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KEIGO-SHINJI : Dans l'oeil du cyclone

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Lun 21 Nov - 20:38
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Une gerbe lumineuse qui lacère un ciel si gris que les rayons du soleil peinaient à en percer l'épaisse couche cotonneuse. Un torrent aqueux qui n'épargne pas une seule parcelle de Taiyou no Tokai. Une vibration aux fréquences si basses qu'elle ébranlait jusqu'au moindre cœur, suivie d'une détonation, lourde, intimidante, effrayante. Et puis, une secousse, précédée de cris stridents. La panique s'installe au sein du  centre commercial, et Shinji en est en plein milieu, bien malgré lui. Et dire qu'il était là pour une simple course sensée être rapide..

Mais voyons donc comment notre protagoniste s'était retrouvée en plein dans ce brouhaha.

Ce midi, donc, le japonais préparait avec minutie sa séance photo du lendemain. Il fit un rapide inventaire, comptant minutieusement le moindre objet nécessaire au shooting. C'était, à ce qu'on disait, un de ces clients tatillons au possible, le genre de personne pénible à contenter, et dont personne ne souhaitait avoir affaire. Ainsi, dans l'esprit de notre jeune ami, il était d'autant plus important de se prémunir de tout risque en devenant encore plus pointilleux que son vis-à-vis, dans le but d'éviter toute sorte de mauvaises remarques, et des conséquences qui en découleraient.

« Flash : Ok. Ampoules de rechange : Ok. Nitrate d'argent : Ok. Zooms : Ok. Pellicules :... » Il marqua une pause, courbant l'échine et fouillant avec insistance dans ses affaires, sentant venir le coup. « Pellicules, pellicules... »

Il se prit la tête, constatant le manque. Amer, il le fut plus encore lorsque son regard se porta vers la lucarne. Une pluie diluvienne ravageait le secteur. Il considéra toutes les options, et dut finalement se résoudre à prendre la voiture, direction la petite échoppe en bordure du quartier commercial où il avait pris l'habitude de se fournir quand il s'agissait de matériel professionnel. Et puis, au pire, il ne s'agissait que de trombes d'eau. Des orages tels que ceux-ci, il y en avait fréquemment, et il n'y avait aucune raison de s'arrêter de vivre.

Ainsi donc, en franchissant le parvis de l’hôtel, il déplaça sa veste bleue gris sur sa tête pour se couvrir autant que possible de l'averse et s'installa dans sa voiture, qu'il démarra prestement pour en finir rapidement avec cet impondérable. Il emprunta un dédale de ruelles, vidées de leurs habitants et néanmoins embourbées d'eau. On aurait dit de minuscules cascades sur le bitume. Un spectacle qui aurait dû donner la puce à l'oreille, mais ennuyé qu'il était, Shinji n'y prêta pas l'ombre d'une quelconque attention. D'autant qu'arrivant à destination, il constata que le magasin était fermé. Etrange, en plein milieu de la semaine.

La course était trop importante pour se rétracter et revenir chez soi les mains vides. Aussi prit-il la décision d'aller au centre commercial, ce dernier étant par ailleurs sur le chemin. Une rafale d'une puissance folle surprit l'homme au volant, qui le déporta malgré lui sur sa gauche. Une chance qu'il n'y avait pas grand monde sur la route.

Il emprunta le garage souterrain du gigantesque bâtiment, et à sa plus grande joie, les places ne manquaient pas, comme d'accoutumée dans cet endroit. Quelques voitures étaient soigneusement stationnées ça et là, mais de toute évidence, il y avait quelque chose. Et notre ami ne tiltait toujours pas le moins du monde. Il aurait dû, et vous allez savoir pourquoi !

Après avoir pris trois elevators d'affilé, il se rendit vers la petite échoppe proche de la sortie principale. Un homme d'une cinquantaine d'années, cheveux grisonnant et athlétique, habillé d'un tablier blanc taché de quelques taches noires, se tenait derrière son comptoir, la mine renfrognée, écoutant une radio qu'il avait disposé bien en évidence à sa droite. Il affichait un air surpris lorsque le jeune Yuu s'adressa à lui.

« Konbanwa ! Je voudrais cinq bobines de pellicule. Du 1200 ASA, s'il vous plait ! »

Il s'exécuta sans un mot, probablement sous le choc. Procédant au paiement, il ne put retenir une question qui de toute évidence lui taraudait l'esprit.

« Dîtes...Vous n'avez pas peur des typhons ? »
« Des...typhons ? Quoi ? Vous voulez dire qu'on est en plein dedans ? »

Sans crier gare, un choc sourd résonna dans le large hall : Quelque chose venait de tomber, condamnant l'accès principal du centre commercial. Loin d'être paniqué, donc, comme la plupart des personnes encore présentes ici, il pestait contre le manque d'information dont il avait été victime. Il y avait des jours comme ça où on aurait mieux faire de rester dormir, se disait-il.

Les hauts-parleurs se mirent à vibrer, et une voix féminine résonnait au travers des enceintes, chaleureuse mais un peu perdue. Il y avait de quoi, me direz-vous...

« Ahem ! Nous informons notre aimable clientèle que les sorties ont été fermées pour votre sécurité. Cette mesure a été mise en place pour votre sécurité, nous vous remercions de votre compréhension. Afin de vous aider à faire patienter, l'ensemble de nos services vous seront proposé avec une réduction de 75%. Nous nous excusons auprès de notre aimable clientèle pour la gêne occasionnée, et vous souhaitons, en dépit des événements, une bonne journée. »

Un sourire vint illuminer le visage de Shinji. Au final, il pourrait proposer de l'occasion pour faire ce qu'il n'avait jamais pris le temps de faire en ces lieux : Shopping, arcades, okonomiyaki, etc...

Il remercia le vendeur qui ne réagissait pas, et se mit en quête de quelque chose d'intéressant à faire, fouillant le rez-de-chaussée de droite à gauche, tandis que des enfants pleuraient, sans doute effrayé par la tournure que prenait de simples emplettes...
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Lun 21 Nov - 20:38
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Les cordes d'eau martelaient le chemin de pierre des jardins. Derrière la banque d'accueil du Complexe Hinata, une foule se pressait auprès de la réceptionniste et la responsable des animations. Avec une météo pareille, les touristes cherchaient à passer du temps à l'abri et occuper des enfants à la fois excités par l'enfermement et apeurés par les éléments déchaînés. Tout ce petit monde était absorbé par ses préoccupations, jusqu'à ce qu'un imprévu n'attire leur attention. Un être étrange traversait le hall d'entrée sans se soucier des regards interrogatifs que l'on portait sur lui. Alertée par une question en suspens d'un client, Akemi leva les yeux de son agenda pour les diriger vers son Ovni de collègue.

Un vélo au design futuriste, accompagné d'une silhouette recouverte de la tête aux pieds d'un imperméable jaune vif se frayait un passage jusqu'à la porte coulissante. Le mécanisme d'ouverture s'actionna, et un rideau de pluie projeté par le vent violent vint arroser les derniers arrivés de la queue. Les clients reculèrent brusquement pour éviter d'être mouillés. Ils fusillèrent des yeux l'indélicat perturbateur, avant de réaliser son objectif et de s'en effrayer. Des murmures s'élevèrent. La réceptionniste consentit à quitter son poste pour se rapprocher du cycliste inconscient. Elle s'excusa auprès de la personne qu'elle renseignait, poliment, et se rapprocha de Keigo.

- Tanaka-kun ?

L'intéressé rabattit sa capuche vers l'arrière de son crâne, libérant sa longue chevelure noire et dévoila une paire de lunettes qui trahissait un système hi-tech intégré. Il les retira pour mieux échanger avec la jeune femme. Il lui sourit avec malice ; il savait déjà ce qu'elle allait lui dire.

- Oui, Naito-sama ?

- Etes-vous sûr de vouloir sortir en vélo de surcroît, vu ce qui est annoncé ? Cela me parait dangereux...

- Non, vous croyez ?

Le sourire d'Akemi se crispa. Elle savait que Keigo n'était pas facile à aborder. Elle qui avait toujours un excellent contact avec quiconque se cognait systématiquement contre l'incompréhensible personnalité du responsable de la maintenance. Son charme légendaire n'avait aucun effet sur lui. Pire, il parlait de sorte qu'on ne devine jamais s'il s'agissait de lard ou de cochon. Se moquait-il d'elle, ou était-il naïf ? Elle fit une seconde tentative.

- Vous pourriez glisser... Ou tomber malade. Je ne voudrais pas vous retrouver à l'hôpital...

Elle jouait la carte affective, sans grand espoir. L’ingénieur était du genre têtu. Elle marqua son visage de traits inquiets, fit papillonner ses longs cils, un doigt près de la bouche, les pupilles baissées. Le vrai cliché de la jeune fille toute timide. Elle devait jouer la comédie, car c'était elle qui devrait rendre des comptes à  Kazeyama-sama si elle n'avait pas fait son possible pour protéger un salarié.

- Merci de votre sollicitude, Naito-sama. Mais vous ne devriez pas vous faire de soucis. je pense que le boss saura faire la différence entre mon irresponsabilité et votre professionnalisme. S'il venait à vous en faire le reproche, j'irai moi-même défendre votre cause.

" Il lit dans les pensées, ce garçon, ou quoi ? ", s'interrogea-t-elle. La jolie fille soupira. Il réduisait à néant toute perspective de négociation ; au moins s'était-il montré plus sympathique cette fois-ci.

- Soyez prudent... puis-je vous appeler un taxi, au moins ? Je vous paie le déplacement.

Il remit ses lunettes, la salua de la main avant de lui tourner le dos. Il rabattit sa capuche et sortit son véhicule dans le tourment climatique. La rumeur avait enflé dans le hall, alimentée par cet acte de pure folie. Akemi, troublée, retrouva son siège et son attitude professionnelle, récupérant son client. Dès qu'elle eut terminé, entre deux demandes, sa collègue la dévisagea avec surprise.

- Tu l'as laissé partir ?

- Tu préférais peut-être que j'appelle la sécurité ou que je le menotte au panneau d'affichage ? Cela ferait une belle publicité.

- Il est complètement à l'ouest. Est-ce qu'il sait au moins que le typhon sera dans peu de temps au dessus de nous ?

- Je parierais qu'il en est pleinement conscient.

***


Keigo enfourcha son vélo. Il sentait sur son dos le regard des curieux. Il n'ignorait pas qu'il accomplissait un acte complètement barré, mais c'était plus fort que lui. Les derniers réglages de sa nouvelle invention ne fonctionnaient pas à cause d'un composant défectueux. Coup de bol, celui-ci était encore sous garantie, il pourrait procéder à un échange, ce qu'il devait faire sans tarder. Peu importe qu'il neige, pleuve, ou vente.
Ce serait même l'occasion de mettre à l'épreuve ses trouvailles contre une météo défavorable. Son "imperméabilisant suprême", produit de sa composition. Ses lunettes GPS, qui dessinaient le trajet par une caméra incrustée dans la monture. Son VTT Raincycle, qui au bout de quelques rotations des pédales déploya ses atours : une carrosserie partielle se déplia pour se positionner autour du deux roues, apportant une touche de science-fiction  à l'engin.

Keigo constatait néanmoins que malgré ses précautions, et la pleine réussite de ses créations, la conduite n'était guère aisée. Les voitures elles-mêmes galéraient. A l'avenir, il développerait une carrosserie intégrale ; il devrait aussi contrebalancer le vent avec des amortisseurs. Diable, Akemi avait raison, et il s'était montré trop arrogant. Contrarié par son propre ego, il prit la tangente par les petites rues plutôt que de passer par les grosses artères. Il l'empruntait que les rues où le vent le poussait dans le dos, qu'il identifiait grâce à un paramétrage calculé depuis son smartphone, relié à son GPS. Il rejoignit plus vite le centre commercial, après quelques dérapages un peu aléatoires et s'engouffra dans le parking souterrain avec soulagement.

Alors qu'il descendit du véhicule, le gardien du parking vint le voir pour lui faire écouter une annonce radio inquiétante, tandis qu'un autre véhicule descendit à son tour et se gara un peu plus loin.


***


Un typhon... Rien que ça... Akemi le savait-elle quand elle avait essayé de le retenir ? Pourquoi ne s'était-elle pas montrée plus explicite ? Keigo était fou, certes, mais de là à s'aventurer sur les routes dans ces conditions... Il avait eu beaucoup de chance de ne pas s'être planté sur la route (et de l'intelligence aussi, puisque les murs des ruelles l'avaient bien protégé, de même que la carrosserie avant, étudiée pour être aérodynamique et disperser le plus gros de la flotte loin de ses roues).

Arrivé en haut de l'ascenseur, il se débarrassa de son imperméable jaune à la consigne, rangea ses lunettes dans sa petite sacoche et passa une main dans ses longs cheveux pour remettre tout ce fatras en ordre. Il attendrait l'accalmie ici même, comme d'autres clients imprudents ou des commerçants eux-même. Il y avait largement de quoi survivre, ce genre de phénomène était aussi violent que court.
Profitant de tout le temps qu'il avait devant lui, il se rendit dans la boutique d'électronique. Le vendeur connaissait le garçon longtemps, et lui fit l'échange sans problème. Quand Keigo disait que quelque chose ne fonctionnait pas, il avait toujours raison.
Les deux hommes discutèrent un peu du typhon, jusqu'à ce qu'un cri retentisse à l'entrée du magasin.

Une petite fille s'était perdue, et pleurait toutes les larmes de son corps, en réclamant son papa. Keigo sourit au vendeur, et s'approcha de la petite, s'accroupissant pour se mettre à sa taille.

- Salut, comment tu t'appelles ? Moi c'est Keigo.

La fillette hésita, avant d'articuler son nom péniblement entre deux sanglots.

- Eriko ? C'est un très joli prénom. Tu viens, on va aller trouver ton papa, on va aller à la réception faire un appel micro.

Elle acquiesça timidement et prit la main que le jeune homme lui tendait. Déjà qu'elle n'était pas bien rassurée, un bruit terrifiant retentit dans tout le centre commercial. L'enfant se colla contre les jambes de Keigo. Il fronça les sourcils ; cela ne disait rien qui vaille. Mais il continua de faire bonne figure pour ne pas inquiéter Eriko outre mesure.

Un petit jingle musical retentit, suivi d'un message plutôt déplaisant.

" Ahem ! Nous informons notre aimable clientèle que les sorties ont été fermées pour votre sécurité. Cette mesure a été mise en place pour votre sécurité, nous vous remercions de votre compréhension. Afin de vous aider à faire patienter, l'ensemble de nos services vous seront proposé avec une réduction de 75%. Nous nous excusons auprès de notre aimable clientèle pour la gêne occasionnée, et vous souhaitons, en dépit des événements, une bonne journée. "

Keigo leva les yeux au ciel. Ils ne perdent pas le nord, ces commerçants :" Même en cas de catastrophe, nous vous encourageons à dépenser. Bonne journée !" Bah, 75%... C'était intéressant quand même. Une fois Eriko ramenée à son père, il retournerait chez le vieux Toji pour faire des courses pratiques ; et il se prendrait un café.

Arrivé au rez-de-chaussée, Eriko lâcha brutalement la main de Keigo en criant de joie derrière ses larmes, et se projeta sur un homme aux cheveux longs qui lui tournait le dos. Le bonheur fut de courte durée quand elle s'aperçut qu'elle avait commis une erreur.

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Lun 21 Nov - 20:38
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Shinji constatait, amusé, à quel point les gens pouvait s'effrayer d'un rien. D'une part, ils étaient à l'abri à l'intérieur d'un solide édifice conçu pour résister à ce type d'aléas, habituels dans cette région du globe. D'autre part, il ne s'agissait que des prémices de quelque chose de plus intenses. Le japonais n'osait pas imaginer la panique totale qui s'emparerait de tout un chacun lorsqu'ils entendrait le vent hurler sur les carreaux des vitres. Soyons clair, pour vous qui me lisez, ne sortez sous aucun prétexte en cas de cyclone ! Je préfère prévenir, on ne sait jamais...Mais revenons dans le vif du sujet.

Le japonais, donc, progressait dans le large couloir, en quête d'une échoppe qui attirerait son regard. De temps à autre, il faisait halte en face d'une vitrine dont les produits lui plaisaient, animé d'une curiosité toute naturelle. Il lui arrivait de pénétrer dans le commerce afin d'essayer deux ou trois choses. Il aimait prendre soin de lui, il aimait plaire et se plaire, et il appréciait le plaisir sous toutes ses formes, comme pour la plupart des personnes sur cette planète, finalement. C'est pour cette raison que le jeune Yuu adorait s'acheter des vêtements. Ceci étant, cela faisait un bon moment qu'il n'avait plus fait les magasins, et l'occasion était trop belle aujourd'hui. Il redécouvrait de nouveau ces sensations oubliées, enfouies dans les méandres de sa mémoire.

Le repérage continuait, sous une pluie battante. Il adorait le cliquetis de l'eau sur la toiture, il ressentait une forme de sécurité et de bien-être, qui, pour l'heure, n'était en rien altérée par l'attitude des clients. Il passa une main dans son épaisse crinière, se grattant le crane avec légèreté. Une autre boutique attira son regard, à tel point qu'il n'entendait pas les cris d'une petite fille précédées par des bruits de pas très rapides sur le carrelage blanc crème. Il s'apprêtait à passer sous l'elevator qui, située en milieu d'allée, menait à l'étage du dessus, lorsqu'il sentit de frêles mains lui saisir la jambe.

« Oto-san ! Ah... »

Le temps de se retourner, la gamine détala aussi rapidement qu'elle était venu. Elle vint se cacher derrière un jeune homme qui aurait pu être son frère, se raccrochant aux plis de ses vêtements. Cette attitude décrocha un sourire qui vint déformer le visage du photographe. Il plia ses genoux et s'accroupit afin de se retrouver à la même hauteur que la farouche petite. En gardant habilement l'équilibre, il posa ses bras sur ses cuisses et dévoilait ses dents, en toute innocence.

« Eh bien, eh bien...De papa, je deviens en une seconde un méchant loup. Si c'est pas malheureux. » Douce que de la soie, chaude comme du miel, sa voix se voulait la plus attendrissante possible pour dompter la demoiselle. « On peut faire connaissance quand même, non ? Moi c'est Shinji. Et toi ? »

Avec ses yeux humides, elle paraissait évaluer la situation. La petite brune prit finalement le parti de se dévoiler un peu, avec des yeux noirs en amande. Il lui fallut quelques secondes pour quitter son prince charmant et s'aventurer plus près de notre protagoniste. Elle essuyait le coin des mirettes avec ses minuscules doigts. Elle était adorable, avec ses deux couettes sur le côté.

« E...Eriko ! »

Elle semblait perdue, et pas seulement physiquement. C'était aussi évident que le nez sur un visage. L'homme qui l'accompagnait se rapprocha d'elle, un peu comme un garde-fou. Ses longs cheveux de jais volaient légèrement sous l'impulsion de l'air conditionné. Shinji, toujours recroquevillé sur lui-même, comprit alors le dilemme dans lequel la pauvre gamine se trouvait. Il levait la tête pour observer l'adulte qui accompagnait cette dernière, puis la rabaissa pour regarder Eriko, qui sursauta quand elle entendit le tonnerre gronder, pareil à un avion qui décollait à côté d'eux. Il s'adressa à elle avec la même simplicité, le même égard, le même naturel.

« Allons, allons, une grande fille comme toi, ça doit pas avoir peur du tonnerre. Tu sais quoi ? » Il s'approcha de son interlocutrice, et la prit dans les bras, laquelle n'opposa aucune résistance. « Si t'arrives à te contrôler...voyons... » Il oscilla la tête de droite à gauche, à la recherche de la carotte parfaite. Il arrêta tout net sa recherche lorsque son regard trouva une glacière. Il souriait, l'air satisfait. « Si t'arrives à te contrôler, je t'offre une glace à ce que tu veux, à toi et à ton frère. Ca marche ? »

Tenant la petite des deux bras, il invita le gaillard à le suivre, se faufilant à travers les bancs pour rejoindre l'établissement qui faisait également cafétéria.

« C'est un peu inconscient de venir ici avec ce temps... » Il fit la moue, il se rendait bien compte de l'impact quasi-nul de ce conseil dès lors que lui-même avait été surpris de la même manière. « Enfin...J'imagine que ce sont des choses qui arrive. Et puis, la demoiselle aura gagné une glace si jamais elle devient courageuse. » Tout sourire, il souriait aux deux personnes qui l'accompagnait. « Comme je disais à Eriko, moi, c'est Shinji. Si on reste à un endroit précis, on aura plus de chance de trouver vos parents. »



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Lun 21 Nov - 20:38
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Eriko revint en courant auprès de Keigo après s'être aperçue de sa méprise. La pauvre petite était perdue, au point de ne pas reconnaître son père. Celui-ci accueillit la surprise avec le sourire, et même de l'humour, faisant preuve d'une douceur et d'une tendresse digne d'un père de famille. Calmée, elle lâcha à nouveau l'inventeur pour faire connaissance avec l'inconnu, se présentant timidement. Elle était indéniablement craquante, cette petite. Comment pouvait-on lui résister ? Pour autant, Keigo ne se dédouanerait pas de sa mission initiale et vint se placer à côté d'elle. Les regards des deux hommes se croisèrent quelques secondes avant qu'ils ne reportent leur attention sur Eriko.

Un nouveau grondement, plus fort que les autres, lui fit peur. Plus doué que son homologue masculin pour dédramatiser sa situation, l'inconnu proposa une récompense à la fillette, tout en la prenant dans ses bras. Avec une remarque à la clé qui fit ciller le jeune homme. Son frère ? Comment avait-il pu en arriver à cette conclusion ?

Ok, la petite était aussi brune que lui, mais la différence d'âge était immense ! Peut-être que le châtain évaluait mal les âges des gens... Toutefois, Keigo n'ignorait pas que son apparence jouait à le rajeunir, entre la tignasse désordonnée, l'attitude nonchalante, et les vêtements de sport. Ce jour-là, il s'était habillé d'un cycliste descendant au dessus du genou, un maillot coordonné, le tout en rouge et noir et 86% de Polyester.
Autre point confirmant l'hypothèse hasardeuse de l'inconnu : si une petite fille était réellement avec son grand-frère, pourquoi semblait-elle aussi paumée ?

" Ah, commence pas à critiquer et à analyser tout ce qu'on te dit ! ", se gronda-t-il pour chasser sa propension à juger promptement son prochain.

Il suivit sans rien dire l'homme et la petite jusqu'à la cafétéria, à tous les trois prirent un siège. Jusqu'alors, les deux hommes n'avaient pas échangé un mot. Le châtain, faisant ses propres conclusions. Le brun, n'ayant pas encore trouvé l'utilité de parler. Keigo prenait rarement la parole en premier avec des adultes. Il attendait qu'on fasse le premier pas pour lui, dégageant toujours cette image qui lui collait à la peau. Il devait sûrement passer pour le grand frère attardé incapable d'aider sa petite sœur convenablement, au point qu'une personne extérieure à la famille prenne le relais. Même quand Keigo ne le faisait pas exprès, il passait pour ce qu'il n'était pas.

Assis à la table, Shinji (puisqu'il se nommait ainsi), s'introduisit enfin directement au jeune homme. A son tour, Keigo se mit à sourire. En plus de la politesse élémentaire, il souriait pour les deux mentions de ses paroles : inconscience, et parents. Ce n'était donc pas une erreur, la première fois. Il était vraiment persuadé qu'Eriko était sa petite sœur. Quant à l'inconscience... Oui, certes, Keigo était venu malgré ce temps. Mais à moins que cet homme ne soit Son Goku, lui aussi avait bravé les éléments à un moment peu adéquat.

- Je m'appelle Keigo. Je vous remercie de venir en aide à Eriko-chan, mais je pense qu'une seule glace pour elle suffira. J'ai un appétit d'oiseau, et je ne suis pas son frère.

Il percha son sourire dans un coin.

- Elle était perdue au premier étage. J'allais à l'Accueil du centre commercial pour précéder à un appel micro quand elle vous a confondue avec son père. Vous avez raison, si nous ne bougeons plus, le père nous retrouvera plus facilement. Mais pour abréger son supplice, on va tout de même lancer l'appel. Cela laissera le temps à Eriko de déguster sa glace.

Laissant seul Shinji après son monologue, il se leva, mit les mains dans ses poches, et se rendit à l'accueil, comme prévu, situé à une centaine de mètres de là. Quelques minutes plus tard, le jingle retentit à nouveau.

" Votre attention, Mesdames, Messieurs. La petite Eriko, âgée de quatre ans environ, attend son papa à l'espace restauration  du rez-de-chaussée. Elle porte une robe rose et jaune, une veste jaune, et elle est coiffée de couettes. Votre attention, Mesdames, Messieurs. La petite Eriko..."


Mission accomplie. Keigo fit demi-tour pour rejoindre Shinji et la demoiselle mangeant timidement la chantilly surplombant élégamment sa glace à la fraise.

- Voilà une bonne chose de faite. Je vais me prendre un café, vous en voulez un ? C'est pour moi.

"Voilà qui fera passer la pilule de mon amabilité", pensa-t-il. Il passa commande auprès de comptoir, se rassit avec le café.

- Vous avez un excellent contact avec les enfants. Etes-vous père vous-même ? Ou ... Grand-frère?

Tant pis pour la petite pique amicale. De toute façon il ne pouvait pas s'en empêcher.
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Lun 21 Nov - 20:38
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La recherche des parents de la petite Eriko prirent une tournure nouvelle quand l'homme aux longs cheveux de jais, se dédouanant de son rôle de grand frère fictif (de manière assez indélicate, devinait Shinji), alla quérir une annonce au micro du centre commercial afin de transmettre l'information à qui de droit.

Et pendant ce temps, le japonais aux deux émeraudes pétillantes s'activait à rassurer la demoiselle aussi bien qu'il le put. Le cyclone semblait s'emballer comme pour mieux effrayer la frêle gamine. En effet, les vents redoublaient de violence, tandis que les cieux, menaçants, déversaient sa colère à qui mieux mieux. L'orage tonnait à faire vibrer les carreaux translucides pourtant d'apparence épaisses et solides. Dès lors, on comprenait mieux qu'Eriko, perdue sans la présence rassurante de ses géniteurs, sursautait à la moindre alerte cosmique.

« Hep hep mademoiselle ! » fit-il, faussement énervé. Il n'avait rien trouvé d'autre que d'attirer l'attention de son interlocutrice pour l'aider à se défaire de ses angoisses. « Votre glace dépend de votre attitude, princesse ! »

La fille afficha un sourire timide, aussitôt remis en question par un nouveau flash lumineux précédé d'une lourde plainte céleste qui cachait temporairement le cliquetis de la pluie sur la tôle. Elle fronça machinalement les sourcils et ferma les paupières, toute crispée qu'elle était. Mais il y avait du progrès, et l'on sentait qu'elle faisait des efforts permanent pour recevoir la récompense sucrée. Et tel un grand frère (décidément...), le photographe apposa le plat de la main sur le haut du crâne d'Eriko pour lui montrer que cela ne lui avait pas échappé.

En guise de réconfort, une voix féminine résonnait partout dans la structure, annonçant ainsi la disparition de la gamine. Et sur ces entrefaits, Keigo refit surface, proposant alors un café à son homologue. Ce dernier n'en refusa pas le geste, éveillant l'amateur de boisson chaude qui sommeillait en lui. Il s'inclina poliment comme le voulait les us et coutumes locaux. Et s'empressa de répondre aux mots prononcés d'une voix de prime abord pleine de désinvolture.

« Qui ça ? Moi ? Un excellent contact ? Vous plaisantez ? » Il pouffait, à la fois surpris et moqueur. « Non non ! C'est une fausse impression ! Je saurais même pas m'en occuper plus d'une journée. Mais j'ai une bonne mémoire et finalement, ça fait pas si longtemps que je suis un adulte. » Il glissa un discret clin d’œil. « Mais oui, j'ai un petit frère. Ca doit aider ! »

Keigo ne semblait pas avenant pour un sou, ou du moins était-ce sa première impression, mais au moins amusait-il notre protagoniste.
En revanche, et tandis qu'une serveuse amenait les boissons, la petite reprit le fil de la discussion, osant braver les éléments qui se déchaînaient à l'extérieur. Certainement une façon à elle de redoubler de courage. Et son langage était impeccable pour son âge, ce qui étonnait notre ami.

« Moi aussi, je veux un p'tit frère. Sauf que ma mère, elle veut pas. Elle dit qu'elle veut pu 'gonfler comme une baudruche' à cause d'une certaine personne qui vérifie pas les dates de péremption des préservatifs. »

Shinji manqua de s'étouffer avec sa propre salive sous le coup de la surprise. Même la jeune serveuse jeta un regard amusé aux deux clients. Ce premier aurait juré qu'elle rigolait lorsqu'elle repartit vers le comptoir avec le plateau coincé sur son ventre par ses deux bras.
Eriko faisait la moue, et on lisait en elle l'incompréhension. L'artiste était épaté par la mémoire d'éléphant de la gamine, mais peut-être que finalement, c'était un discours qui revenait encore et toujours sur le tapis, de telle sorte que s'en souvenir n'était pas si délicat que ça. Quoi qu'il en fut, elle se tourna vers le sportif, pleine d'innocence et de naïveté.

« Elle dit aussi que c'est pas une vache à lait. Elle dit que mon père devrait se contenter des gâteries qu'il a. Pourquoi qu'il en a droit et pas moi ? Pis c'est quoi un préservatif ? »

Shinji était scié. Il se marrait dans son coin, tant la scène était cocasse. Il renchérissait.

« Oui, c'est quoi un préservatif ? »
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Avant de boire son café, Keigo se laissait aller à un petit rituel. Celui de mettre le sucre sur la cuillère, de le tremper juste un peu dans le liquide et de le regarder d'imprégner de moka. Au fur et à mesure, le sucre devenait roux avant de se dissoudre complètement. Bien que n'ayant pas l'air d'écouter, il suivait la conversation. Shinji magnait lui aussi très bien l'ironie et ne manquait pas de le faire. Keigo appréciait ce genre de personnes, cela ne lui posait pas de problème.

- Vous êtes un grand enfant, c'est ce que vous voulez dire, en somme.

Il évita de parler de lui et de ces cinq sœurs, ne voyant pas l'intérêt de les mentionner, à part une surenchère inutile. D'autant plus qu'en étant le petit dernier, et le "limité" qu'il avait été pendant des années, il avait plus été protégé par ses sœurs que l'inverse. Il ne chercha pas à continuer la conversation dans ce sens. Eriko se chargea de le faire à sa place, dérivant allègrement du sujet de départ, clouant les deux adultes par son intelligence fine pour son âge. Shinji eut un mouvement bizarre, comme s'il avait avalé de travers, alors que Keigo ne démontrait aucune émotion, à part qu'il était immobile comme une pierre, la cuillère toujours en l'air.

Eriko parlait bien, et répétait avec précision, sans déformation, les propos des adultes. Le jeune homme en était mécontent. Il avait souvent été confronté à des conversations d'adultes insouciants des répercussions sur leur audience potentielle, sortant des vérités difficiles à comprendre ou à assumer pour un enfant.
La petite fille était sauvée par son manque de compréhension. Elle demandait à d'autres adultes ; elle n'aurait donc pas la curiosité de se renseigner elle-même. Ce que que Keigo aurait fait. Toutefois, les parents ne s'en tireraient pas à si bon compte quand ils réaliseront leur bourde.

La discussion s'avançait en terrain glissant. Shinji s'en amusait beaucoup, quitte à en rajouter une couche, signifiant à Keigo qu'il avait la responsabilité de la réponse. Il était la personne la moins appropriée pour parler de cela, vu qu'il n'avait pas reçu d'éducation sexuelle et qu'il n'avait aucune expérience en la matière.
Imperturbable à l'extérieur, il cachait son intense réflexion. Son rôle n'était pas de remplacer des parents. Était-ce à deux étrangers de faire l'éducation de cette petite, si futée soit-elle ? Shinji lui avait pourtant lancé un défi (enfin, c'était ainsi qu'il l'avait saisi), comment allait-il le relever ?

- Le préservatif est un terme associant en latin le verbe praeservare et le suffixe adjectival -ativus. Il s'agit d'un écrin souple, de forme circulaire, puis tubulaire suite à un habillement post intumescence, fabriqué soit à partir de latex (obtenu naturellement par la sève d'hévéa ou synthétisé par polymérisation), soit à partir de polymère d'uréthane, produit par la réaction d'isocyanate et d'alcool. Il permet la prophylaxie d'affections vénériennes ou un rémora d'une parturition indésirée.
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