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 Et le papillon s'envola dans la brise nocturne...

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MessageSujet: Et le papillon s'envola dans la brise nocturne...   Mar 18 Avr - 9:49

Et le papillon s'envola dans la brise nocturne...


FEAT.
Rina Renart

DATE
../../....

PRESENT

MOMENT JOURNEE
Soirée

LIEU
Tokyo Opera city

Je mets la jeune inconnue dans ses petits souliers. Pourtant aucune gêne ne m'étreint. Je l'écoute me remercier et se défendre. Une générosité aussi gratuite ne peut être conçue comme innocente. Sûrement pense-t-elle être mon obligée. Elle verra bien assez tôt mon total désintérêt d'un renvoi d'ascenseur. Je suis déjà satisfait du bienfait de mon acte : me prouver que j'ai toujours un fond d'humanité. Avec le métier que je fais, je viens parfois à en douter. Je persiste dans mon impénétrable sourire ; je l'invite à profiter de ma place sans regret.

- Vous n'avez plus à hésiter.

D'hésitation elle n'aura guère le loisir. On l'attend, le spectacle commence bientôt et la pression augmente dans les rangs des salariés de l’opéra comme pour les retardataires. Elle me remercie (à combien d'inclinaison en est-elle au juste ? J'ai perdu le compte...). Une fois qu'elle passe la barrière de la vérification de billet, et après la promesse de se retrouver à l'entracte, à laquelle je réponds favorablement, je me hâte en direction de la billetterie, ouverte seulement à but d'orientation et de règlement des litiges. Je joue gros avec mon audace, j'espère ne pas la payer au prix fort, en me contentant une retransmission hypothétique à la télévision. J'ai agi en mon âme et conscience, pourtant.
J'explique ma situation à la préposée ; elle est déjà au courant de la révolution imposée à leur organisation millimétrée. Aussi indisposée que la belle dame aux longs cheveux noirs, elle s'apprête à mon refuser l'entrée. Sur un écran, elle suit en temps réel l'occupation des sièges (grâce à des capteurs, sûrement).

Bientôt se glissent à travers les murs les premiers applaudissements accueillant l'orchestre puis le Chef. J'attends avec une angoisse sereine. Je lutte contre activation de la nervosité, mes doigts ne tambourinent pas encore. Je vais rater la Damnation de Faust alors que j'aurais vendu mon âme au diable pour y assister, et ce depuis la découverte de la programmation de l'établissement. Quelle ironie.

L'employée pointe un doigt vers un siège vide et contacte un de ses collègues en salle pour une confirmation, dans un murmure si inaudible que je m'interroge sur l'efficacité de la communication. Pourtant, elle se retourne vers moi, soulagée (son honneur est-il en jeu par ma faute ?). Je lui tends un paiement pour le prix de la place. Je ne pense pas l'inconnue truander sur une place, elle a forcément réglé. En cas de prudence toutefois, et surtout en guise de dédommagement, je tends un chèque que je pose sur le comptoir d'accueil et m'éloigne pour éviter de rater une seconde de plus. L'ouvreuse proteste, je rajoute à la cantonade, sans me retourner :

- Si la compagnie rentre dans ses frais, partagez le tout avec votre équipe !

Sorte de pourboire pour dédommagement ; je tiens à ce que ma B.A. ne passe pas pour un vol en règle et, avant tout, qu'on ne traîne pas à me placer. Je n'ai que trop tardé.
Le fauteuil que je découvre dans la pénombre est moins avantageuse que d'ordinaire. Ma grande taille indispose les téléspectateurs dans mon dos, je me vois obligé de me rétracter et m'avachir tandis que le rideau s'ouvre sur le premier acte. Mon cœur est léger malgré toutes ces perturbations, je me laisse emporter par la poésie des partitions, les modulations des voix, les âmes des instruments.

***

La rupture de l'entracte blesse toujours autant... Je me lève, quelque peu courbaturé par la position inconfortable et prolongée. Je détend les membres engourdis puis retrouve la lueur du grand hall. Droit devant moi, un escalator en marche véhicule les premiers abonnés vers l'étage des salons privés. Je m'en approche avec lenteur, entre les fourmis dans les jambes qui ralentissent mon rythme habituel et le brusque retour au monde réel.
©linus pour Epicode
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