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HANA : Saturday Night Fever

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Lun 14 Nov - 18:39
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Plus que vingt mètres…
Les bras chargés de sacs de courses, Hana trottinait sur le chemin de son immeuble, respirant profondément pour économiser ses forces. Le combini n’était pas bien loin, mais la rue en pente n’en était pas moins pénible pour autant. S’arrêtant pour reposer ses doigts martyrisés par les lanières en plastique, elle en profita pour rajuster sa queue de cheval, essuyer son front, remettre en place l’ourlet de sa jupe à volant et sourire poliment à un de ses voisins qui arrivait en sens inverse. Elle déclina son offre lorsqu’il lui proposa de l’aider, mais le remercia chaleureusement, avec un regard pétillant qui le fit légèrement rougir. Puis elle repartit à l’assaut de la côte.
Plus que trois marches avant le perron…
Sortant ses clés de sa poche, la jeune femme batailla un instant avec les porte-clés cupcakes et sushis qui étaient presque aussi nombreux que les clés, puis parvint à ouvrir le battant. L’ascenseur étant en panne depuis deux jours, elle opta pour les escaliers et affronta les quatre étages avec l’empressement d’un coureur cycliste à l’approche de la ligne d’arrivée.
Plus qu’un étage, allez…
Elle s’arrêta sur son palier pour saluer sa voisine, une petite mamie sourde comme un pot qui vivait seule ici avec ses canaris depuis la mort de son mari et dont elle descendait chaque semaine les poubelles, même si cela signifiait devoir tenir une heure ensuite parmi ses piafs avec une tasse de thé tiède et des biscuits secs mous à force de dormir dans leur boîte. Elle écourta au maximum les politesses d’usage, promit de passer récupérer quelques affaires d’une de ses petites filles qui devraient bien lui aller, et ouvrit la porte pour rentrer chez elle.
Ça y est !

Avec une jérémiade de soulagement, Hana laissa tomber ses sacs de courses pour se traîner jusqu’à son pouf et s’effondrer dessus de tout son long. Retirant ses chaussures sans même défaire les lacets, elle se gratta enfin les fesses à l’endroit où l’élastique de sa culotte la démangeait depuis au moins cinq minutes. Elle ne trouva le courage de se relever que pour retirer son soutien-gorge par-dessous son chemisier, laisser tomber sa jupe sur le sol et récupérer la dernière bière fraîche du frigo qu’elle dégusta en retournant se vautrer sur le gros coussin coloré, allumant la télé dans le même mouvement. Aaaaah, qu’est-ce qu’on était bien chez soi… réveillé de sa sieste, Naruto s’approcha en miaulant pour se frotter contre la plante de ses pieds et ronronna comme un moteur sitôt qu’elle lui gratta le cou du bout de ses orteils. Depuis bientôt deux ans, Hana ne savait pas si elle devait être fière ou mortifiée de posséder certainement le seul chat fétichiste des pieds du Japon. Mais elle ne se prit pas la tête bien longtemps là-dessus et zappa jusqu’à tomber sur un épisode d’Inazuma Eleven qu’elle avait déjà vu trente-six fois mais devant lequel elle végéta avec plaisir. Elle n’avait plus que deux heures avant de partir pour son second travail, elle avait bien le droit de se vider l’esprit comme elle le voulait. Les courses pouvaient attendre. Il était primordial qu’elle oublie tous les gens qui avaient défilé aujourd’hui et les retours massifs qui en avaient résulté si elle voulait être d’attaque. Sirotant sa bière, de la mousse plein les lèvres, elle chanta le générique, essayant de moduler du bout des pieds les miaulements de son chat pour qu’il soit en rythme.

Et c’est ainsi que deux heures moins dix plus tard, elle poussa la porte de service du Lady’s Night. Plus modeste que la grande discothèque de la ville, elle était aussi plus osée puisqu’il s’agissait en réalité d’un strip-club. Mais ça, il était difficile de le deviner d’entrée de jeu car l’établissement s’attachait à offrir une devanture et un intérieur plutôt élégant pour une boîte de nuit. La musique y était forte, les spots multicolores, les cocktails inventifs et les barres de pole-dance reléguées au fond de la salle, pour ne pas que soit gênés ceux qui préféraient rester raisonnables (ou ne pas être vue en trop charmante compagnie). Sitôt qu’elle entra dans les vestiaires, Hana se sentit plus légère malgré sa longue journée et pépia joyeusement avec les collègues qui s’y trouvaient déjà. Elle avait pu dormir et manger un peu avant de venir et se sentait parfaitement d’attaque pour ce soir. Les cheveux lâchés et le maquillage impeccable, elle enfila avec résolution sa tenue de travail, à base de lanières de skaï rouges et noires, de résille et de talons démesurés. Parfaitement à l’aise, les fesses et les seins moulés à souhait, elle se lança à l’assaut de son estrade et de sa barre d’acier. Les danseurs s’écartaient sur le passage de cette géante qui surplombait tout le monde et tous les yeux furent braqués sur elle lorsqu’elle commença son show, ondulant et tournant, enlaçant la tige de métal de ses jambes interminables, jetant des regards de braise dans le parterre des danseurs, et de temps en temps un sourire aguicheur. C’était toujours aussi grisant et, bien que physique, follement rafraîchissant après une journée entière en mode « princesse ». La boîte était pleine, la soirée s’annonçait chargée. Avec un peu de chance (mais surtout en y mettant du sien), elle trouverait peut-être même un joli poisson à pêcher…
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Lun 14 Nov - 18:39
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"No way !",  dit-il en se tapant le front avec le plat de la main.

Non, il ne rêvait pas. Il ne cauchemardait pas non plus. Mais il n'appréciait pas. Et surtout, il n'aimait pas qu'on lui vende une chose qui n'était pas le bon produit au final.

***
Pourtant, il le savait. Ne jamais rien accepter de la part de son voisin de pallier, un beau parleur notoire, se réfugiant derrière ses grandes études de médecine et ses talents au golf pour se plaindre de la difficulté de la vie, qu'il a affronté avec "courage et honneur". Chris n'en pensait pas moins, se rappelant volontiers que lui, même s'il avait des parents riches, avait cherché à gagner sa vie sans leur aide, sans s'en vanter.
Il n'était entré qu'une seule fois dans son appartement, et avait découvert un univers aseptisé, trop propre pour être vrai. Surtout pour un homme célibataire. Au départ, il avait mis ce fait sur le caractère scientifique du type ; mais l'ordre et la propreté à outrance avaient pour but de mettre en valeur les murs. Couverts de photographies du type en question, le pire était l'affichage ostentatoire au dessus d'un petit autel de son diplôme de médecine. Petites précisons à apporter : l'autel n'est pas consacré à un mort, mais à sa gloire personnelle, dévoilant les coupes sportives, les médailles et autres récompenses quelconques tellement astiquées que l'or vous aveuglait plus qu'il vous émerveillait. Oui, la propreté de ce temple dédié à la personne de Fumihiko (rien que çà, même ses parents, lors du choix du prénom, ne manquaient pas de présomption au sujet de leur morveux) empêchait le regard de se focaliser sur une imperfection afin de le tourner vers la Perfection incarnée. Mouais, quand on est un clone de Shin Mikimoto, il n'y a pas pourtant pas de quoi se porter aux nues. L'apothéose de cette première (et dernière invitation, Chris avait poliment refusé les autres) visite fut la démonstration d'un télescope haute définition qu'il utilisait la nuit pour regarder les étoiles. "Moi, la nuit, je dors, patate", pensa le flic qui ne semblait pas intéressé. Fumihiko ne se rendait même pas compte du désintérêt de son voisin, il aimait s'entendre parler.
La seule ombre au tableau de cet homme idyllique fut lorsque Chris se trompa de porte pour se rendre dans la salle de bain (pourquoi d'ailleurs ce taré avait-il proposé qu'il y aille, vu qu'il habitait juste à côté et qu'il n'avait aucune envie de se laver les mains ?). Fumihiko se jeta le dos contre la porte, le visage tout rouge et bafouillant en essayant de se justifier. Prétextant que ce placard était plein mais en équilibre précaire, et qu'avec sa force de gorille (merci pour la comparaison, Chris se pensait plus mignon et plus fin... et moins poilu), le métis allait tout faire chuter.
Aux yeux du jeune homme, cela cachait autre chose, une tare. Un homme aussi pâââârfait ne pouvait jamais pas être si lisse, tout le monde a un vice.

En rentrant du travail, ce jour-là Christopher était revenu contrarié et ennuyé. Rien ne s'était passé au commissariat aujourd'hui, il n'avait fait que trier des papiers. On lui avait fauché son tour de ronde (le collègue avait une course à faire). Pitié, Glen, refais une connerie, s'il-te-plait, qu'il serve à quelque chose ! Mais sa supplication ne fut pas entendue, et il affichait un regard blasé quand il se fit surprendre par l'arrivée de son charmant voisin.
Celui-ci lui proposa de sortir au bar, en célibataires. Il connaissait un établissement sympa dont il était un fidèle client. Vu sa journée plate et morne, et bien qu'il n'appréciait pas beaucoup le personnage, il accepta, s'habillant avec plus de classe que d'ordinaire, en troquant notamment son éternel short par un pantalon noir, les baskets sportives pour des Converses plus discrètes, un t-shirt noir sur lequel il superposa un de ses blousons de moto. Il refusa d'utiliser le même véhicule que Fumihiko, préférant son deux-roues à la voiture clinquante et prétentieuse du fils à papa. A s'étonner d'ailleurs qu'il ne vivait pas dans un autre quartier plus huppé...

L'extérieur de l'établissement était discret et classieux. Chris s'était méfié, mais finalement, il avait fait un faux procès au si généreux voisin. C'était ce qu'il pensait avant d'avoir ouvert la porte et passé le seuil.  

***

Finalement, la comparaison avec le personnage du manga d'Adachi n'était pas si éloignée de la réalité. Fumihiko était un pervers qui aimait se rincer l’œil dans une boite de Strip-Tease. Que cachait-il dans son placard ? Un matériel SM et des revues pornos ? Et son télescope, c'était pour mater des lunes, et non des étoiles ? Et la carrière de médecin, pour tripoter en toute légitimité ?
Le voisin entraîna Chris en lui tirant le bras jusqu'à la barre de Pole Dance d'une charmante femme, aux cheveux châtains et aux yeux verts brillants, perchée sur des talons d'une hauteur vertigineuse, peu vêtue de Skai Rouge et de résilles. Il s'assit. Le sang-mêlé resta debout et jeta un coup d’œil sur la danseuse. Chris n'était pas gay, il n'était pas non plus un ascète. Il aimait les femmes et les regarder, mais  pas dans ces conditions. Il préférait le naturel et non ces exhibitions de chair. Avec Akiko, il avait eu le même sentiment : il la trouvait plus resplendissante en vrai, comme cliente d'un magasin et non comme couverture de magazine. Laissant Fumihiko et ses grosses lunettes (pratique pour voir de près, ero-voisin !), il alla s'installer à l'autre bout de la salle, au bar, où il réclama un Mojito. Il remercia la serveuse et dit avec un petit sourire en coin, désignant le mateur-baveux d'un mouvement de la tête.

- Prévoyez la bassine, une inondation est à venir.  

La barmaid pouffa de rire avant de souhaiter une bonne soirée à son client et de s'occuper d'un autre.
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Se déhanchant en rythme avec la musique, cambrant son corps pulpeux contre sa barre, Hana se sentait tout à fait dans son élément et mordait sa soirée à pleine dents (au sens propre puisqu’elle adressait quelques ronronnements aux audacieux qui s’approchaient plus près que les autres de son podium). Une reprise rock de Tainted Love résonnait dans les enceintes et donnait à sa performance une sensualité sauvage qui faisait bien des heureux. Et des malheureux aussi quand même, dans le sens où tous les contacts physiques avec les danseuses étaient prohibés. Ce qui était normal, on n’était pas dans un soap-land après tout, mais dont certains clients étaient pas mal ennuyés.  Pour sa part, Hana était fichtrement contente de cet interdit quand elle voyait la tête de certains lascars. Notamment celui-ci…
Oh non, Quat’Zyeux again
Les bras tendus sur la barre et le corps courbé en un gracieux arc de cercle qui amenait ses longues jambes au-dessus de sa tête, le talon gauche effleurant ses cheveux, elle lui adressa un sourire et un clin d’œil. Même si elle ne l’aimait pas plus que ça (et qu’il avait vraiment une tête pas possible avec de telles lunettes…), elle se devait d’accueillir agréablement tous les clients, en particulier quand ils étaient aussi fidèles. Et puis bon… si ringard soit-il, c’était loin d’être déplaisant de voir sa mâchoire se décrocher simplement en quelques mouvements de fessier. Ça le rendait presque mignon. Sauf que ce soir, alors qu’il avait l’habitude de prendre un box pour lui tout seul face aux podiums pour pouvoir se tortiller à son aise, Quat’Zyeux était venu accompagné. Et sacrément bien accompagné, du reste. Pas très grand mais bien charpenté, la peau mate, une crinière brune, un visage franc et un regard direct. Ce qui faisait quand même au moins trois critères sur sept dans son PPP (Parfait Physique de Prince : grand, brun, baraqué, mains de pianiste, petites fesses musclées, visage agréable et beaux yeux sombres). Elle l’observa un instant derrière une mèche de cheveux, effectua un joli mouvement pour reprendre pied sur le podium et reprendre sa chorégraphie, voulut jeter encore un coup d’œil… et découvrit qu’il avait disparu.
Keuwah ?!

Heureusement, Hana était suffisamment pro pour continuer le show envers et contre tout, même après un choc pareil. Sans cesser de nourrir les fantasmes des autres spectateurs, elle chercha discrètement du regard l’inconnu, pour l’apercevoir en train de s’éloigner vers le bar, de dos (PPP : quatre sur sept). C’est-à-dire après l’avoir snobée comme jamais.
Non mais quel connard ! Il est pédé ou quoi ?
Visiblement non puisque même de là où elle était, elle put le voir faire glousser l’une de ses collègues du bar. Ringo, avec ses gros nichons, ses piercings et ses tatouages à faire pâlir un biker.
Il préfère les vaches à lait, c’est ça ?
En temps normal, Hana n’avait absolument rien contre la barmaid, ses piercings n'étaient pas si choquants que ça et elle s’entendait même plutôt bien avec elle quand elle ne lui rebattait pas trop les oreilles avec les ennuis que lui causait son mec, bon à rien notoire. Mais là, c’était différent. Un homme de quatre sur l’échelle PPP avait osé l’ignorer elle pour se tourner vers une autre, ce qui la propulsait immédiatement au rang de rivale. Et le bonhomme en question au rang de cible prioritaire. Oubliés, Quat’Zyeux et son filet de bave aux lèvres. De toute façon, elle n’avait jamais pu le sentir avec ses petits cols bien repassés, sa tête de minet et son regard de gros pervers. Bel Inconnu était tout de même une proie de bien plus haut standing.
Tu perds rien pour attendre, mon gaillard…

Tout en s’assurant que toutes les paires d’yeux présentes en aient pour leur argent, Hana écourta son show autant que le raisonnable et la politique de la maison le lui permettaient avant de céder sa place à une nouvelle danseuse. Descendant de l’estrade, elle se dirigea à son tour vers le bar d’un pas assuré, ne gratifiant même pas son fan numéro un du moindre sourire lorsqu’elle passa près de lui. Il fit une petite tentative pour lui adresser la parole qu’elle renvoya immédiatement dans les cordes.

« Te fatigue pas, j’ai un plus gros poisson en ligne de mire… »

Heureusement pour elle, le poisson n’avait rien entendu avec le bruit et la musique qui régnaient alentours. Tandis qu’il sirotait son cocktail, Hana pouvait dire sans même voir sa tête qu’il n’était pas dans son élément ici. Il n’était clairement pas du même acabit que son camarade à lunettes. Et aussitôt, la jeune femme calibra sa stratégie pour une approche pas trop rentre-dedans s’il n’était pas familier de ce genre d’endroit.
En selle…
Dans les derniers mètres, elle concentra son regard sur Ringo, lui adressa un sourire pour capter son attention et vint se glisser à un coin libre (juste à côté de Bel Inconnu, tout de même) et lui lança un joyeux :

« Ringo ! Un piña colada s’il te plaît ! »

Elle s’accouda au bar et remit en place ses cheveux d’un geste nonchalant, et ensuite seulement laissa son regard se poser sur lui comme par hasard. Marquant un bref arrêt, une lueur surprise s’alluma dans ses yeux verts… juste avant qu’elle ne lui décoche un sourire resplendissant, assorti d’un éclat curieux et pétillant dans les prunelles. Le tout parfaitement cal-cu-lé.

« Salut, mon beau ! Je t’ai jamais vu ici. T’es un ami de Quat’Zyeux ? »

On va voir si tu m’ignores longtemps…
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Lun 14 Nov - 18:39
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Le dos résolument tourné vers les scènes, Chris perdait son regard dans les feuilles flottantes de menthe du Mojito. Non, il n'était pas fanatique de ce genre d'établissement.

Pourquoi ? Parce qu'il n'était pas amateur de filles se déhanchant devant des hommes au regard lubrique et inquiétant comme celui du voisin bigleux. Ce dernier avait changé de cible, d'ailleurs, se trémoussant en compagnie d'une danseuse à la peau pâle comme une geisha. Où était la précédente ? Elle avait été rapide dans son show, celle-là.

Une personne vint prendre place à côté de lui au bar, et fit sa propre commande. Plus par réflexe que par volonté, il jeta un coup d’œil et, oh surprise, quand on parle de la louve...
Afin de ne pas mourir idiot, Chris essaya de se mettre à la place de Fumihiko et observa la femme de pied en cap. Elle était splendide, inutile de mentir. De belles formes, mises en valeur par sa tenue choisie avec soin ; un visage fin et de longs cheveux châtains, des yeux verts brillants. Une voix sensuelle qui l'interpellait, d'ailleurs.
Face à cette beauté, son voisin aurait eu tendance à baisser les yeux et à dire bonjour à ses seins. Sans parler des yeux écarquillés, au fond rougeâtre et à la langue pendante. Il arrêta aussitôt d'imaginer d'être Monsieur "Perverction" (mot valise de Pervers et Perfection), jamais il ne pourrait s'abaisser à ce niveau.

C'était toujours dans ces moments-là qu'on se pose des questions sur soi : pourquoi cette splendeur ne marchait-elle pas sur lui ? Etre homosexuel était la première explication à venir à l'esprit.
Christopher avait déjà eu deux petites amies, avec qui les ruptures avaient été les moments les plus douloureux de sa vie. Cet homme ne pleurait jamais, sauf... lorsque ses amoureuses étaient devenues des Ex. Inconsciemment, suite à cette trahison, avait-il changé de bord ? Il imprima dans sa tête deux images d'hommes dont il était proche. Il ne ressentait aucune attirance ni pour l'un, ni pour l'autre.

Seconde réponse, et seule valable dans ce cas : Chris n'était pas attiré par ce genre de femmes, offrant leur corps en spectacle, toujours inaccessibles. Voyageant de fleur en fleur sans jamais se poser. Or, Chris voulait de la stabilité. Il avait mal vécu le départ de ses précédentes petites amies, et surtout les raisons de leur départ. Deux filles différentes et superficielles au possible. Dommage qu'il ne s'en soit pas rendu compte de suite. L'une était d'une beauté ravageuse, et à leur passage, le jeune homme faisait des jaloux. Il était fier d'être en compagnie d'une telle fille. Jusqu'au jour où il la croisa par hasard à une fête d'étudiants, où il la vit au bras d'un autre homme que lui. Furieux, il alla vers elle pour lui demander des explications. celle-ci lui répliqua qu'ils n'étaient pas ensemble ; qu’elle avait passé un agréable moment, mais qu'une fois qu'un "bon coup" est épuisé, il faut repartir en chasse. Voila ce qu'il avait été : un bon coup.
La seconde était spéciale, obsédée par le shopping et par sa propre image. Vacant entre les modes, elle passait du jour au lendemain du style gothic à lolita, ne se concentrant que sur sa personne et non sur son compagnon. Elle avait plaqué Chris le jour où, excédé, il avait critiqué sa coupe de cheveux afro, prétextant qu'il n'y avait pas assez de place dans le lit pour deux à présent. Sakura et Tsubaki... Les filles aux prénoms de fleur, pour lui, c'était à éviter.

Si cette danseuse avait les cheveux lâchés, flottant dans le vent, vêtue d'une tenue de randonnée d'été, t-shirt, pull autour de la taille, petit short à la juste longueur, au rire naturel et cristallin, drôle surtout. Qui se laisserait tenter par un bain au pied d'une cascade, où ils constateraient, mince alors, qu'aucun des deux n'avait pris son maillot. Après réflexion, aucun doute, il était hétéro !

Il n'était pas au pied d'une source, mais dans un club, à la lumière voilée où il buvait un mojito et où une femme aguicheuse lui parlait. Pourquoi lui ? Il y avait des hommes dans la salle, nettement plus intéressés par un contact avec une danseuse que lui, qui en avait éperdument rien à faire. Elle avait bien dû s'en rendre compte, d'ailleurs, en dansant, qu'il n'était pas resté, au profit du Docteur Hentai. Etait-ce justement ça, le noeud du problème ? Il n'avait pas succombé à son charme, et s'en était vexée ? Ou plutôt, aiguillée par ce dédain, s'était défiée de séduire le récalcitrant. "Tu vas pas être déçue, alors...", pensa-t-il.

Il la regarda droit dans les yeux.

- Bonsoir.

Poli, sans fioriture. Il but une gorgée de Mojito. Il posa son verre sur le comptoir.

- Une connaissance, plutôt. Il a voulu me faire découvrir l'établissement. C'est chose faite.  
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Lun 14 Nov - 18:40
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Ah ouais…
Hana ne put faire autrement que de laisser paraître sa surprise. Pourtant, elle aurait du le voir venir. Rien que cette petite seconde d’examen des pieds à la tête dont il l’avait gratifiée ne lui avait pas fait bonne impression. D’habitude, les hommes qui la reluquaient le faisaient pour se délecter du spectacle de son corps renversant. Lui, non. Son visage restait quasiment inexpressif, avec un air mi-figue mi-raisin qui était presque plus insultant encore que si ça avait été le cas. Comme s’il n’était pas vraiment convaincu par ce qu’il voyait.
Dis-moi direct que je suis un thon, tant que t’y es…
Pire : après cette rapide inspection et cette seconde de silence douteux (autant qu’il est possible pour une seconde d’être silencieuse dans une boîte de nuit) particulièrement pénible pour la jeune femme, l’inconnu finit par lui répondre d’une voix nette et polie comme un couperet, d’une façon qui laissait clairement entendre que rien ne l’intéressait en ces lieux. Deuxième : que RIEN ne l’intéressait en ces lieux… Aoutch.
Alors toi…
Pendant une seconde à son tour, Hana demeura scotchée dans un silence choqué. Avait-elle bien saisi ? Ce bellâtre persistait-il à la reléguer dans les vapes de l’indifférence maintenant qu’il ne pouvait plus l’ignorer ? Elle se demanda s’il n’était pas réellement gay, mais elle finit par décider que non. Même si personne n’est à l’abri d’une erreur, elle avait tout de même un assez bon radar (vital pour repérer les amantes et les rivaux potentiels) qui lui disait que l’olibrius aimait autant les belles poitrines et les jolies fesses que n’importe quel homme de la salle. Donc, cela signifiait bel et bien que c’était elle le problème. Elle ne l’intéressait absolument pas. L’espace d’un instant, Hana crut qu’elle allait se vexer méchamment. Un peu comme ça :
Bah qu’est-ce que tu fous là, alors ? T’es frustré parce que t’as pas de succès auprès des filles, c’est ça ? Même si t’es un nain, si t’étais sympathique et que tu faisais preuve d’humour, t’aurais pas ce problème !
Cependant, elle se contint. Et à la place, éclata de rire :

« Hahaha ! Oui, et ça n’a pas du tout l’air de te plaire, d’ailleurs. C’est la musique qui te gêne ou les filles ? »

Ce n’est pas un peu trop direct comme question ? Il pourrait mal le prendre, non ?
La ferme, princesse. T'es pas sensée être là.
Effectivement. Tant pis, c’était dit. De toute façon, réagir de façon agressive n’aurait certainement pas servi son intérêt non plus. Car elle avait toujours son objectif en tête malgré cet affront. Oh oui… Quoi qu’il lui en coûterait, elle viendrait à bout de ce mâle récalcitrant. Et puisqu’il ne lui avait décidément pas fait de cadeau pour cette première manche, elle avait bien gagné le droit de le bousculer avec une question impertinente. Au moins, ça aurait le mérite de forcer un peu son intérêt. Cependant, pour ne pas le rebuter ou le vexer trop vite, ce qui aurait été tout aussi contre-productif, elle but à son tour une gorgée de son cocktail pour lui laisser le temps de se retourner. Puis, elle nuança son sourire d’une légère pointe de complicité :

« Ça fait souvent un choc aux gens qui viennent la première fois. Tu voudras que je te montre une sortie plus discrète quand tu partiras ? »

Voilà. De cette façon, elle ne donnait pas trop l’air de chercher à le retenir. Alors que ça ne signifiait ni plus ni moins que « Je t’accompagnerai lorsque tu sortiras d’ici ». Pour un temps assez court, certes… a priori. L’expérience lui avait appris à ne jamais sous-estimer l’impact que pouvaient avoir une minute seul à seul ou une poignée de phrases échangées. En fait, c’était souvent là que tout se jouait, pendant des instants extrêmement courts. Exemple en or massif : la première impression qu’il lui avait faite et qui était loin d’être bonne.
J’t’en ficherai du « C’est chose faite » moi, tu vas voir…
Cependant, elle passait outre parce qu’il était hors de question qu’elle n’aille pas relever un tel défi pour ses talents de séductrice. Et aussi parce que, maintenant qu’elle pouvait voir de près son visage, il venait de décrocher un cinquième PPP, le bougre. Raison de plus pour ne pas lâcher prise, comme dans une partie de bras de fer. Elle en faisait beaucoup en primaire avec les garçons de sa classe. Elle les étalait tous.

« Moi, c’est Airi. Et toi ? »

Comme à chaque fois, elle ressentit un léger pincement au cœur en se présentant sous son faux nom. Lorsqu'elles abordaient des clients, les danseuses devaient utiliser leur nom de scène. C'était une mesure de sécurité basique contre le harcèlement, quoique Hana n'en ait jamais été victime pour sa part. Elle savait bien qu'elle aurait du choisir un autre pseudo, mais elle n'avait pas pu s'en empêcher...
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Lun 14 Nov - 18:40
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- Non, la musique est bien. Les cocktails aussi.

Pourquoi était-il si dur ? D'ordinaire, Christopher se comportait avec beaucoup de déférence avec les femmes, faisant preuve d'intérêt sincère, discutait souvent avec elles . Il avait un certain succès auprès des filles, mais à présent, il se méfiait. Monsieur était fleur bleue, il voulait vivre avec une femme, avoir une famille. Le type bar, strip-tease, drague, très peu pour lui. Sous son image de rebelle, au franc-parler direct, une seule chose pouvait l'atteindre : être plaqué. Or, à quoi ça l'avancerait de discuter avec cette femme ? La beauté intérieure et la beauté extérieure ne sont pas seulement arguments de psychologues de bazar. C'était une chose réelle. Si cela se trouvait, cette danseuse était belle pareillement sur les deux fronts, pour peu qu'on creusa un peu. Mais dans le métier qui était le sien, les femmes laissent rarement creuser ; elles risquaient de perdre leur travail. Ainsi donc le seul intérêt que Chris avait de rester avec elle, ne serait-ce que pour parler, n'aurait aucun fond. Pourquoi venait-elle lui parler comme ça ? Il ne fallait pas se leurrer : pour vendre un service de l'établissement, à savoir un show en box individuel. Ce qu'il ne prendrait jamais. Rien ne l'intéressait ici car ce n'était pas ce qu'il cherchait, voilà tout. Seulement, il était assez sec et en colère contre Fumihiko de l'avoir traîné sans le prévenir. Cette fille n'était pour rien dans sa mauvaise humeur, elle n'avait pas à morfler. Disons qu'il ne voulait pas lui donner de faux espoirs : il n'accepterait aucune offre.

- Je vous remercie, mais ça ne me dérange pas d'emprunter la porte principale.

Même s'il avait été surpris de se retrouver dans un tel lieu, ce n'était pas la première fois qu'il assistait à ce genre de show ; les soirées étudiantes de Todai se voulaient volontiers coquines, et se déroulaient dans différents clubs, bar, pub de la ville. Les établissements de strip-tease était un choix fréquent des organisateurs. Il ne jouait donc pas les vierges éffarouchées, ni les moines d'opérette prêts à brandir l'étandard de la bienséance et de la morale en demandant aux filles de se rhabiller. C'était leur choix ou leur travail, il n'avait pas à juger ce qu'elles faisaient. Après tout, son travail à lui n'était pas forcément vu d'un très bon oeil. Si ça leur plaisait, c'était l'essentiel. Il savait donc comment fonctionnait ces lieux, mais ne les appréciait pas, et n'avait pas l'intention de rester de toute manière. Il s'en irait après son mojito.

Cependant, il regretta d'avoir être un peu rude. Après tout, elle n'était pas méchante, elle cherchait juste à travailler comme tout un chacun. Ou voir même était-ce sa minute de pause, et qu'elle voulait se changer les idées. S'il ne la jugeait pas comme il le prétendait à lui-même, alors elle ne devait pas payer pour sa mauvaise humeur. Elle se présenta.
Il hésita.

Elle disait s'appeler Airi. Est-ce son vrai nom ? Il n'y croyait pas. Combien de danseuses ou de strip-teaseuses s'appelaient Crystal, ou autre prénom exotique comme Vanilla. Pourtant, ce prénom, Airi, était simple et sincère, au point de brouiller les pistes. Pour des questions évidentes de protection de l'identité, les jeunes femmes de ce milieu faisaient usage de noms de scène. Sinon, il serait facile de les retrouver, de les suivre, de les harceler, et de gâcher leur vie tranquille. Des malades mentaux ne manquaient pas, c'était malheureux et c'était un fait. Les danseuses, séduisantes, se refusaient à tout contact physique ; c'était la politique de l'établissement. Toucher avec les yeux. Nul doute que certains avaient déjà franchi le pas, frustrés et désireux au delà de la raison. Ce métier n'était pas évident, après réfléxion. Cela méritait plus de mansuétude à son égard. Christopher sortit de sa défensive pour esquisser un petit sourire.

- Joli nom.


Il était sincère, bien qu'un signal d'alarme s'enclencha quand il tenta de décomposer la transcription écrite. Ai de "amour", et ri de "Jasmine", ou "poire". Merde, une fleur. Ou un fruit, donc une entité fleur après transformation.
Devait-il se présenter ? Il n'aimait pas son prénom lui-même, plus pour la consonance chrétienne que pour l'appartenance occidentale. A savoir "qui porte le Christ" (super, merci maman anglicane pour ce cadeau). Pour une fois, il aurait préféré une influence japonaise en lui, comme Kojiro, ou Takeshi... Ou au moins un prénom anglais moins... marqué, surtout pour un agnostique comme lui. Du coup,  Il aimait bien son raccourci. Plus discret et moins bavard. Plus classe aussi et moins à rallonge.

- Je m'appelle Christopher. Enchanté.

Il était curieux à présent de voir comment la conversation allait tourner. Allait-elle tourner autour du pot ou aller droit au but ?
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Non mais tu t’es inscrit au concours de Mister Connard ou quoi ?
Cette fois, Hana eut un peu de mal à accuser le coup. Elle commençait même à se sentir de trop et à se demander si ça valait le coup de continuer. S’il persistait à la renvoyer dans les cordes comme ça avec sa mauvaise humeur, il y aurait un moment où ça deviendrait gênant et ridicule de s’obstiner. Or, il n’était pas question que qui que ce soit la rende ridicule. Cinq PPP ne donnaient pas tous les droits non plus. Cependant, cela impliquait tout de même de lâcher l’affaire avec dignité, ce qui n’était pas si facile. Il y avait tout un timing pour ça. Et puis, ça l’enquiquinait un peu de déclarer forfait aussi rapidement, juste parce que Monsieur avec décidé de faire son moine Shaolin désagréable. La musique et les cocktails… Merci pour toutes les filles de l’établissement, tiens. Comme si c’était tous les jours facile de se donner en spectacle à moitié nues pour à une bande de mâles, parfois alcoolisés, irrespectueux ou franchement pervers. Elles le faisaient toutes pour la beauté du geste, pour la sécurité de l’emploi (alors qu’une simple cicatrice aurait pu leur valoir une rupture de contrat),  ou parce qu’elles étaient des filles faciles, c’était évident…
Mais si t’as un problème avec ça mon joli, vas-y ! La porte est grande ouverte, ne te gêne surtout pas ! Je ne viens te parler que parce que c’est mon boulot et j’ai largement de quoi me recycler…
Songea-t-elle très fort en omettant savamment le fait que le laisser partir de la sorte sans même avoir réussi à lui arracher ne serait-ce qu’une miette d’intérêt lui pourrirait singulièrement la soirée.

« En tout cas, ni l’un ni l’autre n’ont l’air de te donner le moral. Tu sais que Quat’Zyeux est pas si loin que ça si tu veux passer tes nerfs ? Maintenant que t’es là, autant essayer de te détendre. »

Elle s’était efforcée de ne pas adopter un ton trop sec, mais n’en pensait pas moins. Et puis quoi ? Elle n’était ni jolie ni intéressante ? Qu’est-ce qu’elle avait de moins qu’une autre femme qu’il aurait rencontrée par hasard en faisant la queue chez le boucher ? Est-ce qu’il l’aurait traitée de cette façon s’ils s’étaient parlés parce qu’il voulait un renseignement à la bibliothèque ? Non, certainement pas. La Hana de jour était aimable, douce et prévenante, elle donnait envie de passer un peu de temps en son agréable compagnie, comme Airi. Nul doute que Bel Inconnu se serait laissé charmer… Cette pensée ajouta à son amertume. Désolée d’être moins digne d’intérêt en skaï rouge et noir dans un strip-club qu’en petite robe et veste mignonne à la bibliothèque, mais elle avait passé la journée à faire semblant d’être quelqu’un d’autre et elle avait envie de relâcher la pression. Elle n’allait certainement pas enclencher le mode princesse rien que pour lui. Elle avait bien le droit d’être elle-même de temps en temps, à la fin… Hana leva les yeux aux spots lorsqu’il déclina son offre.

« Comme tu voudras… »

« Non merci, j’ai pas besoin de ton aide pour sortir de cet antre du vice, pécheresse… » Il m’énèèèèèèveuuuh !
Bon… Il allait peut-être falloir sérieusement songer à s’avouer vaincue et à aller voir ailleurs. Mais c’était tout de même incroyablement frustrant. N’y avait-il donc rien pour le faire sortir de son humeur maussade ? Pour une fois que Quat’Zyeux amenait un mec pas mal, c’était trop dommage. Résolue à ne pas perdre espoir aussi facilement, Hana scruta une dernière fois son visage.
S’il m’envoie encore bouler, je jette l’éponge…
Mais comme s’il avait changé d’avis exactement au même moment, il choisit cette seconde pour enfin quitter le mode bougon et lui adresser un compliment, assorti d’un petit sourire. Sa surprise fut totale, mais de courte durée.
Aaaaah, bah tu vois, quand tu veux !
La jeune femme s’efforça de cacher l’immense sentiment de triomphe qui lui chatouilla à son tour les commissures. Elle avait fini par le décoincer, finalement ! Elle n’était donc ni si moche, ni si vulgaire que ça, hein ? Toutefois, mieux valait ne pas crier victoire trop vite. Ce serait le meilleur moyen de tout faire capoter. Elle lui répondit par l’un de ses plus malicieux sourires :

« Hmm… T’es quand même bien plus beau quand tu ne fais pas la tête. »

Il fallait le lui reconnaître. Peut-être allait-elle réellement pouvoir en tirer quelque chose, au moins un peu de plaisir à sa compagnie. Prudence, cependant. Ne pas juger le livre à sa couverture, même une couverture à cinq PPP. Sans compter que pour l’instant, même s’il avait fait un effort, il n’était pas encore tout à fait dans le bain et répondit sobrement à son salut.

« Christopher ? Je me disais bien aussi que tu n’avais pas l’air japonais. Tu viens d’où ? Moi je suis d’Okinawa. »

Ça ne s’entendait plus trop puisqu’elle corrigeait son accent depuis qu’elle avait suivi sa sœur à l’université, mais en revanche elle devait bien écorcher ce prénom anglophone. Un gaïjin, donc. Une perspective intéressante. Elle en avait rencontré quelques uns et, dans l’ensemble, les trouvait plus sympathiques que ses compatriotes nippons, qui n’avaient pas vraiment la galanterie dans les veines pour la plupart. Quand elle repensait au nombre de types minables qu’elle avait réussi à épargner à Airi, elle se trouvait bien généreuse. Quel dommage que le dernier l’ait feintée à ce point… Pour ne pas y penser, Hana tira à elle un tabouret de bar et s’assit. Comme ça, elle entérinait ses acquis en manifestant clairement son intention de continuer la conversation et perdait quelques centimètres en bonus, ce qui avait le mérite de la mettre au même niveau que son vis-à-vis. L’expérience lui avait appris que les hommes se sentaient souvent blessés dans leur fierté masculine d’être dépassés par une femme et elle avait souvent du déployer des ruses de sioux pour réussir à les séduire malgré tout. Et maintenant, place aux choses sérieuses :

« Et alors, Chris ? Qu’est-ce qui ne te plait pas ici ? Tu as beau dire, tu n’es pas le genre de mec à avoir peur des filles. Ou alors, je me suis sacrément plantée sur ton compte… »

Si elle voulait atteindre son objectif, elle devait avant tout cerner le bonhomme. Pour cela, pas trente-six solutions.
Allez mon beau, parle-moi un peu de toi…
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La confirmation en tarda pas : il était allé trop loin. Non seulement, il l'avait vexée, mais il l'avait fait gratuitement. Il était devenu le genre de personne qu'il n'appréciait pas, lui d'habitude si ouvert et souriant. Fumihiko portait une grande part de responsabilité pour l'avoir pris en traître pour cette soirée surprise, sans le prévenir sur la nature du spectacle. Cependant, en général, le basané était maître de ses nerfs, et pas cette nuit-là. Le spectre de ses déceptions amoureuses et de son célibat à son goût trop long, dans ce temple de la séduction, avait éveillé le nain Grincheux qui revenait de sa mine en roumégant. Pauvre Blanche-Neige.
Le revirement soudain du brun allait changer la donne ; il avait pris conscience que, quitte à être là, autant ne pas faire partager son mécontentement à cette danseuse qui avait accumulé les remarques blessantes avec une endurance assez remarquable. Il fallait évidemment un mental en acier trempé pour faire ce boulot et se frotter à des clients imprévisibles, au comportement souvent border-line  entraînés par l'excitation ou l'alcool. A sa place, apprécierait-il d'avoir affaire à de telles personnes au commissariat ? En fait, c'était déjà le cas et cela ne le touchait guère. Cela ne le dispensait pas d'être plus aimable.

Ils échangèrent donc sourire et compliment, histoire de repartir sur un meilleur pied. Et parler des origine était toujours un sujet de conversation qui intriguait ; la question d'Airi allait ainsi calmer un peu la tension née entre eux à cause de lui.

- Okinawa ? Sympa, j'y suis allé une fois et c'était....

Mortel. Ses parents assistaient à un mariage et le petit garçon avait été obligé de rester avec ses cheveux outrageusement gominés à regarder deux inconnus s'unir tandis qu'il avait une vue magnifique sur la mer où des enfants de son âge se baignaient et jouaient.

- ...vraiment paradisiaque. Un peu comme cette île, d'ailleurs..

Il but encore une gorgée de mojito ; les feuilles de menthe lui indiquèrent qu'il atteignait bientôt le fond. Elle allait le forcer à repasser une commande, d'autant plus qu'elle prenait place à côté de lui. Elle se mit à sa taille par ce biais, ce qui le fit sourire. Il n'était absolument pas complexé par sa taille, mais c'était marrant de voir les autres le penser à sa place et faire de leur mieux pour minimiser (permettez le jeu de mot) la différence. Et puis, bah, tout de même, avec 1m65, il n'était pas si petit...

- Pour tout dire, je sais que mon prénom est trompeur. Je ne suis pas un gaijin, enfin, pas entièrement. Je suis métissé. Japonais d'un côté et british de l'autre, avec un soupçon de sauce au curry qui donne l'impression que je suis un adepte des UV. .

Il émit un petit rire ; merci à l'effet mojito pour lâcher un peu la bride. Chris aimait beaucoup plaisanter sur ses origines. Etant sans arrêt en contradiction avec ses géniteurs, il aimait bien prétendre n'avoir aucune préférence entre ces deux nations. Dans les faits, Chris était tout de même un poil plus anglais. Un coup d’œil à son appartement suffit pour en avoir le cœur net. Il avait eu cependant à subir le regard des autres (le dénigrement des sang-mêlés, ce n'était pas exclusif à Harry Potter), la couleur caramel en rajoutant une couche. Il s'en fichait royalement, à vrai dire, il suffisait qu'il ouvre la bouche pour renvoyer ses détracteurs dans les cordes. Néanmoins, il ne pouvait que comprendre la réaction de Glen face à l'attitude du videur, l'autre jour. Ça ne fait jamais plaisir d'être montré du doigt.
Vint une question de la belle qui se chargea de le faire redescendre sur terre après qu'il se soit perdu dans ses pensées. Question logique vu son attitude de tantôt. Dont la réplique était en revanche plutôt personnelle. cependant, il lui devait des excuses et se défiler à nouveau ne serait pas aimable.

- Non, vous ne vous êtes pas trompée. Disons que....

Il afficha un rictus. Il était embêté. Il allait sûrement l'ennuyer avec des propos ridiculement sentimentaux pour une femme aussi désinhibée. Il s'attendait même à des moqueries ou des sarcasmes. Et oui, pour décontenancer Chris, il fallait connaître son talon d'Achille. Ses yeux dérivèrent dans le vide, son visage exprimait de la contrariété. Une chaleur pénible lui montait irrépressiblement aux joues.  

- Disons que je ne trouverais pas ce que je cherche dans votre établissement, sauf grosse surprise. .

Il reporta à nouveau ses yeux sur elle en retrouvant une partie de son assurance.

- Je ne suis pas Père la Morale, chacun fait ce qu'il veut dans la vie. J'ai cependant une vision très vieux jeu de la relation entre un homme et une femme. Et si un jour je dois assister à un spectacle de Pole Dance, ce sera entre ma femme et moi. .

Il afficha une moue boudeuse et croisa les bras.

- Bravo, je passe à présent pour le roi des ringards...
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Comme quoi, il était bon d’être persévérant dans la vie, se dit-elle en savourant triomphalement son cocktail. N’importe quelle autre danseuse aurait lâché l’affaire bien plus tôt devant la froideur de pic à glace de Chris pour aller faire de l’œil à quelques salarymen avides de peau dénudée. Aussi Hana était-elle très fière d’avoir réussi à débusquer la sympathie du jeune homme. Ça la rassurait au plus haut point quand à son talent de séductrice et la rendait totalement disposée à passer l’éponge sur sa mauvaise humeur première. Et puis elle était toujours heureuse d’évoquer son île natale, la plus belle de toute à ses yeux même si elle était loin d’être mécontente de vivre ici, dans cette ville tranquille après l’agitation de la métropole.

« Oui, c’est vrai que ça me rappelle la maison. Tu es en vacances dans le coin ? Quoique, peut-être pas si tu fréquentes Quat’Zyeux. Même de loin. »

En plus des habitués, beaucoup de clients étaient des vacanciers en provenance du Complexe qui venaient se détendre et s’amuser dans le quartier festif. Avec ses traits exotiques, elle aurait d’abord rangée Christopher dans cette catégorie mais il parlait tout de même un peu trop bien pour un simple touriste. Il n’y avait pas de trace d’accent dans ses mots, du moins pas qu’elle aurait su repérer, et son japonais était remarquablement élégant même pour un autochtone. Cela ne faisait qu’attiser sa curiosité, à laquelle il répondit avec beaucoup d’humour.
Hoho, tu l’as préparée à l’avance, celle-là…
Elle éclata de rire avec sincérité :

« Hahaha ! Sacré mélange, dis-moi ! Mais j’avoue qu’il vaut mieux être un curry qu’un toast, ça n’a pas la même classe ! »

Hana se félicita qu’il parle aussi bien japonais. Même avec tous ses efforts, l’anglais avait toujours été sa vache espagnole, malgré l’aide de sa sœur qui n’avait aucun problème. Du reste, pour du métissage, c’était exotique. On devait souvent lui poser la question, c’était sans doute pour cela qu’il répondait avec autant de désinvolture. Sans compter qu’il portait très bien ses diverses origines. Et par-dessus tout, la jeune femme saluait son art d’avoir complètement retournée l’ambiance, se rendant aussi sympathique qu’il avait été froid en à peine quelques phrases. En tant que pro de la séduction, elle reconnaissait son talent. Elle aurait même pu se sentir un poil jalouse si elle ne l’avait pas détectée à temps.
Je ne vais pas me laissée embobiner si facilement, mon mignon…
Malgré tout, elle était bien contente du tour qu’avait pris la conversation. C’était bien plus agréable pour tout le monde comme ça, et certainement plus que d’être restée à se déhancher devant Quat’Zyeux qui ne se tenait plus devant sa collègue. Tandis que Christopher répondait à sa dernière question, elle l’interrompit en riant :

« Je sais que le skaï n’est pas ce que je porte le mieux mais je fais vraiment si vieille que ça ? Tutoie-moi vite avant que je me vexe ! »

Puis elle le laissa continuer. Non mais, ils avaient sensiblement le même âge, bien qu’elle ait parfaitement conscience de faire plus jeune. Encore que, lui aussi se rajeunit tout à coup en se mettant à rougir. Hana en fut très étonnée et haussa les soucils.
Et ben alors mon chou, après ton bagout de tout à l’heure, qu’est-ce qui t’arrive ?
C’était quand même intriguant d’afficher autant de visages différents en un laps de temps aussi court. Et la réponse fut tout aussi inattendue : il n’aimait pas les boîtes de strip-tease pour la simple et bonne raison qu’il était tout simplement un grand romantique. A ses yeux, les jeux de séductions et les surprises coquines ne se faisaient qu’à deux et en couple. Pour le reste, galanterie absolue. Incroyable ! Quelque part dans la tête d’Hana se déclencha aussitôt une sonnette d’alarme, mais elle n’en montra rien lorsqu’elle lui répondit, remise de son étonnement :

« Nooon, j’y crois pas ! Un Prince Charmant dans un strip-club, j’aurais jamais pensé voir ça ! Je ne me moque pas de toi, hein ? Au contraire, c’est trop rare les types dans ton genre. C’est pas ringard, je trouve ça très mignon. Et puis je comprends mieux pourquoi tu faisais la tête à ce point ! »

Ouais, c’est très mignon… Et c’est un type comme ça qui a embarqué Airi avant même qu’elle ne finisse ses études.
C’était la triste vérité. Le « ni beau ni frère » était effectivement, de ce que sa jumelle lui avait raconté (c’est-à-dire de ce qu’elle avait du supporter des soirs durant dans la cuisine de leur studio en réduisant furieusement à l’état de pulpe tout ce qu’elle essayer de préparer), un grand gentleman qui la traitait avec amour et respect, avant comme après leur mariage.
Ouiiiii, le mec parfait qui la colle femme au foyer  avec bientôt un lardon sitôt épousée pendant que Môssieur va faire l’important à la Bibliothèque Impériale… ‘foiré…
Hana but une nouvelle gorgée de son piña colada pour chasser ces pensées parasites. Non, non et non. Il était absolument hors de question de se mettre dans un état pareil juste parce qu’il avait fait mention de ses penchants romantiques. Aux dernières nouvelles, ce n’était pas lui qui lui avait volé sans pitié sa sœur. Inutile de lui faire écoper de quoi que ce soit, ça ficherait tout son plan par terre. Mieux valait oublier l’existence du « ni beau ni frère » et se concentrer sur son vis-à-vis. Elle lui adressa un sourire et un clin d’œil complice :

« Quand tu l’auras rencontrée, présente-moi ta femme : je lui donnerai des cours, histoire que tu ne regrettes pas trop d’être venu ici… »

Hahaha, pure rhétorique de sa part. Même s’il ne le ferait certainement pas vu le style du bonhomme, il serait de toute façon hors de question pour elle d’apprendre quoi que ce soit à une femme qui lui aurait piqué un ancien flirt. Tendre l’autre joue convenait peut-être à certaines mais Hana n’était absolument pas du style à revenir sur les ruines d’un ancien champ de bataille. Voir ce qui aurait pu y repousser l’aurait rendue odieuse. Mais de toute façon, ce n’était pas à l’ordre du jour. Pour l’instant, Chris était rien que pour elle et elle avait le champ entièrement libre pour tenter de le séduire. En l’état actuel des choses, elle aurait pu se contenter d’avoir brisé sa réserve, déjà ample victoire quand on sait à qu’elle point elle s’annonçait difficile, mais bon. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ?

« Et sinon, tu fais quoi de beau dans la vie quand tu n’accompagnes pas de baveuses connaissances dans des endroits douteux ? »
HRP:
 
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Airi avait le sens de l'humour qui plaisait beaucoup au jeune homme. Elle avait un don pour parler et débloquer les situations ainsi qu'un franc-parler certain. Talent obligatoire dans son métier. Il n'était jamais évident de fréquenter le public des lieux. Un peu de verve n'était pas de trop. Voila comment des hommes moins réfléchis tombaient dans le piège de ses demoiselles pour une danse privée ou pour la consommation d'une verre supplémentaire. Pour parfaite l'ambiance maintenant plus chaleureuse de leur conversation, elle l'invita à la tutoyer dans aucun tabou. Manipulatrice, va ! Elle jouait sur la corde de la vexation, soit de la culpabilité, pour l'emmener là où elle voulait. C'était bien joué. Lui qui avait souvent réussi à tirer certains par le bout du nez dans le passé, il affrontait une sacrée rivale dans le domaine.

- Ce n'est pas une question d'âge ; je vois que cette donnée entre nous n'entre pas en ligne de compte. Mais puisque j'ai ton autorisation, autant en user.

Il évaluait en effet son âge égal, ou légèrement inférieur au sien. En tant que flic, il avait appris à évaluer rapidement les gens, l'étude de la physionomie était essentielle à l'appréhension des hors-la-loi.
Au point où il en était au niveau de l'évocation de sa vie privée, après sa déclaration de recherche de la seule et unique dulcinée, trop tard pour les réserves. Elle prétexta qu'elle ne se moquait pas de lui et pourtant, son rire pouvait le laisser penser. Il ne la connaissait pas, mais pouvait-elle comprendre son désir d'une vie si conventionnelle ? Peut-être qu'après tout, en dépit de son métier, elle était une bonne mère de famille ? Tout est possible. Lui aspirait à l'aventure à deux ; il ne voulait pas d'une vie de patachon. Avoir un enfant n'était pas sa priorité. En revanche, être en bonne compagne, avec une femme vivante et sportive partante pour une quête d'adrénaline.

Voila même que la belle danseuse proposait de former la future Madame Inoue à l'art du pole Dance. "Ça m'étonnerait !", pensa-t-il amusé à cette idée. Il avait dit cela pour plaisanter, non pour une vérité. Comme s'il allait amener sa moitié en ce lieu en disant qu'une voix claironnante :"Vas-y chérie, et tu appliqueras ce soir !" Si les opinions en matière de relation de couple étaient les mêmes que les siennes, nul doute qu'elle n'apprécierait pas. Cette pratique de toute façon n'impliquait pas le naturel : cela n'allait pas dans le sens de notre homme.

Bien qu'ils discutaient enfin avec spontanéité, un premier sujet à risque pour la séductrice venait de tomber. Elle n'avait pas refroidi ses ardeurs pour autant, pensant avoir encore sa chance. Il était célibataire, état civil qui lui pesait, certes, mais pas au point de s'encanailler.
Comment allait-elle réagir réagir face au second sujet bouillant ? Chris avait noté avec un certain requin et une neko que jouer le mystérieux sur sa vie était une erreur. Résultat des courses : ce caprice s'était retourné contre lui. Pour une fois, il trouvait même amusant d'en parler ouvertement, afin de tester Airi. Comment allait-elle recevoir cette information ? Il esquissa un sourire en coin.

- Ça ne se voit pas ?

Il désigna Fumihiko de la main.

- Je suis dresseur de petits gris.

Il éclata de rire avant de se reprendre.

- J'aime beaucoup le sport, je pratique de temps en temps un peu de tout. Je ne suis pas contre le cinéma ou un peu de lecture. J'apprécie les balades en moto aussi, la côte de l'île et ses virages serrés sont un vrai bonheur. Sans parler des vues sur la mer, au coucher de soleil. Et accessoirement, je suis flic. Et toi, je suppose que tu te reposes en journée. En travaillant ainsi, tu vis en décalé comme un papillon de nuit ?
 

Hrpg: je n'ai pas relu il y a beaucoup de fautes que je corrigerai des que possible Smile
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Lun 14 Nov - 18:43
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Haha, parfait, il acceptait de la tutoyer. Un petit pas tout simple, et plutôt aisé à franchir dans l’ambiance boîte de nuit mais après tout, il n’y avait pas de petites victoires. L’important était de ne rien lâcher, de continuer à l’amuser et à en apprendre autant sur lui que possible. Ça lui serait des plus utile pour établir son profil et y appliquer la technique d’approche appropriée.
Toi mon p’tit père, peu importe le temps que ça prendra mais tu vas passer à la casserole !
Oui, enfin… disons que la perspective semblait plutôt plaisante après le réchauffement de l’atmosphère et le premier verre de pina mais que c’était quand même loin d’être gagné. Après tout, elle avait affaire à un authentique Prince Charmant. Il lui faudrait du doigté, de la patience et de la subtilité pour atteindre un tel objectif, si tant est qu’elle en faisait un objectif, et pour un résultat non garanti. Jusqu’ici, hormis deux ou trois exceptions, ses expériences hétérosexuelles s’étaient toujours révélées décevantes.
C’est vrai que… si c’est un Prince Charmant, il couche peut-être pas des masses. Oh non, j’ai pas envie un débutant…
Faire autant d’efforts pour finalement simuler un orgasme au bout d’un quart d’heure ne lui semblait plus aussi réjouissant soudain. Enfin, elle n’était pas obligée d’en arriver là. Elle verrait bien. Pour l’instant, Christopher la faisait à nouveau rire en se déclarant avec humour éleveur d’escargot en désignant avec fierté Quat’Zyeux.

« C’est le clou de ta collection, je suis sûre ! Un modèle à lunettes qui sait faire le beau… »

Hana jeta en pouffant un œil à sa collègue Tsukiko, qui était à deux doigts de conduire le pauvre homme à l’infarctus par le pouvoir de son minuscule kimono. Enfin, ne lui en déplaise, elle préférait quand même les véritables escargots, qu’elle trouvait bien plus mignons. Quand elle était petite, elle pouvait passer des journées dans l’herbe après la pluie pour jouer avec eux. Elle leur faisait faire des courses, dessiner des œuvres d’art sur des morceaux de plexiglas, leur racontait des secrets, décoraient leur coquille et les couvraient de bisous. Et bien entendu, elle revenait chez elle complètement crottée, les mains pleines de bestioles à mettre dans son vivarium et faisait hurler Airi qui était terrorisée par les insectes. C’était la principale raison pour laquelle elle avait abandonné son vivarium. Cependant, elle ne laissa pas la nostalgie l’envahir puisque Christopher répondait à sa question et réclamait toute son attention. Quelqu’un d’actif, d’aventureux, plus porté sur l’extérieur visiblement, tout en se gardant une place pour les activités culturelles. Pas tout à fait un profil classique mais elle devrait pouvoir composer avec. Et il était policier, ça par exemple.

« Oh ? Mais tu es plein de surprises, dis-moi ! J’espère que tu n’es pas venu faire une descente dans ce lieu de débauche… »

Hana lui adressa un clin d’œil et un sourire mutin par-dessus son verre. Tout en espérant que ce ne soit pas le cas. Les consignes de l’établissement étaient très claires mais bon. Il n’était pas rares que les shows privés dans les box clos donnent lieu à quelques entorses au règlement, pour arrondir le pourboire. En ce qui la concernait, ça ne lui était pas arrivé souvent (sauf avec cet éboueur absolument incroyable) mais elle avait en tête quelques unes de ses collègues qui fautaient régulièrement.  Enfin, s’il avait été entraîné de force par Quat’Zyeux, il n’avait sans doute pas prévu de rameuter du monde. Cela ne l’empêcha pas de poser immédiatement une question périlleuse.
On lui dit qu’on travaille aussi la journée ?
Non !

« Oui ! Oui c’est ça, tout à fait ! Complètement décalée ! Le matin, je me repose et je m’occupe de mon chat. L’après-midi je sors, j’ai besoin de bouger moi aussi. Mais comme je n’ai pas ma propre voiture, c’est compliqué pour moi de quitter la ville. Et le soir, je prends mon service. Mais c’est vrai qu’il y a des tas de choses que je ne peux pas faire avec mes amis, excepté mes jours de congés. Et encore, quand ils me proposent d’aller en boîte, j’ai l’impression de revenir au boulot ! »

Et pas moyen de se détendre, du coup. Hana finit son verre et le reposa sur le sous-bock en s’enjoignant à garder son calme.
Mais pourquoi on lui ment là-dessus ? On s’en fout, on le reverra peut-être jamais ! Et puis ça fait chier, on a passé la journée à ça !
Oui, mais c’était comme ça. Hors de question de mélanger ses deux vies. Révéler à quelqu’un qu’elle était également une gentille et aimable bibliothécaire en plus d’une pole-danseuse sulfureuse, c’était mettre en péril l’étanchéité de ces deux existences. Toutefois, il fallait vite qu’elle parle d’autre chose  avant de trop se prendre la tête. Commencer à se triturer le cerveau ici, en plein cœur de son mode grenouille, ne pouvait conduire qu’à des catastrophes en série. Elle embraya donc bientôt, et avec un certain enthousiasme, sur quelque chose qu’avait mentionné Christopher :

« Tu vas à combien dans les virages avec ta moto ? Ça fait quel effet ? »

Des étincelles pétillèrent dans ses yeux alors qu'elle se penchait vers lui, avide de savoir. S’il y avait bien une chose qu’Hana rêvait d’essayer, c’était certainement ça. Bon, en vérité ce n’était pas la seule chose mais ça ne changeait rien à la manœuvre.
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Il aurait pensé qu'elle prendrait la nouvelle autrement. Souvent, le mot "flic" déclenche des sursauts désagréables, surtout dans les métiers de la nuit, où l'on craint la découverte de quelques illégalités. Il aurait pu espionner en effet, mais il ne l'avait jamais fait, et pour une bonne raison, qui peut paraître peu éthique. A part pour les cas graves (bagarres, agressions), il n'intervenait jamais. Pour un policier, la vie privée pouvait permettre de décompresser d'une vie de tension. Bien que sur cette île, la pression n'égratignait pas les habitants du commissariat. Néanmoins, pas question de continuer à bosser une fois le seuil de son lieu de travail franchi. C'était du même style qu'Airi faisant du pole dance gratuit avec les réverbères de la ville.

- Non, ne t'inquiète pas !" dit-il avec un sourire ravageur, "je suis pas ici pour le travail. J'ai assez fait aujourd'hui."

Faux, mais elle n'avait pas besoin de le savoir. La ville de Taiyou no Tokai était décidement trop tranquille, mais en définitive, Chris se demandait s'il allait réclamer sa mutation une fois qu'il en aurait l'opportunité. Mine de rien, les criminels existaient ici aussi. Et le cadre de vie était agréable, il avait fait de belles rencontres, retrouvé des anciens amis totalement par hasard. Finalement, s'il parvenait à trahir son ennui les jours d'inactivité, il pourrait s'installe définitivement ici.

- Je suis ici, selon les dires de l'étalon de mon cheptel, pour m'amuser. Et je dois dire que la soirée prend une tournure à laquelle je ne m'attendais pas au départ.

Jolie petite phrase pour demander pardon de son attitude de tout à l'heure, et pour indiquer aussi qu'il ne s'ennuyait plus.
Dommage qu'Airi fasse le métier qu'elle pratiquait, qui la dévoilait face à de nombreux hommes. Elle avait pourtant un caractère qui lui plaisait beaucoup, un franc-parler percutant qui remet à sa place. Une personne qui n'aimait pas les conversation stériles et allait droit au but. Pour ne rien gâcher, elle était active et athélétique . La danse demande beaucoup de ressources physiques, plus qu'on ne l'imagine d'ailleurs. Et physiquement... sans son maquillage, dans des habits moins provocateurs, elle serait certainement son type. Mais trop de conditions parallèles freînaient Chris pour amorcer une tentative de réelle séduction. Jamais il ne pourrait concevoir que sa moitié puisse exhiber son corps (il aurait préféré être le seul à le voir), recevoir des invitations de la part de clients (rien de mieux pour rendre jaloux ; et si elle trouvait mieux, abandon. Et Christopher détestait les abandons), bloquer des tentatives des obsédés et risquer l'agression en sortant du taff (il serait toujours inquiet, voire même trop protecteur).

- Cela m'arrive de faire des journées décalées, et je reconnais que ce n'est pas pratique. Comme tu le dis, en boite, c'est comme revenir travailler, mais en même temps, tu dois en impressionner plus d'un avec tes talents de danseuse.

Jusqu'à quel point impressionnait-elle, d'ailleurs... Après réflexion, il l'aurait peut-être abordé différement dans ce cas-là. Les hasards et les contextes influençaient toujours le destin comme on ne l'attendait pas.

- Tu n'as pas de voiture ? Tu as un moyen de déplacement, quand même ?

Dans sa voix perçait de l'inquiétude. Exactement comme il l'avait craint un peu plus tôt dans sa tête sur l'insécurité des jeunes femmes à la sortie de leur job. Après un travail comme le sien, sortir de cet établissement tard dans la nuit représentait un danger certain. Il exagérait sûrement le taux de criminalité de la ville - proche de 5% - mais il ne pouvait retirer cet élément de son esprit. Sûrement que toutes en étaient conscientes, les employées devaient organiser du covoiturage et se déplacer à plusieurs. Néanmoins Chris n'était pas tranquille.

- Très sincèrement, je ne peux pas vivre sans véhicule. Je n'ai pas de voiture, la moto me suffit.

Marrant de voir comme le mot "moto" avait allumé le regard de la demoiselle. Etait-elle une admiratrice des deux roues ?

- Et effectivement, j'apprécie les pointes de vitesse. Les lacets à l'allure d'un escargot ne revêtent aucun intérêt. J'avoue que je ne regarde même pas le compteur !

"Supercrétin à la rescousse !" pensa-t-il après s'être mordu les lèvres. Pour une fois qu'il devait mentir, il tombait dans le piège de sa passion. A présent, Airi avait pour elle un magnifique argument de chantage : un flic qui ne respectait pas les limitations de vitesse. Il garderait pour lui les PV qu'il se faisait sauter dès le retour au commissariat...
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Wouah, quel sourire…
En effet, c’était le genre qu’Hana aimait bien. C’était toujours bon signe quand elle le voyait. Son plan de séduction avançait tranquillement. Et puis, il lui donnait un charme indéniable, le bougre. La jeune femme se secoua intérieurement. Ce n’était pas le moment d’admirer son interlocuteur ! C’était lui qui devait tomber dans ses filets et non l’inverse. Elle lui rendit son sourire avec une pointe de facétie :

« Ah, ça me rassure. Tu ne me passeras pas les menottes aujourd’hui dans ce cas... Mais tu as vraiment beaucoup de boulot ? Je ne me rends peut-être pas bien compte mais j’ai l’impression que le coin est plutôt calme. »

Du moins, beaucoup plus tranquille que ce qu’elle avait pu vivre dans la banlieue de Tokyo. Ceci dit, elle décida de ne pas s’attarder trop longtemps sur le chapitre du travail. Ce n’était jamais très enjôleur de parler travail, surtout dans un endroit comme celui-ci où les gens venait en première lieu se divertir et oublier leurs harassantes journées avec un beau spectacle. D’ailleurs, elle leva un sourcil surpris en l’entendant dire de lui-même qu’il commençait lui aussi à bien apprécier cette soirée. Haha, parfait ! Elle s’engouffra aussitôt dans la brèche avec un rire mutin et un regard sensuel :

« Ça fait plaisir à entendre. Moi aussi je me dis que finalement, j’ai bien fait d’insister… »

Et pas qu’un peu !
Effectivement, il y avait comme un net progrès. Hana ne put s’empêcher de s’en faire la remarque lorsque Christopher, après avoir affirmé lui aussi les désagréments d’une journée décalée, s’aventura à la complimenter sur ses talents de danseuse. La jeune femme en rougit de plaisir.
Et encore, t’as quasiment rien vu, mon beau !
Le pole dance, c’était son défouloir et son jardin secret. Le moyen d’expression qui lui correspondait le plus malgré tout ce que les gens pouvaient en penser. C’était uniquement quand elle avait commencé à en faire qu’elle avait appris à s’apprécier un peu pour elle-même et non en tant que double de sa sœur. Alors forcément, elle était toujours heureuse quand on saluait son art, elle qui s’y donnait à fond. Et ce compliment du jeune homme la rendit même un peu plus audacieuse :

« Hoho, merci ! Je peux dire que je me défends mais je laisse seuls juges ceux qui profitent du spectacle. J’ai compris que c’était pas ton truc mais tu pourras toujours juger par toi-même si l’envie t’en prends un de ces quatre… »

C’est vrai qu’elle aurait dansé pour lui avec grand plaisir, si seulement il y avait été réceptif. Après tout, même si elle était appliquée au travail, c’était quand même plus agréable de le faire pour un homme séduisant que pour un escargot à lunettes, si fidèle client soit-il. Et Christopher était fichtrement charmant, il fallait bien le lui reconnaître. Il y avait un petit quelque chose de fascinant dans son attitude, dans son aisance, dans sa verve pleine d’esprit et d’humour. Pour un peu, Hana s’y serait presque laissée prendre si elle n’avait pas reconnu quelques ficelles.  En revanche, il la prit totalement au dépourvu en manifestant son étonnement quand au fait qu’elle n’ait pas de moyen de locomotion. Ce n’était pas si grave que ça, si ? Le quartier était animé et rarement désert, si bien qu’elle ne risquait pas grand-chose et peu de gens restait traîner dehors aux abords de chez elle. Ça ne risquait rien, non ? A moins que… Serait-il en train de se faire du souci pour elle ? La jeune femme en resta estomaquée. Ils se connaissaient à peine, pourtant ! Pourquoi donc cela le concernerait-il ?
C’est le côté Prince Charmant qui joue, non ?
Ça alors… Il lui fallut puiser dans ses ressources pour reprendre contenance. Elle avait perdu l’habitude qu’on se soucie d’elle, même de façon aussi légère. Ses parents réservaient leurs inquiétudes à Airi et Airi était trop occupée par son crétin de mari pour avoir autant de temps à lui consacrer qu’avant. Alors même si ce n’était qu’un homme qu’elle s’était mise au défi de séduire, et bien… c’était agréable. Malgré tout, Hana était trop fine séductrice pour laisser passer une telle occasion, toute touchée fut-elle par l’attention. Elle répondit donc à sa question sur son moyen de transport en riant et en tapotant sa cuisse nue de sa main :

« Uniquement celui-ci ! J’habitais en métropole avant de déménager, je n’ai jamais eu besoin d’autre chose que du bus et du métro. Mais ça va, il n’y a qu’une demi-heure d’ici à chez moi et je n’ai jamais eu de problèmes. »

Peut-être même un peu moins quand elle marchait vite mais une demie heure, c’était bien. Ça donnait un peu plus de drama. Il pouvait s’en passer des choses pour une jeune femme seule, en une demi-heure dans une rue nocturne… Hana ne put résister à la tentation de le prendre à revers, gentiment. Inclinant la tête sur le côté, elle le caressa d’un regard espiègle et d’un sourire tendre :

« Tu t’inquiètes pour moi ? »

Haha, je me demande comment il va l’encaisser, celle-là…
C’était quand même mignon, quand on y réfléchissait. Surtout quand on savait que Christopher avait lui-même un véhicule et pas des moindres ! Pas de voiture, juste la fougue rebelle et libre d’une moto. Quelle sensation ça devait être de mordre l’asphalte à pleine vitesse avec un engin pareil. La jeune femme aurait adoré avoir au moins un scooter durant son adolescence mais ses parents s’y étaient toujours fermement opposé, angoissés à l’idée que leur tête brûlée de fille n’ait un accident. Airi la douce aussi avait exprimé ses vives inquiétudes pour sa jumelle, ce qui l’avait définitivement convaincue de renoncer à cette idée. Le seul de ses ex qui avait possédé une moto n’avait jamais accepté qu’elle monte dessus. Alors quand Christopher lui décrivit ses frasques dans les virages de la côte, la jeune femme était littéralement pendue à ses lèvres.

« Génial ! Ça doit être tellement excitant ! »

Tellement qu’elle ne fit pas immédiatement le lien entre ses excès de vitesse et son statut de policier. Ce ne fut que lorsqu’elle aperçut sa tête de gamin pris en faute qu’elle éclata de rire. Comme si elle allait le dénoncer, le pauvre chou ! Bon, c’était toujours bon à savoir mais elle n’utilisait jamais le chantage si tôt dans son approche. En général, c’était pour après, quand elle dissuadait les garçons de s’approcher de sa sœur après qu’ils l’aient trompée sans vergogne avec elle. Les mâles étaient tellement prévisibles… Elle posa la main au creux sur son coude pour le rassurer :

« Holà, ne fais pas cette tête-là ! C’est certainement pas moi qui te ferais des misères avec ça. J’ai conduit quelques fois la camionnette de mon père et ce n’est pas plus mal que je n’ai pas de voiture : je serais un vrai danger public ! Qu’est-ce que tu as comme modèle ? Tu m’en parles un peu ? »

En fine tacticienne, Hana retira sa main peu de temps après, histoire de ne pas le gêner. Mais elle ne la reposa pas aussi loin que tout à l’heure sur le comptoir, histoire de semer les indices. Un travail de longue haleine. La plupart des hommes n’étaient pas très attentifs et il fallait souvent s’y reprendre à plusieurs reprises avant qu’ils ne remarquent les possibilités qui s’ouvraient à eux. Elle osait espérer que Christopher, réactif et drôle comme il l’était, ne la condamnerait pas à un tel manège trois heures durant (ça lui était déjà arrivé, c’était épuisant).

« Tu sais, j’ai pas le doit de nouer des relations privilégiées avec les clients en dehors du travail. Du coup, je n’ai pas le droit de te dire que je mourrais d’envie d’essayer une pointe de vitesse à moto dans les lacets… »

Elle lui adressa un clin d’œil, la prunelle pétillante. C’était peut-être un peu rapide, mais pour le coup c’était sincère : ça la démangeait de tester au moins autant si ce n’est plus que de séduire sa cible pour de bon. Et puis avec un partenaire aussi sexy, ça n’en serait forcément que plus riche en sensation.
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Que fallait-il comprendre dans ce "tu ne me passeras pas les menottes aujourd'hui" ? Était-ce juste une tournure de phrase innocente ou y avait-il un sens caché ? Pour elle, Chris allait-il repasser au club pour l'arrêter ? Non, il laisserait cette tâche aux autres du boulot s'il le fallait. A moins que ce ne soit un autre type de sous-entendus, auquel cas il ne préféra pas jouer le jeu et l'ignora. Tout comme il se tut au sujet de l'invitation cachée de la belle Airi de danser pour lui. Non, sans façon. Même si elle avait un talent certain pour la danse et des atouts indéniables, il n'était pas attiré par ces spectacles, bien qu'il ne les critiqua pas. Question de goût. Il se contenta donc de sourire en silence, laissant planer le doute sur son opinion réelle en matière de strip-tease. De toute façon, elle l'avait compris, vu son discours de tout à l'heure sur sa vision de ses relations amoureuses. Elle l'avait dit elle-même, ce n'était pas "son truc". Elle essayait quand même, à tout hasard. Avec beaucoup de charme, son sourire séduisant, ses yeux en amande et son sourire en coin. Elle gagnait du terrain sur leur bataille invisible.

Car oui, on sentait derrière leurs échanges et leurs galéjades une sorte de guerre silencieuse où chacun marquait des points pour remporter une victoire dont aucun n'était sûr de l'aboutissement. Quoique, peut-être avait-elle une idée en tête ? Chris, non. Il s'amusait en revanche beaucoup. Les joutes verbales lui plaisaient en général. Et avec la jeune femme, il obtenait le répondant suffisant pour une conversation intéressante et mouvementée.
Aussi, il jubila en observant sa réaction quant à son interrogation sur son moyen de transport (et but dans la lucarne par le numéro 10, quel performance, chers auditeurs !). Oui, elle était étonnée, et le dissimula avec peine. Sensiblement, elle ne s'attendait pas à recevoir de la sollicitude d'un client qu'elle ne connaissait même pas, dans un métier où les habitués s'intéressaient seulement aux formes avantageuses des danseuses et non à leur vie en dehors de l'établissement. Mais Chris n'était pas un mec comme les autres, et il le prouvait une fois de plus. Savoir la jeune femme saine et sauve en rentrant chez elle était une plus grande préoccupation que le grand écart vertical dévoilant ses dessous.
Elle reprit néanmoins du poil de la bête. Et pas qu'un peu, son geste de la main allait dans ce sens, pour attirer le regard vers sa cuisse. Ou pour détourner de sa gêne par un rire démonstratif. Bonne technique. Aussi bonne technique que la nouvelle qu'elle usait pour le gêner (pique et regard amusé, doux sourire. La totale). Sa contre-attaque réponse serait la sincérité et l'innocence. Il n'avait même pas besoin de tricher.

- Oh, peut-être que je ne devrais pas. Après tout, comme tu l'as dit tout à l'heure, Taiyou no Tokai n'est pas si dangereuse d'apparence. Le quartier festif est plutôt fréquenté, de jour comme de nuit. Beaucoup d'éclairage. Et la ville n'est pas réputée pour être un repère de criminel. Ce doit être une déformation professionnelle. Chercher le mal partout. En même temps, j'ai été préparé à un autre type de secteur, moins... reluisant. Néanmoins, même dans les petites villes tranquilles, il suffit de peu pour qu'une femme seule dans les ruelles voit sa vie bouleversée à cause d'un type éméché. Dans les beaux quartiers comme dans les bouges. Surtout que le club est fréquenté tout autant par des gens honnêtes que par des personnes aux desseins obscurs. Je ne vise personne, c'est un constat. Le reste n'est qu'une question de malchance. Donc, oui, je peux légitimement être inquiet. Sauf si tu as la baraka, alors là, t'es saine et sauve.  

Il fit une pause avant d’enchaîner sur la question sur sa moto.
Les hommes aiment les véhicules, du moment qu'ils permettent d'en être fiers. Une belle voiture, une belle moto. Exhiber sa bicyclette ou son vespa n'est guère flatteur pour l’ego. Chris était pour sa part bien équipé, et adorait son deux-roues, digne destrier de ses besoins de vitesse.  
Les femmes aiment les hommes qui ont de beaux véhicules. Elles profitent d'une petite balade, des regards envieux braqués sur le conducteur, la belle fille et l'engin, leurs yeux plissés qui hurlent :" j'aimerais bien prendre votre place..." Mais ces femmes sont intéressées par l'objet et son association, pas la personne. Du moins, c'était ce que Chris avait conclu de sa première rupture amoureuse. Il avait compris, lors du brutal largage dont il avait été l'objet, qu'il n'avait été qu'un trophée qu'elle baladait au bout de son bras, dont elle vantait les mérites pour provoquer la jalousie des copines et réveiller les rivaux. " Mon copain, il a une trop belle moto ! " Et elle était partie avec un mec en décapotable. Aussi, il tempérait l'enthousiasme d'Airi, sans grand espoir de plus dans l'attrait de la jeune femme que ce qu'il avait déjà connu par le passé. Au moins riait-il de bon cœur quand elle raconta sa tentative de conduite qui lui vaudrait autant de reproches que les excès du métis...

Le match reprenait. Tout en parlant, la demoiselle amorçait une offensive discrète sur l'aile. Sa main gagnait en centimètres, jusqu'où avait-elle l'intention de s'aventurer ? Et que penser de sa dernière phrase ? Quelle remarquable utilisation de la contradiction ! Ou l'art de faire passer un message par des voies détournées. Christopher n'était pas même surpris, et cette affirmation de la belle danseuse allait dans le même sens que ses pensées de tantôt sur les femmes et les moteurs. Elle voulait essayer la moto. Et même si on lui interdisait les relations hors du cadre de travail avec les clients, elle serait capable de le faire avec audace. Elle était du genre à mener les gens par le bout du nez. Dommage pour elle, le sang-mêlé était fait du même bois.

- Tu veux la voir ?

S'attendant à un signe positif, il quitta son tabouret de bar et se dirigea vers la sortie, passant à quelques centimètres d'une autre danseuse entourée d'un groupe de jeunes plutôt joyeux, aux yeux rouges et au rire facile, qu'il snoba avec la même précédente indifférence qu'Airi. Il ouvrit la porte, la retint galamment pour laisser sortir la demoiselle, et la précéda vers son véhicule personnel. Il le désigna de la main comme le ferait un concessionnaire et son sourire colgate.

- Voici la Suzuki GSX1300R Hayabusa ! Quatre soupapes, 1300 centimètres cube. Bonne tenue de route, confort assuré. Edition limitée orange et noire. Freins en option. J'ai d'ailleurs beaucoup hésité avec la selle en peau de chameau.
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Hmmmmmm…
Le bougre était décidément très coriace, et très bon joueur. Ce petit sourire pour tout retour à ses sous-entendus était un bon moyen de ne pas répondre sans la vexer. Hana s’y attendait de toute façon vu l’acabit du bonhomme, mais ce petit teste avait le mérite de lui en apprendre un peu plus sur la finesse de son vis-à-vis. Il y avait décidément du challenge ce soir et elle s’amusait beaucoup. Comme disait l’autre, à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Nul doute que ce triomphe-là serait donc particulièrement éclatant. Et puis c’était très sympathique de cabotiner ainsi avec un tel partenaire. Sa franchise et son naturel lui faisaient beaucoup de bien. Certes, elle était en mode Hana de nuit, mais c’était encore plus agréable quand elle tombait sur quelqu’un faisant peu ou prou preuve du même état d’esprit, libre et sans fards. Elle salua intérieurement sa manœuvre (mais était-ce réellement une manœuvre ?) lorsqu’il répondit sans trop d’accroc à son petit piège. Dommage, elle aurait bien aimé le voir rougir comme tout à l’heure, c’était mignon. Mais bon, ce n’était pas bien grave. Et puis elle découvrait ainsi que Chris avait été formé à la base pour les quartiers difficiles, ce qui lui fit hausser les sourcils avec intérêt. Avait-il voulu devenir policier pour courir vaillamment après les voyous et les dealers, comme dans les séries télés ? Vu le petit côté idéaliste du personnage, elle l’imaginait plutôt bien. Et elle ne put que convenir avec lui que Taiyou No Tokaï n’était pas Miami, loin s’en fallait. Cependant, ce n’était pas pour autant qu’elle était complètement inconsciente du danger, même infime, lorsqu’elle rentrait seule chez elle tard le soir.
Sans compter que, pour ce qui est de la chance, entre le « ni beau ni frère » et le reste…

« Oh, je ne m’estime pas particulièrement chanceuse, non. Mais même si tu as raison, la plupart des mecs qui tentent ce genre de chose sous-estiment l’efficacité d’un coup de genou bien placé ou d’un bon uppercut. Moi, non… »

Fit-elle sans se départir de son sourire malicieux, nuancé d’un soupçon de fierté. S’il y avait bien une chose dont elle était plutôt contente, c’est que malgré les apparences elle était loin d’être une faible femme. Plusieurs petits trucs et astuces glanés au cours de sa vie en métropole s’était avérés très efficaces. Mais elle ne comptait pas dévoiler tous ses secrets à ce jeune policier, si charmant et sexy soit-il. Sans compter que ce dernier lui faisait une proposition tout à fait alléchante. Sans penser au fait que ses patrons pourraient tiquer en la voyant quitter l’établissement en compagnie d’un client alors qu’elle n’avait pas fini son service, ou même qu’il faisait frais dehors, Hana accepta aussitôt :

« Carrément ! »

Et sauta de son tabouret pour le suivre avec entrain hors de la boîte, sans faire attention à ce qui se passait autour. Le remerciant d’un sourire lorsqu’il lui tint la porte, elle se dépêcha de sortir, très impatiente. A l’extérieur, elle frissonna un bon coup sous la différence de température, tout de même non négligeable avec l’ambiance surchauffé du dedans, puis emboîta le pas à Chris en direction de son vaillant destrier. Et oublia totalement le froid lorsqu’elle l’aperçut. Quelle beauté, quelle fougue ! Les indications techniques du jeune homme la firent rêver même si elle n’y entendait rien :

« La vaaaaache ! Elle est trop beeeelle ! Tu fais des pointes à combien avec ? T’as mis un turbo ou tu l’as juste débridée ? Elle te coûte cher à l’entretien ? Combien elle consomme ? Aaaaaaah, je veux la même ! Je peux monter dessus ? Juste un peu sans démarrer, s’il te plaît ! »

Hana savait cette demande périlleuse, rien que pour tous les revers qu’elle s’était mangés avec son ex. Malgré tout elle osait quand même parce qu’elle mourrait d’envie de savoir ce que ça faisait de chevaucher un tel engin, même à l’arrêt. Déjà qu’elle ne pouvait pas s’empêcher de se pencher dessus, d’effleurer le guidon et la carrosserie, d’examiner les roues, le pot d’échappement et tout ce qui s’offrait généreusement à son regard de néophyte… elle devait être attendrissante puisque Chris finit par accepter et la jeune femme fit bien attention à ne pas rayer le moindre bout de métal avec ses talons. Un peu intimidée, elle prit position sur la selle confortable, affermit sa prise sur le guidon et finit par prendre un peu d’assurance en se penchant en avant, les pieds en arrière, comme sous l’effet d’une pointe de vitesse extraordinaire. Etant en mode grenouille particulièrement avancé à cette heure de la nuit, elle n’eut aucun scrupules à imiter le bruit du moteur avec sa bouche pour parfaire l’illusion.
Born to be wiiiiiiiiiiiiild ! Youhouuuuuuuh ! Qu’est-ce que je donnerais pour faire un tour avec !
Avec sa courte tenue de skaï et ses talons vertigineux, le tableau était particulièrement invraisemblable et Hana descendit du bolide endormi en riant. Niveau sensation, ça n’était rien du tout bien sûr. Mais avec une imagination fertile comme la sienne, quelques secondes à chevaucher une moto pareille suffisait amplement à lui faire gagner sa journée. Elle adressa un sourire resplendissant à Chris pour le remercier :

« Tu sais quoi ? Je suis bien contente que tu n’ai pas causé la mort d’un pauvre chameau juste pour ta selle, elle est parfaite comme ça. Et puis je t’en aurais voulu. Tu as trop de la chance, je veux une moto moi aussi ! Tu roules souvent avec, j’imagine ? »

Un coup de vent la fit brusquement grelotter alors qu’elle écoutait sa réponse. C’est qu’il faisait tout de même frisquet. Frottant ses bras nus de ses mains, elle suggéra avec un petit sourire penaud :

« Ça te dérange pas si on rentre ? Je suis pas habillée pour l’extérieur et tu n’as pas payé ton Mojito. »

Sans compter qu’il ne pouvait pas partir tout de suite, elle n’était pas encore arrivée à ses fins ! Et puis elle avait envie d’en savoir plus à propos de ce policier ma foi de plus en plus sympathique. Ce ne fut que lorsqu’ils revinrent dans le bar et se dirigèrent à nouveau vers le comptoir qu’elle les remarqua. Une bande de quatre jeunes hommes passablement éméchés, groupés autour d’un podium où le ton avait l’air de monter. Hana ralentit l’allure en reconnaissant la danseuse. Cherry, une petite blonde à la longue chevelure et aux yeux de biche, qui avait beaucoup de succès depuis ses débuts, un peu moins d’un mois auparavant. Elle prenait d’ailleurs un malin plaisir à marcher sur les plates-bandes des autres danseuses en allant débaucher des spectateurs durant leur show, ce qui ne lui avait pas valu beaucoup d’amitié de la part de ses collègues, Hana en tête. Cependant, même si elle était particulièrement retorse et douée quand il s’agissait d’appâter le chaland, la pauvre n’avait pas encore l’assurance suffisante pour rembarrer les clients qui se faisaient un peu trop insistants. La jeune femme la regarda un instant alors qu’elle ne semblait pas rassurée au milieu de la discussion de plus en plus échauffée.
Bien fait, ça t’apprendra à avoir les yeux plus gros que le ventre en me piquant tous mes réguliers. Tu fais moins la maligne, maintenant…
Hana allait se détourner et la laisser se débrouiller. Après tout, c’est ce qui finissait fatalement par arriver quand on voulait à tout pris être le seul centre d’attention d’un parterre d’hommes en rut. Elle l’avait bien cherché et ça lui passerait peut-être l’envie de faire la belle et l’orgueilleuse dans les vestiaires en s’estimant meilleure que les autres. Cependant, elle vit du coin de l’œil l’un des protagonistes l’attraper par le bras pour l’attirer à lui, vraisemblablement pour narguer l’autre.
Et merde, fais chier cette pouffe…

« Excuse-moi une minute… »

Sans explication supplémentaire, Hana abandonna le beau Christopher à mi-chemin du bar pour marcher à grands coups de talons décidés vers le petit attroupement, passablement remontée.
J’vais vous apprendre moi à me faire laisser en plan un mec pareil, bande de tocards…
Arrivant au niveau du groupe, elle attrapa Cherry par l’épaule, profitant de la surprise pour la dégager de l’emprise du jeune homme et la cacha vite fait derrière elle pour faire rempart de sa haute taille, poings sur les hanches.

« Dites donc, les gars, faut vous le dire en quelle langue ? On regarde mais on ne touche pas. Maintenant vous vous calmez ou j’appelle la sécu. »

Jetant un œil par-dessus son épaule, elle fit à Cherry le geste de filer en vitesse avant qu’elle ne lui botte le derrière. La petite blonde obéit sans discuter et partit à la recherche du videur, le visage tout pâle. Quand à eux, les quatre lascars mirent quelques instants à comprendre qu’une femme entendait les empêcher de passer la soirée comme ils le voulaient. Le premier fronça les sourcils d’un air mauvais et rétorqua d’une voix avinée :

« Pour le prix qu’on a payé, on peut bien faire ce qu’on veut, non ? Fous-nous la paix, on a encore des trucs à lui dire. »

Hana leva un sourcil sarcastique :

« Nan, j’crois pas. Et de toute façon, vu l’état dans lequel vous êtes, vous trouveriez pas vos bites avec vos deux mains alors ça change pas grand-chose. »
« Hey, mais pour qui tu te prends espèce de… »

Énervé sans doute par cette « espèce de » qui lui tenait tête, le fauteur de trouble avança la main pour la pousser à l’épaule. Devant la menace imminente, Hana réagit au quart de tour avant même de réfléchir. Montant les poings à hauteur du menton, son bras gauche se détendit de façon fulgurante à trois reprises, collant sans prévenir trois jabs dans les dents du bagarreur. Elle s’y fit mal, d’ailleurs. Sonné, l’autre chancela en arrière en la regardant stupidement, essayant de comprendre ce qui venait de se passer tandis qu’elle se remettait en garde.
Another one bites the dust, yeah…
Oui, enfin… Pas pour très longtemps. Elle avait beau avoir plus de force dans les bras que la plupart des filles et connaître deux ou trois trucs vite fait en boxe anglaise, ça ne l’aiderait pas longtemps face à quatre hommes en colère, même sous alcool.

« Tu vas voir, grognasse ! »

Malgré toute son assurance et son envie d’en découdre, Hana commençait à prendre peur face à cet affrontement inégal. C'est d'ailleurs à cause de ça qu'elle se prit la gifle qui lui fit perdre l'équilibre sur ses talons, l'envoyant à terre.
Pourvu que Yoko se dépêche…

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Chris pesait le pour et le contre. Il aurait été galant de se découvrir pour réchauffer la jeune fille congelée par l'air de la nuit. Il amorça un geste pour retirer son blouson et lui confier, le temps de leur visiter en extérieur. Mais cela était problématique. Même quand on est un gentleman, couvrir les épaules d'une femme réclamait un minimum de proximité. Pouvait-on, après une heure de discussion, avoir atteint ce niveau d'intimité ? Deuxio, il perdrait un point en s'avérant attentif alors qu'il souhaitait être détaché. Son orgueil méritait-il pour autant qu'elle tomba malade? Non, évidemment. Il fit un pas vers elle après avoir amorcé l'effeuillage de son blouson. Trop tard, elle était déjà partie vers le véhicule qu'elle admirait avec les yeux d'un petit garçon devant son cadeau de noël. Il fallait admettre que sa moto était aussi énorme que magnifique. La fortune familiale de Chris ne lui servait pas, il était prudent. Mais sur cet unique point, il en avait profité, et faisait toujours des envieux. Airi était subjuguée au point qu'elle en oubliait le froid et supplia le brun de l'autoriser à monter sur la selle. Il hésita. Tous les hommes sont pointilleux avec leur véhicule et le partagent difficilement. Cependant l'engouement de la jeune femme, l'accumulation de questions (auxquelles il ne répondit pas, elle ne lui en laissait pas le temps), son examen scrupuleux du moindre centimètre carré, le convainquit de lui accorder ce caprice. Après tout, elle ne la conduisait pas. Il appréciait de plus en plus la jeune femme à mesure qu'il en faisait la connaissance.

Mieux, elle lui plaisait. La seule chose qui l'empêchait de baisser sa garde et de la laisser le séduire était son métier, et son comportement d'apparence envers les hommes. Il ne se leurrait pas sur ses intentions professionnelles. Airi était une vendeuse de rêve. Avait-elle une autre raison d'avoir approché Chris, ou était-ce son unique motivation ? Pour que le métis se laisse faire, il exigeait une assurance, il refuserait net toute amourette d'un soir. Il voulait du concret, du durable, du solide. Airi pouvait-elle lui promettre cela ? Avant toute tentative, il lui poserait la question. Inutile de souffrir inutilement.  
Quel dommage, quand il y pensait, de faire l'impasse sur une personne comme elle. A de nombreux égards, elle correspondait à son type de femme. Sa plastique superbe, un visage et des yeux ensorceleurs, la charmante moue ironique au coin de ses lèvres, étaient une chose. Il la trouverait divine au naturel, cependant. Il n'aimait pas les femmes qui se dévoilaient trop, on y perdait le suspense de la découverte de l'autre. Mais ce n'était pas tout : Airi était drôle, vivante, athlétique, imprévisible, audacieuse, imaginative, intelligente, maline. Avec un côté enfantin attendrissant, pensait-il sans la quitter des yeux tandis qu'elle s'amusait à conduire virtuellement sa moto. Il se mordit l'intérieur de la joue. Ne pas abaisser sa défense. Il conserva le silence, et mit en attente sa proposition de l'emmener en balade.

Elle descendit toute heureuse de cette expérience. Ah, le pouvoir de l'imaginaire ! Il préférait tout de même la sensation réelle ; mais quand on ne possède pas, on trouve des substituts. Il parla enfin tandis qu'ils regagnaient le club.

- J'en fais tous les jours. Je l'utilise pour aller bosser, faire mes courses, promener. Je me sens orphelin si je ne la prends pas. Sa vie n'est pas dans un garage, mais au grand air. Du coup, je ne me préoccupe pas des détails, comme ma consommation, ou ma vitesse. Elle est d'origine et sans rajout. Elle a tout ce qu'il faut, elle est parfaite. Pour avoir la même, faudra d'abord apprendre à conduire une moto et avoir le permis approprié ! En attendant, rentrons. Tu vas attraper la mort, et je ne veux pas que nous ayons des ennuis avec ton patron.

Ce fut en riant qu'ils retrouvèrent la chaleur de l'intérieur, dans l'ambiance tamisée et le brouhaha des clients hébétés devant les corps ondulant des danseuses. Chris s'avança vers le bar dans l'optique de repasser une commande pour tous les deux. La barmaid était soulagée de les voir. Avait-elle craint une fuite de la collègue ou d'une ardoise non réglée ? Il n'avait pas daigné jeter un œil sur les collègues d'Airi en plein show, réalisant en décalage le ralentissement du pas de son interlocutrice privilégiée. elle s'était presque arrêtée devant un podium où une autre danseuse se trouvait en mauvaise posture. Avant  qu'il ne sorte, Chris avait déjà constaté l'excitation de ces clients, probablement des étudiants au penchant pour la bibine trop prononcé. Ou comment une soirée coquine entre potes dégénérait.

Airi regardait la scène. Elle trépignait, résistant à l'idée d'intervenir, avant de s'excuser auprès du basané, qui se mit en retrait. Ces égarements étaient monnaie courante, elle savait comment gérer. Il n'avait pas à intervenir, il n'était qu'un client, et bien que flic, pas en service. Le videur présent comme tout club qui se respecte n'était pas loin. Afin de limiter les dégâts, l'artiste de pole dance se fraya un chemin et s'interposa entre les malotrus et sa collègue effrayée. Elle monta d'un cran de plus dans l'estime du flic ; son inquiétude pour elle fit de même. Le comportement des buveurs était incalculable.
La rescapée partit à la recherche du vigile, laissant seule l'amazone face aux futures victimes de veisalgie. Il tiqua quand elle les provoqua. Mauvais plan. Il surveillait avec une impatience croissante l'arrivée de la Sécurité. Merde, il fichait quoi ? Chris ne devait pas intervenir, mais ne tint plus. Il confia son blouson à la barmaid, retroussa ses manches jusqu'aux épaules tandis qu'il rejoignait l'attrouplement des acteurs de l'esclandre et des curieux indélicats. Il rata les deux coups d'Airi (beau crochet ! mais elle avait dû se faire mal). Et un type au tapis au troisième ! Les copains virent rouge, et en dignes chevaliers des temps modernes, firent front. Une gifle partit. Airi chuta.

Chris se mettait rarement en colère. Même contre des criminels. Même contre Glen, belle performance au demeurant. Il souriait souvent, même pendant les crises. Jamais triste. Jamais en colère. Mais lorsqu'on déclenchait sa machine émotionnelle, ce n'était pas beau à voir.

Il interpella les hommes avec une voix posée, assurée, et tranquille.

- Messieurs, je crois que ça suffit. Vous avez fait assez de conneries, ce soir. N'aggravez pas votre cas et sortez d'ici avec le peu de dignité qu'il vous reste.

- Va te faire fo.. , de quoi je me mêle, enf... ?

- Et poète avec ça.

Sans préavis, le distingué personnage s'élança vers chris et lui décocha un coup de poing au visage. Préoccupé par la santé d'Airi, il n'esquiva pas et prit sur la tempe. Sonné, il porta la main à l'emplacement de l'impact tandis que du sang recouvrait ses doigts. Génial, sur l'arcade sourcilière. Vachement sexy comme blessure, il ne pouvait même pas la cacher avec ses mèches de cheveux.

- Il tient même pas debout, le gnome ! C'est connu, petite taille, petite bite ! Allez, dégage avant qu'on te réduise ce qu'il te reste encore !

Les compères pivotèrent vers Airi qui se relevait à peine. Alors que le boxeur allait la prendre par les cheveux, Chris arriva avec rapidité à sa gauche, bloqua le bras fautif en le serrant dans son poing, le daignant même pas regarder ce crétin. Il leva sa jambe droite et exécuta un coup de pied circulaire, lâchant le bras au dernier moment afin de le pas le briser et offrir un voyage aérien gratuit à l'indélicat personnage. Il se retourna vers les autres, les toisant en croisant les bras, avec sévérité. Ces types n'avaient pas compris, dans leur ivresse, ce qu'il venait d'arriver. Le métis esquissa un sourire qui n'annonçait rien de bon.

- Allez, je suis seul et vous êtes trois. vous avez réussi à mettre à terre une femme ; un "gnome" ne devrait pas vous effrayer...

 
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Lun 14 Nov - 18:44
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Saleté de talons, c’est pas le plus pratique pour la bagarre…
Sous l’effet de l’adrénaline, Hana n’avait pas vraiment mal. Elle était à peine étourdie, bien qu’elle sente sa joue chauffer. Cependant, elle n’avait pas le temps de rester à terre. Les trois lascars restants n’allaient certainement pas se gêner pour profiter de leur avantage, en hommes courageux et nobles qu’ils étaient. Il fallait vite qu’elle soit prête à riposter jusqu’à l’arrivée de Yoko. Là au moins, ils ne feraient plus autant les malins.
Et tous les autres autour là, ça ne leur viendrait pas à l’idée de les arrêter ? Le Japon est vraiment le pays du mec lamentable…
Et c’est juste à l’instant où lui venait cette pensée qu’un mouvement dans la foule attira son attention et qu’elle vit arriver Chris, les manches relevées, l’air calme et prêt à en découdre.
Oh. Je pourrais manger ces beaux biceps bien virils…
Il s’avança avec assurance vers la bande de fauteurs de troubles et la jeune femme en oublia elle aussi totalement de se relever, curieuse et inquiète de voir comment il allait s’en sortir. Après tout, ses adversaires étaient quatre. Et puis, s’il n’arrêtait pas de lui jeter des coups d’œil pour s’assurer qu’elle était à l’abri ou qu’elle n’était pas trop gravement blessée, il n’allait pas s’en sortir. Son cœur fit un bond dans sa poitrine quand elle le vit reculer sous l’impact du coup de poing.

« Chris ! »

Les salauds ! Le sang va gêner sa vision, maintenant !
La jeune femme jura en voyant l’un des types se rapprocher d’elle. Ah non ! Elle ne se laisserait pas avoir deux fois ! Mais alors qu’elle allait esquiver le coup et viser de façon extrêmement vicieuse l’entrejambe face à elle, Chris réagit au quart de tour avec un coup de pied fantastique. Hana laissa échapper une petite injonction de victoire.
Yes ! Trop la classe ! Ils n’ont aucune chance !
Ça, c’était sûr ! Hana se releva en vitesse. Chris était policier de métier et il avait été formé pour des endroits autrement plus sensibles que le quartier festif de Taiyou No Tokaï, elle n’avait donc aucun doute quand à ses capacités à se défendre face à trois hommes bourrés. Si c’était elle qui le gênait, pas de soucis. De toute façon, ça n’était pas son genre de rester simple spectatrice.

« T’occupes pas de moi, reste concentré ! »

Et sur ces mots, elle s’élança en direction d’un endroit bien précis de la boîte, retirant et abandonnant ses talons en chemin pour avancer plus vite. Yoko n’allait pas tarder à arriver pour porter secours à Chris et jeter la bande de malotrus dehors. Mesurant plus d'1m85 et charpentée comme une armoire normande, ancienne championne de catch, elle était tout aussi impressionnante que la plupart des videurs masculins et n'avait pas son pareil pour se débarrasser des enquiquineurs. Mais même si son arrivée serait d'un grand secours, Hana avait quand à elle une petite idée bien utile sur ce qui pourrait doucher les ardeurs des belligérants et permettre au policier de tenir l'assaut. S’engouffrant derrière une porte de service, bousculant quelques collègues au passage, elle se rua dans le local de maintenance et ouvrit le boîtier du disjoncteur.
J’vais vous apprendre, moi, à me pourrir un plan drague comme ça...
Et elle abaissa sans vergogne l’interrupteur, plongeant la totalité du Lady’s Night dans le noir. Puis, comptant mentalement jusqu’à cinq, elle le ralluma et repartit aussitôt en sens inverse. Elle espérait  que Chris n’ait pas été déstabilisé par la manœuvre, à contrario de ses adversaires. A priori, ça aurait du jouer en sa faveur puisqu’il avait les idées claires. Bousculant sans finesse les autres clients qui se demandaient encore ce que c’était que cette coupure éclair de courant, elle retourna aussi vite que possible sur les lieux de la bagarre.
Pourvu qu’il s’en sorte. Et qu'il leur latte la tronche…
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Lun 14 Nov - 18:45
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Airi se releva enfin et quitta ses chaussures pour pouvoir mieux se défendre. Si ce genre de chaussures était en effet esthétique, et ajoutait une touche sexy à une tenue, en revanche elles n'étaient pas particulièrement pratiques pour monter sur une moto ou tenir bon face à une bande de garçons éméchés et agressifs. Elle se retira du champ de bataille, avec une idée en tête. Elle avait du répondant, cette fille, c'était très appréciable. 

Chris était plus tranquille à présent ; il n'espérait même pas l'arrivée de la sécurité. Il voulait s'occuper personnellement de ces mecs indélicats qui ne respectaient pas les autres, d'autant plus quand ils se mettaient à un sur plusieurs, que ce soit un homme ou une femme. En ce qui le concernait, par contre, quatre contre un était peu équilibré. Pour eux. Certes, il avait pris un coup car il portait son attention sur Airi, mais à présent qu'elle n'était plus là, il allait se lâcher. 
Pas trop, quand même. Il ne devait pas blesser trop ces lâches qui pourraient éventuellement porter plainte. Cela pouvait arriver, et le tort de Chris serait d'avoir tu son identité encore une fois, comme avec Glen. Heureusement, Glen était cool, et n'avait pas signalé ce défaut aux autorités du métis, qui auraient pu se retourner contre lui. 

Un des inconvenants clients tenta de poursuivre la danseuse. Chris l'intercepta en lui agrippant le poignet ; il exécuta une torsion, lui administrant une magnifique clé de bras qui força l'homme à plier le genou. Un de ses copains se mit à hurler de rage et se jeta sur le flic avec sa verre de bière à la main. 
" Dommage qu'airi ne soit pas là pour voir ça !" regrettait-il tandis qu'il fit une roulade par dessus le corps de l'homme à terre. Le second, dans son élan, frappa le premier qui se relevait à peine et chuta malencontreusement. Excellent timing. 

Les deux autres se rapprochaient ; le grand décoloré était ivre (au sens propre et figuré) de rage ; le garçon à papa en revanche percevait que la mayonnaise était en train de tourner. Il marchait de guingois, un peu comme un crabe ; prêt à profiter de la ruse pour attaquer. Sauf que la ruse quand on est saoul, navré, ça donne des idées éthyliques loufoques qui finiront par un échec. Surtout quand en face se trouve un flic maîtrisant le kung-fu, avec les pieds sur terre, intelligent, et dont la petite taille était en définitive fort pratique pour les arts martiaux, car on se faufile plus facilement entre les coups. 

Entouré par Numéro Quatre et Numéro Cinq (Numéro Un était KO, Numéro Deux et Numéro Trois se relevaient péniblement de la petite plaisanterie de tantôt), le sang-mêlé calcula son coup. Les deux autres aussi. Monsieur "Rusé" attrapa Chris par les épaules, tandis que son copain le faux blond en profitait pour administrer à l'importun un coup de pied mal placé. Erreur monumentale. 

La lumière s'arrêta à cet instant précis. Le policier étant prévenu d'une intervention d'Airi, il s'attendait à tout moment au Deus EX Machina en sa faveur. Pour un spectateur extérieur à la scène (encore une fois, dommage qu'on ne puisse pas le voir dans l'obscurité), comprendre ce qu'il allait accomplir mériterait un ralenti tellement il fut vif. Il prit appui sur Numéro Cinq qui le ceinturait et éleva ses deux jambes qui coincèrent le pied du décoloré. D'un mouvement des reins sec, il entraîna le pied, puis le corps de l'agresseur dans une torsion brutale qui le fit tournoyer et tomba à plat. 
Numéro Quatre était abasourdi par l'extinction des feux, entendait du bruit et relâcha légèrement son emprise. 

- Les mecs, hé, les mecs, ça va ? Je le tiens, allez-y, vous foutez quoi ?


- Tu me tiens ? Attends, je vais arranger ça. 

Sa main droite empoigna le poing du "stratège", et d'un coup de hanche et un poil d'élan qu'il prit depuis le sol, fit une projection du pauvre type qui atterrit sur le dos. 

La lumière se ralluma. Sous les yeux médusés de l'assistance, (et exorbités de Fumihiko), les cinq filous se traînaient sur le sol et peinaient à se relever. Ils n'étaient pas blessés, mais entre la gueule de bois et les courbatures, le réveil serait douloureux. Yoko était arrivée, passait entre eux et les surveillait. Chris, lui, récupérait les porte-feuille des clients indélicats, les uns après les autres, mémorisait les noms avant de les remettre en place. Numéro Trois se rebella, mais avec une douceur attentionnée, Chris lui appuya sur le haut du crâne et se baissa vers lui pour chuchoter. 

- Tu devrais rester à terre. A moins que tu veuilles un nouveau vol plané. 

Vaincu, le débauché étudiant se plaqua vigoureusement contre le sol. Airi revenait enfin vers lui et la responsable de la sécurité. 

- Merci du coup de main, Airi-san. Tu es une femme d'action, à ce que je vois. Beau coup de poing ! 
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Dans un petit coin de sa tête, Hana n’avait pas cessé de se demander quel pouvait bien être l’art martial pratiqué par Chris tout en se dépêchant d’aller couper le courant. Ce coup de pied impressionnant dont il avait gratifié un des malandrins, personne ne lui ferait croire qu’il s’agissait d’un réflexe et elle espérait grandement être témoin d’un peu plus d’exemples pour alimenter ses hypothèses. Aussi fut-elle très déçue lorsqu’elle revint auprès du podium.

« Noooon ! Me dis pas que j’ai tout raté, c’est pas juste ! »

Hélas. Tous les jeunes hommes ivres gisaient à terre en se tortillant faiblement tandis que Chris notait sur un bloc-notes leurs coordonnées, impérial.
La vache, qu’est-ce qu’il a la classe !
Même si elle se sentait un peu comme quand un appel téléphonique ou un coup de sonnette impromptu lui faisait rater le meilleur moment d’un bon western à la télé, voir le bel officier régnant en seul maître sur le champ de bataille, fichant les vaincus comme Clint Eastwood soufflerait le canon de son révolver encore fumant, avait quand même un petit côté épique tout à fait émoustillant. Il avait décidément du chien, ce garçon. Ça rendait son compliment encore plus agréable et Hana en rosit de plaisir.
Héhé, t’es peut-être un Prince Charmant mais je ne suis pas une princesse potiche !
Cependant, elle s’empressa de se ranger au second rôle pour le féliciter à son tour :

« Oh, je t’en prie, c’est toi qui a étalé ces types ! Raaaah, j’aurais tellement voulu voir ça, tu devais être super ! Tous les flics sont formés au close-combat de nos jours ? Oh ! Ta blessure, ça va ? »

Elle se pencha légèrement pour regarder, amorçant un geste de la main vers son visage, mais la lumière de la salle était insuffisante pour qu’elle puisse voir quelque chose de significatif, hormis la tâche sombre de sa coupure sur sa peau. Cette fois, ce n’était pas entièrement calculé de sa part : elle s’était réellement inquiétée et avait clairement du mal à cacher qu’elle était admirative. Elle s’en voulait un peu pourtant…
Roooh, tu te sens plus parce qu’il t’a sauvé les miches en tatanant les méchants ? C’est un peu cliché quand même, on voit ça dans tous les nanars.
… mais c’était un fait. Chris avait été le seul à la défendre face à ces gredins alors que la salle était pleine à craquer. Rien que ce courage, de plus en plus rare de nos jours, l’aurait rendu épatant à ses yeux, même s’il avait perdu. Heureusement, ça n’avait pas été le cas bien qu’il ait été blessé en lui venant en aide.  Elle regrettait furieusement de ne pas avoir de mouchoir en tissu caché sous les lanières de sa tenue de skaï pour pouvoir lui éponger le visage lorsqu’enfin, la carrure impressionnante de Yoko fendit la foule dans leur direction.
Ah bah enfin !

« Yoko ! Qu’est-ce que tu fichais ? Ça aurait pu très mal tourner, tu sais ? »
« Je réglais un autre différent sur le parking qui aurait pu lui aussi très mal tourner. Merci beaucoup d’avoir réglé la situation, monsieur. Pour ce soir, toutes vos consommations sont offertes. J’ai honte que vous ayez été mêlé à une telle rixe dans notre établissement. Souhaitez-vous que l’on vous dépose aux urgences pour votre blessure ? »

Elle s’inclina plusieurs fois vers Chris qu’elle dominait de plus d’une tête et Hana lui adressa un sourire complice. Comme quoi, ça payait encore d’être un héros. Bon, ça ruinait un peu ses plans puisque, s’il ne payait plus, elle n’avait théoriquement plus aucune raison de rester à discuter avec lui et devrait bientôt retourner danser (tout en sachant qu’il ne la regarderait pas). Mais au moins ça lui donnait un prétexte en béton armé pour lui donner son numéro de portable ! Si elle était assurée de le revoir par la suite pour continuer de le séduire, elle voulait bien retourner faire baver tous les escargots qui se présenteraient. Elle allait lui faire la proposition quand la main de Yoko se posa sur son épaule, doucement mais avec fermeté, pour la retourner vers elle.

« Airi, tu as terminé pour ce soir. »
« Quoi ? Comment ça ? J’ai pris mon service il y a moins de deux heures. »
« Tu ne peux pas danser avec ton visage. Rentre chez toi et soigne-moi ça. »
« Mon… Hein ?! »

Effarée, Hana palpa fébrilement la joue qui avait reçu la gifle et fut surprise de sentir un picotement douloureux sur sa peau. Soudain saisie par une bouffée d’angoisse, elle alla s’avachir sur le comptoir pour tenter d’apercevoir son reflet dans la glace derrière les rangées de bouteilles. Et elle ne put que constater avec horreur qu’en plus de la marque de la main clairement imprimée sur sa joue, elle arborait un bleu sur la pommette et une fine coupure rouge en son centre. Celui qui l’avait frappé portait sans doute une bague. Elle en resta muette d’affliction, avant de rougir de colère :

« C’est pas vrai… les ordures ! Ça se voit beaucoup, dis ? »

Demanda-t-elle fiévreusement à Chris. Hana aimait d’ordinaire régler ses conflits par ses propres moyens et n’était pas du genre à faire un foin du moindre bobo. Mais là, les choses étaient plus graves. Comme l’avait dit Yoko, elle ne pouvait pas travailler avec un visage blessé. Les japonais conspuant toute imperfection sur le corps des femmes, une cicatrice trop marquée pouvait ni plus ni moins que lui faire perdre son emploi. Bien sûr, il y avait peu de chance qu’un petit bobo comme celui-ci ne guérisse pas complètement mais elle n’en était pas moins inquiète, et surtout très remontée.
Une chance pour vous que vous soyez déjà à terre, bande de tocards…

HRP:
 
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Lun 14 Nov - 18:45
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Une fois les hostilités terminées, le calme revint dans la salle, et la videuse s'occupait de mettre dehors, séance tenante, les acteurs de ce ridicule intermède. L'activité du club redémarrait avec lenteur, le temps que les esprits s'apaisent, que les danseuses reprennent leur calme. Les clients ayant assisté à la bagarre avaient compris le message, au point qu'ils hésitaient entre se rincer l'oeil et partir sous peine que leur admiration pour les artistes soit mal interprété.

Alors qu'il allait convoquer les employés présentes pour parler du devenir de ces garçons, Airi s'approcha pour le féliciter. Il se gratta l'arrière du crâne en signe de fierté gênée.

- Oh, ce n'est rien d'extraordinaire, tu sais !

Certes, les arts martiaux avaient toujours l'air impressionnants quand on les voyait en application. A l'apprentissage, en revanche, cela demandait de l'entraînement, de la patience, de l'endurance, une grande forme physique. Il avait dû travailler longtemps et sérieusement pour en arriver là !

- Pas tous les flics, peut-être mais beaucoup pratiquent des arts mart...

Il fut interrompu par le visage d'Airi porté à sa blessure. Il l'avait aidé, il était vrai, mais il restait un client, un plan drague. Aurait-elle agi comme cela avec d'autres ? Ses joues se teintèrent de rose. Il leva lui-même la main à son arcade blessée et sourit avec embarras.

- Ça va, j'ai rien ! C'est un petit coup, j'ai l'habitude ! Je cicatrise vite.

Leur prémisse de retour à une discussion fut interrompu par la venue de la videuse. Quelle carrure... C'était rare chez une femme. Elle ne donnait pas envie de l'emmerder, celle-là ! Clair qu'avec une telle silhouette, elle effrayait plus les enquiquineurs que Monsieur 1m65... Elle s'expliquait sur les raisons de son absence. Ce qu'elle narra alimentait les craintes du jeune homme à l'idée que les filles du club, dont Airi, puissent rentrer chez elles tard dans la nuit, après le boulot, et de se faire suivre en déambulant à pied sous la lueur blafarde des réverbères.
Il s'inclina légèrement, à la japonaise, devant la fameuse Yoko.

- Je vous en prie, ce fut un plaisir.

Il était se battre, c'était un fait. Et pas seulement pour emmerder ses parents. Prendre des risques, recevoir des coups et en donner... C'était comme la moto ; sentir le danger et l'adrénaline monter en soi... On se sentait réellement vivant dans des cas comme cela. Si en plus il venait en aide à quelqu'un, il était pleinement satisfait.

- Je vous remercie pour le verre, mais je n'ai pas fait ça dans le but d'être remercié, et ce serait une perte pour le bar. Ne vous inquiétez pas, vous avez fait votre travail et vous ne pouviez être sur tous les fronts. Je tiens à payer mon mojito ; en revanche, je ne suis pas contre quelque chose à manger. Auriez-vous quelque chose pour moi ? Et pour les urgences, oubliez. J'en ai marre de m'y rendre toutes les semaines.


La dite Yoko, gênée, s'inclinait à son tour et à de multiples reprises, exprimant ses regrets. Chris leva les mains en signe d'acceptation et après l'avoir rassurée une bonne fois, elle s'arrêta. Cette fois, elle s'adressa à Airi. Pour lui annoncer une mauvaise nouvelle.
Encore un argument négatif envers ce boulot. Si Chris pouvait se présenter à son chef avec la tête en steak à faire peur au monstre de Frankenstein, ce n'était pas le cas de la belle. Etre présentable, séduisante, et faire monter la sève chez le chaland impliquait d'avoir un corps parfait. Pas de poil, pas de graisse, maquillage et vêtements choisis attentivement. Cheveux sans épis (heureusement, car si elle avait les mêmes que Chris, ça lui donnerait un sacré challenge), brillants. Et surtout, pas de traces. Il suivit les déplacements de la jeune fille, paniquée par ce qu'il venait de lui arriver. Chris grimaça. Il avait trop attendu, et Airi avait par sa faute encaissé une gifle. Et prendre une gifle l'obligeait, d'après ce qu'il comprenait, à quitter son service plus tôt que prévu. Soit elle ne serait pas payée pour une nuit entière. Dur. Avec le recul cependant, sans l'intervention du flic, cela aurait pu être pire. Il ne sut que répondre à son effarement. Cela se voyait, difficile de nier. Même avec du fond de teint, pour ce soir, c'était fichu.

- Cela s'atténuera demain. Pour l'heure, je crains que ta collègue n'ait raison, ça se voit. Et si je comprends bien, dans ce métier, des marques ont une influence.

Elle était si en colère ! Chris avait presque l'impression d'avoir porté la poisse à cette jeune fille. En même temps, il n'était pas rare que où qu'il aille, dans cette ville très sûre, se déroulaient des incidents. Comme s'il les attirait en somme. Et cette soirée ajoutait de l'eau à son vin. Sans être coupable, il se tracassait. Airi était tellement bouleversée, inquiète à l'idée qu'on ait attaqué sa capacité à travailler... Il s'adressa à la danseuse, la barmaid et Miss Sécurité.

- J'ai gardé le nom de ces personnes. A vous de voir si vous voulez déposer une plainte contre eux au commissariat, dès demain. Je les ferai convoquer et ils répondront de leurs actes. Ce sont des jeunes crétins, ça n'ira pas loin. Ils retiendront la leçon à l'avenir. Et je suppose qu'ils vont être notés dans votre Blacklist. Ça aurait pu être pire. Pour le moment, peut-être devriez-vous toutes oublier cela. Airi, puisque tu n'es plus en service... Je peux te raccompagner. Je n'ai pas vraiment envie de voir s'ils vous attendent dehors.

Sa proposition pouvait en effet l'apaiser un peu et oublier son tracas pour un moment.
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Lun 14 Nov - 18:45
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Rarement Hana s’était sentie autant en colère contre des imbéciles inconscients et égoïstes qui ne soupçonnaient même pas à quel point leurs actions stupides pouvaient ruiner la vie des autres. Ah si, une autre fois. Le jour où sa sœur lui avait annoncé qu’elle allait épouser le « ni beau ni frère ».  Bien sûr, en comparaison, ce qu’elle ressentait aujourd’hui était à peine un petit agacement (entre un bobo sur le visage et le rapt de sa jumelle, il y avait une sacrée marge) mais le simple fait d’y repenser la faisait bouillir encore plus.
Tous dans le même sac, ces saloperies de bonshommes ! Un jour, je vais arrêter de me donner tout ce mal et je me contenterai des filles…
Oui enfin… pas tout de suite. Pour l’heure, il fallait admettre que Chris sauvait quelque peu la gent masculine à ses yeux. Non seulement à cause de son rougissement tout mignon d’un peu plus tôt qui lui avait donné envie de lui titiller les joues comme à un ours en peluche, mais aussi parce qu’à présent, il était clair qu’il s’inquiétait pour elle et qu’il se sentait coupable de ce qui lui était arrivé alors qu'il n'y avait vraiment pas de quoi. Certes, s’il était intervenu plus tôt, elle n’en serait peut-être pas là. Mais d’un autre côté, il avait réagi suffisamment vite pour que les désagréments se limitent à trois-quatre jours sans danser, le temps que le bleu se résorbe suffisamment pour disparaître sous un peu de maquillage. Répondant à sa question, elle se força à se calmer pour lui adresser un petit sourire, histoire qu’il arrête de se faire du mouron :

« Bah oui, Quat’Zyeux baverait beaucoup moins si j’avais la tête pleine de bleus. Et en cas de cicatrices, je peux dire adieu aux podiums et au skaï… Mais bon, toi qui cicatrise vite, j’espère que tu vas me porter chance. »

Et puis d’un autre côté, c’était cool qu’il se sente aussi concerné par ce qui lui arrivait. Si ce n’était pas un signe qu’elle commençait à gagner du terrain…
Oh oui, soucie-toi de moi, chéri. Promis, je te le rendrai bien…
En attendant, elle hocha vivement la tête lorsqu’il leur proposa de porter plainte au commissariat dès le lendemain, appelant Yoko et Ringo à témoin :

« Oui ! Dès demain ! Si tu n’avais pas été là et qu’ils avaient continué, j’aurais pu perdre mon boulot à cause d’eux alors il est hors de question qu’ils s’en tirent comme ça ! »
« J’espère qu’on n’ira pas jusqu’au procès, mais ils ont besoin d’une leçon. Et pour la blacklist, c’est une évidence. »

Tout ça pour cette pouffe de Cherry, non mais franchement…
Oui, il y avait de quoi rager, surtout que cette dernière s’était tout bonnement volatilisée. Jouer les racoleuses à outrance, ça elle savait faire. Assumer ses responsabilités par contre, c’était une autre histoire… Enfin, ça ne servait à rien d’y penser. Elle mettrait les choses au clair avec elle dès qu’elle en aurait l’occasion parce qu’il était hors de question de laisser cette mijaurée lui faire les yeux doux et des ronds-de-jambes en espérant qu’elle oublie l’incident (c’eut été mal la connaître), mais pour l’instant, il n’était pas question d’y consacrer une miette d’attention. Chris venait de proposer de la raccompagner chez elle. Elle ouvrit de grands yeux :

« Oh ? »

Il souhaitait la déposer car il avait peur d’éventuelles représailles de la part des malotrus sur le parking ou dans les rues adjacentes. C’est-à-dire qu’elle allait pouvoir monter sur sa fantastique moto, sentir vibrer le moteur sous ses cuisses et s’accrocher sans vergogne à ses flancs vigoureux.
Fish on !

« D’accord ! Tu me donnes cinq minutes ? Je vais me changer, je te retrouve dehors ! »

Yes !
Hana fila vers les vestiaires, presque prête à remercier celui qui l’avait blessé. Bon, le remercier à sa façon, c’est-à-dire avec une bonne droite, mais l’intention était là. Tout se passait comme sur des roulettes, le plan avançait à pas de géant. Elle pourrait l’inscrire au palmarès de ses plus belles réussites, surtout quand elle repensait à la façon dont ça s’annonçait à la base, soit extrêmement mal. Et puis elle allait monter sur ce super bolide ! Moins d’un quart d’heure après s’être dit que ça serait génial ! Comme quoi parfois, il n’y avait qu’à demander pour que les motos et les mecs cools tombent du ciel. Elle quitta sa tenue de skaï avec grand plaisir pour renfiler son jean blanc, son débardeur rouge et sa veste noire, prit le temps d’ôter une partie de son maquillage pour être plus à l’aise (et voir comment le bonhomme réagissait au naturel), releva sa frange sur son front à l’aide d’une barrette et se dépêcha de filer. Elle prit tout juste le temps de glisser au passage un petit mot à Ringo pour qu’elle voit si jamais elle retrouvait ses chaussures à talons durant la soirée, oubliées lors de sa ruée vers le disjoncteur. Mieux armée contre la fraîcheur du dehors, elle rejoignit Chris avec un grand sourire en lui tendant son smartphone, où elle avait déjà affiché l’appli maps.

« Tiens, j’habite à cette adresse. Tu connais le quartier ? Haha, trop cool ! Je pensais pas que je pourrais monter si vite sur ta moto ! Merci beaucoup, t’es vraiment un gars en or ! »

Et un compliment éclair pour la table 2, un !
Après tout, ce n’était pas parce qu’ils étaient sortis de la boîte qu’il fallait relâcher la pression. D’ailleurs, se souvenant de ce qu’il avait dit quand ils étaient encore dedans, elle tenta de nouveau une manœuvre audacieuse, avec un petit sourire et un regard mignon :

« Bon, je sais que je prends le risque d’un râteau en proposant ça à un Prince Charmant, mais… puisque tu n’as pas mangé, ça te dirait de partager mon repas ? J’ai trois cent grammes de riz à sushis et quasiment autant de poissons crus qui m’attendent. Toute seule, ça fait beaucoup. Et puis je n’ai pas d’autres moyens de te remercier de m’avoir aidée, là tout de suite… »

Oui, dès le premier soir, l’offensive était lourde. Il était important d’insister sur le fait qu’il n’y avait aucune arrière-pensée derrière cette invitation. Enfin si, mais à long terme. Vu le calibre du bonhomme, ils ne se passeraient rien de plus entre eux ce soir, à moins qu’il ne s’agisse finalement que d’un queutard fort doué pour jouer la comédie et tromper son monde avec une image attendrissante de Prince Charmant. Mais ça serait déjà une victoire décisive, qui poserait toutes les bases d’un rendez-vous ultérieur. Autrement dit, quitte ou double. Hana, en fine tacticienne, laissa donc passer quelques secondes stratégiques tout en le couvant d’un regard plein d’espoir, puis abaissa son maître atout dans cette manche :

« Oh, au fait, je ne sais plus si je te l’ai déjà dit mais je suis fille de maître sushi… »

Résiste à ça, mon gaillard…
Si l’expérience lui avait appris une chose, c’est bien que les hommes étaient tout autant guidés par leurs hormones que par leur estomac. Et par une sourire ravageur…
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Lun 14 Nov - 18:45
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- Non, je ne pense pas non plus qu'on en arrivera là. Mais vous ne pouvez laisser cela impuni... A tout de suite, Airi.

Pendant que la jeune femme s'éclipsait pour se préparer à rentrer chez elle, Christopher aperçut les regards complices de Yoko et de la responsable du Zinc. Echange qui ne lui plut absolument pas. Que cela signifiait-il ? Que parce qu'il avait proposé de la ramener, il allait tomber tout cuit dans l'escarcelle de cette professionnelle de la séduction ? Il ne pouvait nier qu'elle lui plaisait et qu'il la trouvait attachante, avec son caractère fort, son sens de la répartie. Néanmoins, il ne perdait pas de vue qu'il ne la connaissait que depuis ce soir. Peut-être lui avait-il trop tendu la perche en parlant de la raccompagner. On faisait déjà des plans sur cette proposition innocente et absolument pas intéressée. Cependant, aux yeux de ces femmes qui en avaient vu d'autres, le métis ne serait pas le premier et n'était pas si différent que les mateurs qui voulaient un peu plus avec les danseuses consentantes. A cela près que lui n'avait aucunement l'intention de passer à autre chose. Il détourna le visage des deux employées et de leur insinuation et mit les mains dans ses poches, le visage détaché, quoiqu'un pli boudeur à la jointure de la bouche trahissait sa préoccupation. Qu'on le prenne pour un homme à femme, facile, ne valant guère mieux que la majorité des autres, l'agaçait. Il avait hâte qu'Airi arriva et qu'il quitte cet endroit. Tout allait mieux depuis qu'il avait commencé à s'entendre avec elle, mais ce regard chargé de sous-entendus lui déplaisait beaucoup.

Bientôt, la miss le retrouva. Et ce qu'il vit confirmait ce qu'il avait imaginé. Il resta muet d'admiration devant la beauté tellement différente de la jeune femme sans sa tenue provocante et son maquillage. Les cheveux plus libres. Elle était la même personne, mais pourtant, était là à ses yeux plus séduisante à présent. Tous les goûts sont dans la nature, dit-on.
Elle lui montra sur son téléphone le chemin pour retourner chez elle. Il observa bien et reconnut sans difficulté. Après tout, quand on est flic, c'est comme pour les pompiers ou les taxis : on doit connaître la ville sur le bout des doigts. Les premiers jours de service de Christopher, il parcourut à pied, en voiture, tous les recoins de la cité et étudia ses plans ainsi que ceux de l'île. De sorte qu'il pouvait se vanter de bien la connaître. Peut-être pas autant qu'un vieux de la vieille, mais il se repérait bien.

Alors qu'ils s'approchaient du véhicule attendant bien sagement son propriétaire, Airi fit une proposition qui le fit immédiatement tiquer, lui qui sombrait dans le doute depuis quelques minutes.
Elle lui offrait le repas.
Pas au bar. Pas dans un restaurant.
Chez elle.
Lui et elle.
Seuls.
Dans son logement.
Dans quel but ? Qu'est-ce qu'elle voulait ? Le draguer ? Juste discuter ? Le mettre dans son lit et dire à ses copines le lendemain :"et un de plus !" ? Il se renfrogna. Heureusement qu'elle ne pouvait le voir (elle regardait la moto), car un rictus déforma son visage tandis qu'il se mordillait les lèvres. Peut-être la jugeait-il mal. Et d'ailleurs, de quel droit la jugeait-elle, il ne la connaissait pas. Son boulot était une chose, sa personnalité était autre. Peut-être voulait-elle juste continuer la soirée comme au bar, mais plus confortablement, sans objectif particulier ? Juste parler... Après tout, il l'avait prévenu. Il n'était pas du genre des relations passagères.

Seulement, aller chez quelqu'un, ainsi, le premier soir de la rencontre... Ça sentait le mauvais plan. Même si elle promettait de le faire que manger et parler, il suffisait de peu pour glisser vers autre chose. Plaisanter, boire un peu, proposer de rester pour la nuit, et ni une, ni deux, zou, au pieu et en route Simone ! "Alerte rouge, ne dis pas oui !!!!"

- Et bien...

Il marqua une pause.

- C'est que... Je ne voudrais pas m'imposer. Ce n'est pas parce que je suis flic que je suis forcément de bonne compagnie. C'est imprudent de demander à un mec que tu connais depuis peu de temps de venir chez toi, non ?

L'avait-elle déjà fait auparavant, cette invitation ? Ou avait-il été le premier ? Serait-il... Jaloux ? Non, inquiet. Pour cette femme qui prenait des risques, qui avait un métier dangereux, la bataille de tantôt en était le témoin. ELle n'avait pas froid aux yeux, et il appréciait cela. Cependant, elle s'attirerait à termes des ennuis. Et face à plusieurs types en même temps, en dépit de son agressivité de tigresse, elle ne pourrait résister.
Et puis merde, c'est surtout qu'il n'était pas partageur de femmes, et qu'il voulait être le seul et unique de la sienne. Donc, oui, en effet, il pourrait craindre, en fréquentant une fille pareille, d'être jaloux. Voila, c'était dit. La réponse était claire : non, il ne devait pas se faire d'idée, elle était sympa, mais ce serait une mauvaise idée de continuer à se découvrir. Qu'une belle femme comme ça n'était pas du genre à épouser un chevalier servant, et qu'il n'avait rien à faire avec elle dans son appartement tant qu'ils ne se connaîtraient pas mieux.

- Cependant... Si tu me le proposes si gentiment... C'est d'accord.

Baka.
Double Baka.
Triple Baka.
"Il suffit pour te parler de maître de sushis pour que tu craques, abruti ?"s'insultait-il tandis qu'Airi se sentit soulagée après le silence réfléchi du jeune homme. Sans l’appât de la nourriture, il n'aurait pas cédé. Il mettait son penchant romantique en danger, il le savait. Mais un papa maître Sushi...
Partagé entre "barre-toi et laisse la sur le trottoir" (ce qui était indigne d'un galant homme) et "miam manger moi faim", il ouvrit avec sa clé la selle de sa moto et en tira un unique casque (preuve de son célibat) qu'il lui tendit.

- Mets cela et c'est non négociable. Si une gifle t'handicape pour ton travail, alors imagine si tu tombes de moto. Je suis certes un bon conducteur, mais ce n'est pas le cas des autres. On n'est jamais trop prudent.

" Parle pour toi, Monsieur Sécurité. Quand tu roules à 180 km/heure sur la côte, tu le portes pas, le casque ! Tu préfères les cheveux aux vents, de la pure sensation ! "

Il enfourcha sa moto et attendit qu'Airi fasse de même. Une fois qu'elle fut bien prête, en bonne position, qu'elle accrocha ses mains autour de la taille du jeune homme, il vérifia qu'elle ne risquait rien et fit vrombir le moteur. Pieds sur les pédales, il démarra. En trombe.

Alors qu'il profitait en général du plaisir de l'air sur sa peau, son moment de plaisir était perturbé par ses réflexions internes. La danseuse, collée contre lui, profitait avec une joie enfantine de cette promenade impromptue, et lui communiquait la chaleur de son corps. Ses bras serrés contre les hanches du métis le renvoyaient vers son statut actuel de célibataire qui lui pesait toujours encore à chaque jour. Depuis sa rupture avec Tsubaki, il n'avait fréquenté personne d'autre. Des flirts sans lendemain, par abus de méfiance et par instinct de survie. Ou tout simplement car personne ne lui correspondait. Airi était la première depuis longtemps à avoir éveillé quelque chose, elle était inhabituelle. Elle l'attirait, c'était indéniable.
Etre seul lui pesait. Une présence féminine lui manquait. Il devait cependant se mettre en tête qu'il ne devait pas se faire d'illusion. Patience. Ne pas se précipiter. Etre sûr. Elle n'était pas forcément sa dulcinée ; une amitié, sûrement.

Arrivés devant l'habitation de la jeune femme, ils mirent pied sur le bitume. Pour l'aider à descendre, Chris inclina sa moto pour l'aider à descendre. Il l'observait tandis qu'elle retirait le casque et lui tendait en souriant d'enthousiasme.
Il gara sa moto qu'il attacha à un réverbère, déclencha l'alarme et croisa le regard d'Airi.
Elle était aux anges.
Il avait l'impression d'être pris au piège.
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Lun 14 Nov - 18:46
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Haha, touché…
Bien que discrète, la réaction de Chris ne lui avait pas échappée lorsqu’elle était revenue des vestiaires. Alors que tous les hommes de l’assistance pétillaient des yeux devant ses courbes artistiquement dévoilées par le skaï, le regard du jeune homme ne s’allumait que devant son jean et son débardeur tout bêtes, comme si elle était bien mieux ainsi qu’à moitié nue sous les projecteurs. C’était à croire qu’il ne faisait rien comme tout le monde. Ça confirmait bien son côté Prince Charmant authentique, et la rassurait quand au fait que ce n’était pas une façade de queutard. Elle avait couché une fois avec un type qui ne lui avait sorti que des mensonges quand à son pseudo romantisme pour la laisser tomber dès qu’il avait obtenu ce qu’il voulait et, même si au final elle ne s’y était pas laissée prendre, c’était de loin la plus désagréable de toutes ses expériences. Elle était bien heureuse d’avoir évité une ordure pareille à sa sœur. Heureusement, Chris n’était pas du même acabit. Et elle avait prévu son hésitation, tout comme son argument. Elle avait donc largement pu caler la réponse appropriée. Replaçant une mèche derrière son oreille, elle détourna légèrement les yeux avec un sourire timide :

« Je me disais bien que ça te gênerait. Et oui, tu as raison, c’est pas très prudent. Mais je ne te force pas, tu sais ? Et puis… si je te le proposes, c’est parce que je veux vraiment te remercier pour ce que tu as fait ce soir alors que tu n’étais même pas en service, et parce que je sens que je peux le faire sans que tu me colles l’étiquette « fille facile » sur le front. J’ai beau être un peu tête brûlée, j’arrive quand même à bien cerner les gens pour ne pas faire ce genre de plan avec n’importe qui. »

Elle ne put s’empêcher d’être particulièrement fière de ce coup. Placer sa cible dans une position privilégiée par rapport aux autres hommes était toujours une technique fructueuse. Et puis pour le coup, c’était parfaitement vrai : Chris ne serait pas du genre à la prendre pour une traînée, pas après les chastes yeux qu’il avait à peine posé sur sa tenue de skaï durant la soirée. Qui plus est, elle n’avait réellement aucune autre intention que de l’inviter à dîner en sa compagnie et rien de plus.
Faut pas trop jouer de sa chance non plus…

En attendant, ils se retrouvèrent de nouveau face à la bête de course et Hana sentit déjà l’excitation monter en elle lorsque Chris lui tendit le casque. Elle l’enfila sans rechigner, bien trop impatiente de monter sur l’engin pour protester, sans compter que c’était effectivement plus prudent. Puis, dès qu’il se fut installé, elle grimpa derrière lui et s’accrocha solidement à sa taille, non sans un certain plaisir.
Wow, c’est à lui tout ce muscle ? Pas mal…
Bel euphémisme que voilà. Au toucher en tout cas, le jeune homme était incontestablement bien fichu, en dépit de sa petite taille qu’elle avait complètement oubliée. Ses cuisses effleurant les siennes, les vêtements transmettant leur chaleur et sa musculature roulant souplement sous ses paumes Hana ne pouvait nier qu’elle sentait venir des pensées peu décentes en imaginant ce qui se trouvait sous ce blouson.
Ptain, c’est trop con qu’on soit le premier soir ! Je l’aurais bien croqué direct…
Tandis qu’elle laissait sagement ses mains à leur place (épreuve de haut niveau), le vrombissement du moteur au démarrage ajouta d’un cran à son excitation. Et juste avant qu’ils ne partent au quart de tour, elle trouva le temps de lui glisser à l’oreille :

« Ah, et tant que j’y pense : on n’est plus au bar et tu n’y reviendras sans doute plus alors tu peux m’appeler Hana, c’est mon vrai prénom. »

Et ils filèrent en trombe dans la nuit illuminée du quartier festif.
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