensation dans ses yeux tandis qu’elle la poignardait des siens. C’était le genre de regard incisif qui, rehaussé par le relief caressant de son sourire, se faisait plus tranchant qu’un couperet. N’importe qui ayant deux sous de jugeote comprenait la mise en garde. Tout en rejoignant Chris comme si de rien n’était, la jeune femme espéra que le message était clair. Non pas qu’elle rechignait à passer à l’assaut mais si l’éventualité se présentait, elle craignait simplement de délaisser ses attaques subtiles pour dégainer d’office l’artillerie lourde.
Devant notre époux, ce serait dommage.
Et encore…
Oui. Elle lui en voulait. Cela ne se voyait pas forcément parce qu’elle réprimait ce sentiment de toutes ses forces et souriait toujours quand elle revint près de lui pour se préparer à plonger. De quel droit lui en voulait-elle ? Elle lui avait fait subir bien pire que ça.
Ça ne change rien au fait que ça fait mal.
Et c’était vrai.

« On se lance ? »

Sa voix avait toujours ce petit reste d’accent en lame de rasoir mais il était si peu perceptible qu’ils s’avancèrent bientôt tous au bord du bassin. Kanagami-san passa en premier, leur rappela rapidement les gestes pour communiquer puis se glissa souplement dans l’eau, sans provoquer une seule éclaboussure. Il s’agissait de ne pas effrayer les requins ou les inciter à se montrer agressif. Hana prit sa suite sous le nez de son mari.
On aurait pu lui demand…
Non.
Et elle s’immergea à son tour. L’eau froide l’étreignit de sa caresse malgré la combinaison et elle se laissa flotter jusqu’à Kanagami-san qui lui faisait signe non loin. C’est alors seulement qu’elle se rendit compte pour de bon qu’elle partageait quelques dizaines de mètres cube d’eau avec des requins et que leurs silhouettes fuselées fendait les flots non loin d’elle sans un bruit, en seigneurs des lieux. Elle en oublia son ressentiment pendant quelques secondes, ébahie.
Waouh…
Waouh...
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Heureusement que Chris portait un masque. Il manqua d'éclater de rire quand Hana répondit par la négative à leur instructrice quant à l'aide proposée pourtant aimablement. Il détourna les yeux tandis que les femmes s'arrangeaient entre elles, mais il ressentait une tension proche de l'affrontement qu'il trouvait amusant. Tout ça pour lui, Christopher Inoue, certes champion de moto mais champion des hommes largués. Que deux femmes se disputent ses faveurs étaient presque amusant si son passé ne rendait pas la scène plutôt triste.

Pour se changer les idées, il s'approcha du bassin où nageaient tranquillement les requins, habitués à leur milieu aquatique restreint, et les heures fixes des repas. Bientôt, ils allaient être privés de leur quiétude par des humains inconnus, accompagnés d'un soigneur, qui obéissaient tous, par l'ordre des choses, aux sottises d'un ordinateur.
L'expérience qu'il allait vivre ne lui déplaisait pas, bien au contraire. Il aurait même été prêt à proposer cette aventure de lui-même à Hana, soit une démarche propre, sans se sentir forcé. Chris respira doucement pour chasser les émotions colériques qui l'envahissaient depuis l'annonce de son mariage et ses retrouvailles avec son ex.

Il sortit de ses pensées quand son épouse invita les protagonistes à rejoindre le bord du bassin, prête a priori, jusqu'à donner le signal. Chris écarquilla les yeux : il ne s'attendait pas à cette initiative. Ce comportement ressemblait plus à son ancienne Hana, telle qu'il l'avait. Mais la veille, elle le perdait complètement par un enchaînement de paradoxes : tantôt timide et renfermée ; puis jalouse et sur la défensive . Son étonnement s'accentua lorsqu'elle suivit, sans hésiter, la monitrice dans l'eau, le laissant seul comme un idiot, comme s'il hésitait alors que le défi l'attirait en règle générale. Il n'eut donc pas d'autre choix que de les rejoindre, dans une eau plutôt froide, ce qui eut un effet bénéfique sur son trouble. Le froid lui faisait toujours du bien, il n'aimait pas la chaleur et aurait moins apprécié un aquarium tropical. Une fois passé le premier contact, Christopher laissa ses sens le guider. La pesanteur et les mouvements du corps, si différents sous l'eau. L'étendue qui s'étalait plus qu'on ne le croyait de l'extérieur à cause des effets de convergences des vitres.

Il chercha les deux femmes avant de les rejoindre en douceur. Il mourait d'envie de nager pour de vrai au milieu des requins, comme l'on pouvait la même chose avec des dauphins directement dans la mer. Mais le requin, bien que n'étant pas le plus grand prédateur du monde marin, obligeait la conservation d'une distance de sécurité. En retrait des deux autres plongeuses, il se laissait hypnotiser par ce spectacle des squales, nageant avec grâce et dégageant pourtant une aura sauvage qu'il trouvait fascinante. Kanagami-san fut obligé de lui faire signe pour qu'il évite de s'éloigner du groupe. Elle lui désigna au passage le requin Kiba, peu menaçant, bienheureux ici où il ne risquait pas d'être mis en pièce par des congénères affamés qui profiteraient de sa différence. Plus loin, un second requin, d'une couleur différente, s'approchait, serpentant presque de son long corps, fin, se camouflant presque dans la couleur du sable. Chris, curieux, nota dans sa tête de poser la question sur la race de celui-ci. Hana ne semblait pas l'avoir vu. Il se mouva alors avec délicatesse, respectant ainsi les consignes, posa une main sur l'épaule de son épouse et lui montra du doigt cet intriguant spécimen.

Leurs corps se collèrent l'un contre l'autre. Le jeune homme se berçait dans cette proximité, par ce partage d'un moment unique, oubliant en un instant, comme par magie, passé, présent et futur. Il enserra Hana dans ses bras, le dos de la jeune femme contre son torse, et s'émerveillait devant le ballet de ces animaux à l'injuste réputation.
Pourquoi la tenait-il dans ses bras ? Il aurait pu se contenter de la côtoyer, sans proximité. Continuer de jouer sur la jalousie qu'il pressentait. Or, si Christopher se montrait parfois rancunier, surtout envers son ex-amante, avec une insistance qui frôlait l'inconvenance - lui pourtant respectueux des femmes - il souhaitait en effet, dans le silence de cette mer artificielle, que tout s'efface pour ne laisser la place qu'au présent.

{hrp : il s'agit d'un requin-zèbre, visible à Océanopolis Smile}
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Hana regretta de ne pas avoir attaché ses cheveux d’une façon ou d’une autre avant de plonger alors que quelques boucles venaient danser devant son masque, fluides comme des volutes de vapeur, mais ça ne dura pas plus que le temps d’une pensée. Toutes les pensées devenaient éphémères, ainsi surplombées par les ombres aux flancs lisses et aux nageoires effilées qui semblaient voler avec lenteur dans leur monde liquide. Il était triste de se dire que ces splendides créatures étaient condamnées à tourner en rond dans un aquarium qui, malgré sa taille confortable, ne serait jamais qu’un petit verre d’eau comparée aux étendues infinies de l’océan qui les avaient vus naître. Mais malgré tout, protégés par l’ignorance de leur condition, ils n’en cessaient pas moins d’avancer sans répit, sans se presser, amorçant de temps à autres de lents virages maîtrisés qui les portaient vers un but connus d’eux seuls avec une régularité qui faisait office de détermination. Hana en restait muette alors qu’elle flottait dans un coin aux côtés de Kanagami-san.
C’est tellement…
Tellement…

Chris les rejoignit peu de temps après et, fidèle à lui-même, sa jeune épouse put sentir de là où elle était son envie de s’approcher plus près des prédateurs marins, au prix d’un peu de prudence. Cette idée lui mit du baume au cœur, un peu.
Il faut qu’il fasse attention quand même, qu’on ne se retrouve pas avec un mari infirme en plus d’un mari qui nous déteste.
Au moins, il est toujours aussi tête-brûlée…
Et ça lui faisait plaisir de constater qu’elle ne lui avait pas brisé le cœur au point de briser son audace, ce petit goût du risque qui lui donnait toujours des frissons quand elle le voyait sur la piste et qui rendait ses baisers plus vifs, pleins de fierté et de soulagement après chaque course, du temps où ils étaient ensemble… Détournant la tête du passé pour ne pas ajouter à ses souffrances présentes, elle reporta son attention sur le brave Kiba-chan qui passait presque à portée de main au-dessus d’elle
On ne vivra pas ça tous les jours.
Quand on va raconter ça à Aya et Shu…
Mais la jeune femme n’était pas au bout de ses surprises. Une main sur son épaule lui fit soudain tourner la tête et elle écarquilla les yeux derrière son masque.
Mais il nous touche !
Et il nous montre quelque chose !
On s’en fout ! Il nous touche !

Toutefois, Hana porta son regard là où le lui désignait le doigt tendu de son époux. La découverte du beau spécimen sablonneux couvert de petites tâches sombres lui procura cependant moins d’excitation que de sentir soudain Chris qui se glissait dans son dos pour l’enlacer tandis qu’ils l’observaient ensemble.
!!!
!!!
Le cœur aux abois, elle ne sut pas comment réagir. Pourquoi agissait-il ainsi ? Lui qui s’était montré si froid, si distant, si cruel même depuis qu’ils s’étaient retrouvés, pour quelle raison lui offrait-il ce moment de tendresse en cet instant précis, là où ils ne pouvaient pas se parler, se regarder uniquement de derrière un masque et où les bouteilles d’oxygène dressaient inexorablement leur barrage encombrant entre eux ? Avait-il conscience que le contact de ses mains qu’elle sentait à travers la combinaison lui était d’autant plus douloureux ? Hana n’aurait su le dire. Le Chris qu’elle avait retrouvé était à la fois si semblable et si différent de l’ancien qu’elle avait l’impression de côtoyer un étranger sans parvenir à se souvenir d’où elle l’avait déjà croisé.
Il ne tient qu’à nous d’arranger ça.
Non…
Pas ici, pas maintenant. Pas alors qu’aucun de leur mot ne pouvait traverser l’eau qui les entourait, au contraire de la chaleur de ses gestes. La jeune femme referma ses mains sur celles de son époux et se blottit comme elle le put dans ses bras pour admirer le balai silencieux et irréel des requins au-dessus d’eux. Lorsque leur plongée s’acheva, un petit quart d’heure plus tard, elle gardait encore le souvenir de cette étreinte ébauchée comme un murmure de rêve sur sa peau humide.

« Alors ? Ça vous a plu, j’ai l’impression. Vous n’avez pas eu peur ? »
« Non. C’était fabuleux. »

Hana avait à peine entendu les paroles de Kanagami-san, laquelle était sans doute un peu déçue de s’être vue ainsi délaissée dès le début de l’immersion. La jeune femme s’en fichait éperdument. En fait, elle était de nouveau rongée par l’angoisse à l’idée que la tendresse de Chris ait pu rester sous l’eau parmi les requins et qu’il se montre à nouveau tel qu’il était avant leur plongée. Distant et insensible comme l’étaient les prédateurs marins avant qu’ils ne s’immergent parmi eux. Elle ne put s’empêcher de lui jeter un coup d’œil inquiet alors qu’elle se débarrassait des bouteilles et du masque…
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Hana ne se détacha pas de lui lorsqu'il se colla contre son corps et lui désigna le singulier requin. Mieux encore qu'il ne le penait. Il mourrait d'envie de l'embrasser ; les masques et sa conscience le gênaient. Sa détermination aussi. Il se contenta d'apprécier ses mains sur les siennes et leur regard focalisé sur les squales. La mer, l'eau en général, détend les gens quand elle est calme. Cette séance de plongée lui provoqua cet été bénéfique. Le temps passait malheureusement trop vite ; il aurait pu rester ici des heures rien que pour le spectacle conjoint à sa Hana dans ses bras. Lorsque leur accompagnatrice leur adressa un signe pour indiquer la remontée, il ne put échapper une moue de déception avant de se résoudre.

Kanagami-san, dès qu'ils purent à nouveau communiquer, les interrogea sur leur ressenti. Suite à l'exclamation de son épouse, il s'exprima avec la même exaltation sincère.

C'était génial ! Je n'ai qu'une envie, recommencer !

Il songea à regarder Hana juste à cet instant pour détecter un nouveau signe de jalousie. Si Chris revenait seul, il se trouverait en tête à tête avec Kanagami.... ou alors ferait-il la proposition pour deux personnes ? Il remercia la jeune femme et retira tout l'attirail de plongée, les posant là où elle lui indiquait, au bon endroit, histoire de l'aider à ne pas se farcir le poids du matériel. Kanagami-san apprécia le geste ; il fit de même avec le matériel d'Hana en gentleman. La réaction de la plongeuse professionnelle eut l'air mitigée. D'un côté : l'appréciation de la considération faîte à autrui, en bon samaritain qui aide son prochain. De l'autre, le service rendu à sa femme alors qu'elle aurait pu s'en charger comme une grande. Pour rappeler son existence, avant que le couple ne parte se changer, elle réclama l'autographe au champion avant qu'il ne parte mais après qu'il soit moins mouillé. Il ne faudrait pas qu'il prenne froid.
Chris la rassura d'un signe de tête et d'un sourire éclatant, prit la main d'Hana et se dirigea vers les vestiaires pour qu'ils récupèrent leurs affaires, après s'être séchés.
Il la laissa entrer la première et ferma derrière lui le vestiaire. Leurs affaires les attendaient. Il commença à défaire sa fermeture éclair, jusqu'aux reins, laissant entrevoir volontairement sa chair mais aussi ses cicatrices, avant de se tourner vers sa femme, la combinaison à la limite du pubis.

Tu veux que je t'aide pour défaire la combinaison ?

Il faisait exprès, évidemment, de lui exposer son corps athlétique et l'eau ruisselant de ses cheveux mouillés sur son torse. Chris n'était pourtant pas du genre à afficher sa plastique presque impeccable, hormis les marques de ses chutes à moto. Loin de là, il se targuait d'être discret, voire pudique, ayant même refusé de poser dans le calendrier 2109 des Champions du Japon.
Il resta silencieux, à attendre la réponse d'Hana, en se demandant ce qu'il allait pouvoir bien se passer. Il sentait qu'il y aurait un avant et un après plongée. Le métis l'avait prise dans ses bras et partagé la séance, en toute conscience, avec elle. Brisant les distances qu'ils avaient mutuellement installés entre eux depuis la veille. Il aurait très bien pu opter pour cette solution et rester du côté de Kanagami-san pour commenter sa plongée plutôt de partager ce moment à deux.

Christopher s'interrogea... Il se sentit moins enclin à jouer le rôle du méchant. Il s'était amusé en interprétant le côté mauvais garçon, mais son manque de naturel lui demandait un effort. Cacher ses vraies émotions en permanence pompait son énergie. Peut-être Hana serait plus encouragée à se confesser s'il redevenait lui-même ? Il avait déjà montré sa désapprobation, sa colère, sa froideur. Avait avait répliqué par l'hésitation, une tête de chien battu et de la jalousie. Une trêve serait la bienvenue pour ouvrir les vannes de la vérité. Elle devait crever l'abcès coûte que coûte. Il prit une décision : si, à la fin de leur première semaine de mariage, elle ne se mettait pas à table, il se chargerait lui même de jouer ses cartes sur la table en question.

Ça te dirait de le refaire, dans quelques temps ?
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L’eau du bassin avait laissé un goût salée sur ses lèvres et une partie de son esprit persistait à ne pas trouver ça normal. Elle avait l’impression de sortir de la piscine et recherchait inconsciemment la saveur du chlore même si elle savait bien que l’aquarium était rempli d’eau de mer. Au final, ce n’était qu’un reflet du trouble plus vaste qui l’agitait alors qu’elle regardait Chris ranger leurs bouteilles d’oxygène à tous les deux. Elle n’avait pas été en mesure de s’opposer à sa galanterie tant elle avait été surprise par son geste, tout comme elle s’était laissée conduire docilement vers les vestiaires. Pourquoi lui avait-il à nouveau pris la main ? Se doutait-il de la myriade d’étincelles qui lui chatouillaient la paume en ligne droite vers son cœur lorsqu’il la touchait ainsi, avec autant de naturel que s’il l’avait toujours fait ? Sans doute pas. Ou peut-être que si. Elle n’en avait aucune fichue idée, en réalité. Chris ressemblait soudain à l’eau qu’elle venait de quitter : il avait le goût de ce qu’il était, mais elle ne parvenait pas à trouver ça normal.

Le bruit de la porte se refermant sur eux fit éclater un frisson brûlant tout le long de son dos.
Nous sommes seuls…
Ouais…
Et elle eut beau faire tous les efforts du monde pour ne pas y songer alors qu’elle cherchait nerveusement la fermeture de sa combinaison, ce fut son mari lui-même qui ruina tous ses efforts. Obnubilée par sa présence bruissant dans son dos, elle sursauta en entendant sa voix et se retourna vers lui sans soupçonner le piège une seule seconde. Elle tomba si bien dedans qu’elle en oublia de respirer.
Oh la vache…
Oh la vache…
Dès le départ, elle avait désiré Chris. S’il ne lui avait fallu que deux heures de leur premier rendez-vous pour déceler chez lui la plupart des qualités qui l’attendriraient puis la dévoreraient de culpabilité, il lui avait suffi du premier regard posé sur ses larges épaules et l’échancrure de son t-shirt pour savoir qu’elle remercierait les dieux dès qu’ils se décideraient à passer la nuit ensemble. Elle avait confirmé ce jugement dès qu’elle l’avait revu en étant sobre, cette fois. Et s’il y avait bien une chose qui n’avait pas changé aujourd’hui, si triviale fût-elle, c’était qu’elle mourrait toujours autant d’envie de toucher le corps splendide de son époux, de l’éteindre contre elle, de plonger dans sa chaleur comme elle s’était laissée couler dans le bassin des requins. Elle ne comprit pas les mots qu’il lui adressa, ou du moins pas avant de longues secondes, mais le message lui apparut aussi limpide que si elle l’avait pensé elle-même et elle n’avait qu’une seule réponse sensée à offrir.
Oui.
Elle demeura immobile, incapable de trembler, à le fixer intensément pendant ce qui lui sembla être un morceau d’infini. Elle avait reconnu presque chacune de ses cicatrices en un battement de cils et aurait contemplé les autres en essayant de percer leur mystère si elle avait pu se détacher de ses yeux. À aucun moment son esprit ne cessa de marteler en elle les mots qu’elle rêvait de prononcer.
Déshabille-moi. Touche-moi. Prends-moi. Fais-moi l’amour comme autrefois. Embrasse chaque parcelle de ma peau, le creux de mon cou, la naissance de mes seins, l’intérieur de ma cuisse, tous les endroits que tu aimes tant. Laisse-moi t’étreindre de tout mon corps, retenir mes cris à ton oreille, purger ma peine pour tout le mal que je t’ai fait dans le mouvement de tes reins. Aide-moi à redevenir tienne...
Et puis finalement…

« N-non… Merci… »

Rouge de honte, la jeune femme se détourna pour retirer fébrilement sa combinaison, se sécher et remettre ses vêtements par-dessus son maillot de bain mouillé. Ses mains tremblaient maintenant férocement et elle se mordait la lèvre pour ne pas pleurer.
Mais pourquoi ?!
Parce que. Pas ici, pas comme ça.
Mais c’est complètement déb-
La ferme ! Oui, ça l’est ! Tais-toi maintenant !
Taisez-vous tous…
Hana se sentait soudain immensément triste et fatiguée. Elle ne savait même pas pourquoi elle avait refusé, si ce n’est qu’elle avait peur. La froideur de Chris à son égard lui avait déchiré le cœur, c’était vrai. Mais les éclats de tendresse dont il recommençait à faire preuve à présent la ramenaient trop loin en arrière, à l’époque où il l’aimait à la folie et aurait été prêt à n’importe quoi pour elle sans qu’elle se sente digne de son amour.
Et si tout recommence ? S’il nous aime à nouveau ? Si c’était un piège ? Si on le faisait souffrir encore ?
Et si on lui disait toute la vérité pour arrêter de souffrir avec toutes ces questions ?

« Je ne sais pas… Peut-être… »

Elle ne savait même pas à qui elle avait répondu. Elle se souvint à peine de leur sortie de l’aquarium et de leur retour chez eux, si ce n’est qu’ils ne s’adressèrent pas un mot. Elle aurait aimé de jamais recevoir cette lettre.
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