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KEIGO-YOSHIKO : Retrouvailles dans la vapeur / Avec des vêtements cette fois ! / I & Robots

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Lun 21 Nov - 21:25
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Coup de poing sur le mitigeur. Douleur diffuse sur l'os métacarpien. Absence d'eau s'écoulant du robinet. Chasse d'eau, dans le même état. Keigo fronça les sourcils, les bras croisés. Après la journée crevante qu'il terminait en cette fin d'après-midi, 18h04, il mourrait d'envie d'un bon bain, et de lire Joker Anthology, dont le marque-page clignait de l’œil comme une pin-up allumeuse : " Tourne-moi, beau gosse !" Niet. Pas tant qu'il ne chasserait pas de son corps le mélange d'huile, de poussière, et autres matières salissantes dont il était couvert. Ses vêtements connaissaient un turn-over régulier ; il comptait parmi les clients les plus assidus de la laverie. Sauf qu'une embûche le séparait d'une purification imminente : un souci de plomberie. Le brun avait beau être ingénieur spécialisé dans les systèmes, il ne s'improviserait pas plombier pour autant. La moindre erreur lui vaudrait une catastrophe moins gérable qu'une simple panne.

L'étage abritant les employés du complexe proposait, qui plus est, des sanitaires accessibles à tous. Le jeune homme ignorait la pudeur ; il n'affectionnait pas la présence. Ses choix limités, il s'empara d'une petite bassine en plastique, dans laquelle il accumula des produits du bain et serviette. Il débarrassa de ses vêtements sales qu'il jeta dans la panière consacrée, s'enveloppa dans son peignoir. Il quitta sa chambre sans la fermer à clé - il équipait tous ses lieux de vie d'un système antivol très efficace - et se véhicula vers les sanitaires communs.

Une lumière automatique se déclencha à son arrivée. Ingénieux moyen d'économiser l'électricité : la machinerie se mettait en route seulement quand le détecteur percevait une présence : chauffage, eau chaude; plafonnier. Une bagatelle pour l'inventeur, un luxe indéniable pour son patron.
Des casiers ouverts accueillaient les affaires des usagers. Keigo récupéra le nécessaire de toilette. Il rangea la serviette, le baquet, et déposa son peignoir sur une patère. Tout était éteint avant son arrivée, il demeurait seul dans l'espace d'hygiène. Le brun s'assit sur un tabouret en plastique, face à un miroir au pied duquel se trouvait un lavabo, à la tête un pommeau de douche. Versant de l'eau tempérée sur son gant, il enduisit le tissu pelucheux de savon, et frotta sa peau nue avec satisfaction. Les impuretés quittaient son corps pour le sol incliné en direction de la bonde scellée au carrelage.

L'esprit du garçon s'évapora au plafond avec la vapeur ; quittant le bassement terrestre pour de hautes réflexions. Quand allait-il pouvoir passer à l'attaque et commettre son premier forfait ? Il se chargerait de tester ses armes avant de viser sa cible, le Super Héros d'Hishima. Toutefois, sur qui s'entraîner ? Jamais des innocents, non. Il trouverait une personne ayant commis un impair, sur qui se défouler pleinement.

Un grincement issu des vestiaires précipita son atterrissage. Bientôt, il ne serait plus seul. Keigo soupira, mais ne bougea pas. Il ne se dérangerait pour rien au monde.
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Lun 21 Nov - 21:25
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Aujourd'hui était le tout premier jour de Yoshiko au complexe. Et déjà, le début des soucis ! Elle était arrivée la veille, au pas de course, et avait tout juste eu le temps de poser ses valises qu'elle attaquait avec un premier cours d'athlétisme dès le lendemain matin et deux autres l'après-midi. Pas question de se reposer sur ses lauriers. Elle était là pour travailler ! Elle s'était donc rendue au terrain de sport, la matinée suivant son arrivée, après avoir réveillé ses muscles avec une série d'abdos-fessiers. Ses élèves avaient été charmants, autant les jeunes que les plus vieux. Donner des cours au Complexe Hinata était bien différent d'essayer de transmettre sa passion sur le continent. Ici, les gens étaient détendus, et donc plus accessibles. Ils ne râlaient pas (ou presque) et tentaient de reproduire les mouvements et instructions de la demoiselle de leur mieux. Ils n'y arrivaient pas toujours, car la jeune femme était une experte dans sa discipline et leur proposait parfois des exercices un peu difficiles. Mais au moins, ils y mettaient de la bonne volonté !

Vivre et travailler dans un univers ensoleillé et vacancier était tout ce dont Yoshiko avait pu rêver durant ses études. Sa première journée de travail le lui confirma. Elle était faite pour évoluer dans ce paradis terrestre ! Si elle pouvait y demeurer pour toujours, ça ne la dérangerait pas le moins du monde. La sportive avait déjà un emploi du temps bien rempli pour le reste de la semaine. Cependant, elle avait ses weekends et elle pourrait en profiter pour aller découvrir les environs et se lancer dans de nouveaux parcours de santé. On lui avait vanté la beauté des paysages sur l'île Hishima. Il paraissait que la plage était de sable fin et l'eau transparente, que la montagne abritait de superbes sentiers de randonnée et de longues montées d'escalade, et que la forêt regorgeait d'espèces extraordinaires. La demoiselle avait prévu de le découvrir par elle-même, dès qu'elle en aurait le temps. Une fois qu'elle connaîtrait bien les lieux, elle proposerait à ses élèves un petit jogging en-dehors du complexe, pour varier les plaisirs.

À la fin de son dernier cours, aux alentours de dix-huit heures, la sportive regagna son studio. Elle pourrait y prendre une bonne douche avant de savourer son bol de nouilles devant les résultats sportifs, à la télé. Manque de bol, lorsqu'elle ouvrit le robinet, aucune goutte ne coula. Elle réitéra plusieurs fois la manœuvre, ouvrant et refermant l'engin, mais rien ne se produisit. Elle passa donc un coup de téléphone rapide à la réception. Madame Naïto, la secrétaire, l'informa qu'il y avait un problème de plomberie au deuxième étage et que plusieurs appartements seraient sans eau le temps qu'on répare la panne. Elle lui soumit aussi la solution de secours, les sanitaires mixtes de l'étage si elle ne souhaitait pas attendre. Perplexe, Yoshiko raccrocha le téléphone et se mit à faire les cent pas dans le salon, en simple serviette de bain. Elle n'était guère enchantée d'aller exhiber sa nudité à tous ses collègues mais elle avait vraiment besoin de se laver pour faire disparaître cette odeur de sueur de son corps. Et pas dans trois heures !

Finalement, la demoiselle prit avec elle un petit sac contenant gel douche, shampoing, brosse et tout le tralala. Toujours en serviette, elle enfila par-dessus un peignoir molletonné et chaussa ses chaussons de toilettes avant de quitter son studio. Elle ne s'en rendit pas compte, mais, dans la précipitation, après avoir verrouillé sa porte et jeté ses clés dans son sac, celles-ci glissèrent à côté du contenant et finirent leur course par terre. (Nous reviendrons sur ce point ultérieurement.) La jeune femme se rendit d'un pas vif et rapide jusqu'aux sanitaires mixtes, en espérant qu'elle ne croiserait personne sur la route, et surtout pas un homme. Dans cette tenue, elle perdrait forcément tous ses moyens. Heureusement, les couloirs étaient relativement calmes à cette heure-ci. Le reste du personnel du complexe devait encore être au travail, ou occupé ailleurs. Une aubaine pour Yoshiko, qui gardait espoir que les sanitaires seraient déserts.

Lorsqu'elle arriva à destination et se retrouva dans les vestiaires, à déposer le surplus inutile au rituel du bain, la sportive comprit qu'elle n'était pas seule à ne pas avoir su patienter et attendu que les plombiers fassent leur travail. Elle entendait l'eau couler, au loin. La jeune femme hésita à repartir, mais décida, en fin de compte, de rester. Elle savait qu'elle ne pourrait pas savourer ses sucres lents dans toute cette transpiration. Elle déposa donc son peignoir, gardant sa serviette nouée autour de sa poitrine, prit son nécessaire à toilette et se dirigea vers les douches communes. Elle découvrit un homme, tout nu, assis sur un tabouret, en pleine série d’ablutions. Elle le voyait encore mal, à cause de la vapeur dégagée par l'eau chaude, mais ça n'empêcha pas ses joues de rougir comme des tulipes. Que fallait-il faire dans ce genre de situation ? Lui dire bonjour, comme si de rien n'était ? Sanae, elle, aurait su quoi faire ! Yoshiko resta sur sa première idée. Tout en avançant vers une autre douche, elle salua l'homme.

« Heu... bonsoir ! L'eau est bonne, j'espère ! »
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Lun 21 Nov - 21:26
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Des bruits confirmèrent l'arrivée d'une nouvelle personne. Fini le calme et la solitude, bienvenue à l'élément perturbateur. Keigo soupira une nouvelle fois. Malgré les efforts considérables qu'il fournissait tous les jours pour paraître une personne lambda, il rechignait encore à la présence des autres. Pourtant, il réussissait toujours à s'entourer d'amis (à l'école, à la fac), mais sans pour autant apprécier pleinement la compagnie. Il s'exilait plus ou moins consciemment des gens. Au départ pour parfaire son rôle d'handicapé mental. Puis après l'université....
Un frisson s'empara de lui en songeant à ce qu'il n'aimait pas se remémorer. Son stupide inconscient, au contraire, se complaisait à le remettre régulièrement sur le tapis. Il plaqua ses bras contre son torse, protection réflexe, avant de réaliser pleinement qu'il était seul - encore quelques secondes - loin, très loin de toute cette histoire. Loin, pas tant que ça. Après tout, il n'ignorait pas la raison de la création de son alias maléfique, en cours de création...

La personne entra enfin dans la salle de bain commune. La lenteur de ses pas et l'hésitation dans ses mots trahissaient une réserve certaine. Une femme, à n'en pas douter, qui fréquentait les sanitaires publics malgré elle. Seuls les domestiques ne bénéficiaient pas de salle de bain privative ; ou bien le problème de plomberie se généralisait à tous les studios du second étage. En conclusion, elle travaillait ici. Étrange, sa voix titillait ses souvenirs. Il l'avait déjà entendue par ailleurs. Seulement le bruit de l'eau et l'écho de la pièce ne facilitaient pas son identification. Et il ne bougerait pas pour si peu, bien trop occupé par sa personne pour s'enquérir d'un détail.
La question de l'importune déclencha instantanément un haussement des orbites vers le ciel. il se mordit la langue pour éviter une réponse acerbe dont il avait le secret :"L'eau est réglable pour chaque open-space de ces sanitaires. A moins qu'être masochiste et de me cramer la peau (ou me faire chopper une pneumonie), évidemment, l'eau est bonne !". N'écoutant pas le chant tentateur des sirènes du sarcasme, il substitua sa réplique contre un neutre : "Oui, elle est bonne."
Retour au silence ponctué des éclats de gouttes.

N'importe quel homme aurait forcément eu le réflexe de se retourner. Pour saluer correctement. Pour mater aussi la demoiselle. Keigo connaissait pas mal de ses relations qui n'aurait pas hésité à faire preuve de politesse, histoire d'admirer la courageuse osant fréquenter les bains mixtes. N'importe quel homme, à part les gays et lui-même. Parce que pour lui, la sexualité ne comportait rien d’intéressant. Trop d'émotionnel ; trop de contraintes. Si peu lui, en définitive. L'attirance ne figurait pas dans ses priorités. Si elle arrivait, le hasard serait seul responsable, il n'irait pas à sa rencontre.

S'emparant du tuyau de douche, le génie s'attaqua à sa chevelure massive, qui s’aplatit sous la pression. Aveuglé par les mèches ruisselantes, il tâtonna pour s'emparer de son shampoing... qu'il ne trouvait plus. Il se voyait obligé de se retourner. Le flacon avait glissé vers l'évacuation d'eau, en direction de la femme, qui lui tournait le dos. Okay, elle était belle. A première vue, à travers la vapeur. Jeune. Musclée aussi. Une sportive, peut-être ? Il resta quelques secondes à la regarder, puis il pivota vers le miroir et se badigeonna ses cheveux de savon.
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Lun 21 Nov - 21:28
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Yoshiko avait dû tomber sur le seul mec du complexe à ne pas être attiré par sa nudité. Même lorqu'elle lui parla, celui-ci ne prit pas la peine de se retourner et poursuivit sa toilette en lui répondant avec indifférence que oui, l'eau était bonne. La question était stupide, elle s'en rendit compte après coup, mais c'était une façon pour la sportive de briser la glace et d'essayer de se mettre à l'aise. Il n'était pas très loquace, le garçon ! Mais c'était peut-être mieux comme ça. Ainsi, la sportive n'aurait pas à se soucier de la pudeur. Puisqu'elle n'intéressait pas son compagnon de douche, il ne prendrait pas la peine de la mater comme l'aurait fait tout autre homme. Rassurée, la demoiselle prit place face à l'emplacement de douche choisi. Elle déposa sa trousse de toilette sur une petite étagère en plastique, fixée au mur, puis vérifia, d'un coup d’œil par-dessus son épaule, qu'on ne la regardait pas avant de retirer sa serviette et d'ouvrir le robinet.

L'eau chaude dégoulina sur sa peau dans un nuage de vapeur, lui faisant un bien fou, lavant les impuretés qui s'étaient agglutinées sur son corps. La jeune femme adorait se retrouver sous la douche, surtout après une journée d'efforts. C'était l'instant détente de ses soirées, un moment de zénitude incontournable qu'elle appréciait presque autant que son footing quotidien, ce qui n'était pas peu dire ! Yoshiko versa le gel douche sur son gant de toilette, après avoir l'avoir mouillé, et commença à se frotter énergiquement les épaules et les bras. Quelle agréable sensation que celle de se sentir savonnée et décrottée ! On ne pouvait pas dire que la sportive soit un modèle de propreté. Elle qui aimait parcourir les sentier boueux et se coucher à même l'herbe des prés pour faire une pause rentrait souvent chez elle dans un état lamentable. Pourtant, elle n'oubliait jamais de passer sous la douche afin de purifier son corps. Elle avait été bien éduquée.

Lorsqu'elle était enfant, le rituel du bain l'ennuyait plus qu'autre chose. Ses parents peinaient à la maintenir en place dans la baignoire et la salle d'eau était régulièrement inondée parce qu'elle dansait la java au lieu de se laver. Mais, avec le temps, Yoshiko avait appris à apprécier l'instant douche, à transformer la corvée en moment de bien-être et... à éviter d'en mettre de partout. Bien que la jeune femme soit, normalement, seule quand elle se savonnait, le fait de se retrouver nue, face à un miroir, avait pesé dans la balance. Sans ses vêtements, la demoiselle se retrouvait sur un pied d'égalité avec toutes ces filles, jolies et élégantes dans la rue, dont elle était jalouse. Son corps, parfaitement proportionné, sans aucune rondeur ingrate ni aucun bourrelet, n'avait rien à envier à celui des autres nanas. Quand elle était nue, la sportive se sentait belle et femme. Elle prenait d'ailleurs plaisir à se contempler devant la glace, l'espace de quelques secondes, avant de retrouver sa vie et ses tenues de garçon manqué.

Une fois que la demoiselle eut terminé de laver son corps, elle passa au shampoing. À l'inverse du reste du savonnage, c'était une étape de la toilette qui lui posait toujours problème. Elle avait toujours tendance à frotter de manière trop énergique sa longue chevelure et à recevoir des coulées de shampoing dans les yeux. Elle n'y échappa pas cette fois-ci. Oubliant qu'elle n'était pas seule à cause du picotement insupportable dû au savon dans ses yeux, Yoshiko laissa échapper un juron. L'eau de la douche étant trop chaude pour son visage, la jeune femme entreprit de se rincer les mains pour essuyer son visage. Mais ce ne fut pas suffisant pour qu'elle retrouve la vue. Elle chercha, à tâtons, la serviette qu'elle avait suspendue au mur, sur un porte-serviette en plastique. Son coude rencontra l'étagère avec force, faisant tomber son nécessaire de toilette par terre. Évidemment, ça n'aurait pas été drôle si elle avait pensé à fermer le tout ! Ses affaires s'éparpillèrent au sol, dans l'eau savonneuse et sur ses pieds, la forçant à un nouveau juron. Toujours à moitié aveugle, la sportive oublia sa quête de serviette pour ramasser brosse, barrettes, déodorant, parfum et tampons avant que ceux-ci ne soient rendus inutilisables par l'eau. Cependant, quand elle se releva, avec pas même un quart des objets qui étaient tombés, ce fut sa tête qui rencontra l'étagère...

Il s'en fallut de peu pour qu'elle ne laisse à nouveau choir ses affaires afin de frotter son crâne, endolori. Elle parvint à replacer le peu qu'elle avait réussi à sauver de l'inondation sur l'étagère et se remit à la recherche de sa serviette, en essayant, cette fois-ci, de ne pas faire de mouvements brusques. Quand enfin elle parvint à s'en saisir et à s'essuyer les yeux, il lui revint à l'esprit qu'elle était dans les douches communes, en compagnie d'un homme pour qui l'action qui venait de se dérouler n'avait pas due passer inaperçue. À nouveau voyante, Yoshiko se risqua à regarder dans sa direction, priant pour ne pas trop avoir attiré l'attention sur elle...
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Lun 21 Nov - 21:28
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Les cheveux enrobés de savon, Keigo frottait le cuir de sa tête avec vigueur. Il voyait déjà les relents d'huile de moteur se mêler à l'eau claire de la douche.
Lorsqu'il était enfant, le rituel du bain était un moment privilégié. Ses parents peinaient à laver l'une de leur fille, Yoshiko, qui gesticulait avec une innocente impatience et inondant régulièrement la pièce parce qu'elle dansait la java. Le couple avait tout essayé : jouets de bain, mousse, chansons, rien ne parvenait à contrôler celle que le garçon surnommait "Duracell". Jusqu'au jour où naquit en eux l'idée que la présence de leur affable garçon équilibrerait la balance. Yoshiko et Keigo se laveraient donc ensemble jusqu'aux premières perturbations de la puberté.
Perdu dans son esprit, il se berçait de ses souvenirs doux et amers. Son enfance, si spéciale, ravivait certains remords vis à vis de sa famille. Coincé entre la fierté d'avoir trompé son monde si jeune, et le mal qu'il avait répendu autour de lui.

Un juron étouffé, dans son dos, l'extirpa de son voyage intérieur. De retour sur terre, Keigo entreprit de rincer sa masse de cheveux noirs ; lissés élégamment par le poids de l'eau, il était toujours transfiguré quand les mèches ne cachaient pas ses yeux, et qu'elles s'évadaient en désordre comme la crinière d'un sauvageon.

Une succession de bruits, puis une nouvelle exclamation retentit, l'agaçant sérieusement. Elle ne pouvait pas la mettre en veilleuse, celle-là ? Ne se retournant toujours pas, il observa ses gestes via le reflet du miroir embué de sa douche. Ce qu'il fit l’électrocuta net, au point qu'il daigna enfin lui faire face.
Belle, à n'en pas douter. Musclée, guère surprenant. Aucune malfaçon ne ternissait son physique. Ses rondeurs étaient harmonieusement placées et achalandées. N'importe quel homme tomberait sous le charme de Vénus dans son plus simple appareil, jusqu'à ce qu'elle se cogne à l'étagère et provoque le rire. Sacrée Yoshiko.

Keigo souhaitait qu'elle ne retrouva pas la vue immédiatement (il lui restait du savon sur le front). Il aurait apprécié de s'amuser un peu avec elle, imitant le dragueur de base pour la mettre mal à l'aise. A moins que sa vue, encore troublée par le savon et l'absence de lunettes, ne lui fasse défaut, elle le reconnaîtrait sous peu.

Que faisait-elle là ? Quel pourcentage de hasard agençait ainsi le destin ? Une soeur, un frère, éloignés depuis longtemps, dans un même lieu à la même heure ? Travaillait-elle au Complexe ? Depuis quand ?
" Tout de même, elle n'ignore pas que je bosse ici... Elle aurait pu m'avertir ! " Dans un sens, ne lui prouvait-elle pas qu'elle se distançait de lui depuis son "coming out intellectuel" ? Qu'elle boudait encore ? Probable, avec l'âge et la raison, qu'elle ait saisi l'ampleur de l'outrage et se targuait à l'ignorer pour le punir. La raison se légitimait, il ne lui en voudrait pas.

Passé l'instant de surprise, Keigo quitta son siège, se leva et collecta les objets portés par l'eau, s'accumulant dans la bonde. Le débordement n'aurait pas lieu. Avec un sourire, il tendit ses bras vers elle en silence, les mains en couple remplie de ses effets.
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Lun 21 Nov - 21:28
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Les yeux enfin dégagés de la mousse qui les recouvraient, Yoshiko eut tout juste le temps de tourner la tête que deux mains contenant le reste de ses affaires, tombés dans l'eau, dont sa boîte de tampons, se présentèrent devant elle. Sa vue n'était pas catastrophique, lorsqu'elle enlevait ses lunettes, tant qu'on ne lui demandait pas de lire un texte à distance ou de décrire ce qu'elle voyait au loin. Une légère myopie, avait décrété l'ophtalmologiste lorsque ses parents l'y avaient emmenée, quand elle était enfant. Elle n'avait donc pas de problèmes majeurs à voir ce qui se trouvait devant elle. La jeune femme rougit, pour plusieurs raisons. La première fut de découvrir son nécessaire à ragnagnas dans les mains de son compatriote de douche. La seconde fut de songer qu'elle était toute nue devant un homme qu'elle ne connaissait pas. La troisième fut de découvrir enfin le visage de cet inconnu et de se rendre compte qu'il ne s'agissait pas d'un étranger.

« Keigo ! » s'exclama-t-elle.

Elle pourrait le reconnaître entre mille, même après deux années sans l'avoir vu. Cette tignasse longue et brune, que chacune des sœurs Tanaka avait peiné à brosser lorsque leur frère était petit, ce regard, si expressif pour ceux qui savaient comment le comprendre, cet adorable nez retroussé... Oui, il était bien ce jeune garçon avec qui la jeune femme prenait autrefois son bain et aimait contempler les nuages, en silence ! Celui qu'elle avait vu grandir et qu'elle avait protégé maintes fois contre les taquineries de Sanae ou de Maki. Celui qui avait passé toute son enfance et son adolescence à se faire passer pour un attardé, y compris auprès d'elle, alors qu'en fait, c'était un putain de génie ! Yoshiko n'avait pas revu Keigo depuis son séjour sur le continent. Elle n'avait même pas pris la peine de le contacter quand elle avait été embauchée par monsieur Kazeyama. Elle ne savait pas pourquoi. La sportive n'avait pas particulièrement de rancœur contre son frère et elle l'aimait toujours aussi tendrement qu'avant. Et puis, si elle le détestait et ne souhaitait pas le revoir, pourquoi aurait-elle postulé là où il travaillait ?

Peut-être était-ce parce qu'elle ne savait tout simplement pas quoi lui dire ? Elle se sentait coupable de l'avoir laissé sans nouvelles pendant deux ans et ne pouvait nier la jalousie qu'elle avait ressenti quand il avait été recruté au complexe. Mais c'était aussi grâce à ça qu'elle s'était motivée à reprendre le cours de son rêve, avait cherché une offre d'emploi à Hinata et, une fois l'emploi vacant trouvé, avait postulé dans cet endroit paradisiaque où elle avait toujours voulu exercer. Elle lui devait une fière chandelle ! Pourtant, en cet instant de retrouvailles inattendues, l'instinct de la jeune femme sut exactement comment réagir. Émue jusqu'aux larmes, Yoshiko bondit et serra Keigo dans ses bras, avec un peu trop de force. Elle le souleva facilement, du fait de sa musculature, et le fit tourner autour d'elle, avant de le reposer par terre. Elle lui envoya ensuite une grande claque fraternelle sur l'épaule.

« C'est bien toi ! J'arrive pas à y croire ! »

Heureux coup du hasard, en effet ! À peine avait-elle posée ses valises au complexe que déjà elle tombait sur son frère, et dans les douches en plus ! Dans les douches ? Heu... attendez ! La sportive prit conscience qu'elle était toujours nue et qu'elle brandissait fièrement sa poitrine rebondie devant le nez de son frère. Aussitôt, elle cacha ses seins avec ses bras, gênée comme pas deux. Et puis, elle se rendit compte que le bas aussi était visible par son frère. Alors, elle plaça l'une de ses mains devant. Avait-il eu le temps de voir sa dernière fantaisie en matière d'épilation ? (Oui, Sanae avait de drôles de conseils parfois...) Dans la seconde, la jeune femme se saisit rapidement de sa serviette et la noua autour de son corps. C'était tout de même moins indécent comme ça ! Ils n'avaient plus huit ans ! Les cheveux toujours plein de shampoing, la demoiselle prit le temps de récupérer ses lunettes, survivantes de l'étagère bousculée, et de les placer sur son nez avant de faire à nouveau face à son frère.

« Alors... comme ça, nous voilà collègues ! »
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Lun 21 Nov - 21:28
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La vue de la jeune femme se dégageait progressivement. Le même éclair de joie soudaine traversa son corps. Son enthousiasme ne s'entachait pas de leur séparation passée. Ni le coup foireux du garçon. Heureusement que des personnes comme sa famille existait ; pas de colère, pas de rancune ; de l'amour, envers et contre tout. Tous remontaient son estime pour l'humanité. Prévisiblement, Yoshiko salua son frère avec délicatesse et féminité. Comme lors de leur enfance, sauf que le gabarit de son frère avait évolué avec l'âge. Sa croissance ne perturbait pas sa sœur le moins du monde. Ses bras musclés s'emparèrent des épaules de son frère ; elle se colla contre lui. Avant l'éternelle toupie que Keigo réclamait. Seulement, avec les années de plus, la force centrifuge provoquait plus de maux de têtes que la sécrétion de sérotonine. Pourtant, il ne protesta pas. Il savourait ces retrouvailles inattendues, cette tendresse brutale, cette dangereuse protection. Ces quelques secondes, trop courtes, de bonheur, rappelait au garçon l'époque bénie de son enfance. Et toujours ce soupçon d'amertume en toile de fond. A présent qu'il avait révélé sa conscience au monde, partagerait-il mieux son existence avec ses proches ? Une bonne tape sur l'épaule, menaçant de lui décoller les clavicules, faillit tout remettre en cause. Sans parler des évidences qu’elle avança et qu’il occulta, lui épargnant un haussement de sourcils significatif. Oui, en effet, ils étaient collègues à présent.

Il s’étonnait encore qu’elle n’aie pas signalé son arrivée ; elle était à ce point prise par ses études, ou se distançait-elle de sa famille, pour prendre l’air ? Il ne lui en voudrait pas ; entre leur pauvreté et les âneries du benjamin… Cependant, si elle tenait à s’éloigner, pourquoi revenir dans sa ville natale, et au Complexe plus particulièrement ? Il s’apprêta à réclamer un éclaircissement, quand sa sœur s’empourpra brutalement, et entreprit de cacher ses attributs féminins avec empressement. Keigo cligna des paupières, d’incompréhension d’abord, avant de s’amuser de cet émoi.

- Ca ne sert à rien de te cacher ; j’ai déjà vu ce qu’il y a à voir avant, c’est trop tard. Ensuite, t’es ma sœur, en quoi est-ce gênant ?

Lui-même se moquait particulièrement de se montrer nu, ni avec sa sœur, ni avec d’autres personnes. La notion de désir lui étant étrangère, la pudeur ne le souciait pas outre mesure. Ses attributs masculins se résumaient à un rouage d'une machinerie, rien de plus.

- D’ailleurs, je ne vais pas plus te mater que toi en ce moment, bien que je ne me cache pas.


Une petite pique gratuite. Rien de méchant mais Yoshiko ne connaissait pas bien cette partie de sa personnalité. Elle se confrontait au vrai Keigo, pas forcément aussi sympa que la version « demeuré ». Mais si le jeune homme se complaisait à railler autrui, la méchanceté n’entrerait pas en ligne de compte avec Duracell. Il l’aimait trop pour ça.

- Et puis, ça me permet de constater que tu t’embellis avec l’âge. Tu dois en faire craquer, des hommes, maintenant !

La preuve : il s’enquérissait de la vie sentimentale de Yoshiko. Il n’ignorait pas la souffrance que sa sœur ressentait vis-à-vis de sa reconnaissance auprès de la gente masculine. Contrairement à Sanae, Maki et Naoko, elle ne remportait pas le succès escompté. D’où les moments précieux qu’elle passait avec son petit frère, alors que les trois autres sortaient avec leur petit copains. Mais à présent qu’il l’observait, faite femme ; les cheveux lâchés, mouillés, tombant sur ses épaules ; formes bien proportionnées : taille de guêpe… Certes, elle se musclait, mais elle n’atteignait pas vraiment la stature de l’armoire à glace.
Heureux de revoir sa sœur, il ne songeait pas une seule seconde qu’il puisse se montrer vexant ou désobligeant. On ne devenait pas altruiste du jour au lendemain.
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Lun 21 Nov - 21:28
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Keigo n'avait pas l'air de partager la gêne de sa sœur, concernant leurs attributs sexuels respectifs exhibés les uns devant les autres. Oui, en effet, ils avaient été baignés ensemble par leurs parents, mais à l'époque, ils étaient bien trop jeunes pour se rendre compte de tout cela. Et, Yoshiko n'avait pas la même poitrine, ni le garçon le même matériel entre les jambes. Sur ce point-là, le jeune homme ne semblait pas avoir évolué. Il se fichait complètement que sa sœur soit nue devant lui. Ce n'était pas le cas de la demoiselle, qui se sentait bien plus à son aise couverte de sa serviette que complètement à poil face à son frère. Ce manque de pudeur, elle n'avait pas encore eu l'occasion de s'en rendre compte depuis le coming out de Keigo. Après tout, cela faisait deux ans qu'ils ne s'étaient pas revus. Et, lorsque la sportive était encore à l'université et vivait en résidence universitaire, elle n'avait que peu de fois eu l'occasion de voir sa famille. La faute aux études, au manque de temps, à la volonté, peut-être, de s'éloigner du milieu qui l'avait vu grandir... Si elle avait immédiatement reconnu le jeune homme, elle commençait à se rendre compte qu'il avait beaucoup changé. Non, il n'était plus cet enfant avec qui elle prenait jadis son bain.

« Qu'est-ce que tu racontes, Baka ? C'est pas parce qu'on est frère et sœur qu'on peut s'exhiber l'un devant l'autre sans aucune gêne, ni que je te laisserais me mater les seins aussi... gratuitement ! »

Elle lui parlait avec tendresse, malgré son manque de tact et le franc parler, hérité de son caractère de garçon manqué. Mais, la rougeur de ses joues avait bien du mal à s'estomper étant donné la vue de ce sexe masculin sur lequel elle n'arrivait pas à s'empêcher de loucher. Certains pourraient la prendre pour une perverse, cependant, elle n'avait pas souvent le privilège de voir un homme nu devant elle et se sentait régulièrement frustrée de ne pas avoir le succès de ses sœurs auprès de la gent masculine. Alors oui, peut-être bien qu'elle était perverse, et après ? Tout le monde avait des désirs refoulés et ressentait le besoin incontrôlable de les assouvir. Même si ceux-ci étaient éthiquement incorrects. Le problème fut que ses regards ne passèrent pas inaperçus au dernier né des Tanaka, chose qui eut pour effet de renforcer la gêne ressentie par la sportive. Elle qui se sentait tellement à son aise auprès des garçons, pourquoi se trouvait-elle aussi mal devant un simple attribut masculin ?

« Non mais... Je... Enfin, si je te regarde, c'est parce que ta virilité attire le regard ! C'est que... tu as changé depuis toutes ces années ! »

La jeune femme fit nerveusement tourner l'une de ses mèches de cheveux autour de son doigt. Comment pouvait-il rester aussi stoïque ? Peut-être qu'il appréciait le fait d'être regardé de la sorte, ou peut-être bien qu'il s'en fichait réellement ! Qui pouvait dire ce qu'il se passait dans sa tête ? Il avait bien réussi à tromper tous ses proches durant des années sans que ceux-ci ne s'en rendent compte ! Il était aussi possible qu'il s'amuse à faire tourner en bourrique sa sœur, pour prendre sa revanche sur le fait qu'elle ne lui ait pas donné de nouvelles pendant tant de temps. Ce qui, en y réfléchissant, serait totalement justifié. Yoshiko, elle-même, s'en voulait d'être restée aussi silencieuse, alors qu'ils étaient si proches autrefois ! Le nouveau Keigo qui se présentait devant elle était tel un étranger à ses yeux, avec le visage de son frère. Mais elle était prête à réapprendre à le connaître et à partager de tendres moments de fraternité à ses côtés. Après tout, hormis leur père, il était le seul homme qui comptait vraiment dans sa vie !

« Oh... Me... merci ! » répondit-elle aux compliments qu'il lui fit, mal à l'aise mais heureuse de constater qu'au moins un garçon sur Terre était conscient de ses charmes. « Bof, tu sais, avec le travail et mes entraînements, j'ai pas vraiment de temps à accorder aux mecs. Et puis... y'en a beaucoup qui sont rebutés par les survêtements et qui ne cherchent même pas à voir ce qu'il y a dessous. »

Pourtant, les survêtements étaient tellement confortables ! S'il n'y avait qu'elle, elle en porterait du matin au soir. Mais Sanae lui avait chaudement conseillé de troquer ses fringues masculins contre des shorts sexys et des petits tops dès qu'elle le pouvait. Une recommandation difficile à suivre, quand on était telle que Yoshiko et qu'on préférait le confort à l'apparence. En particulier lorsque l'hiver approchait ! Dommage que la majorité des hommes soit aussi superficielle et ne puisse découvrir la perfection de ce corps qu'elle avait à offrir ! Elle espérait cependant que son nouvel emploi et son nouveau lieu de vie lui permettrait de faire connaissance avec des garçons moins à cheval sur sa tenue que sur le continent ou même que dans Taiyou No Tokai, où elle avait fait ses études, et de se trouver un bon amant pour passer le temps ! La demoiselle sourit et poussa légèrement son frère en arrière.

« Mais assez parlé de moi ! Et toi ? Tu dois faire fureur avec un tel engin ! Tu as fait des rencontres intéressantes au complexe ? »

Si Yoshiko était gênée à l'idée de se montrer dans le plus simple apparat devant son frère, ça ne l'ennuyait pas du tout de parler de sexualité ou des éventuels rapprochements qu'il avait pu avoir. Elle était habituée à ce genre de conversation pour avoir été la bonne copine de nombreux garçons.

« Dis, ça te dérange pas qu'on termine nos douches et qu'on aille discuter de tout ça dans un endroit plus... enfin moins confiné ? »
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Lun 21 Nov - 21:29
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Jamais Keigo ne comprendrait la pudeur tant qu'il envisagerait le corps comme une machinerie, avec ses carburants propres, ses pistons, son moteur. Il reconnaissait que certaines personnes pouvaient être belles et séduisantes, à l'instar d'une voiture de rêve. Imaginer les humains en être charnel ne lui venait pas encore à l'esprit. En effet, la nudité de sa soeur et la sienne ne le choquait pas plus que s'ils étaient vêtus. Au contraire de Yoshiko, qui défendait son corps avec humour et honnèteté, deux qualités inhérentes à la demoiselle. "Comme si j'avais envie de mater qui que ce soit...", pensa-t-il sans le prononcer à haute voix. D'autant plus que si des yeux se posaient à un endroit incongru, ceux que Yoshiko se rendaient plus coupables que les siens. Avant même qu'elle n'amorce une réponse, Keigo sut qu'elle n'avait guère rencontré d'hommes depuis tout ce temps, encore moins à poil. A croire que le sexe de son frère était le seul qu'elle avait vu de toute sa vie. Constat aussi drôle que triste.

- La croissance m'a bien pourvu, il est vrai." dit-il tout en pouffant de rire. "Je ne suis plus un petit garçon, c'est certain. Mais je ne suis en rien gêné par ton observation (purement scientifique) de mes parties génitales, et je ne mettrais pas de serviette pour les cacher. Assume la direction de ton regard !"
Aïe, il ne contenait pas ses acidités ; sa soeur supporterait-elle ces remarques auxquelles elle n'était guère accoutumée. Les changements les plus flagrants de son frère ne se positionnaient pas sur le plan physique.

Les compliments qu'il lui adressait rattrapaient-ils un tant soit peu sa maladresse ? Elle était flattée ; son sourire le certifiait. Mais sa gêne figurait son incapacité à se rapprocher des hommes en règle générale. Pourtant, Sanae ou Maki la prenaient souvent en main, l'arrosaient de conseils. Mais comment renier une nature de garçon manqué qu'elle traînait depuis son plus jeune âge ? Le sport, sa raison de vivre, l'emportait toujours loin de la réalité. Elle voyait d'abord les hommes comme des rivaux ou des équipiers. Eux la considèraient pareillement, sans distinguer la femme. Elle prétendait ne pas avoir de temps à consacrer aux mâles ; Keigo y voyait plutôt de l'amertume.
A présent qu'elle avait terminé les études, peut-être son nouvel environnement lui ouvrirait des portes... Chez les clients, chez les employés, au départ, puisqu'elle les fréquenterait plus souvent que les citadins. De beaux morceaux arpentaient les couloirs, depuis les responsables d'activités, les animateurs, les administratifs, les techniciens... Akemi lui fournirait sûrement, à sa demande, un trombinoscope des employés et donner des pistes intéressantes.

Un contact physique l'extirpa de ses pensées. Yoshiko trouva un moyen de changer la conversation en retournant le sujet vers lui. Elle n'allait pas être déçue.
Bien qu'il eut croisé de très belles filles dont il appréciait la compagnie (Aelys, Aerin ou Senri la couturière entre autres), aucune n'avait réussi à le faire évoluer sur ce point. Les seules femmes qu'il cotoyait de près étaient ses soeurs. Alors, il répondit à la question avec une sincérité abrupte dans les mots, enjouée dans le ton.

- Rien d'intéressant ! Tu es l'unique à pouvoir te vanter de l'avoir vue depuis les bains familiaux...


Pourvu qu'elle ne lui sorte pas une interrogation du genre :"serais-tu gay ?", ou quelque chose du genre. Cette introspection, Keigo l'avait pratiquée, à la Faculté. Le problème ne venait pas de son orientation, mais de son intérêt. Homme ou femme, personne n'était parvenu à le faire flancher.

- Et puisque nous parlons de bain, tu as raison. Tu seras plus à l'aise pour parler hors de ces lieux. On pourrait se retrouver au restaurant du Complexe.


Sans marquer la moindre hésitation, il retourna face à son espace de bain et reprit son office. A la seule différence qu'il se hâtait. Revoir sa sœur le remplissait d'une joie immense, il le reconnaissait malgré son caractère individualiste. Autant se presser pour terminer le décrassage pour revenir au vif du sujet. Car si lui se moquait de papoter dans la salle de bain commune, Yoshiko non.  
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Mille milliards de mille sabords, c'est fou comme ça faisait du bien de le retrouver ! Malgré son manque de pudeur, il fit beaucoup rire sa sœur. Au moins, il était naturel et ne se prenait pas le chou pour des broutilles, telle que la nudité. Et surtout, avec lui on pouvait être entier, soi-même, sans avoir honte de ce qu'on était vraiment. C'est pour ça que Yoshiko aimait tant passer du temps avec lui, quand ils étaient plus jeunes et que leurs sœurs ramenaient leurs mecs respectifs à la maison, pendant qu'ils regardaient les nuages. Keigo pouvait rendre mal à l'aise au premier abord, mais quand on creusait un peu sous sa carapace, on se rendait compte que c'était un jeune homme nature, sans prise de tête. Il pouvait être un ami fidèle au même titre qu'un frère fidèle. D'un coup, la sportive se sentit bête de ne pas lui avoir donné de nouvelles pendant deux ans et d'avoir été jalouse de son embauche au complexe. Mais maintenant qu'elle aussi y travaillait, elle allait pouvoir apprécier le meilleur d'une relation fraternelle.

« Oui, bon, ben t'es bien foutu aussi, alors ça attire le regard ! »

Elle était décidée à rentrer dans son jeu et à savourer chaque seconde de ces retrouvailles. Arrêter de se prendre la tête comme une fille à cause de sa pudeur (enfin, en gardant quand même sa serviette, faut pas pousser non plus) ! Yoshiko fut surprise quand son frère lui avoua ne pas avoir de copine ou juste de maîtresse d'un soir. Pourtant, il était mignon comme tout ! Il allait falloir remédier à ça ! Ou peut-être... qu'il était gay ? Mais pourquoi aurait-il eu peur d'en parler à la demoiselle ? Elle n'était pas du genre à rejeter quelqu'un à cause de son orientation sexuelle ! Il se pouvait bien que Keigo dise cela naturellement, parce que c'était la vérité. La sportive n'avait pas pour habitude de mettre en doute la parole de son frère. Elle lui tapota doucement l'épaule en souriant. Ils étaient donc tous deux destinés à finir seuls ? Au moins, à présent, ils pourraient se soutenir l'un l'autre dans leur solitude.

« Oh, sérieusement ? Pas même un coup d'un soir ? »

Le jeune homme était décidément plein de mystères. Réservait-il encore d'autres surprises à sa sœur et au reste de sa famille ? Il ne manquerait plus qu'il ait un fils caché, ou qu'il ait été adopté, ou encore qu'il soit un criminel recherché ! Avec Keigo, on ne savait jamais ! La demoiselle ne fut pas mécontente que son frère coupe court à la conversation afin qu'ils terminent leur douche respective pour se retrouver ensuite au restaurant du complexe. Le shampoing et le gel douche qu'elle avait encore sur elle commençaient d'ailleurs à la démanger. Bien qu'elle aurait préféré un lieu plus... extérieur, elle serait plus confortable en survêtement qu'en serviette, et bien rincée, ou qu'elle se rende ! Et puis, elle n'avait pas encore eu le plaisir de découvrir la salle de restauration de son nouveau lieu de travail. Elle était curieuse de savoir à quoi elle ressemblait, surtout qu'elle aurait maintes fois l'occasion d'y manger, n'étant pas férue de cuisine, elle-même.

« Bonne idée, oui ! On n'a qu'à dire dans une demie-heure ! »

Yoshiko regagna son emplacement de douche et ralluma l'eau afin de se rincer le corps et les cheveux. Toute heureuse qu'elle était d'avoir retrouvé son frangin, elle se mit à fredonner et danser sous la douche. Lorsqu'elle eut terminé, bien après son frère, elle rassembla toutes ses affaires, enfila son peignoir et sortit des sanitaires communs, aux anges. Il fallait qu'elle se dépêche ! Keigo avait déjà quitté les lieux et il ne lui restait que peu de temps pour se préparer. Heureusement, elle n'allait pas à un rendez-vous galant. Pas besoin de maquillage ou d'autres artifices dont elle usait habituellement quand elle sortait, suivant les conseils de Sanae. Un nouveau problème survint lorsque la jeune femme se retrouva face à la porte de son studio. Après avoir fait le tour de tout son nécessaire de toilette, il lui vint à l'évidence qu'elle était coincée dans le couloir. Elle avait perdu la clé !
Spoiler:
 
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Suite de : Retrouvailles dans la vapeur

Attablé dans un coin douillet, en retrait, à l'abri des regards, Keigo Tanaka gribouillait sur un carnet, un stylo dans une main, sa tête posée au creux de la seconde paume. Les yeux rivés sur les tracés de graphite sur la page blanche, il enchevêtrait des lignes dans tous les sens. Le non-initié ne comprendrait rien ; pourtant le dessin avait un sens. Il représentait de façon très abstraite un jet-pack aux formes futuristes et élégantes, dissimulé sous un costume, un tissu large. Une cape, ou un costume. De temps en temps, un serveur se rapprochait, s'enquérait de la venue de sa voisine de table. Le jeune homme le priait d'attendre encore, elle ne tarderait pas. L'employé baissa la tête en signe d’acquiescement et lui proposa une boisson ; Keigo refusa poliment, avant de se replonger dans son travail.  

En général, ses recherches l'accaparaient au point de tout oublier. Il s'enfermait dans une bulle dont rien ne pouvait l'extirper. Aujourd'hui était un peu différent. Yoshiko, sa sœur bien aimée, réapparaissait dans sa vie après des années d'absences. Leur lieu de rencontre, fort peu approprié pour discuter, les encouragea à poursuivre au restaurant du complexe.  
Avant de se quitter brièvement, les deux jeunes gens s'étaient croisés dans les douches mixtes réservées aux salariés du Complexe Hinata. Si le garçon n'éprouvait aucune gêne à échanger sous le jet et la vapeur de la salle d'eau, sa sœur ne s'en accommoderait pas aisément. De cet état de fait naquit cette idée de rendez-vous au restaurant du Complexe, que Keigo connaissait bien pour entretenir de cordiales relations avec l'un des cuisiniers.

Dès sa sortie des bains, Keigo se hâta avec lenteur vers son studio, examina les confins de ses placards à la recherche d'une tenue propre. Il s'empara d'un t-shirt rouge et d'un pantalon noir, enfila des baskets relayant les couleurs de sa tenue. Son appartement, agencé avec d'une organisation paradoxalement aussi ordonnée que fouillis, s'apprêtait à une visite impromptue de la frangine.  Son avance restant considérable, il entreprit de ranger ses affaires de toilette et trier le linge propre du sale. Il testa à nouveau la plomberie en panne ; ne constata aucune amélioration. L'incident l'agaçait moins depuis qu'il l'avait guidé vers sa sœur.

Traversant l'espace carrelé, un mouvement dans le miroir, au dessus du lavabo, l'interpella. L'ingénieur virevolta nonchalamment sur ses talons et scruta son reflet.
Cheveux livrés à eux-même, rideau noir dissimulant un œil par alternance. Vêtements sportifs, positionnés sans discernement. Keigo se surprit à exercer sur lui-même son esprit critique. Il se fichait du politiquement correct et de l'apparence. Certains cas de figure seulement l'intimaient à prendre soin de lui. Les repas en famille ne bénéficiaient pas de ce traitement de faveur. Pourtant, cette fois, il se coiffa ; coinça les mèches rebelles avec brio ; ajusta correctement col et ceinture ; noua ses lacets.

Les paroles de Yoshiko tintaient encore dans sa conscience : « Oui, bon, ben t'es bien foutu aussi, alors ça attire le regard ! », « Oh, sérieusement ? Pas même un coup d'un soir ? ». Sa sœur ne se satisferait jamais d'une vie où seule sa passion comptait. Le sport ne l'empêchait pas d'envier ses aînées à la poursuite d'un copain, au point de tester son timide regard sur les parties intimes de son frère. L'affaire de la belle athlète n'avançait guère, pourtant. Yoshiko désirait beurre et argent du beurre, à savoir séduire en jogging. Les leçons de Sanae étaient vouées à l'échec si elle persistait dans cette voie. Keigo en savait quelque chose : la seule femme qui le complimentait et l'interrogeait sur sa sexualité n'était autre que sa sœur en le voyait à poil. Soit quand il exposait son charme au naturel, sans le couvrir de frusques larges et banales. L'inventeur restait encore puceau à son âge ; tel était son choix. L'énergique jeune fille, en revanche, ne mariait pas facilement son attrait pour les activités physiques (et le confort qu'elles réclament en matière de mode) et ce besoin irrésistible de ressembler à ses modèles. L'absence de regards laissait Keigo de glace ; le désir viendrait quand bon lui semblerait. Tandis que Yoshiko en souffrait en silence.
Il aurait pu s'en moquer. Après tout, "Duracell" n'avait-elle pas coupé tout contact avec la fratrie depuis son départ de l'île ? Pourtant, il la soutiendrait. Pour une bonne raison qu'elle n'apprendrait jamais. Quitte à se faire passer pour elle sur un site de rencontre ; ou mieux, chercher le candidat idéal et jouer les cupidons. Au moins, si le benjamin des Tanaka filtrait les prétendants, sa sœur ne tomberait pas face à n'importe quel crétin.

Tout ceci, Keigo le gardait en tête alors que la mine de son crayon voltigeait sur une patinoire de papier vierge. L'inventaire des matériaux nécessaires se dressait dans une longue colonne comprenant format, calibre et nombre. Il attaquait les finitions quand il s'inquiéta enfin. Il jeta un bref coup d’œil à sa montre : Yoshiko tardait désagréablement.
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Lun 21 Nov - 21:30
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Se retrouver en peignoir dans le couloir, avec impossibilité d'entrer chez elle, fut légèrement problématique pour Yoshiko... Surtout qu'elle savait que son frère l'attendrait d'ici moins d'une demie-heure au restaurant du complexe. Après avoir fouillé dans toutes ses affaires et regardé autour d'elle, puis refait rapidement le chemin qu'elle avait parcouru depuis qu'elle avait quitté son studio, pour vérifier si la clé n'était pas tombée en cours de route, la sportive dut se rendre à l'évidence : elle était bel et bien coincée dehors. Le problème était de savoir quoi faire maintenant... Elle ne pouvait pas joindre Keigo, dont elle ignorait le numéro d'appartement, elle était trop gênée pour arrêter la première personne qui passerait dans le couloir (et de toute façon, il n'y avait personne) et elle n'avait même pas son téléphone pour appeler à l'aide. L'espace d'une seconde, elle pensa à défoncer la porte à coup d'épaule mais elle se ravisa. Ça ne ferait qu'empirer les choses. Quant à crocheter la serrure... elle n'était pas assez douée en la matière pour se faire passer pour Catwoman.

Il fallait se rendre à l'évidence ! Seule Akemi Naïto de la réception pourrait la secourir. Il y avait toujours un double des clés à l'accueil. C'était du moins ce qu'on lui avait assuré à son arrivée. Mais descendre dans le hall en peignoir de douche n'était pas... très convenable. Yoshiko cogita quelques instants pour en arriver à la conclusion qu'elle n'avait pas le choix et qu'elle ne voulait pas que son frère croit qu'elle l'avait oublié. Elle songea aussi qu'après tout, elle pourrait toujours passer pour quelqu'un qui se rendait au jacuzzi, ou au sauna ! Il devait bien y avoir des clients qui allaient se détendre directement en peignoir, non ? Rassurée par cette pensée, la jeune femme prit son courage à deux mains et décida de se rendre à la réception, en donnant l'air de rien. Si elle était mal à l'aise, cela se ressentirait. Si elle restait naturelle, personne ne la remarquerait. Elle resserra la ceinture qui maintenait son peignoir (mieux valait qu'on ne sache pas qu'elle était nue en dessous) et prit la direction du rez-de-chaussée.

Hélas, heure d'affluence et problèmes de plomberie oblige, elle fut obligée de faire la queue devant le comptoir. Certains de ses collègues, qu'elle n'avait pas encore le privilège de connaître, étaient venus demander des comptes à la réceptionniste afin de savoir quand l'eau reviendrait dans leurs appartements. Il y avait aussi, devant elle, une famille, en quête de renseignements, dont le père, comble du comble, avait participé, avec son fils aîné, au dernier cours d'athlétisme de la demoiselle... Ils ne mirent pas longtemps à la reconnaître, ni à lui envoyer une petite pique humoristique sur sa tenue, qui la fit rougir jusqu'aux oreilles. Décidément, bien qu'elle ait eu une émouvante surprise en retrouvant son frère, ce n'était pas sa journée ! Yoshiko prit sur elle et essaya de ne pas perdre son sang froid en plaisantant avec la famille et en leur faisant comprendre qu'il était normal qu'elle soit en peignoir... Bien qu'elle soit la seule dans ce cas et qu'autour d'elle, tout le monde affiche une tenue plus convenable.

Finalement, le tour de la sportive arriva et elle put exposer discrètement son problème à la réceptionniste, dont l'élégance lui rappelait celle de ses grandes soeurs. Akemi se révéla très professionnelle et la rassura sur le fait qu'elle n'était pas la première à qui ce genre de situation arrivait. Heureusement, elle avait un double de la clé de sa chambre et, heureusement, elle n'eut pas besoin de l'utiliser, car on lui avait déjà ramené la clé perdue (et retrouvée). Elle put donc immédiatement rendre son bien à la sportive, qui la remercia chaleureusement, avant de filer à toute vitesse jusqu'aux escaliers. Elle avait prit beaucoup de retard ! Par chance, elle était rapide et n'aurait pas besoin de se pomponner pour plaire à son frère ! Lui, il l'aimait telle qu'elle était ! La clé serrée dans une main (pas question de la paumer à nouveau) et ses affaires de douche dans l'autre, Yoshiko se hâta de regagner son appartement et d'enfiler une tenue plus adéquate avant de courir à son rendez-vous fraternel.

Ce fut donc plus ou moins bien coiffée, les cheveux remontés en queue de cheval, en survêtement gris, liséré de noir, que la jeune femme débarqua dans la salle de restaurant, où Keigo devait s'impatienter. Elle le remarqua immédiatement et se dépêcha de rejoindre la table qu'il avait choisie, manquant de bousculer un serveur au passage.

« Coucou frangin ! Holala, je suis vraiment désolée ! Il m'est arrivée une de ces galères ! J'espère que je ne t'ai pas trop fait attendre ! »

Bien sûr que si, il avait attendu ! Elle avait presque trente minutes de retard et de la chance qu'il ne soit pas parti ! Pourtant, d'ordinaire, elle était plutôt ponctuelle. Pourvu qu'il ne se soit pas fait de soucis...

« Qu'est-ce que tu faisais ? » demanda-t-elle soudain, en remarquant le carnet et le stylo de son frère.
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La porte du restaurant s'ouvrit enfin sur une jeune femme en tenue de sport, coiffée à la va-vite, les cheveux rebelles s'échappant hors de la queue de cheval. fidèle à elle-même, Yoshiko arborait son style favori, confortable mais en effet peu féminin. Leur soeur aînée désapprouverait ce choix ; même un rendez-vous avec la famille représentait une occasion pour Sanae. Contrairement à Keigo, qui s'en moquait éperdument.

Sa soeur prit place en face de lui ; il daigna lever les yeux de son schéma pour la regarder. Ce geste était un privilège dont elle ne prendrait pas conscience. D'ordinaire, le monde pourrait s'écrouler, Keigo ne décollerait le nez de son travail. Sauf qu'en ce jour, son attention se dirigeait vers autre chose que ses petits travaux. Souriant, il désigna le siège de la main, l'invitant à s'asseoir. D'un geste discret, il rapprocha le bloc note de lui, mais Yoshiko, trop vive, le repéra et le mentionna. Le jeune homme jeta un coup d’œil sur son oeuvre. Il hésitait. Lui montrer une invention destinée à une entreprise personnelle le rebutait. Cependant, pouvait-il refuser quoique ce soit à la complice de tant d'années ? Du bout des doigts, il retourna son carnet et le glissa le long de la table en bois du restaurant. Il n'avait pas pour obligation de tout raconter. Juste le minimum.
Du bout de la mine, il désignait les éléments dès qu'il les évoquait.

- Il s'agit d'un Jet-pack, un sorte de propulseur qu'on accroche dans le dos et qui provoque une poussée verticale grâce à un moteur que j'essaie de rendre le plus vert possible.

Les préoccupations écologiques de Keigo n'appartenaient pas à une revendication quelconque. L'essence revenait chère si l'on comptait tous les tests préalables avant usage de l'invention. De plus, l'odeur et le haut degré d'inflammation du pétrole inconforteraient assurément le possesseur, tout en représentant un talon d'Achille.

- En gros, on peut voler sur de petites distances.

Il tournait lui-même les pages du carnet. Jamais il n'abandonnait son travail entre des mains étrangères. il dévoilait, tel un artiste, mais ne confierait jamais la genèse de son oeuvre. Craignait-il un espionnage industriel par sa soeur ? Certainement pas.  Keigo ne souhaitait pas qu'on empiète outre mesure sur son domaine privée. Sa bulle personnelle.
Attentif au mouvement des pupilles de Yoshiko, il guidait la visite dès qu'il devinait qu'elle terminait l'examen d'un élément. Il préféra ne pas se lancer dans des explications trop complexes et gardait le silence. Il n'aimait pas les paroles inutiles pour lui comme pour les autres. Ils avaient mieux à évoquer que la composition du Hr²-R30°.

- Que t'est-il arrivé, pour que j'ai le temps de concrétiser cet engin ?

Il se doutait que mademoiselle rougissait d'avance d'expliquer les raisons de son retard, mais elle ne pourrait y couper. Le récit serait assurément cocasse, à l'image de la jeune femme. Bien distrayant. Elle n'avait pas de blessures visibles et demeurait aussi gaie que tantôt. Rien de grave à prévenir ; il pourrait la charrier à loisir.
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La sportive n'avait pas l'intellect de son frère et fut très impressionnée par sa nouvelle invention. Un jet-pack écolo, il fallait y penser, quand même ! La jeune femme ne saisit pas complètement le but de cette invention, mais elle aurait bien aimé tester ce fameux jet-pack, juste pour le plaisir des sensations fortes. En à peine deux minutes, Keigo réussit à lui couper le souffle. Elle l'avait déjà vu à l’œuvre quand il s'était révélé à leur famille, mais pas de cette manière. Elle avait encore du mal à croire que son cadet, à qui l'on avait pourtant décelé un retard mental, soit devenu un tel intello... Elle avait énormément d'admiration pour lui et regrettait d'autant plus d'avoir manqué ces deux dernières années en sa compagnie. Avec cette simple évocation d'une invention, sans doute banale pour lui, Yoshiko fut gonflée de fierté. Elle était fière de son petit frère. Un jour, il décrocherait un prix Nobel, pour sûr !

« Un jet pack écolo ? Whoa ! Trop fort ! Tu me le feras essayer, j'espère ! »

Si l'enthousiasme de la jeune femme n'était pas partagé par tous dans la famille, au moins elle était heureuse pour Keigo. Et puis, rien n'aurait pu lui faire plus plaisir que de tomber sur le benjamin Tanaka, à peine installée au complexe, et de partager un verre et un en-cas avec lui ! De toute manière, qu'il ait été idiot ou intelligent, il restait son petit frère. Elle l'aimerait toujours, quoi qu'il advienne, même si elle le lui montrait de façon très maladroite. Elle avait été éduquée dans cette optique. La famille passait avant tout ! Et puis, bien que Naoko ait été la plus proche du garçon, elle aussi avait sa propre complicité avec lui. Et peut-être qu'un jour, quand ils l'auraient retrouvée, cette proximité, mise à mal par le silence de la sportive, elle lui proposerait d'aller faire une balade en pleine nature et de s'allonger dans l'herbe pour contempler les nuages, comme autrefois. De parler de tout et de rien en leur donnant une forme, ou simplement de rester à regarder le ciel, dans le silence.

Une fois que Yoshiko eut prit ses aises et se fut installée en tailleur sur sa chaise, une mauvaise habitude qu'elle avait prise, mais qui lui permettait d'éviter de donner des coups de pieds à la personne qui lui faisait face, parce qu'elle ne tenait pas en place, son frère lui demanda quelle était la cause de son retard. La jeune femme baissa les yeux d'un coup, sentant le poids de la honte la rattraper et grimper sur ses épaules. Quelle mésaventure ! Elle aurait préféré l'occulter tout simplement de son esprit, mais elle était décidée à ne rien cacher à son frère. De toute façon, maintenant qu'il l'avait vue nue, plus rien ne pourrait la mettre plus mal à l'aise ! Mieux valait prendre les choses à la rigolade ! La professeure d'athlétisme sourit et rougit par la même occasion en se revoyant, mentalement, en peignoir devant le comptoir de la réception, sans parler de ces clients, qui l'avaient reconnue, pour avoir assisté à l'un de ses cours...

« En fait... ben... J'ai perdu la clé de mon studio... Je ne m'en suis rendue compte que quand j'ai eu terminé ma douche et retrouvée devant la porte de chez moi ! Tu imagines ! Du coup, j'ai dû descendre à la réception en peignoir et le pire, c'est que j'ai croisé des élèves du cours d'athlétisme que je donne tous les jours ! J'avais trop la honte ! »

La jeune femme se gratta la tête, un peu gênée, mais le malaise ne dura pas longtemps. Elle savait, depuis les retrouvailles dans les sanitaires, que son frère ne s'offusquerait pas d'une telle situation. Elle aurait aimé posséder son sang froid. Elle, elle était totalement l'inverse de Keigo ! Elle s'emportait vite, elle ne parvenait jamais à se poser, et elle était très pudique, du fait de ne jamais avoir eu de vraie relation amoureuse... Sur ce dernier point, ils se ressemblaient, en partie. Elle, elle ne supportait pas cette solitude, qui ne semblait pas gêner son frère. Elle avait envie de rencontrer un vrai mâle, qui l'aimerait pour ce qu'elle était et avec qui elle pourrait construire une relation durable ! Enfin, même si ce n'était que pour le sexe, elle accepterait... Yoshiko supportait mal le fait d'être seule. Elle s'était toujours vue comme celle qui décevrait sa mère, parce qu'elle ne lui offrirait jamais de petits-enfants.

« Alors, parle-moi un peu du complexe ! Tu y travailles depuis plus longtemps que moi, il s'y passe des choses intéressantes ? Il y a de beaux garçons dans les couloirs ? » demanda la jeune femme, en jetant un œil sur la carte du restaurant.

La sportive fit rapidement son choix. Vue l'heure, elle prendrait une infusion et un morceau de tarte au citron. Le café, il valait mieux l'oublier, ou elle ne dormirait pas de la nuit !
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Yoshiko s'émerveilla devant le schéma encore imparfait du prototype de jet-pack. Sans surprise, elle se portait volontaire pour le tester. Keigo ne partageait pas cette perspective. La création restait personnelle, consacrée à l'équipement de son alias. Il l'avait conçu selon des critères bien précis qui ne conviendrait pas à un usage plus commun. Pour autant, décevoir sa sœur par une négation le dérangeait.

Depuis sa révélation, Keigo ne ressentait que de l'indifférence face aux réactions des autres à son sujet. Du moins, le croyait-il. La lumière dans les yeux de sa sœur, en découvrant de quoi il était capable, était sans aucun doute de la fierté. Il supposait que sa famille se réjouirait à l'idée d'avoir un génie sous son toit. Il n'en avait pourtant jamais été le témoin. En dépit de sa volonté de distancer ses émotions, il ne chasserait pas celles qui s'infiltraient dans son esprit. De la joie, de la reconnaissance, de la motivation, de l'amour... et de la culpabilité. Quelle aurait été sa jeunesse s'il ne s'était pas comporté comme tel ? Quelle relation aurait-il tissé avec ses sœurs et ses parents  Il l'ignorerait toute sa vie, portant le poids de son imbécillité sur ses épaules. Alors oui, Yoshiko méritait d'essayer un jet-pack. Cela valait bien un petit mensonge.

- C'était prévu. Je n'envisageais pas de faire autrement.

En réalité, il développait déjà un concept voisin du sien, plus adapté à la morphologie et au tempérament de sa sœur. En tant que sportive, elle apprécierait des positions plus réactives, moins passives que pour son engin.

L'idée d'un nouveau cadeau à sa sœur Yoshiko se profila bien vite. Elle raconta sa mésaventure, à la fois drôle et gênante. Elle parlait beaucoup, en rougissant. Ses mains s'exprimaient avec la même volubilité qu'un méditerranéen. Devant un tel récit, quiconque aurait ri, se montrant compatissant ou soulignant le ridicule de la situation pour mieux la dédramatiser. Mais l'ingénieur n'était pas n'importe qui.
Il esquissa un sourire à la fois affectueux et moqueur, avant de reprendre la parole.

- N'était-ce pas l'occasion pour les hommes du complexe de prendre ton charme en considération ? Je suis sûr que tes élèves ont su en profiter...


La crainte de la solitude pointait chez elle son nez. Yoshiko n'était plus une enfant, mais une femme avec ses besoins et ses envies. Malgré son physique avantageux et sa convivialité, elle bloquait à l'idée de passer le pas. Elle attendait d'être abordée, tellement inquiète d'être rejetée. Elle avait trouvé son frère, ses parents habitaient en ville. Elle n'était pas seule, contrairement aux premiers jours passés à la faculté, loin de son île natale. Mais cette solitude qui lui pesait était d'une autre nature.
Elle voulait devenir une femme-garçon manqué. Sanae et Maki l'auraient chamaillée pour son manque d'effort à séduire. "Un homme ne s’attrape pas comme ça, il faut un hameçon !", disait souvent l'aînée. Une seconde initiative titilla l'esprit vif de Keigo, celle de pousser le poisson en direction de l'hameçon. Son sourire en coin s'étira un bref instant, avant qu'il ne réponde à sa sœur d'un ton facétieux.

- Des choses intéressantes ? Tout dépend du critère donné à l'intérêt. Mais je reconnais que certaines personnes sortent du lot et encouragent à mieux les connaître. Quant aux mecs... Y'en a des sympas, chez les touristes comme chez les employés. Tu t’intégreras vite ici, je n'en doute pas un instant.


Cependant, il ferait en sorte qu'elle pêche un Showa-Sanshoku plutôt qu'un Uranoscopidae.
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Keigo n'en manquait jamais une quand il s'agissait de taquiner sa frangine ! Mais c'était aussi pour ça que la sportive l'aimait autant. Il y allait toujours franco. Mettre les pieds dans le plat ne le dérangeait pas outre mesure. Il ne faisait pas de sentiment inutile, ni de manières. Yoshiko était comme lui, en quelque sorte, avec une petite touche de féminité en plus, lorsqu'il lui prenait l'envie de troquer ses survêtements contre les robes conseillées par Maki afin de mettre ses formes en valeur. Ils avaient d'ailleurs tous deux toujours eu du mal avec les relations amoureuses, mais pour des raisons différentes. Le problème était que pour la demoiselle, le manque de chaleur dans son lit lui pesait énormément ! Elle ne supportait pas cette solitude et cette absence de reconnaissance de la part de la gent masculine. Alors oui, elle n'avait jamais eu à se plaindre de ses fréquentations car elle parvenait tout le temps à se lier d'amitié avec des garçons. Sauf que le fait que cette complicité n'aille jamais plus loin que la franche camaraderie était légèrement blessant pour Yoshiko. Elle en avait marre d'entendre le fameux « je préfère qu'on reste amis »[/b] quand  elle demandait à l'un de ses amis de sortir avec elle.

« Ha ha, je ne suis pas dans leur tête, tu sais ! Mais si tu penses que j'ai pu marquer des points, je ne regrette pas de m'être promenée dans le complexe toute nue sous mon peignoir ! Par contre, aucun d'entre eux ne m'a proposé un dîner en tête à tête... »

La jeune femme sourit. Malgré que la solitude affective lui pèse, elle essayait de ne pas montrer qu'elle avait de la peine et préférait se réjouir sur ce qu'elle avait déjà. Tout comme les hommes, il y avait certaines émotions qu'elle estimait devoir garder pour elle, pour ne pas dévoiler ses faiblesses. Elle détestait se sentir vulnérable. Enfin, avec Keigo c'était différent ! Avec lui, elle pouvait être vraiment elle-même. Ou du moins, elle pouvait exposer avec le sourire, ce qui la chagrinait. Les pleurs, c'était un truc de fille, pas fait pour elle ! Mieux valait une bonne tape sur l'épaule ! Ça, ça remontait le moral ! Quoiqu'il en soit, la sportive était pleine d'espoir en ce qui concernait son avenir. Grâce à son nouveau travail, elle avait la possibilité de faire de nouvelles rencontres et peut-être de trouver celui qui lui correspondrait, ou au moins un beau garçon avec qui partager sa couche pour une nuit d'amour.

Elle avait quand même de la chance d'avoir un frère qui travaille ici depuis plus longtemps qu'elle. Il pourrait sans doute l'aider dans sa quête de l'homme idéal, ne serait-ce qu'en satisfaisant sa curiosité et en répondant à ses questions. Le premier aperçu qu'il lui donna du complexe excita son intérêt. Bien sûr, Keigo n'était pas le genre de mec à bondir de joie ou à s'extasier devant les merveilles du monde, mais Yoshiko savait lire entre les lignes. Ses paroles étaient très encourageantes ! Elle ne regrettait pas du tout d'avoir quitté son emploi sur le continent pour revenir sur son île natale et travailler à Hinata. Elle ne s'ennuierait pas pourvu qu'elle puisse faire la connaissance de personnes sympas et intéressantes avec qui partager son quotidien. Et, comme venait de lui signifier son frère, il y avait de quoi faire de belles rencontres, ici. La sportive avait envie de creuse le sujet un peu plus en profondeur. Mais, avant toute chose, elle accueillit chaleureusement le serveur qui vint s'occuper d'eux et lui demanda sa part de tarte et son infusion. Une fois la commande passée, elle posa son menton sur ses mains, les coudes posés sur la table, et regarda Keigo droit dans les yeux, depuis l'arrière de ses lunettes. Plus bas, ses jambes étaient croisées l'une sur l'autre et son pied droit, machinalement secoué, bougeait vivement de gauche à droite. Un moyen pour elle d'oublier qu'elle avait besoin de se remuer. Elle focalisait toute l'énergie qu'elle avait en trop dans cette partie de son corps. Une technique suggérée par l'un des médecins qui l'avait suivie, autrefois.

« Raconte-moi tout ! Qui sont nos collègues les plus sympas ? Les plus mignons ? J'ai pas encore eu le privilège d'en rencontrer beaucoup, comme je viens juste de poser mes valises. On m'a dit qu'il y avait une salle pour le personnel du complexe, mais je n'y suis pas encore entrée. Est-ce que c'est ici qu'on se retrouve entre employés ? »

Yoshiko avait mille et une questions à lui poser. Cependant, elle s'interrompit encore quand le serveur revint leur apporter ce qu'ils avaient commandé. Miam miam ! Cette part de tarte au citron avait vraiment l'air délicieuse, avec sa couche de meringue et son agréable parfum d'agrume. On ne rigolait pas en cuisine, qu'il s'agisse de satisfaire la clientèle ou le personnel ! La sportive souffla sur le dessus de sa tasse et but une petite gorgée de son infusion avant de prendre sa tarte directement avec les doigts pour en croquer un morceau.

« Whoa ! Mais c'est un vrai régal ! » s'exclama-t-elle, des étoiles dans les yeux. « Je crois que je n'avais pas mangé quelque chose d'aussi bon depuis... la cuisine de maman... Oh fait ! Tu vois encore souvent les parents ? »

Yoshiko se rendit compte qu'elle n'était même pas passée au domicile familial pour saluer leur père et leur mère depuis son retour sur l'île. Ils savaient, bien entendu, qu'elle était revenue sur l'île Hishima, car elle avait prit la peine de leur téléphoner. Mais une petite visite en personne ne ferait pas de mal ! Ils devaient se sentir seuls depuis que leurs enfants avaient pris leur indépendance... Et la maison devait leur paraître vide.

« Et Naoko... Tu as eu des nouvelles ? »

La sportive n'ignorait pas que les rapports entre son petit frère et sa petite sœur étaient tendus. Naoko avait eu beaucoup de mal à digérer le « coming out » de Keigo. Eux qui étaient jadis si proches et entretenaient une si forte complicité, s'étaient tellement éloignés l'un de l'autre que toute la famille en avait été affectée. Si seulement Naoko pouvait faire table rase du passé et pardonner le benjamin...
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Lun 21 Nov - 21:30
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Jamais Keigo n’avait enchainé autant de mots sur si peu de temps. Sa sœur, fort locace après de nombreux mois sans le voir, l’obligeait à s’exprimer plus que d’ordinaire. Non pas que cela le dérange outre mesure, mais il n’était guère habitué à tant de surenchère. Toutefois, il économisait souvent ses paroles en ne répondant qu’aux sujets qu’il considérait comme important. Or, bien que Yoshiko employait un ton badin pour évoquer ses problèmes de cœur, il n’en demeurait pas moins qu’elle en souffrait. Ce que son frère ne négligeait pas. 

- T’inquiète, tout vient à point à qui sait attendre. Même s’il faut attendre beaucoup. 

Remonter le moral n’était pas sa spécialité. Il le savait, tout autant qu’il savait pertinament que cette remarque pouvait la vexer. Tout dépendant du sens qu’elle en retirerait. Pour lui, rien d’insultant ne se cachait derrière ces mots. Son idée n’était pas : « Vu l’ampleur de ton cas, ça va durer… ». Mais plutôt : « je ne veux pas que tu tombes dans les bras de n’importe quel crétin. » A la jeune femme de traduire comme bon lui semblait. 
Non, effectivement, il ne supporterait pas qu’elle fréquente un homme qui ne lui conviendrait pas. Oh, bien sûr, les sentiments ne se dirigent pas – malheureusement – et elle pourrait bien se frotter à d’ignobles individus indignes d’elle. Il voulait juste le meilleur pour sa sœur, d’où son idée subite d’influencer le destin, autant que cela se pouvait. Il avait déjà un plan en tête, qu’il garderait pour lui. Lui qui se croyait si imperméable aux émotions jouait les cupidons pour sa frangine. Cela ne manquait pas d’ironie. 

Le serveur vint prendre leur commande. Keigo n’étant pas un gros mangeur, se contenta de réclamer un café bien fort, sans sucre. Après avoir retrouvé Yoshiko, sa tête fourmillait de mille pensées, il aurait donc hors de question de dormir. Il avait du travail. Un café lui apporterait l’énergie nécéssaire à enchaîner une nuit blanche et une journée de labeur enchaînées. 
Après ce court intermède, Duracell repartit à l’attaque en faisant subir à son frère un véritable interrogatoire. Seulement, celui-ci pourrait difficilement répondre à sa question : vu qu’il ne fréquentait quasiment personne au Complexe et ses critères d’appréciation élevés, il n’avancerait pas grand-chose. 

- Oui, effectivement, il existe une salle du personnel. Au même étage que les douches. Si tu veux rencontrer des collèges, c’est l’endroit idéal, sans aucun doute. 


« Je n’y ai jamais mis les pieds
», songea-t-il. Trop occupé à passer ses pauses au lit ou dans son atelier. Les gars les plus sympas et les plus mignons ? Dur de répondre à cette requête, étant donné le caractère de notre homme. La tâche qu’il se destinait se montrait plus ardue que prévue. Histoire de couper court à un sujet qui allait enfermer Keigo dans le mutisme, il botta en touche.

- Je m’entends particulièrement bien avec Hyuga-kun.  

Le hasard voulut que leur commande arriva juste alors qu’il évoquait le cuisinier. Yoshiko, en tant que sportive hyperactive, se permettait régulièrement des entraves au raisonnable, sachant qu’elle éliminerait l’écart en un temps record. Il allait poursuivre la conversation sur Shiryu quand Yoshiko rebondit encore sur un thème annexe, perturbant l’esprit logique et carré de son frère. 
Il fronça les sourcils. Pourquoi parlait-elle ainsi que leurs parents ? Se pourrait-il qu’elle soit revenue sur l’île sans les mettre au courant, eux-aussi ? Qu’elle ait fait ce coup à son frère, soit. Il le méritait après des années de mensonge. pas leurs parents, qui s’étaient sacrifiés pendant tant d’années pour que leurs filles mènent une vie normale malgré leur frère « handicapé » et de maigres salaires. Keigo n’était pas un sentimental. Mais quand on touchait, d’une manière ou une autre, à ses parents, il ne le tolérait pas. Sans peur de jeter un froid sur ses retrouvailles, il emprunta un ton aussi amer que son café. 

- Sachant que tu as obtenu tes études et ton boulot actuel grâce à eux… Ne me dis pas que tu ne les as pas prévenus. De toute façon, ils seront vite au courant. Je passe chez eux une à deux fois par semaine, pour manger ensemble. Viens avec moi, samedi prochain, si tu n'es pas de service...

A chaque fin de mois, Keigo leur reversait une partie de son salaire, sorte de remerciement pour toutes les années de sacrifice. Un moyen pour lui de faire pénitence. Il leur apportait une aide considérable, en réparation, en services en tout genre. Pour la première fois de leur vie, ils partiraient en vacances grâce aux économies du jeune homme. Et pas n’importe où. En France. 
Il poussa un soupir avant de parler de Naoko, la quatrième sœur, avec qui il entretenait une relation forte, aussi forte que celle entre Yoshiko et lui. Différente aussi. Il n’aimait pas évoquer Naoko. 

- J’ai des nouvelles via Facebook. 

Réponse qui entretenait le mystère. Oui, ils étaient toujours en contact. Du moins, Naoko l’acceptait en tant qu’ami sur le réseau social. Cependant, il obtenait des nouvelles via les publications de son mur. Comme tous ses amis. Elle ne lui avait pas encore pardonné. Afin de renseigner Yoshiko sur son manque d’envie de persister sur ce point, il revint au sujet initial. En bel égoiste qu’il était, il préférait évoquer les histoires de mecs de sa sœur que les histoires de famille. Retrouvant le sourire qu’il avait effacé depuis la mention des visites chez les parents, il réorienta leur discussion.

- La tarte que tu es en train de manger est l’œuvre de Hyuga-kun. Shiryu Hyuga. Ce nom doit te dire quelque chose, peut-être.  Oh, ne t’enflamme pas à son sujet, il ne intéresse pas aux femmes. Mais si tu veux des repas spéciaux pour sportifs, je peux t’arranger le coup. De même, sachant que je suis plutôt mal placé pour parler de mecs sympas et mignons, je peux peut-être lui demander conseil, pour toi. 

Qu’elle dise oui ou non ne changerait rien à son plan, dont Shiryu était partie intégrante à présent.
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Lun 21 Nov - 21:31
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Ça pour attendre, Yoshiko avait attendu ! Elle n'avait pas eu la chance de ses sœurs et n'avait connu que peu de relations, pas vraiment sérieuses. Mais, depuis qu'elle était arrivée au complexe, elle bouillonnait d'impatience. Ce n'était pas pour ça qu'elle ferait la fille facile et accueillerait le premier venu dans son lit, cependant, elle avait profondément envie de trouver un homme qui lui corresponde. La solitude était d'autant plus pesante maintenant qu'elle avait posé ses valises à Hinata, un lieu toujours en ébullition, où les vices semblaient être exacerbés. La sportive enviait les couples qu'elle croisait tous les jours, main dans la main, et toutes ces jolies femmes que les beaux mecs n'hésitaient pas à draguer ouvertement. Elle aurait aimé être leur place... Enfin, comme l'avait justement souligné Keigo, il ne fallait pas aller trop vite. Elle pourrait regretter de se laisser aller dans les bras de quelqu'un qui ne lui conviendrait pas.

« J'espère que tu dis vrai ! N'empêche, je me demande parfois si attendre est une bonne solution et si je ne devrais pas provoquer mon destin. »

Comme aller à la rencontre de ses collègues dans la salle du personnel ! À moins que Keigo ne puisse lui en présenter quelques-uns ! Après tout, il était employé au complexe depuis plus longtemps que sa sœur. Il avait dû avoir l'occasion de faire quelques rencontres intéressantes... ou pas ! Il avait l'air d'avoir déjà son petit réseau à lui. À Yoshiko d'en faire de même et de se faire de nouveaux amis, ou plus si affinité. D'ailleurs, se lier d'amitié avec des garçons ne lui avait jamais posé de problèmes. Les hommes adoraient généralement son côté dynamique et franc. Mais bon, être la bonne copine était parfois un peu pesant, surtout quand on se rendait compte que les choses n'iraient pas plus loin. Combien de fois la jeune femme s'était pris un râteau quand elle avait demandé à un copain de sortir avec elle ? Elle ne comptait plus les « je préfère qu'on reste amis » à son palmarès ! Tout ça parce qu'elle préférait les survêtements aux robes sexy.

Le ton de la conversation changea lorsque Yoshiko évoqua la famille. Elle eut l'impression d'avoir fait une bêtise et de se faire réprimander par un frère qui ne serait plus son cadet mais l'aîné. Cependant, Keigo avait raison. Elle aurait dû aller rendre visite à ses parents. Il était toujours possible de trouver du temps, surtout pour la famille. Elle était ce qui comptait le plus ! Nerveuse, la jeune femme se mit à secouer plus énergiquement son pied sous la table. Décidément, elle ne faisait jamais les choses comme il fallait ! Pourtant, elle n'était pas dépourvue de bonnes intentions et aimait les siens plus que tout au monde ! Elle était redevable à ses parents, pour tout ce qu'ils avaient fait pour elle, pour Keigo, et pour leurs sœurs. Jamais elle n'aurait si bien réussi dans la vie sans l'éducation et l'amour qu'ils lui avaient donnés. Il fallait qu'elle se reprenne. Il n'y avait pas que le sport, la famille aussi avait toute son importance !

« Si si, je leur ai téléphoné, bien sûr ! Mais... je ne suis pas encore allée les voir. Et je n'ai aucune excuse... Du coup, oui, je serais vraiment contente de t'accompagner à ta prochaine visite ! En plus, je n'ai pas de cours à donner samedi prochain ! »

Duracell savait reconnaître ses erreurs quand elle en commettait. En particulier parce qu'elle sentait s'installer en elle un malaise qu'elle n'aimait guère. Elle était alors prête à tout pour réparer ses torts. La jeune femme avait toujours été maladroite en ce qui concernait les sentiments et les émotions. Malgré sa franchise, elle avait du mal à montrer à ceux qui comptaient vraiment pour elle, ce qu'elle ressentait. Ou, du moins, elle était persuadée de ne jamais le faire comme il fallait. Pourtant, quand elle aimait, elle aimait vraiment et sincèrement. Elle n'était pas du genre à jouer avec les sentiments. Cela expliquait qu'elle soit affectée par le froid qui s'était installé entre Keigo et Naoko. Et d'après la réaction de son frère à sa question, l'affaire n'était toujours pas réglée. Mais Yoshiko ne perdait pas espoir ! Elle savait que, pour l'un comme pour l'autre, la famille était importante et elle était persuadée qu'ils finiraient par se réconcilier. Quand on aime, on aime pour la vie !

« C'est déjà mieux que rien ! » répondit la sportive, choisissant de ne pas insister car sachant le sujet sensible.

Son but n'était pas de mettre Keigo mal à l'aise et surtout pas le jour de leurs retrouvailles ! La conversation revint donc sur les membres du personnel et la volonté de Yoshiko de briser ses longues années de célibat. Le jeune homme remit le nom de Hyuga sur le tapis. Elle, elle n'avait entendu parlé de lui que de loin. Mais elle pouvait constater qu'il était un excellent cuisinier. Dommage que les femmes ne l'attirent pas ! Elle fut tout de même très intéressée par les repas spécial sportifs dont lui parla son petit frère et ne manqua pas de le lui signaler.

« Ce serait vraiment génial si je pouvais avoir quelques plats adaptés à ma condition physique ! Un repas protéiné pour le midi et quelque chose de plus allégé pour le soir... Merci frérot ! »

La suite de la discussion fut rougir la demoiselle. Décidément, Keigo ne prenait jamais de pincettes... Un peu comme elle, finalement ! Cependant, si le réseau de son benjamin lui permettait de faire une rencontre intéressante, ce n'est pas elle qui s'en plaindrait !

« Euh... oui, pourquoi pas ? Enfin, je ne veux pas passer pour la pouffe qui veut à tout prix se faire un mec... Mais s'il connaît des gars mignons et sympas, je suis preneuse ! »

Décidément, ces retrouvailles prenaient un tournant très particulier ! Quoique ça n'était pas pour déplaire à la jeune femme...
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Keigo avait gagné la partie : sa frangine ne retenterait pas une conversation gênante sur les parents ou leurs sœurs. Quoiqu'évoquer les aînées ne le dérangeait pas. Il n'avait jamais eu avec elles la même proximité qu'en compagnie de Yoshiko et Naoko. A vrai dire, Sanae et Maki n'avaient qu'une chose en tête : fuir leur destin et leur île pour vivre leur vie, loin de la pauvreté et plus proches de la lumière. Sanae rêvait d'un Harem lui procurant toute l'inspiration nécessaire à ses mangas érotiques. Maki, elle, écrasait ses proches de sa personnalité contrastant tellement avec son visage angélique. Leur frère, qu'il soit un génie ou un sombre crétin, ne changerait pas grand chose à leur existence. Présenté comme ça, elles passeraient pour des démons ; elles n'en étaient pas. Disons juste que leur ordre de priorité différait du reste de la famille. Après tout, en tant qu'aînées, elles essuyaient les plâtres depuis longtemps, elles méritaient leur bulle d'oxygêne.

Le sujet majeur de cette soirée revint sur le tapis, au grand contentement du jeune homme. Il s'étonna une seconde que Yoshiko ne réagisse pas à la mention du nom du cuisinier, avant de se rappeler que la jeune femme passait sûrement plus de temps sur les terrains de sport que devant la télévision ou assise sur un canapé à lire des magazines. Il regretta cette faille : le rouquin sulfureux aurait pu apporter des précisions sur les souhaits de sa sœur. Car si Keigo souhaitait mener son plan à bien, il ne pourrait pas viser au hasard pour autant. Bien que lui-même ne laissait pas beaucoup la place aux sentiments, il n'ignorait pas que les relations amoureuses ou amicales ne naissaient pas d'un coup de baguette magique. L'importance des affinités était un critère indéniable pour la suite des opérations. Or, à part d'éviter les salopards de service ou les feignasses, l'ingénieur hésitait sur les autres angles d'attaque. Il s'insulta, se reconnaissant confronter à la faiblesse qu'il haïssait le plus : l'ignorance. Il avait beau avoir été proche de sa sœur, pendant des années, il ne la connaissait presque pas. Car il ne parlait jamais, ne s’intéressait que très peu aux autres, concentré qu'il était sur lui-même. une fois de plus, la culpabilité refluait, au point qu'une idée sordide égratigna sa conscience. Peut-être que ce qui était arrivé à la Faculté était le châtiment de son égo-centrisme ? Sentant qu'un toc de contrariété déformait son arcade sourcilière gauche, il chassa vivement toute élucubration sur cette période à la fois faste et néfaste de sa vie pour se concentrer sur le plus important : Yoshiko et ses soucis affectifs.

- Crois-tu vraiment que je présenterais ta requête d'une manière qui salirait ta réputation ? Celui ou celle qui oserait te traiter de pouffe ou une autre insulte du genre ne sera pas prêt de connaître la tranquillité.


Le Keigo des mauvais jours fit une brève incursion avant de laisser la place à celui plus placide. Retrouver sa chère pile électrique après tant de temps influençait ses aires corticales préfrontales pour qu'il trahisse autant ses arrière-pensées. Reprendre le contrôle urgeait.

- Il ressemble à quoi, le mec de tes rêves, hum ?

Sa question relevait-elle de la curiosité intéressée ou d'un pragmatisme stratégique ?
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Bien sûr que Keigo ne ferait jamais en sorte de faire passer sa sœur pour une fille facile et futile, une pouffiasse nymphomane qui cherchait à tout prix à se faire un mec ! Yoshiko n'en doutait pas une seconde. Mais elle avait pourtant eu besoin de se justifier, comme si le fait de ne pas parvenir seule à trouver l'homme de ses rêves et de requérir l'aide de son benjamin lui faisait honte. Sur ce point, elle avait vraiment besoin de s'améliorer ! Cependant, si ça impliquait de devoir quotidiennement se pomponner et d'en oublier le confort de ses joggings, d'en oublier le fond de sa personnalité, elle n'était pas encore prête à faire cet effort... Bon sang... Pourquoi les relations amoureuses étaient aussi compliquées ? Pourquoi fallait-il toujours tout ramener au physique, en oubliant le caractère et le fond intérieur de chacun... Certaines femmes, très belles, étaient d'une stupidité à mourir ! Et pourtant, elles intéressaient toujours plus les garçons qu'une demoiselle au grand cœur et au physique ingrat... À ce compte, pourquoi vouloir à tout prix se caser ?

« Comme c'est mignon de ta part ! Me voilà donc rassurée ! » s'exclama la demoiselle, après avoir avalé un morceau de tarte.

Il n'empêche que Yoshiko s'était toujours beaucoup questionnée sur les relations de couple. Il y avait certaines choses, certains aspects qui, malgré son âge, lui paraissaient encore abstraits... C'était sans doute dû à son manque d'expérience en la matière. Pourtant, de son côté, Duracell avait quand même des idées bien arrêtées sur l'homme avec qui elle aimerait construire une relation amoureuse. Elle avait beau essayer de suivre son cœur, de ne pas s'arrêter sur le physique, comme les mecs le faisaient avec elle, elle ne pouvait ignorer le fait qu'elle avait des préférences. Bien sûr, cette personne devrait partager les mêmes valeurs qu'elle, pour une meilleure entente, mais si son aspect extérieur ne lui convenait pas, elle aurait beaucoup de mal à se projeter avec elle. Et, s'il y avait une chose qui ne l'attirait pas du tout chez un garçon, c'était le manque de carrure. Elle qui avait du muscle à revendre, voulait que son futur compagnon puisse lui résister, physiquement parlant. Elle voulait aussi pouvoir partager sa passion du sport avec lui. Il fallait donc qu'il soit endurant...

En parlant d'homme idéal, Keigo, qui semblait bien décidé à seconder sa sœur dans sa quête de l'âme sœur, n'hésita pas à la questionner sur ses préférences. Yoshiko haussa les sourcils, étonnée d'avoir une telle discussion avec son frère. Ils étaient très proches, depuis toujours, mais les conversations sur les mecs, c'était plutôt avec Sanae que la sportive les avait. Keigo et elle n'avaient encore jamais évoqué le sujet. Le fait qu'il parle aussi ouvertement ne pouvait signifier qu'une chose pour la jeune femme : il voulait à tout prix l'aider parce qu'il souhaitait la voir heureuse... En fin de compte, le dernier né des Tanaka avait toujours eu une pensée bienveillante pour sa sœur... pour ses sœurs. Il le prouvait une fois de plus en s'impliquant dans la vie amoureuse de la demoiselle. Même si cette pensée gênait Yoshiko, elle ne cracherait pas sur le soutient qu'il lui proposait. Après tout, son frère était de loin le meilleur ami qu'elle n'ait jamais eu.

« Et bien en fait... Côté physique, j'ai une nette préférence pour les mecs bien bâtis. Je veux dire... je ne veux pas passer pour l'homme si je me retrouve à côté de lui ! J'ai besoin qu'il ait plus de carrure que moi, tu vois ? Et puis, il faut qu'il soit assez sportif, pour que nous puissions partager cette passion. Courir ensemble dans la nature, faire un petit match de basket, ces choses-là ! Après, je suis plutôt du genre à aimer les bruns ténébreux, ceux qui dégagent une part de mystère. »

La sportive marqua une petite pause et but une gorgée de thé. Elle réfléchit quelques secondes à ce qu'elle allait dire ensuite. Elle était loin d'avoir fini sa description. Le mental était important, lui aussi !

« J'aimerais beaucoup que mon homme soit quelqu'un de réfléchi... Enfin, tu sais, je déborde d'énergie ! Alors il me faudrait quelqu'un capable de me canaliser. Un minimum posé, quoi ! Et puis, je ne pourrais pas être avec une personne complètement stupide ! Je n'ai jamais vraiment brillé en cours, mais je me suis toujours maintenue à un niveau acceptable... Et l'idéal serait... qu'il soit tourné vers la famille. Pour moi, c'est quelque chose de très important ! En plus, s'il ne s'entend pas avec nos parents, avec toi, avec nos sœurs... ça ne pourra pas le faire. Mais bon, je ne le présenterai pas à la famille dès le premier rancard ! »

Yoshiko avait beau avoir peu d'expérience en matière de relation amoureuse, elle savait, pour avoir été la bonne copine de nombreux garçons, ce que les hommes attendaient, globalement, dans un couple.

« Ah oui ! Et j'aimerais qu'il ne s'attarde pas trop sur mes fringues... Je suis capable de faire des efforts, de suivre les conseils de Sanae, mais je ne pourrai jamais me séparer de mes survêts ! » ajouta-t-elle.

Finalement, la jeune femme avait des idées bien arrêtées sur son homme idéal. Évidemment, il n'était pas obligé de répondre à tous ses critères pour lui plaire. Mais plus il en aurait, plus elle s'investirait ! Duracell regarda son frère avec tendresse. Qu'est-ce que ça faisait du bien de parler aussi ouvertement avec quelqu'un qui comptait autant pour elle ! Keigo méritait largement un renvoi d'ascenseur de sa part.

« Et toi, tu as aussi quelques idées sur l'homme ou la femme idéale ? »
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Yoshiko appréciait grandement le soutien de son frère. A défaut d'avoir un amoureux, au moins pourrait-elle profiter de cette présence à ses côtés. Triste substitut. Si seulement le jeune homme connaissait quelqu'un, des amis. Mais il en avait si peu... Ceux de l'école primaire avaient déjà mis les voiles sur le continent ou l'archipel du soleil levant, loin d'Hishima. Ses copains de faculté végétaient du côté de la capitale ou dans le monde entier, où l'on traquait leurs talents au sein de grandes entreprises. Destin envisageable pour Keigo s'il l'avait accepté. Il allait corriger cette lacune pour faire plaisir à sa soeur bien aimée. Histoire de lui rendre la pareille pour toutes ses années où il n'était pas si malheureux.

Il porta une oreille attentive à la description qu'elle lui apporta. Yoshiko avait une idée bien précise de son homme idéal. L'image première qui s'esquissa dans sa tête fut celle d'un vampire en maillot de footballeur et à la carrure de catcheur. Chacun ses goûts, après tout. Tant que le jeune homme arrivait à voir la tête de son beau-frère en levant la tête, ça passerait.
Comme il s'y attendait, sa soeur n'en restait pas au physique. Keigo s'en réjouissait. Elle faisait preuve de plus de profondeur que Maki et Sanae. Esprit sain, corps sain correspondaient à ses idéaux. Si elle avait omis cet aspect de son idéal, son frère aurait été profondément déçu.
Elle souhaitait donc une personne capable de contrebalancer son hyperactivité. Et qui se positionne au même niveau intellectuel. Qu'elle sous-estimait, assurément. Sa façon de présenter sa réussite moyenne à l'école manquait de discernement. Elle pratiquait mal l'auto-critique.

Il allait la remercier pour tous ces détails, mais elle reprit sa respiration et enchaîna sur de nouvelles informations. Keigo posa le coude sur la table et son menton dans sa main. Trouver une lampe à huile emprisonnant un djinn restait plus abordable qu'un speed-dating !

- Euh... D'accord.

Heureusement qu'il possédait une mémoire formidable pour contenir la somme des éléments nécéssaires à débusquer la perle rare. Il se s'attendait pas, tout occupé par le cheminement de son raisonnement, à ce qu'elle renverse la situation.

- L'idéal ? Mon idéal ? C'est une bonne question. Je doute que mon opinion te plaise.

Il perdit son regard dans le vide. Sa soeur pourrait-elle le comprendre ?

- A quoi sert la quête de l'homme ou de la femme de nos rêves ? Avoir une présence à ses côtés ? J'ai physiquement autour de moi une foule d'hommes et de femmes qui fréquentent le complexe, la ville, l'île, le monde. La terre accueille 7,125 milliards d'habitants. Parlons des sentiments. La joie d'être auprès de ses proches. J'ai ma famille pour ça. Des amis ? Pour quoi faire. Parler ? Je l'ai dit, j'ai ma famille. Et puis parler, je n'aime pas beaucoup ça. Faire des efforts pour connaître des gens et apprécier, alors que ce n'est pas sa tasse de thé. Tout ça pour obtenir un résultat mitigé et s'apercevoir qu'on n'est pas en adéquation.  c'est du temps perdu. Venons-en à l'amour. De l'amitié améliorée, n'est-ce pas ? S'y rajoute la notion de plaisir. En plus d'une entente fusionnelle se rajoutent séduction et proximité corporelle. Je ressens pour ma part beaucoup de plaisir à être en famille, sans avoir à me jeter dans les bras de quelqu'un ou se faire la bise. Qu'est-ce que l'amour ? Qu'apporte-il ? Une instabilité sentimentale amenant tout aussi bien la joie que la souffrance et l'illusion. Plutôt que de se concentrer sur l'essentiel, on s'interroge en permanence sur soi et sur l'autre. Est-ce qu'il m'aime ? Autant que moi ? Est-ce que je l'aime ? Comment savoir si mes sentiments sont réels ou si je projette ce que j'espère pour ne pas ressentir de déception ? si ma joie est réelle, comment vais-je survivre à l'inéluctabilité de sa disparition, liée à un essoufflement d'un des deux partenaires ? Et si l'autre venait à mourir, devrais-je mourir aussi ? Ou refaire ma vie ? Sérieusement, si l'amour ça sert à se questionner sans arrêt, je préfère me pencher sur la création plutôt que la destruction. Je passe du très bon temps en compagnie de mes machines, à inventer, à créer. Cela a un côté ... Jouissif, quand j'arrive au bout d'un projet, qui exclue la nécessité de chercher ce même bonheur par ailleurs.

Demeurant sur le même ton neutre - un présentateur de la météo se serait exprimé pareillement - il but d'abord une gorgée de café avant de conclure.

- La femme (ou l'homme) idéale sera celle ou celui qui arrivera à faire basculer cette opinion.
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Yoshiko espérait ne pas s'être montrée trop exigeante. Pour trouver un homme répondant à tous ses critères, Keigo allait devoir... Et comment allait-il procéder d'ailleurs ? La sportive l'imagina un instant s'introduire en Jude dans le bureau de la direction pour y télécharger les dossiers de tous les employés du complexe, tel un justicier, ou plutôt un voleur, agissant dans l'ombre... Non, il ne pourrait pas faire ça. Il était trop bien élevé pour ça ! Trop gentil aussi ! Quoique le seul fait de se figurer son frère en collants noirs, avec un masque et une cape, la fit sourire jusqu'aux oreilles. Après tout, il était bien capable d'inventer des jets packs... Au fond d'elle, Duracell savait qu'elle n'était pas au bout de ses surprises avec le benjamin de la famille. Il avait un potentiel qu'aucun autre Tanaka ne possédait, une intelligence qui lui vaudrait, la demoiselle en était sûre, un beau prix Nobel ! Si elle pouvait l'aider à l'obtenir, ne serait-ce qu'en testant ses inventions, elle se ferait un plaisir de mettre ses capacités sportives à son service !

L'atmosphère des retrouvailles changea brusquement lorsque Keigo, poussé par sa sœur, lui fit part de sa vision de l'amour et des relations de couple. Outch ! Décidément, notre pile électrique avait le chic pour mettre le doigt sur les sujets sensibles. Son frère avait beau avoir l'intelligence pour lui, il semblait que tout ce qui avait attrait au désir, à la séduction, à la passion ou même à l'amitié, n'avait aucune emprise sur lui. Il considérait même tous ces sentiments comme une gêne dans sa quête personnelle de la création. Yoshiko eut un peu de mal à suivre sa démonstration mais elle en comprit les principaux fondements. D'un certain point de vue, le jeune homme n'avait pas tort. Pourtant, Duracell ne put s'empêcher d'avoir de la peine pour lui. Pourquoi imaginer l'amour comme une destruction ? L'amour était aussi la construction d'un avenir commun, la création d'une famille qui serait à son tour le pilier d'une nouvelle génération. Et puis, lorsqu'il prononça sa phrase finale, ce fut avec le sourire que la jeune femme lui répondit.

« C'est noté ! Je suis persuadée que cette femme ou cet homme existe ! Après tout, comme tu l'as si bien dit, on est... nombreux sur Terre ! »

Tout n'était donc pas perdu pour le benjamin ! Si lui-même avait de l'espoir, il lui serait possible d'ouvrir son cœur. D'ailleurs, même s'il n'en avait aucun, Yoshiko en aurait pour deux. Malgré les difficultés que lui imposaient la vie, elle avait toujours vu les choses avec beaucoup d'enjouement. Rien n'arrivait par hasard et il y avait toujours des enseignements à tirer, même des mauvais moment. Et puis, de toute manière, l'amour ne se contrôlait pas ! Quand il le rencontrerait, Keigo comprendrait qu'il ne s'agissait pas d'un sentiment rationnel. Duracell fut aussi flattée par la belle déclaration d'amour faite par son petit frère à sa famille. Même si, pour les autres, il avait l'air d'un émotionnel refoulé, elle savait qu'il n'en était rien. Même s'il n'était pas à l'aise avec les contacts et les démonstrations affectives, il n'avait pas besoin de se perdre en embrassades pour faire par de son affection. Le seul fait qu'il souhaite aider la demoiselle dans sa quête de l'homme idéal en disait long sur l'amour qu'il éprouvait pour elle...

« Oh fait... Je me demandais... Tu compte t'y prendre comment pour m'aider à trouver le compagnon de mes rêves ? Tu connais beaucoup de monde au complexe ? » demanda Duracell, après avoir terminé sa part de tarte, délicieuse jusqu'à la croûte.

Cette question lui taraudait l'esprit depuis qu'elle avait imaginé Keigo en réincarnation de Batman.

« Tu n'as quand même pas conçu des lunettes ultra-perfectionnées qui te permettent de scanner la population du complexe jusqu'à l'extrémité de son enceinte, non ? »

Elle avait dit ça sans réfléchir, sans imaginer que cela puisse se révéler réel. Repensant au plan du jet-pack qu'elle avait découvert à son arrivée, la jeune femme, plus curieuse que jamais, poursuivit son interrogatoire. Le tact, elle ne le connaissait pas. C'était un truc pour les femmelettes, ça ! En plus, ça lui permettrait sans doute d'éviter les sujets qui fâchent et de montrer à son benjamin qu'elle s'intéressait sincèrement à lui, à ses nouvelles occupations, à sa vie, quoi !

« Je repense à cette histoire de jet-pack, tu sais ! Tu as d'autres projets en cours ? »

Elle n'imaginait pas le temps que pouvait prendre la confection d'un seul de ces prototypes, pour n'y avoir jamais songé elle-même.

« Si tu as besoin de quelqu'un pour les tester, tu sais que tu peux faire appel à moi ! Je suis super résistante ! »

Duracell dans toute sa splendeur !
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Keigo constatait avec une circonspection silencieuse que sa sœur était à dix mille lieues de connaître son véritable caractère. Il n'irait pas jusqu'à dire qu'elle était intelligemment limitée, non. Il atteignait juste un niveau bien au dessus du sien. De fait, Yoshiko ne parvenait pas à discerner les nuances qu'il plaçait entre les lignes, les quelques infimes manifestations physiques qui déformaient son visage, surtout au coin des yeux. Elle le voyait toujours comme le petit garçon tout gentil tout mignon qui regardait les étoiles avec elle et qui ne disait rien. A présent, il se transformait en un inventeur farfelu créant des jet-packs ou des gadgets à la James Bond. Elle ne soupçonnerait jamais le côté noir de sa personnalité, accru depuis son passage à la fac.

Tandis qu'ils parlaient tous les deux et qu'il constatait qu'elle était si fière de lui, une émotion qu'il n'avait jamais ressenti auparavant lui torturait les ventricules. La jeune femme serait-elle toujours aussi fière si elle apprenait le projet "Night Knight" ? Si la chauve-souris le défaisait ; si les médias dévoilaient toute cette histoire au grand public, photos à l'appui... Keigo supporterait-il d'exhiber son double devant la communauté et surtout son échec cuisant ? Sa famille supporterait-elle un second camouflet de la part de leur benjamin ? Sans parler des anciens de Chiba... L'humiliation serait trop terrible ; il mettrait fin à ses jours plutôt que de perdre la face.
Soudain son orgueil lui botta ses fesses encéphaliques et le rappela à l'ordre. Toute sa machination fonctionnerait comme sur des roulettes, pourquoi prévoir sa déchéance ? Il avait multiplié les calculs, établi une liste incroyable de probabilité. Il maltraiterait sans pitié le "justicier" de Taiyou no Tokai afin qu'il retourne dans les jupes de sa mère et n'enfile plus jamais de collants aux couleurs ridicules.

Sa capacité d'exécuter plusieurs choses à la fois lui permettait de méditer tout en suivant la conversation. A juste titre, Yoshi s'interrogeait sur la façon dont il allait mener sa recherche. Lui savait déjà comment il s'y prendrait. Il entrerait en toute discrétion dans le bureau d'Akemi, connecterait son matériel à l'ordinateur de la secrétaire et faucherait toutes les données, ni vu ni connu. A partir de là, il trierait la base de données jusqu'à obtenir un échantillon excluant tous ceux qui ne correspondaient pas, dès le départ, à un candidat potentiel. Sa sœur n'avait pas besoin de savoir ses intentions ; il maquilla la vérité.

- Des lunettes ultra-perfectionnées ? Non, je n'y ai pas pensé... Mais merci du tuyau, je vais y travailler toute la nuit ! Si tu veux, même, je peux te créer de super-lunettes qui permettent de voir à travers les vêtements. Tu pourras donc voir si ses messieurs ont des poignées d'amour ! Ou leur service trois pièces.


Il enchaîna sans être gêné une seule seconde par cette allusion.

- A vrai dire, j'ai déjà fabriqué des lunettes de ce type. Non, pas qui déshabille les gens ! Mais qui ont différentes possibilités bien pratiques. Tu as l'air de porter attention à mes inventions, je me trompe ?

Il posa ses coudes sur la table, puis son menton sur les mains, affichant un air sérieux.

- Tentée par une visite guidée de mon atelier ? Enfin, si ce n'est pas trop tard pour toi.


Celui du complexe, évidemment. Car celui de la Cité des sciences conservait des pièces nettement moins grand public. S'il acceptait les visiteurs dans celui du centre de vacances, il protégeait farouchement le second. Seule une jeune étudiante avait pu y mettre les pieds, mais rien de compromettant à cette époque-ci.
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Lun 21 Nov - 21:32
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La jeune femme ne s'attendait pas à la réaction de son frère lorsqu'elle parla de lunettes ultra-perfectionnées. Pour elle, ce type d'invention restait l'apanage de la NASA, ou celle des films de James Bond. Keigo ne cessait de le surprendre. Elle avait beaucoup d'admiration pour son intelligence et son parcours, malgré le fait que la révélation de sa supériorité intellectuelle l'ait affectée, à l'époque. Des lunettes-scanner ? Ah oui, quelle bonne idée ! Un FLDSMDFR* ? Pffou, c'est dépassé, ça ! Une batmobile ? Pourquoi pas, je n'avais rien prévu ce soir ! Une intelligence artificielle humaine ? Ben tiens, ça prendra moins de temps de fabriquer un homme idéal que de partir à sa recherche ! Duracell avait encore bien des choses à apprendre du benjamin de la famille. Ce qui lui semblait impossible à fabriquer pour un humain de sa condition était une partie de plaisir pour Keigo. Comment avait-il pu faire pour rester dans l'ombre et dans l'ignorance durant toutes ses années, alors que son esprit ne demandait qu'à exprimer sa créativité ?

« Pas de quoi, frérot, si je peux me rendre utile ! Euh, des lunettes comme les yeux de Superman ? Oh ben c'est pas la peine ! Tu vois, si je sais d'avance à quoi ressemble mon homme sans ses vêtements, je n'aurais plus l'effet de surprise ! »

La sportive rougit, gênée pour deux par les propos de son frère. Pourtant, l'espace d'un instant, son petit côté coquin avait été plutôt emballé à l'idée de pouvoir découvrir ce que les mecs cachaient sous leurs fringues. Mais elle n'avait pu s'y résoudre. Imaginer qu'on puisse faire la même chose avec elle lui était insupportable. Alors, elle ne sombrerait pas dans le péché, du moins, pas de cette façon ! On lui avait enseigné à ne pas faire aux autres ce qu'elle n'aimerait pas qu'on lui fasse. Sa conscience demeurait plus forte que les fantasmes et le fait de baver devant le corps nu d'un garçon. Sans compter qu'il était possible qu'elle fasse la rencontre d'un homme qui lui plaise mentalement mais n'ait pas un physique de rêve. Elle pourrait passer à côté d'une belle relation, avec des lunettes qui lui révéleraient son embonpoint ou les défauts de son corps, non ? Ce serait le comble, pour quelqu'un qui ne souhaitait pas qu'on s'arrête à sa propre apparence...

« Vraiment ? Impressionnant ! » s'exclama Yoshiko quand son frère lui avoua avoir déjà travaillé sur un type de lunettes-scanner. « Et bien, je m'intéresse à ta vie, alors, oui, tes inventions m'intriguent ! »

Un grand sourire naquit sur les lèvres de Duracell quand Keigo lui proposa une visite de son atelier. Comment refuser l'invitation ? Ce serait une parfaite immersion dans l'univers du benjamin et un excellent moyen pour se rapprocher de lui, après avoir été absente de son existence pendant deux longues années ! Il est vrai qu'elle ignorait quelles étaient les occupations du jeune homme au complexe. Elle savait simplement qu'il y travaillait et se doutait qu'il mettait son intelligence au service de leurs employeurs. Mais, concrètement, elle n'aurait pu dire quelle était sa place. Encore une erreur qu'il allait lui falloir réparer ! Décidément, Yoshiko avait enchaîné les bourdes depuis qu'elle avait quitté la maison familiale ! Elle aimerait tellement pouvoir rattraper le temps perdu... même si, à son plus grand désarroi, elle avait un sacré train de retard ! Mieux valait tard que jamais ! Enfin, toujours est-il qu'elle se félicita quand même intérieurement d'avoir programmé l'enregistrement du match de baseball décisif de son équipe fétiche, qui commençait dans une demie-heure. Tout n'était pas si noir, finalement !

« Sérieusement ? Ce serait avec plaisir ! Oh fait, ça va te paraître débile comme question, mais quelle est ta profession, ici ? »

La demoiselle but ce qu'il restait de thé dans sa tasse et se leva avec entrain, frappant la table de ses deux mains.

« On y va ? » demanda-t-elle, avec une excitation palpable.


* Machine servant à transformer l'eau en nourriture, utilisée par un savant loufoque, sur une petite île située juste en-dessous du « A » de Atlantique.
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Lun 21 Nov - 21:32
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Le projet éventuel de lunettes infra-rouges ne remportait pas l’aval de Yoshiko. Elle avait une vision assez romantique des relations, jouant sur le caché, le non-dit, pour mieux découvrir l’autre. Keigo ne trouvant aucun intérêt ni à mater ni à séduire, il réservait cet appareil pour un autre usage. Mais bien d’autres créations pouvaient attirer la jeune femme, il en avait tellement à son actif ! Il était pressé à présent qu’elle finisse sa tarte pour l’entraîner hors du restaurant lumineux via son antre souterraine à faire pâlir un technicien de Gundam. Elle partageait cet empressement ; son thé descendit l’appareil digestif avec une vitesse record. Yoshiko faisait tout toujours si vite… 

Avec entrain, elle tapa la table du restaurant, faisait sursauter leurs voisins. Keigo ne chercha pas à l’excuser auprès d’eux. Au contraire, il s’amusait de voir sa sœur agir avec autant de dynamisme, de force et surtout de spontanéité. Si lui n’était pas sensible au sentiment, il s’étonnait en revanche que personne n’eut jamais porté attention à elle, ne serait-ce que pour son caractère. Les gens se basaient-ils majoritairement sur l’apparence, comme elle s’en plaignait tantôt ? Et puis elle n’était pas moche, son code vestimentaire était différent des autres femmes. Pour plaire, devait-on mettre en valeur le balcon et les jambes ? Il savait qu’elle disait la vérité sur ses lacunes en flirt. Si personne ne venait vers elle, cependant, qui devait se remettre en cause ? Les hommes aveugles pour la voir telle qu’elle était ? Yoshiko était fière d’avoir Keigo pour frère. Keigo était fier d’avoir Yoshiko pour sœur. Il ne lui dirait cependant pas. 

Profitant de l’élan donné par l’impact sur le bois de la table, le jeune homme se leva et se dirigea vers la sortie du restaurant. Il réclama au maître d’hôtel d’inscrire ces achats sur sa note mensuelle et succéda galamment à sa sœur vers la sortie, petite courbette à l’appui. Il reprit cependant la tête du duo pour la diriger vers les escaliers menant au sous-sol, dans une partie interdite au public. La lumière des escaliers, comme celles de la salle de bain du personnel, s’alluma toute seule, ainsi que toutes les autres au fur et à mesure de la progression des deux humains dans les ténèbres du Complexe. 


- Tu m'as demandé quel métier je faisais ici. Je ne t'ai rien dit. Car tu le sauras bientôt", dit-il en souriant mystérieusement.

Spoiler:
 
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