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ALEXIS-SID : Mon petit engrenage

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Lun 21 Nov - 20:59
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Le tabouret retiré et mit en avant, le jeune homme y prit place, non loin d'elle sans oublier de la remercier. Elle sentait son regard suivre les gestes minutieux qu'elle effectuait afin de retirer quelque chose qui ne devrait pas être là. Qu'importe la raison, il devait être rassuré de savoir que, bientôt, il n'y aurait plus de soucis à se faire. Bien qu'elle était d'une concentration à toute épreuve, une infime partie d'elle-même se laissait penser au client près d'elle. D'un certain point de vue, il serait beaucoup plus intéressant de le décortiquer lui plutôt que cette montre. Presque, non, tout son être était en accord avec cette pensée. C'était si difficile de se retenir d'étaler ses pensées à voix haute, de lui soumettre ses hypothèses et de l'interroger. Il était différent et cela lui plaisait. Elle ne le connaissait pas mais c'était tout comme et elle ne demandait qu'à en apprendre plus.

Cependant, elle devrait prendre son mal en patiente pour l'instant. A sa réponse, il lui fit part de la même constatation à laquelle elle-même avait songé en lui répondant. Son ton était léger, plus agréable et elle crut même qu'il tourna cette phrase en un compliment mais, de cela, elle n'en était pas certaine. Elle se faisait peut-être de idées. Comme pour toute cette histoire, peut-être. Non, non, il avait un micro espion dans sa montre, c'était forcément du à sa condition, son travail, quelque chose de concret et de bien réel. "C'est juste, en effet. "Répondit-elle sans rien ajouter de plus. Ce n'était pas qui l'envie qui lui manquait mais elle se devait de garder le contrôle sur sa curiosité, ici, presque maladive. Tout en continuant son ouvrage, elle se dit que, finalement, quelques échanges ne pourraient pas faire de mal. Elle voulut élever la voix, hésita puis parla tout de même d'une voix douce : "Y a t-il une activité que vous aimez faire en particulier Alexis, hormis le tir à l'arc ? "

Contrairement à lui un peu plus tôt, elle ne se justifia pas avant de poser sa question. Elle en avait envie même s'il s'avérait qu'il déguisait les choses. En attendant sa réponse, s'il voulait bien lui en fournir une, Sidhiel posa ses outils et se leva de sa chaise pour chercher, sur l'étagère qui composait une partie de son bureau, un livre, très fin. Elle préférait avoir une petite assistance sous ses yeux avant de toucher à quoi que ce soit d’électrique. Elle savait quoi faire. Sa mémoire était bonne voire excellente mais la prudence était de mise. Si piège il y avait, ce serait sans nul doute dans cette partie du micro, celle qui consistait à le désactiver pour de bon. Et, il ne s'agissait pas là d'un simple choix entre un fil bleu ou rouge. Elle aurait bien préférait d'ailleurs. Il n'était pas dans sa bibliothèque, elle savait qu'il était ici mais cela faisait un moment qu'elle ne l'avait pas utilisé. "Où est-ce que je t'ai rangé... ? "Se murmura t-elle pour elle-même. Après quelques minutes, elle avait farfouillé partout, sans obtenir gain de cause. Cela lui arracha un soupir. Soit, elle ferait sans et advienne que pourra.
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Lun 21 Nov - 21:00
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Tandis que la jeune fille était toujours penchée sur son problème, lui surveillait ses moindres faits et gestes. Elle se montrait prudente : peut-être s'attendait-elle à un piège ? Le micro en était-il vraiment un, ou était-ce une bombe, un explosif veillant à blesser celui qui oserait enlever l'espion de son emplacement soigneusement choisi ? Alexis s'en montra inquiet, et hésita même à arrêter une bonne fois pour toute, jeter la montre. Le souvenir de son père ne méritait pas qu'on soit blessé pour lui. Sidhiel ne montrant cependant aucun souci, elle devait savoir ce qu'elle faisait.

La jolie brune avait une capacité de concentration assez remarquable. On dit souvent que contrairement aux hommes, les femmes savent faire plusieurs choses à la fois. Elle s'inscrivait totalement dans ce cadre, car bien que plongée dans les méandres de rouages complexes, elle parvenait à continuer la conversation. Oh, certes, moins enlevée que tout à l'heure ; elle devait craindre de se faire moucher comme il l'avait fait tantôt. Mais elle lui donna tord en reprenant leur petit jeu, ce qu'il apprécia tout particulièrement. Etait-ce par politesse ? Pour combler le silence ? Ou parce que tout bêtement, elle ne pouvait s'empêcher de vouloir comprendre le mécanisme de l'esprit.

Sa nouvelle interrogation ne lui posait pas de dilemme, à part que, très sincèrement, il n'avait pas de grande passion dans la vie à part le tir à l'arc. Aimer quelque chose, pratiquer une activité étaient des données récentes dans sa vie tourmentée, de sorte qu'il n'avait pas vraiment trouvé de passe-temps qui se démarque de son art du tir.

Quoique... Avec le recul, il y avait bien un plaisir nouveau qui était récemment apparu dans sa vie. Avant, il voyait ça comme une contrainte, comme une partie prenante de son métier, chargé d'appaiser sa victime avant la mort finale. Mais après deux rencontres particulières, il avait appris à voir ça d'un autre oeil, et y avait pris goût. D'ailleurs, il était un peu en manque. Pearl et Enzo n'étaient plus à ses côtés. Il s'était retrouvé seul, et n'avait pas osé encore trouver de nouveaux partenaires de jeu.
Il attendit qu'elle se lève, qu'elle récupère son livre et qu'elle reprenne sa place pour s'expriler. Sans mesure, ni tabou.

- Oui, j'aime bien faire l'amour.

Pourquoi être gêné ? C'était une vérité. Ce n'était pas non plus une proposition malsaine, il ne l'engageait pas à quoi que ce soit. Il avait décidé d'être honnête.

Il constata que Sidhiel n'avançait plus et était passée en phase d'observation. Le mécanisme espion lui donnait plus de fil à retordre que prévu. Il s'enquit de la situation auprès d'elle.

- Tout va bien ?
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Lun 21 Nov - 21:00
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Finalement, le dialogue entre l'opératrice en horlogerie et son client continuait. Sa curiosité était plus forte que toutes les règles de bien séances et même si ce n'était que des petites questions, d’apparences, sans importances, c'était mieux que rien du tout. Et lui ? Qu'est-ce qui le poussait à continuer cet échange ? Il n'était pas du genre bavard et cela, c'était encore plus évident que le nez au milieu de la figure. Sa réponse fut courte, pour ne pas changer mais pour le moins déstabilisante. Il eut, d'ailleurs, l'amabilité d'attendre qu'elle se repose sur son siège avant de répondre sincèrement et sans gêne. Debout, elle n'aurait pas manqué de défaillir de surprise. Contrôle et sang-froid était de rigueur. Sidhiel était loin d'être prude et n'avait pas vraiment de tabous par rapport au sexe. C'était un sujet comme un autre. Toute fois, lui qui avait été jusque là si froid, presque méthodique dans ses réponses, là, il la surprenait plus encore.

Mais soit, elle n'aurait aucune problème pour le suivre dans ce registre. Elle sourit. En même temps, qui n’aimait pas ça ? "Il est vrai que c'est une activité pour le moins divertissante. "Elle leva les yeux aux ciel, songeuse. "Quoique... En ce qui me concerne, les quelques expériences que j'en ai faite ne furent pas palpitantes. C'était assez monotone même. "Un léger silence s'installa. "Pas de quoi grimper au rideau quand j'y repense... " Avant qu'elle ne se reprenne. "Mais je m'égare ! "Qu'elle se taise ! Mais, oui, quand elle y pensait, hormis ses montres, rien ne l'avait vraiment étonné, surpris ou intéressé. Elle savait profiter de la vie, détrompez-vous, et elle n'aspirait qu'à ça. N'aspirait qu'à être surprise. Comme si c'était là, la clé pour accéder à une sorte de bonheur. Tout était monotone autour d'elle et elle tentait tant bien que mal d'en ressortir une pointe de fantaisie, de changement. Elle évita de relever plus qu'elle ne venait de le faire presque inconsciemment.

Nul besoin de s’enfoncer encore plus. Bref, revenons à l'essentiel. La montre et son micro espion incorporé, le tout, vintage ! La voyant chercher en vain, réfléchissant et soupirant, le jeune homme lui demanda si tout allait bien. "Oui, tout va bien. Je cherchais juste un livre pour appuyer la fin de mon travail mais dieu sait où je l'ai rangé... "Expliqua t-elle en baissant le son de sa voix en fin de phrase, toujours en réflexion. Elle lui sourit. "Mais, pas de problème, je ferai sans. "Aussitôt dit, aussitôt fait, la jeune femme, à l'aide d'une pince fine, semblable à une pince à épiler souleva une protection derrière laquelle se dissimulait une autre protection. Elle devait d'abord retirer celle du dessous sinon elle serait bloquée pour atteindre ce qui l'intéressait. Moyen ingénieux d'emmerder les réparateurs amateurs. Saloperies de technologie. Elle leva les yeux vers le russe. "Je peux vous embaucher quelques instants ? "Ce n'était pas vraiment une question.

Il n'avait pas le choix s'il voulait se débarrasser de ce parasite. Elle lui expliqua donc qu'il devait maintenir la première protection soulevée avec la pince. Rien de bien compliqué. Toutes ces pièces étaient d'une petitesse. Elle se saisit d'une pointe très fine en fer en guise de tournevis. Elle faisait avec les moyens du bord n'ayant pas de matériel adapté à ce genre de situation peu commune. C'était encore plus délicat que les montres dont elle avait l'habitude. Les yeux derrière sa loupe, elle rapprocha sa main gauche. De sa main droite, elle se saisit de la main du jeune homme et la décala légèrement vers son côté afin d'éviter toute ombre qui pourrait obstruer sa vue. Elle s'y attaqua donc.
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Lun 21 Nov - 21:00
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Le Russe observa la réaction de Sid à sa très franche réponse. Elle répondit en souriant, même s'il savait qu'il avait surprise. Si elle le connaissait un peu mieux, elle saurait qu'il n'y avait rien d'étonnant à cela. Alexis avait une envie très complexe, où Eros et Thanatos dansaient régulièrement le tango avec beaucoup de complicité.

La jeune fille ne voyait pas cela du même œil, bien qu'elle ne nia pas le côté divertissant. Alexis avait eu des expériences si intenses qu'il an'aurait plus la possibilité de dénigrer l'acte. Il avait atteint les hautes sphères des plaisirs charnels, et se montra à son tour étonné par le manque d'enthousiasme de Sid sur le sujet. Après, chacun son opinion.

Après ce moment d'égarement, elle revint à ses moutons, et au dilemme que lui posait son adversaire électronique. Elle ne parvenait pas à trouver son ouvrage de référence apte à l'aider et opta pour le défi et le hasard. La confiance en elle, aussi. Alexis devrait l'assister dans cette délicate opération. Le serpent n'avait pas fait dans la dentelle, en prévoyant un système presque impossible à enlever pour les néophytes. Heureusement, Sidhiel était une professionnelle confirmée et passionnée, et le jeune slave avait confiance en ses capacités.

Il obéissait à ses instructions sans rechigner. C'était dans son intérêt, et il discutait rarement les ordres. Il put ainsi observer le minutieux travail de la jeune femme, qui possédait une patience d'ange. Il retira toute résistance de sa main lorsqu'elle la poussa sur le côté avec douceur, répondant à ses silencieuses indications.

Ce n'était pas le moment de la déranger, et il conserva le silence pendant tout ce temps, pour la laisser faire. Il attendit donc qu'elle s'octroie une pause pour vouloir reprendre la conversation.

- C'est parce que vous n'avez pas croisé le bon partenaire.


Il se surprit lui-même à sortir une phrase aussi librement. Devenait-il un séducteur, prompt à séduire hommes et femmes qui lui plaisaient ? Non, ce n'était pas forcément une invitation, juste une constatation. Si les relations sexuelles blasaient tant la jeune fille, cela signifiait tout simplement qu'elle n'avait pas trouvé la perle rare, qui lui fasse découvrir une autre dimension, tout comme lui, qui n'avait découvert les réels bienfaits du sport de chambre que récemment. Jusqu'à ce qu'il en perde l'esprit.
En revanche, si lui savait la vraie signification de sa phrase, comment la réparatrice allait-elle interpréter ses propos ?

- C'est drôle, la façon que vous avez de voir votre vie avec une sorte de fatalité. Vous êtes partie du principe, tout à l'heure, que vous étiez le genre de personne qui ne pouvait pas être appréciée par quelqu'un comme moi.  
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Lun 21 Nov - 21:00
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Sidhiel, concentrée sur la délicate opération qu'elle devait faire resta silencieuse. Retenant presque son souffle à chaque fois que son outil de fortune touchait voire frôlait la deuxième protection. Cela lui demanda plusieurs minutes d'un travail assez intense mais elle en vint à bout. Elle esquissa un léger sourire. Rien ne lui résistait côté mécanique. Elle précisa au jeune homme qu'il pouvait retirer sa main et le remercia. Le plus gros était fait. S'octroyant un temps de pause qui lui servait de réflexion, elle se demandait sous quel angle, elle allait attaquer la suite quand Alexis se permit une remarque sur ses propos d'un peu plus tôt. Elle en fut étonnée. Ce n'était pas une autre question mais une remarque assez troublante venant de sa part. Il est vrai que ce n'était pas difficile de sentir son enthousiasme flagrant concernant le sexe, les gens, tout. Elle était blasée de ça, c'était vrai. Blasée du comportement si anormalement normal des humains.

Blasée que personne ne retienne véritablement son attention. A l'heure d'aujourd'hui, elle n'avait que pour unique attache sa famille et quelques connaissances. Amis d'enfances ou petits copains ? Oubliés depuis longtemps. Elle avait du mal à s'attacher, à trouver de l’intérêt à quelqu'un même si, comme à sa sempiternelle habitude, elle restait de marbre et se comporter comme n'importe qui. Elle restait joyeuse mais ne trouvait pas le moyen de profiter pleinement et véritablement de sa vie, de trouver un réel plaisir aux côtés des êtres humains ou hybrides. Pourtant, ce n'était pas faute d'essayer. C'était frustrant. C'était comme si elle-même s'emprisonnait dans une cage en attendant la bonne clé. Elle se sentit violemment défaillir tout à coup mais elle devait tenir bon, ne rien montrer. Ce petit jeu devenait, comme elle l'avait redouté, si personnel soudainement. C'était effrayant et inhabituel mais elle n'allait certainement pas le rembarrer comme lui l'avait fait.

Ce qui se produisait, ce plongeon forcé dans ses pensées inconfortables, était une conséquence à laquelle elle avait songé avant d'accepter ce jeu de questions-réponses et elle assumerait. Non pas par fierté mais parce que, finalement, ce personnage peu loquace et intriguant était bien le seul a avoir retenu son attention et ce, dès les premières minutes. Il la surprenait. Une sensation qu'elle avait presque oublié. Et puis, elle ne pouvait nier qu'elle était ,malgré tout, satisfaite de le voir délier sa langue et ce, de son plein gré. C'est pourquoi, elle ravala tout le chaos des ses pensées et de ses émotions inexprimées et planta son regard dans ceux du beau russe. Ils étaient alors presque translucides. Comment interpréter sa phrase ? Elle n'en avait aucune idée.  Elle n'y avait pas même réfléchit étant incapable de comprendre son fonctionnement. Il était si changeant par rapport aux premiers échanges qu'ils eurent entretenus.

C'était difficile de se faire une idée. Ne désirant pas le moins du monde s’apitoyer sur son sort, ce qu'elle ne ferai ô grand jamais de vive voix, face à quelqu'un, elle tenta un autre registre, simplement curieuse de voir sa réaction même si elle savait que c'était tâche ardue que de le faire réagir, d'une quelconque façon. «Vous avez raison. J'ai sans doute besoin de quelqu'un qui saurait me surprendre. Comme vous. »Et c'était peur dire ! Sidhiel avait un mal fou à s'impliquer, à prendre du plaisir quand elle ne trouvait aucun intérêt à une personne, objet, films etc. Toute la bonne volonté du monde n'y changerait rien. Il renchérit avec une autre remarque. Décidément ! La première partie de sa phrase était tellement vraie. Son cœur s'accéléra. D'un seul coup, elle se sentait mise à nue face à ce jeune homme qui restait, en grande partie, un inconnu. Il avait percé une partie d'elle qu'elle ne voulait pas montrer.

Elle se sentait désarmée. Comme si elle avait un genoux à terre. Mais juste un. Elle pouvait encore garder son sang-froid et l'utiliserai comme armure. «L'ironie du sort est que je suis la seule responsable de cette fatalité, comme vous dites. »Mais pourquoi diable ne pouvait-elle s'empêcher de se taire ? Pourquoi avait-elle dit ça ? Honnêtement, ce n'était pas l'envie qui lui manquait de se fracasser le crâne contre son bureau jusqu'à ce que mort s'en suive. Mais, comme si de rien n'était, elle embraya sur le reste de sa phrase. A nouveau, elle ne savait pas comment le prendre. C'était un vrai casse-tête humain ce russe ! Alors, à nouveau, elle tenta de le faire réagir. «En effet... »Elle tourna son visage vers lui. «Ai-je tort ? »Demanda t-elle en plantant ses yeux dans les siens.
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Lun 21 Nov - 21:00
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La franchise d'Alexis était connue pour faire mouche. Depuis qu'Enzo lui avait libéré de toute culpabilité, et qu'il avait le droit de donner son opinion, il ne se privait pas pour le faire; D'autant plus que Sid était prête à recevoir ce genre de remarques, d'après ce qu'il avait saisi d'elle dans cette conversation si étrange.

Lui qui avait porté un masque pendant tant d'années avait été mis à mal par une horlogère bien clairvoyante sur lui. Elle l'avait mise à nu, là où beaucoup avaient échoué avant qu'il ne se dévoile. Pourtant, Alexis n'avait pas eu l'impression de trahir son caractère. Cependant, il s'était exposé en n’interprétant pas un rôle, et sans se dépareiller de son côté taciturne et sombre. Mais il ne connaissait pas vraiment sa personnalité, il la découvrait au fur et à mesure. Des personnes comme Sidhiel lui permettrait de l'éclairer, avec sa façon de décortiquer les systèmes complexes.
Cependant, la balance s'inversait, c'était au tour de la demoiselle de subir une introspection. Alexis pouvait percevoir un trouble, même ténu, qu'elle cachait avec talent. Elle-aussi était douée pour dissimuler ses émotions. Cependant, il avait l'habitude d'examiner les gens et deviner leurs émois, afin de mieux les approcher.

Suite à la dernière intervention particulièrement osée du russe, Sidhiel avait quitté sa réparation pour mieux aborder cette discussion. D'après ce qu'il comprenait de la jeune fille, elle avait l'illusion que sa vie n'était qu'une longue ligne droite dont rien ne pourrait les faire dériver. Elle l'avait cependant dit à demi-mot, comme si elle ne voulait pas céder, qu'elle se montrait réticente à l'idée de confier ses pensées secrètes.

" Je devais tout te dire sans détour, mais tu ne veux pas faire de même ?"

Elle-aussi savait faire preuve d'une contenance admirable. Pourtant, elle se trahissait elle-même. Elle ne pouvait s'empêcher de parler, c'était plus fort qu'elle. Il n'avait pas l'intention de qu'elle s'en sorte à si bon compte.

- Oui, vous avez tort.

Il planta directement ses yeux dans les siens.

- Vous m'aviez pourtant bien cerné au début de notre conversation. Vous vous pensez peut-être insignifiante, et que je ne pourrais pas être intéressé par vous. Je ne suis pas d'accord. Si vous me connaissiez vraiment, vous sauriez que je ne me montre pas aussi ouvert ...

Ouvert... Il fallait le dire vite.

- ... avec n'importe qui. Si vous ne m'aviez pas intriguée, je serais resté dans mon coin sans rien dire, en attendant que vous répariez ma montre. Vous ne devriez pas être si critique. Quand bien même vous vous êtes enfoncée et que vous vous en sentez responsable de cet état de fait, à quoi cela sert de revenir en arrière ?

" Tu donnes des leçons aux autres que tu ferais mieux de t'appliquer toi-même, Alex..."

- A vous de voir maintenant ce que vous voulez. Continuer comme ça, ou changer. Si vous cherchez quelqu'un qui puisse vous surprendre, Je suis votre homme.

Et il esquissa un vrai sourire.
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Lun 21 Nov - 21:01
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A sa question, elle attendait la réponse, perchée sur les lèvres du jeune homme. Impatiente serait le mot la décrivant le mieux à cet instant de la discussion. Lui aussi planta ses yeux dans les siens et lui déclara que oui, elle avait tort. Il embraya directement sur ses arguments. Il n'avait jamais autant parlé de son plein gré et d'affilé. Détail certes mais détail intéressant et agréablement surprenant. Elle aurait pu relever, le contre-dire sur ses conseils mais non. Déjà parce qu'il n'avait pas complétement tort, mais ça c'était toujours plus facile à dire qu'à mettre en œuvre, mais aussi parce que, finalement, il était en train de lui dire qu'elle ne le laissait pas indifférent. Ses paroles lui volèrent un léger sourire qu'elle ne prit pas la peine de dissimuler. Toute fois, sa dernière remarque la laissa sans voix extérieurement et, intérieurement l'espace d'un instant. C'était sa remarque mais aussi le sourire qu'il esquissa alors en accompagnement.

Il n'était pas narquois ou suffisant comme elle avait déjà pu le voir sur son visage depuis son entrée dans son appartement. Non. Celui là était différent. Il n'avait rien avoir avec les autres. Il semblait, non, il était, de cela elle en était certaine, sincère. Le tout l'a désarma totalement. Le deuxième genoux à terre, elle ne put garder son irréprochable sang-froid. Il y avait une faille dans son armure. Pire que tout, une faille visible pour autrui. Visible pour Alexis. En effet, ses lèvres tremblèrent légèrement tandis que son regard se détournait des beaux yeux du russe. C'était léger, infime mais cela n'échapperait pas au jeune homme. Au contraire. Elle sentait son regard sur elle, dans ce moment de faiblesse, selon elle, et c'était insupportable. Désemparée, elle ne savait quoi rétorquer. Elle n'arrivait plus à réfléchir. Il fallait absolument qu'elle se calme, qu'elle se reprenne.

En essayant tant bien que mal d'appliquer ses conseils internes, elle tenta de recroiser les yeux qui lui faisaient face, s'y plongeant et s'y perdant. Elle repensa alors à ce qu'il venait de dire et c'était reparti pour un tour. Elle sentit même un peu de chaleur grimper, à son insu la plus totale, à ses joues afin de donner un peu de couleur à son teint. Putain... Elle se sentait si vulnérable tout à coup. Que ce léger sourire sur son visage s’efface pour qu'elle puisse enfin reprendre ses esprits ! Et c'est à ce moment précis qu'elle comprit. Elle comprit qu'il avait raison. Il la surprenait depuis le début mais là, c'était viscérale. Ce qu'il lui fallait, c'était lui. Cet homme si mystérieux qui venait de percer son armure. Elle était loin d'être chaos, il en faudrait beaucoup plus mais tout de même, l'exploit était bien réel et concret. Pour cette bataille, il l'avait battu à son propre jeu mais elle n'était pas mauvaise perdante.

Elle se ressaisit, comme si ses pensées étaient devenues plus claires un court moment, et en profita pour trouver ses mots. «Dans ce cas, je n'ai plus besoin de chercher. »Dit-elle d'une voix douce. Elle le regarda et poursuivit. «Je ne doute pas un instant que vous puissiez me surprendre puisque c'est déjà le cas. Oserais-je toute fois vous demander... »Elle était à nouveau calme, ayant maitrisé ce flux soudain d'émotions fortes mais juste calme. Ce n'était plus vraiment du sang-froid. Elle s'approcha un peu plus. «Pouvez-vous me surprendre plus encore ? »Intérieurement, elle se battait entre l'idée de continuer cette conversation et celle, toujours, de se fracasser le crâne contre son bureau. Mais là, c'était plus fort qu'elle. Tant pis pour le contrôle, la justesse des mots et le sang-froid de chacun de ses traits de son visage. Tant pis. Elle avait envie de laisser tomber les armes, même un court instant.
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Progressivement, Sidhiel perdait pied, le brun l'avait vraiment décontenancé. Il en déduisait qu'il avait touché juste. Elle lui faisait presque de la peine d'avoir dû la renvoyer dans ses derniers retranchements. Cependant, il n'était pas adepte des détours et de la subtilité, depuis qu'il avait retrouvé sa langue. Ses paroles étaient brutales quand il ne mettait pas les formes.
Jusqu'alors, Alexis n'avait jamais vraiment parlé. Avec Pearl, une partie de sa nature était venue à lui, mais pas sur ce plan. Avec Enzo, il avait pris le parti de confier ses pensées, quitte à déplaire. Son analyse fine d'autrui l'avait empêché de basculer là où d'autres de ses collègues avaient chuté. A savoir la perte définitive de leur humanité. En cherchant à comprendre le fonctionnement des gens, leurs choix, il avait détesté durant des années son travail, car la mort était d'autant plus douloureuse qu'il considérait ses victimes comme des humains, et non comme des denrées dont la date de péremption était atteinte. Cette métaphore, particulièrement effrayante, fut hélas, tenue par son ancien camarade de chambrée, après qu'il eut perdu tout sens moral et apprit à se réjouir de son métier.

Ainsi, il avait su garder l’œil sur autrui et était devenu fin psychologue. Il le prouvait une fois de plus, au point d'avoir quelque peu bousculé les certitudes de Sidhiel. Cependant, elle ne prenait pas trop mal ses remarques, et s'en remit plutôt vite, retrouvant sa sérénité coutumière, du moins dans son attitude corporelle. Ou presque, car une sorte de flamme l'animait à présent, éclaircissant ses pupilles d'une volonté nouvelle qu'elle n'avait pas à l'origine de leur singulière rencontre. Le slave ne pouvait que la croire quand elle disait qu'il pouvait l'aider à changer. Leur volonté personnelle était l'antithèse de l'autre : Sidhiel cherchait l'exceptionnel et l'étonnement, là où Alexis caressait l'espoir de la banalité et de l'habitude. Le destin devait aimer les paradoxes.

- Si être surprise est ce que vous souhaitez, j'ai en moi ce qu'il faut pour cela.


Effectivement, avec le recul, il constatait que l'homme d'autrefois, répondant au doigt et à l’œil de sa propriétaire, rigide et prévisible, devenait au contact de l'ordinaire multitude plus incontrôlable. Tous ceux qui le connaissaient auraient-ils pu imaginer qu'il serait tombé amoureux de Pearl, qu'il aurait proposé une pratique sexuelle déviante à son nouveau patron, qu'il puisse être vexé par une maladroite bavarde de 18 ans après lui avoir sauvé la mise dans un centre commercial ?

- Seulement, je suis obligé de vous demander de terminer notre office...

Il désigna la montre, et fit un geste vers son oreille pour lui signifier le danger d'une conversation à cœur ouvert en présence d'une audience pirate.

-  ... Afin que nous puissions boire un verre ensemble ?
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Encore une fois elle était suspendue à ses lèvres, au moindre son qui allait en sortir. C'était comme si tout se jouer maintenant, à cet instant bien précis, sans qu'elle ne sache réellement elle-même ce qui était en jeu. L'attente, aussi courte fut-elle, était une torture sans nom. Alexis y met rapidement un terme en affirmant qu'il était celui qu'il lui fallait pour être surprise. Étant le seul depuis bien longtemps à l'étonner de la sorte et surtout à susciter son intérêt, c'était l'évidence même mais l'entendre de sa bouche était alors une bénédiction qui lui arracha un soupir intérieur. Néanmoins, avant tout autre chose, il fallait qu'elle termine de désactiver le micro-espion. Il le lui rappela par quelques mots et deux gestes bien significatifs. Elle l'avait complétement oublié celui-là et n'y pensait plus du tout. Alors que c'était toujours la machine et ses systèmes si complexes qui l'intéressait, là, c'était le jeune homme qui leur voler la vedette.

Et c'était peu dire. "Je... Oui... Vous avez raison, je m'y remets de suite. "Elle ne pouvait nier qu'elle était désemparée par l'être en face d'elle, physiquement comme mentalement. Ce serait de la mauvaise foi pure et dure. Parce qu'il le fallait bien, Sidhiel reporta son attention sur le micro-espion, se focalisa dessus quelques minutes, afin de s'assurer de sa concentration, avant de continuer son ouvrage. Les protections étaient alors toutes deux retirées. Il ne restait plus qu'à désactiver les quelques circuits qui se trouvaient en-dessous de ses dernières. Elle dut s'y reprendre à plusieurs fois, les outils n'étant pas assez adaptés à ce type de travail, ce qui la fit jurer à quelques reprises. Elle était d'une patiente extrême pour ses montres mais l'électricité, elle l'avait en horreur et celle-ci semblait bien lui rendre. C'était son talon d'Achille mais elle en vint à bout plus facilement qu'elle ne l'aurait cru. Quoiqu'il en soit, elle réussit à couper toute électricité de ce petit objet.

La menace était éradiquée mais, au cas où, elle commença à le démonter entièrement. La prudence était de mise. Le micro était petit mais les pièces incroyablement nombreuses. De longues minutes plus tard, le système d'espionnage était littéralement dépecé. Plus aucune pièce n'était en connexion avec une autre. Toute liaison était coupée. La jeune femme retira les pinces qui retenaient sa frange ainsi que son élastique qui commençait à tirer un peu trop. Elle passa ses mains dans ses cheveux qui retombèrent caresser la courbe de son dos jusqu'à ses fesses et elle s'étira. Son dos et sa nuque la faisaient toujours souffrir après un moment intense de travail. Elle avait beau en avoir l'habitude, son corps, lui, n'était pas du même avis. Elle se leva pour farfouiller dans une caisse se trouvant un peu plus au fond de l'atelier et en revint avec une petit boite où elle y plaça chacune des pièces du micro-espion.

Elle la tendit au jeune homme. "Plus de soucis à se faire niveau écoute. "Dit-elle en souriant. Cela devait être un soulagement pour lui, l'air de rien. Étant professionnelle avant tout, surtout par la force de l'habitude, elle se rassit et se pencha vers la montre qui était, certes sans plus aucun micro, mais toujours dysfonctionnelle. "Niveau heure, c'est pas encore ça alors je m'y remet. "Elle n'en avait pas envie du tout. C'était bien la première fois d'ailleurs mais le boulot, c'était le boulot. Elle débarrassa alors son bureau de tous les outils qui avaient servi pour le micro mais qui seraient inutiles pour s'occuper de la montrer. Elle était presque totalement démontée. Il n'y avait quelques réglages à faire propre à ce type de montre et la nettoyer pour lui donner un petit coup de neuf. Un jeu d'enfant en somme !
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Lun 21 Nov - 21:01
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La déception était compréhensible. Mais patience étant mère de sûreté, autant attendre que toute présence nuisible soit effacée. A regret, Sidhield se pencha à nouveau vers la montre, retrouvant rapidement sa concentration malgré cette diversion de quelques minutes qu'il lui avait offert.
Bien que ce fut à peine perceptible, elle trahissait des gestes d'agacement face à ce micro qui lui résistait. Si une montre ne consistait qu'à accueillir des engrenages dont la mécanique, même complexe, pouvait couler de source, l'électronique en revanche se montrait plus capricieuse, et susceptible de poser des pièges difficiles à contourner. Pourtant, la jeune femme ne baissait pas les bras, et son perfectionnisme lui parvint à mener son combat à bout contre le micro récalcitrant.

Tandis qu'elle retira l'engin et qu'elle l'achevait délicatement, chaque composant qu'elle dégageait de son cœur comportait une décharge symbolique pour celui d'Alexis. Une connexion de fil était une autre en moins avec son passé. Le dernier instrument de son asservissement, si minuscule et pourtant possédant un fort ascendant dissuasif, se réduisait bientôt à de simples pièces détachées qu'il pourrait écraser du pied pour un soulagement ultime.  
Il ne quittait pas la mécanicienne des yeux, hypnotisé par ses mains qui lui rendaient un service à un point dont elle n'avait pour le moment aucune idée. Mais bientôt, elle comprendrait. Il ne ratait aucun de ses gestes ; sa main dans ses cheveux. Il détaillait son corps, tendu par l'effort. Une fois son travail terminé, elle regroupa les morceaux qu'elle lui donna, tous regroupés dans une petite boîte.

Elle lui parlait, mais il n'était pas sûr de l'entendre. Ses yeux se focalisaient sur les petits débris qu'il avait dans la main. Alors qu'elle reprenait place pour s'occuper de la montre de son père, avec un plaisir bien palpable de revenir à ses premiers amours, loin des organismes étriqués de l'espion électronique, il ne lâchait pas sa boite et son contenu.
Le dernier lien. Un adieu. Pour de bon. Il songea à tout ce qu'il s'était passé pendant toutes ces années, et ces derniers mois où tout avait basculé à une vitesse qu'il en avait le vertige. Fini, le Serpent ? Était-ce vraiment possible ? Enzo l'avait assuré. Il avait tout fouillé, tout changé, mis à part son arc, du matériel spécifique pratique en cas de fuite, et ce cadeau paternel. Il avait passé sa suite au peigne fin, et rien ne lui avait échappé. Hormis ce micro. Qui était là.

Une vague d'émotion le traversa de tout son être. Depuis la joie intense qui le prenait à l'idée de pouvoir être maître de sa vie (enfin, dans une commune mesure, l'indépendance totale lui faisait encore peur), jusqu'à une colère profonde qui s'amplifiait à chaque souvenir marquant de sa pénible existence. Si Sidhiel n'avait pas été là, il aurait envoyé le petit contenant contre le mur et y aurait mis le feu. Mais ne pouvant laisser sa rancune s'installer en présence d'un témoin, il se contenta de se lever, et de se remettre en position debout, contre l'encadrement de la porte, la tête tournée dans la direction opposée à l'atelier. Ses poings se serraient au point de lui blanchir les jointures. Des tremblements manquaient de le saisir ; il se mordit les lèvres jusqu'au sang et laissa couler une larme unique. Il devrait attendre avant de laisser s'exprimer pleinement tout ce qu'il contenait en lui.
Tranquillisé par l'obsession de la réparatrice en tête à tête avec les rouages, il se reprit et essuya sa joue d'un revers de la main, avec une discrétion telle que personne ne pourrait deviner ce qui se jouait en lui.

La demoiselle ouvrit la bouche et émit un son. Il sortit de sa rêverie, et incapable de saisir ses dires, tourna la tête vers elle et l'interrogea du regard sur son intervention.

- Excusez-moi, vous disiez ?
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Tandis qu'elle planchait à nouveau sur la montre elle-même, le jeune homme semblait ailleurs, dans ses pensées. Il devait y être immergé profondément car il ne répondit pas à ses quelques mots. Elle n'avait aucune idée du comment du pourquoi de ce micro et elle était sans doute loin de la vérité avec ses hypothèses qui restaient de simples idées passées en coups de vent dans sa tête. Elle était donc loin d'imaginer ce que pouvait représenter ce micro démantelé de toutes ses pièces qui, maintenant, reposait dans cette petite boite. De ce fait, elle préféra le laisser tranquille et resta silencieuse, se concentrant sur la montre qui était alors décomposée entièrement. De ses outils, elle régla le problème en moins de temps qu'il ne fallait pour le dire. C'était son domaine et elle aurait pu le faire les yeux fermés.

Ceci fait, elle ouvrit un tiroir et en ressortit un torchon ainsi qu'un produit adapté qu'elle appliqua de quelques gouttes sur ce dernier avant de commencer à nettoyer chacune des pièces de la montre, aussi minuscules étaient-elles. Cette partie du travail la détendait beaucoup. Elle avait alors l'impression de se vider l'esprit en essuyant au maximum les traces de saleté incrustées par l'usure sur les mécanismes. Les pièces étaient nombreuses, bien plus que ce que le petit appareil semblait pouvoir contenir. Toute fois, le nettoyage fut rapide et elle commença à remettre chaque pièce à sa place pour que la montre du jeune homme puisse à nouveau émettre ce son incessant qui résonnait comme une mélodie à ses oreilles. Elle s'y attelait méthodiquement quand Alexis se leva, toujours sans un mot, et se posa à sa place initiale : l'encadrement de la porte.

Son visage tourné alors à l'opposé de l’atelier lui était inaccessible. Son regard d'un bleu ciel se posa sur la boite contenant le micro, du moins, ce qu'il en restait. Elle s’interrogeait en silence. Il fallait être aveugle, non, juste complétement idiot, pour ne pas remarquer qu'Alexis avait un lourd passé derrière lui. Ce micro était inattendu et ne devait, de toute évidence, pas être dans cette montre. Cela avait du être un retour de coup de fouet pour lui. Qu'importe la symbolique s'y rattachant, c'était loin de lui être agréable ou de lui remémorer de bons souvenirs. Une nouvelle fois, elle le laissa dans ses pensées un moment et continua son assemblage de pièces. Elle en voyait le bout mais n'y voyait aucun mérite. C'était chose aisé pour elle. Malgré elle, elle éleva la voix car son comportement était différent. Sa posture était renfermée. Ce n'était plus du sang-froid comme au début. "Est-ce que ça va ? "

S'enquit-elle auprès de lui tout en finissant d'assembler et en effectuant les derniers réglages à la montre. En un rien de temps, elle était redevenue complète et en état de marche. Quelques secondes s'écoulèrent et le jeune homme tourna la tête vers elle et lui demanda de répéter. Il était clairement ailleurs. "Rien d'important. "Dans ce genre de moment, même si elle ne savait pas quel était véritablement ce "moment", c'était la question qui tuait. Elle préféra ne pas la répéter. Un petit bruit retentit. Elle venait de relier le cadran aux deux extrémités du bracelet de la montre. Son travail était terminé. Sidhiel leva la tête pour prendre l'heure sur une de ses horloges et régla la montre du client qui maintenant était comme neuve. Enfin, c'était tout comme ! Elle passa sa main sur sa nuque qu'elle remua légèrement des deux côtés, étant ankylosée puis, la montre à la main, elle se leva et prit place devant le jeune homme. Elle saisit une de ses mains qu'elle amena vers elle et passa autour de son poignet la montre. "Vous voilà à l'heure... "Elle ajusta le bracelet, le ferma et leva les yeux vers lui. "... Et libéré de ce micro et de son emprise sur vous. "
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"Est-ce que ça va ?", avait-elle dit ? Avait-il bien saisi ? C'était drôle, mais il ne pouvait trancher à cette question pourtant d'une extrême simplicité. Oui, il allait bien, du moins il le devrait, mais il ne réalisait pas complètement, son esprit était encore embourbé de cet étrange galimatias d'émotion qu'il tentait de repousser afin de garder sa rigidité d'apparence.
Sidhiel reprit la parole, effaçant volontairement ses paroles. Elle réalisait que la question était peut-être déplacée, ou qu'elle ne voulait pas insister pour le gêner. Il lui en fut reconnaissant, car il ne pouvait trancher sur cette question. Ses sentiments étaient tout embrouillés, il ne parvenait même pas à savoir ce qu'il ressentait réellement. A part qu'il mourait d'envie de s'enfuir en courant s'exiler dans la montagne pour pousser un cri tonitruant, contenant tout ce qu'il avait sur le cœur : sa joie, sa délivrance, sa peine, sa douleur, sa rage, ses regrets. Mais il avait un témoin, et ne pouvait se permettre de se lâcher ainsi. Ce serait inconvenant. Et ce n'était pas à cette jeune fille de subir ses frasques émotionnelles.

La réparatrice vint enfin à bout de son ouvrage, dans un silence presque religieux, et le rejoignit. D'une main douce et chaude qui le rassérénait, elle lui confia la montre qu'elle lui positionna, avant de conclure d'une phrase qui faillit lui couper le souffle, tellement elle était prononcée avec innocence et ignorance, mais évocatrice. Ses jambes n'étaient plus que du coton, d'autres larmes menaçaient de monter rejoindre la première. Lui qui n'était pourtant pas si sensible devenait démonstratif.
Se reprendre devenait nécessaire. Bien que la jeune femme soit une personne gentille, attentionnée, et clairvoyante, elle restait encore une inconnue, et il ne permettrait pas de se donner en spectacle tant qu'ils ne seraient pas plus intimes.

Il avait toujours en tête les réactions d'Enzo et de Pearl (mais surtout celle d'Enzo). Quand il avait confessé la dureté de son existence, sa souffrance, effondré sur le sol et sanglotant, le loup n'avait pas fait preuve de tact en parlant de "jérémiades". Si par la suite, grâce à la renarde, le mafiosi se montra plus magnanime, Alexis n'avait pas oublié sa première réplique et craignait à présent de se décharger sur son passé. D'où la dissimulation de son visage de tantôt, et la lutte intérieure qu'il menait à présent depuis les derniers mots de Sidhiel.

Le jeune russe devait se reprendre. Mais cela n'allait pas être évident. Il avait fait une promesse, il l'accomplirait. D'une voix qu'il espérait la plus neutre possible (mais qu'il savait éraillée par sa gorge serrée), il la remercia pour la montre, avant d'ajouter...

- Comme promis, je répondrais à vos trois questions.
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Les yeux posés sur lui, elle remarqua un changement, très léger et subtil, mais bel et bien là. Étaient-ce les paroles qu'elle venait de prononcer ? Ou bien simplement le micro en lui-même ? Sans doute, l'assemblement de tous ces petits événements qui avaient une véritable et profonde signification pour le jeune homme. Du moins, c'est ce qu'elle put en conclure par sa posture renfermée d'un peu plus tôt, par ses yeux devenus légèrement humides et surtout par sa voix qui n'était plus aussi assurée. Il avait l'air de se contenir tout entier. Chacun de ses gestes. Seule sa voix l'eut trahie. Elle avait l'impression que cela lui avait coûté un effort presque surhumain pour prononcer ces quelques mots et, pourtant, il allait devoir en dire bien plus pour répondre aux trois questions auxquelles elle avait maintenant le droit.

Le voyant de la sorte, elle se dit un instant qu'elle devrait peut-être se rétracter sur ce "mode de paiement" bien singulier mais qui l'intéressait bien plus que l'argent. Selon elle, il était sur le point de craquer. Allait-elle le pousser jusque dans ses derniers retranchements ? L'opératrice en horlogerie était bien placée pour savoir que c'était désagréable de parler de soi. Elle comprenait. Puis, après quelques minutes de réflexion, elle se dit qu'elle allait les lui poser malgré tout. Il l'avait proposé lui-même, sans être forcé. Il savait bien à quoi il devait s'attendre et il était beaucoup trop intriguant à ses yeux pour le laisser s'en sortir sans lui soutirer des informations. A son tour de briser son armure, d'y faire une faille et de voir un aperçu de ce qui s'y dissimulait. Pour une raison qui lui était inconnue, elle avait envie de le connaître un peu plus. Qu'il dépasse le statut de "simple client".

Oui, c'était décidé. Elle avait le droit à trois questions et elle ne se priverait pas. Elle devait bien réfléchir et, surtout, bien choisir ses mots. Sidhiel s'appuya contre l'autre côté de l'encadrement de la porte, faisant face au jeune homme, se trouvant lui aussi contre ce dernier. Il n'y avait alors que très peu de distance entre eux deux. Elle croisa les bras et le regarda. Il y avait tant de choses qu'elle voudrait savoir. Par quoi commencer ? Il était mystérieux en bien des attraits. Le choix était difficile. Néanmoins, son regard fut attiré par le micro en pièces détachées. Évidemment ! Depuis le début elle s’interrogeait sur la présence de ce dernier dans la montre d'Alexis. C'était peu commun ce genre de problème. En réalité, dans une vie banale, ce genre de choses n'arrivait pas. Elle n'existait même pas. Elle avait sous les yeux la base de son questionnement.

Les réponses et informations qu'elle espérait tant avoir sur lui se trouvait sans doute à la racine de ce micro. Oui. Elle devait se concentrer là-dessus pour l'instant. Ce serait un bon point de départ. Ayant fait un choix, elle resta, toute fois, silencieuse un moment. En réflexion plus précisément. Elle cherchait la bonne formulation pour en savoir le maximum par question. Ce que c'était jouissif de pouvoir assouvir sa curiosité ! C'était un très vilain défaut surtout dans cette situation, elle le savait bien. Là, ce n'était plus un jeu. Elle ne le voyait plus de la sorte en tout cas. Ses yeux se plantèrent dans les siens. "Très bien. Alors, voici ma première question : ce micro qui se trouvait dans votre montre était là pour une raison qui, selon moi, expliquerait votre situation, travail, condition, appelez cela comme vous voulez. Qu'en-est il véritablement ? "
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Lun 21 Nov - 21:02
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Sidhiel ne voulait pas lui faciliter la tâche. Alors qu'il fuyait en se cachant du mieux qu'il pouvait en tournant la tête, elle se plaça bien en face de lui, en croisant les bras. Alexis comprenait cette position comme un "j'y suis, j'y reste", et serait inflexible. Il pouvait très bien mentir. Mais il avait fait une promesse. Et la jolie brune était assez futée pour détecter si quelque chose n'allait pas, même s'il mentait parfaitement. Car il était sur la défensive. Et qu'il ne pourrait faire deux choses à la fois : contenir cette pression qui montait en lui et simuler.

Il respira un bon coup avant de se lancer ; elle l'avait fait attendre avant de parler. Trois questions. Comme les trois vœux réclamés auprès d'un génie, l'erreur serait fatale, la bonne formulation et le bon choix se réfléchissaient pour ne pas le regretter ? Au moins serait-elle satisfaite et sa curiosité rassasiée. Mais jusqu'où irait-elle ? Il l'avait prévenue ; cela pouvait être dangereux, parfois, de connaître les gens. Mais cela ne la freinait aucunement ; le savoir dépassait la peur et l'appréhension.

Alexis s'était attendu à une question plus directe. Cette formulation l'arrangeait. Il pouvait encore tourner autour du pot sans lui annoncer le fin mot de l'histoire. D'ailleurs, quand elle apprendrait son métier, réagirait-elle toujours avec la même candeur ou prendrait-elle peur ? Le jetterait-elle dehors ? Ou encore n'y croirait-elle pas et se moquerait de lui ? Ou l'accuserait-elle d'affabulation ? La question du micro était une introduction progressive vers la suite. Il commença donc sa confession à une personne totalement étrangère à son milieu. C'était une grande nouveauté pour lui.

- Vous avez compris. Ce micro est en effet relatif à mon travail. Du moins, indirectement. Je suis venu vous voir car je craignais que l'on ait caché quelque chose dans cette montre, ce qui expliquait son dysfonctionnement. Il a été placé à mon insu, pour connaître mes faits et Il ne provient pas d'un ennemi, mais de mon employeur, afin de vérifier si j'accomplis mes actes comme il se doit, et que je ne trahisse pas mes devoirs envers lui. Je ne parlerais donc pas d'espionnage, mais plutôt d'un mouchard.

A question imprécise, réponse imprécise. Il demeurait dans le vague, tout en apportant des précisions. Il aurait bien voulu ne pas lui apporter une piste pour qu'elle recadre son interrogatoire ; mais elle était intelligente, elle rectifierait forcément le tir.
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Lun 21 Nov - 21:05
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La réponse d'Alexis était à l'image de ce qu'il avait refléter lors de leur petit jeu de tout à l'heure. Elle n'avait pas voulu changer d'avis sur ces trois questions. Il n'en était pas question. Cependant, malgré cette promesse, il répondait comme cela l'arrangeait le mieux. C'est-à-dire, en esquivant le plus possible et le tout avec subtilité. Elle ne put s'empêcher d'esquisser un sourire. Il avait vraiment quelque chose à cacher celui-là. Le fait qu'il réagisse de la sorte ne faisait qu'attiser sa curiosité. C'était comme s'il mettait lui-même de l'huile sur le feu. Très bien. Ses yeux ne le quittèrent pas un instant. Elle allait être plus directe, le mettre au pied du mur et l'obliger à parler. Sa soif de connaissance était trop forte et avait été longuement mise à l'épreuve de la patiente. Là, elle ne tenait vraiment plus. Il fallait qu'elle sache ce qu'elle ignorait de lui. L'ironie était qu'elle voulait à tout prix savoir quelque chose sans savoir sur quoi cela portait.

Mais le regard du russe comme son comportement et ses esquives la poussaient à aller dans ce sens. Puis, malgré cette tentative, il lui avait donné des pistes et elle saurait s'en servir. Le micro, comme elle l'avait déduit, était bel et bien relié à son travail. Il parlait de ce dernier d'une manière bien étrange. En effet, quel genre de métier incluait qu'un patron surveille les faits et gestes de son employé ? Surtout, à son insu la plus totale. Actes, devoirs ? Non, décidément, tout sonnait faux et inhabituel dans ce soi-disant travail. Bon sang... Qui était donc ce jeune homme en face d'elle ? Quels actes, justement, avait-il bien pu faire qui nécessite un mouchard dans sa montre ? Alors, d'innombrables questions se bousculèrent dans sa tête. Elle savait quelle question poser mais pensait à tellement d'autres en même temps. Pour la jeune femme, c'était agréable de se sentir autant emporté par quelqu'un.

Elle avait une envie folle et incontrôlable de savoir, de le connaître, de s'impliquer bien que cela ne la concerne pas et que cela pourrait être dangereux pour elle. Diable, ça, c'était bien le cadet de ses soucis. Ça ne pouvait que mettre un peu de piment dans sa vie. Alors, autant mettre carte sur table et jouer franc jeu. "Quel est ou était, je ne sais pas si vous l'exercer encore, le travail que vous faites ou faisiez exactement ? "Elle décroisa ses bras, s'écarta de l'encadrement de la porte pour s'approcher du jeune homme, franchissant soudainement la distance sociale acceptable entre deux personnes presque inconnues l'une envers l'autre. Maintenant presque nez à nez avec le russe, elle ajouta d'une voix qui se voulait plus suave : "Et je ne parle de votre soi-disant travail en tant que professeur de tir à l'arc mais de ce travail qui inclut de telles mesures, comme ce mouchard, de la part de votre employeur. "Elle s'approcha de son oreille et murmura encore : "Ne lésinez surtout pas sur les détails... "
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Lun 21 Nov - 21:06
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Il s'était piégé tout seul et ne devait s'en vouloir qu'à lui-même. Il s'interrogerait sur ses propres intentions. Depuis le commencement, il gardait une lourde part de responsabilité. D'accord, la montre était un objet précieux, seule mémoire de sa famille disparue. Pour un orphelin, elle représentait beaucoup. Pour autant, il soupçonnait l'anguille sous la roche, et s'était malgré tout rendu chez cette dame. Sa prévision se réalisa, et que Sidhiel soit curieuse ou non ne changeant rien à la donne. Si, elle l’aggravait, mais les dés étaient jetés.

Sidhiel ne faisait cependant pas dans la dentelle, son insistance de roquet lui prouvait qu'elle ne le lâcherait pas. Qu'elle le voit lâcher prise ne la déculpabilisait pas. Au contraire, elle en profitait pour s'insinuer dans la brèche et attaque encore plus fort. La méchanceté était exclue de son comportement ; son désir de savoir passait par dessus toute convention, dont le respect de sa douleur. elle n'était pas sotte, elle avait bien vu qu'il se décomposait graduellement depuis qu'ils échangeaient.

Histoire de prouver sa détermination avec plus de force, elle quitta son perchoir pour se rapprocher de lui, sans aucun tabou. Elle le cloua du regard. Bien qu'il la dépassait sur de nombreux centimètres, il se trouvait tout à coup tout petit, soumis à un interrogatoire, la séduction en plus.
Que faire à présent qu'il était au pied du mur ? La faire taire en l'embrassant ? Inutile de nier, cette envie le démangeait depuis un moment. Surtout si elle murmurait ainsi à l'oreille.

Ses mains s'agrippèrent avec force à sa chemise, la froissant sous la pression. La tension montait en lui, inexorablement. La boule d’émotion qu'il maintenait en lui n'attendait pas grand chose pour une résurgence brutale dont il ne pourrait prévoir l'effet. Il se colla au cadre de la porte, mais il ne pouvait s'échapper plus loin. Son regard se durcit brutalement, chargé d'une rancœur qui sous-entendait : "Tu m'y as forcé, il va falloir assumer". A nouveau glacial (sauf dans la voix toujours aussi rauque), il s'exprima.

- J'ai bien saisi la nuance, je vous remercie.

Une phrase aussi tranchante qu'une lame de rasoir.

- J'étais un assassin au service d'une branche de la mafia russe. Ma liberté a été récemment achetée. Et grâce au retrait du micro, je peux me considérer entièrement délivré. J'ai tué tellement de personnes que je serai incapable de renseigner votre souci du détail.

Le volume de sa voix baissait. Il était en colère contre Sidhiel. Contre le Serpent. Contre le monde entier. Et contre lui : la honte l'emplissait totalement.

- Et au cas où vous penseriez que je me moque de vous...

Il prit la feuille sur laquelle ils avaient communiqué à l'abri du micro. Il la lança, en l'air, dans les airs. La feuille allait chuter en virevoltant. Avec une rapidité extraordinaire, il sortit la flèche qu'il avait en permanence sur lui, cachée dans la ceinture de son pantalon, et la projeta en direction de la feuille, qui se planta dans le mur du fond, sans avoir eu le temps d'amorcer sa descente.
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En s'approchant de la sorte vers lui, ses paroles pour armes, elle savait qu'elle le piégeait, qu'elle le mettait au pied du mur. Lui aussi le savait. Sa question était pertinente et semblait toucher le point sensible de toute cette histoire. Le russe tentait tant bien que mal de se contrôler en rejetant toute cette pression au bout de ses mains qui serraient avec force sa chemise. Difficile de ne pas le remarquer. A sa première remarque, elle était sûre et certaine alors d'avoir touché la corde sensible. C'était bon signe. Pour elle. Et finalement, il répondit à sa deuxième question. Sidhiel ne sourcilla même pas d'un sourcils à cette réponse qui, pourtant, était tout sauf habituelle. Ce n'était clairement pas le genre de choses que l'on disait lors d'une discussion de comptoir ou au café du coin. Au contraire, elle esquissa un sourire, ravie de cette réponse qui ne décevait pas ses attentes.

En effet, elle s'attendait, depuis un moment, à ce type de réponses. Après tout, il n'y avait que ce genre de "métier" qui pouvait justifier la présence d'un micro. Avant même qu'il ne fasse une petite démonstration de ses talents dont elle ne doutait pas, elle le croyait. Tout son être, son comportement semblait marqué par quelque chose qui le rongeait. D'ailleurs, elle trouvait étrange que sa voix avait baissée lors de cette révélation. Avait-il honte de ce qu'il avait été ? Cela voulait dire qu'il avait honte de ce qu'il était maintenant, en ce moment même. Cela, elle avait du mal à le saisir. La jeune femme était aussi banale que n'importe qui. C'est pourquoi, elle aurait du prendre peur de cet homme qui avait du sang sur les mains, s'éloigner de lui, marquer une distance pour se sécuriser. Peut-être même aurait-elle du lui dire de s'en aller immédiatement.

Mais non. Elle n'était pas comme ça. Ses yeux restèrent dans les siens pour éviter toute distanciation. Elle était d'autant plus intriguée voire fascinée. Elle ne l'expliquait pas. C'était comme ça, un point c'est tout. Il n'y avait non plus aucune pitié dans son regard. Pourquoi faire ? "Ne soyez pas sur la défensive, Alexis. Je ne vous juge pas et ne me le permettrai en aucun cas. "Répondit-elle d'une voix douce. Elle ne pouvait s'imaginer ce qu'il avait du endurer et faire au nom de cette mafia pour laquelle il avait travaillé. C'était sans doute inimaginable d'ailleurs. Cela devait être dur de s'en extirper et de vivre normalement. Tout cela expliquait son comportement renfermé et distant ainsi que ces échanges, toujours très brefs. C'était ironique. Leur situation. Elle qui cherchait tant le surprenant, lui était en recherche d'une vie normale, comme celle de n'importe qui.

Toujours nez à nez avec lui, elle poursuivit, tout en s'étonnant de rester aussi calme : "Je ne peux imaginer ce que vous avez du endurer mais vous êtes libre à présent. Qu'importe ce que vous avez fait, cela fait parti de vous et vous ne pouvez le nier. Loin de moi l'idée de vous donner de conseil ou de vous faire la morale mais... " Elle s'approcha un peu plus de lui. Elle n'avait pas peur de lui, pas même une once de peur ne se faisait ressentir dans tout son être et elle voulait le lui montrer. "... N'ayez pas honte de ce que vous êtes. "Cela ne servait à rien. Revenir en arrière était impossible. Il était devenu ce qu'il était grâce à ce passé, aussi méprisable était-il. Il n'était pas trop tard pour lui. Il pouvait vivre librement. Il devait juste apprendre à le faire normalement. Pour le moment, elle se contenta de dire cela sans lui poser sa dernière question. Elle n'était pas pressée et n'avait pas envie de la lui poser tout de suite. Lui laisser du répit semblait nécessaire.
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A son tour d'être surpris : Alexis ne s'attendait pas à autant de calme et de détachement après une annonce pareille. Etait-ce ainsi qu'elle recevait la nouvelle, de la même manière qu'il aurait avoué être boulanger ? Il lui avait même fait une démonstration de son art et elle n'avait même pas cillé. Incroyable... Tant de personnes auraient tremblé, se seraient enfuis en courant ou seraient restés cois. Comment faisait-elle pour rester neutre devant l'aveu d'un meurtrier, aux mains ensanglantées et au palmarès peu flatteur ? Elle n'avait pas peur, elle ne le jugeait pas. Il aurait dû en être rassuré, mais elle le décontenançait complètement. Il baissa les bras qui pendaient inutilement de chaque côté de son corps. Qui était l'être le plus surprenant de cette pièce ?

Elle le consolait, là où il attendait une condamnation. Il aurait mieux su gérer les insultes, un appel à la police, une fuite et des cris. Mais pas cette scène surréaliste ! On lui pardonnait, une nouvelle fois. Alors qu'il était coupable d'assassinat, mais surtout de lâcheté pour ne pas s'être opposé, révolté, ou achevé de sa propre main pour en finir. Non, elle ne disait rien, à part une vérité aussi terrible qu'elle était implacable. Non, elle avait raison. Il ne pouvait pas renier son passé, et il aurait beau le fuir, il le suivrait.  De même qu'il ne pourrait pas ressusciter ses victimes. Peut-être qu'en définitive, tenter d'oublier ce qui ne pouvait l'être était une prison qu'il s'était créé et qui l'avait enfermé dans un cercle vicieux. Et qui l'empêchait de vivre. Son frein à sa liberté n'était autre que lui-même.

Sid n'en avait rien à cirer, des crimes. Tout comme Pearl et Enzo, qui avaient vite effacé son acte malheureux pour l'accepter et l'aider à s'en sortir dignement. Il était temps de se pardonner, puisque les autres le faisaient. Et enfin, profiter de la vie pour de bon ? D'accord, il avait été un des tueurs les plus efficaces du Milieu, mais il ne l'avait jamais voulu. Et il avait souffert toute sa vie de sa situation. Pourquoi n'aurait-il pas droit à un peu de paix ? Il n'était pas à l'abri d'une demande d'embauche, ou d'une vengeance. Il verra cela au jour le jour.

"N'ayez pas honte de ce que vous êtes..."


Il se mit à serrer les poings avec force.
Leva la tête vers le ciel.
Encore ces imbéciles de larmes qui menaçaient de couler, comme devant Enzo et Pearl. Merde. Pas devant quelqu'un. Pleurer devant quelqu'un, c'était de la faiblesse. Il ne pouvait pas être faible. Il était fort. Il était froid. Il voyait la vie avec cynisme. Il n'aurait jamais dû venir ici.

Pris d'un transport incontrôlable, il s'avança vers Sidhiel, prit son visage entre ses mains et l'embrassa.

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Il y eut un silence. Encore un. Celui-ci était différent des autres. Alexis était comme figé. Seul ses bras qui tombèrent le long de son corps rappelèrent à la jeune femme qu'il était bien présent. Que se passait-il ? Avait-elle dit quelque chose qu'elle n'aurait pas du ? Était-ce sa réaction qui le décontenançait à ce point ? Peut-être avait-elle était trop loin... Elle ne connaissait rien de lui et se permettait de lui donner des conseils. Elle savait bien qu'elle ne pensait pas à mal, bien au contraire. Loin d'elle une telle pensée. Alexis, lui, l'ignorait sûrement. Devait-elle s'excuser de sa conduite ? Il semblait ailleurs. Non, il était ailleurs. A ce moment, elle aurait aimer se glisser dans les recoins de ses pensées comme une petite souris pour le comprendre un peu plus. Puis, il fit plusieurs gestes dont elle n'arrivait pas à y mettre un sens bien précis. Il serra ses poings et leva la tête vers le plafond.

Cela la fit s'éloigner d'un pas. Non pas par peur mais plutôt par inquiétude. Il avait peut-être besoin d'espace. Peut-être cette deuxième question avait été celle de trop ? Il était celui qui lui avait proposé en remarquant, aisément, sa soif de savoir mais il n'avait peut-être pas réfléchit à cette situation, aux conséquences de cela. Celles-ci, ces répercutions tombées sur lui après tout. Peut-être devait-elle le laisser tranquille. Peut-être devait-elle le laisser partir. D'innombrables peut-être la chamboulaient sans lui apporter aucune réponse. Aucune de ses hypothèses ne l'éclairaient sur le comportement qu'elle devait adopter face à lui. Elle avait ravivé en lui des choses loin d'être agréables. Elle ne pouvait plus passer outre. Ce serait irresponsable. Tout cela s'envola lorsque le russe s'approcha d'elle, franchissant à son tour la "frontière" sociale acceptable. Ses joues se virent soudainement recouvertes par la chaleur de ses deux mains et ses lèvres goutèrent alors à la douceur des siennes.

Ses yeux s'écarquillèrent de surprise et, comme par reflex, ses mains se posèrent sur les poignets du jeune homme. C'était un début de geste de recul qu'elle ne mena pas à son terme. Ce geste la surprit tellement plus que sa révélation d'un peu plus tôt. C'était si imprévisible et si surprenant. Elle aurait pu, comme une personne commune ou dite "normale", s'éloigner de lui voire peut-être même être dégoutée qu'un homme avec du sang sur les mains la touche avec ces mêmes mains, mais non. Elle trouvait ce geste d'autant plus doux venant de lui. C'était irrationnel comme comportement et elle ne le comprenait pas. Elle n'arrivait pas à le cerner, à le décrire ou à le prévoir. Et elle aimait ça. Oui, cela lui plaisait. Ses mains, toujours sur ses poignets remontèrent en douces caresses sur ses mains, posées sur ses joues. Sidhiel ferma les yeux et profita de ce baiser comme si c'était la première fois qu'un homme l'embrassait.

En un sens, c'était vrai. Personne ne lui avait fait cet effet là jusqu'à maintenant. Elle ne savait pas si ça allait mener quelque part et elle s'en fichait, profitant du moment, en saisissant chacune des sensations qui lui procurait. Leurs lèvres finirent par se détacher lentement. Ses yeux s'ouvrant ne le quittèrent pas. Ses doigts glissèrent le long de ses bras. "Je crois que vous avez finalement trouvé le moyen de me faire perdre mes mots... "Murmura t-elle près de ses lèvres, toujours proches des siennes. Et c'était vrai. Elle ne savait quoi dire, ni même plus l'envie alors de lui poser sa troisième question. Ce baiser lui avait fait perdre ses moyens en plus de ses mots. Elle était à la limite d'en oublier son prénom et s'en foutait royalement.
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Le temps était suspendu. Les lèvres roses de Sidhiel étaient douces. Il se perdit dans ce baiser qu'il prolongea jusqu'au seuil du tolérable. Bien qu'elle ne s'y attende pas, elle ne le rejeta pas. Du moins, pas dans l'immédiat. Elle avait bien tenté de bloquer ses mains (ce n'était pas une autorisation, ou un mouvement de tendresse. Il ne le comprenait pas comme tel). Elle n'avait pas consenti ce baiser, après tout. Mais sa première résistance se transforma rapidement en une acceptation et une participation. La jeune femme posa ses mains sur les siennes, et les touchaient délicatement.

Lorsqu'il éloigna son visage du sien, à regret, il resta coi.  Elle de même. Ils n'avaient pas cessé de conserver jusqu'alors, et à présent, le tic-tac des mesureurs de temps avait pris le relais pour meubler le silence. Mais sans l'usage d'un métronome pour le cœur d'Alexis. Il n'était pas aussi calme et serein qu'il voulait l'afficher ; à l'intérieur, son organe vital battait à tout rompre.
Ce fut Sidhiel qui parvint à briser l'étrange ambiance qui s'était installée. D'une voix faible, presque inaudible. Ses murmures torturaient son indifférence.

Alexis fut incapable de sortir le moindre son. Il ne comprenait pas pourquoi il avait fait cela. A part une pulsion suite aux derniers mots de Sidhiel. Il lui était reconnaissant ; et encore le terme était un euphémisme. Elle l'avait touché, différemment de ses précédents sauveurs. Car elle était différente ; elle ne pouvait comprendre ce que sous-entendait son ancienne profession. Et elle ne l'avait pas repoussée. Elle l'acceptait tel qu'il était. Mieux encore, elle voulait l'aider à s'accepter lui-même. Son attention à son égard ne pouvait le laisser indifférent. Or, Alexis ne savait pas vraiment ouvrir son cœur, par peur de dévoiler ses faiblesses. Il laissait ses hormones prendre le relais, quitte à se prendre une gifle bien méritée. La commune mesure ne faisait pas encore partie de ses valeurs. Il n'avait donc pas réussi à tomber le masque ; il était réticent à le faire et se contenait depuis cette fameuse soirée. Et ne pouvant pas tout gérer en même temps, il ne parvenait pas à retenir sa libido.
Cependant, à présent qu'il avait goûté les délicats ourlets de sa bouche, il se ressaisit.

- Veuillez me pardonner. Je n'ai pu me retenir. Vous avez su toucher un point sensible, et cela a déclenché en moi un élan de bien-être qui s'est exprimé d'une manière quelque peu cavalière. Je vous écoute pour la troisième question.


Et il espérait que celle-ci l'obligea à la faire taire à nouveau. Et pour la garder à proximité en cas de nécessité, il enferma ses mains d'artiste des rouages dans les siennes, trempées de sang et de larmes.
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La situation avait changé entre eux, dépassant un instant, un instant très agréable, le seuil de la simple conversation. Lorsqu'ils s'éloignèrent, que tout redevint comme avant, elle tenta, comme à sa manie incorrigible, de garder son calme extérieurement. C'était sûrement le cas pour lui aussi. Aucun des deux ne maitrisaient l'art de s'exprimer. De véritablement s'exprimer. Pas juste de dialoguer. Elle avait réussi à prononcer quelques mots malgré tout, ne sachant pas par quel miracle cela s'était produit. Elle ne saisissait pas tout et ne saurait expliquer son propre comportement. Elle s'en fichait qu'il avait tué mais pourquoi s'était-elle laisser faire ? Pourquoi ne l'avait-elle pas repousser ? Était-ce là, la faute de l'effet de surprise ? Non. Elle savait se maitriser et se contrôler parfaitement. Chacun de ses gestes était toujours sous contrôle et ne se faisait sans son accord préalable. Elle réfléchissait toujours mûrement. Ou était donc passé son bon sens ? Sa rationalité et son sang-froid ? Ses yeux étaient toujours posés sur lui. Elle savait pertinemment ce qui lui plaisait chez lui mais alors, pourquoi semblait-elle perdre ses moyens ? Ce n'était pas logique. Un instant, elle jurerait sentir à nouveau l'odeur naturelle de sa peau qui l'avait embaumé il y avait peu. Cela la fit frémir. Il la ramena brutalement à la réalité en élevant le son de sa voix. Elle ne pardonnerait pas son geste. C'était clairement déplacé mais agréablement déplacé. Cela en était même enivrant et plaisant. Et, évidemment, elle ne lui en voulait pas le moins du monde. Toute fois, elle n'arrivait pas non plus à expliquer ce geste venant de sa part. Lui aussi était expert pour tout ce qui concernait le contrôle de soi, plus qu'elle cela allait s'en dire, alors comment justifier ce débordement ?

...

Qu'est-ce qui lui prenait tout à coup ? Ses pensées n'avaient ni queue ni tête et frôlaient le ridicule et l'absurde. C'était justement ça qui n'était pas son genre. Se cachait-elle derrière ces dernières afin d'éviter de faire face à la situation ? C'était de plus en plus difficile pour elle de gardait le contrôle sur ses émotions ainsi que sur son corps. Ils voulaient s'échapper de son emprise si  impartiale. L'image de ses lèvres contre celles d'Alexis lui revint. Son cœur s'accélérait à un rythme qui ne lui plaisait pas du tout. Elle devait, non, elle avait besoin, non... C'était juste une envie stupide. Celle de s'isoler tout à coup, de s'éloigner de cet homme pour tenter de faire face à cette situation. Mais merde Sidhiel ! C'était juste un baiser ! Pourquoi en faire toute une histoire ? Elle voulait passer ses mains sur son visage, tenter de se ressaisir mais à ce même instant, le beau russe saisit celles-ci, les enfermant soigneusement dans les siennes, lui transmettant encore une fois sa chaleur corporelle. Son regard bascula alors vers leurs mains jointes puis vers lui. Son cœur allait finir par traverser sa cage thoracique.

Avait-il seulement idée qu'il lui faisait totalement perdre ses moyens et de l'effet qu'il lui faisait ? Pourquoi s'excusait-il de son geste alors qu'il saisit ses mains la seconde d'après ? Était-ce là un désir de proximité malgré ses paroles ? Elle se rendait compte que le silence précédant les mots du jeune homme se faisait alors ressentir mais elle ne savait quoi dire, ni quoi faire. Toutes ses pensées n'avaient plus aucun intérêt tant elles lui semblaient idiotes. Merde, elle devait se reprendre. Pourquoi ? Il lui plaisait. Où était le problème ? Il n'y en avait aucun. Si, il y en avait un. Elle ne pouvait se permettre de perdre autant son contrôle face à quelqu'un. Encore moins face à quelqu'un qui la connaissait à peine. Néanmoins, elle se rendit compte, soudainement, que malgré cette récente rencontre, il avait été le seul à la percer autant à jour et en si peu de temps. C'était effrayant... Il lui plaisait. Où était le putain de problème alors ? Avait-elle envie qu'il renouvèle son geste ?

Peut-être bien... Sidhiel ! Oui, elle en avait envie. Elle en crevait d'envie même. Était-cela le problème ? Elle avait envie de céder à ses pulsions alors qu'elle n'en avait jamais ressenti le besoin, ni l'envie jusqu'à maintenant. Jusqu’à lui. Elle avait envie de se laisser aller mais elle n'y arrivait pas. Ce n'était pas aussi facile que ça en avait l'air. Son habitude de se contrôler et de ne rien montrer était bien trop ancrée profondément en elle pour l'ignorer d'un seul coup. La jeune femme sentit son regard sur lui. "Excusez-moi... Je..." Qu'elle dise quelque chose et vite ! "Oui, la troisième question... "Dieu ce qu'elle se sentait pitoyable à cet instant. Toute fois, malgré ces états d'esprits divergents, elle ne se retira pas de l'emprise de ses mains. Paradoxalement, c'était apaisant. Cette proximité assurée la rassurait. Ses soi-disant réflexions ne menaient à rien alors elle décida (enfin ! ) de se concentrer sur le dialogue.

"Vous étiez donc un assassin auparavant mais aujourd'hui, vous êtes libéré de l'emprise de votre employeur. "Elle redevenait calme. Oh, elle était loin d'être sereine mais elle le cachait beaucoup mieux tout en espérant un autre "débordement" de sa part. "Comment en êtes-vous arrivé à devenir assassin ? "Sa voix était toujours douce et calme. Elle ajouta dans un murmure pour redoubler de douceur : "N'oubliez pas que je ne vous juge pas, Alexis. "Ce n'était pas une attaque contre lui. Elle ne voulait surtout pas qu'il le prenne de la sorte. Cette douceur qu'elle souhaitait alors dégager d'elle atteignit son paroxysme lorsqu'elle lui offrit un sourire.
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Un banc de carpes était plus bruyants que ces deux-là. Après le baiser fatal, Alexis avait retrouvé ses esprits, mais il n'avait trouvé qu'une solution pour désamorcer la situation. Sur la raison de ce baiser, il avait déjà l'explication. Une montée émotionnelle liée à un plaisir charnel. Plutôt innocent pour l'instant. Avec le recul, il reconnaissait que les seuls moments de son passé de tueur où il montrait son humanité et son véritable visage était lors de relations sensuelles, où il se donnait corps et âme avant de donner la mort. Quand il exprimait un remerciement, de forts sentiments, ses hormones prenaient le relais des cordes vocales, sans limite.

Sauf qu'au final, l'ambiance s'était métamorphosée. Sidhiel voulait d'être surprise, et maintenant que ceci était accompli, elle restait interdite. Elle se laissait faire, elle ne parlait plus. Elle devait poser le pour et le contre dans sa tête. Il l'avait secouée, après ce transport soudain. Sa réception du secret avait beaucoup étonné l'ancien assassin. Comment avait-elle pu bien prendre une révélation loin d'être anodine ? Il ne lui avait pas dit qu'il était agent secret (là encore, c'est classe, James Bond, permis de tuer, etc etc. Merci le cinéma). Mais son emploi, outre les fictions, était horrible, elle ne pouvait pas ne pas le nier. Pourtant elle était en porte-à-faux plus par le baiser que par l'usage de ses mains.

Elle s'excusa alors qu'il en avait souhaité d'eux-mêmes. On aurait dit des premiers communiants... Alexis était partagé entre l'envie de continuer sur cette voie et de s'écarter très vite, avant que son désir ces derniers temps très exacerbé de le fasse franchir le cap de l'inconvenant.
Or, il était indéniablement attiré par Sidhiel. Sa tranquillité. Son flegme. Sa banalité. Ses yeux bleus perçants qui lisaient en lui comme un livre ouvert. Leur opposition qui pourtant les rapprochaient dans la recherche de leur extrême. Chacun était ce à quoi ils aspiraient. Alors pourquoi ne se laissaient-ils pas aller ? Par timidité, pour elle peut-être. Par respect, pour lui, d'attendre qu'elle exprime son consentement. Il avait déjà forcé le destin, il n'allait pas aller au-délà.

La dernière question, ô combien prévisible et redoutée, eut tôt fait de refroidir ses ardeurs. Il lâcha ses mains pour se refermer aussitôt, les bras croisés.

- Allons nous asseoir.

Suivant la fille aux yeux bleus jusqu'à son salon, il prit place en se laissant presque tomber sur le siège. Ses jambes l'abandonnaient, elles ne le portaient plus tandis que le poids sur ses épaules accentuaient la gravité. Il baissa instinctivement son regard vers le sol. En parler face à elle lui était impossible. Il ne voulait voir ni pitié, ni horreur.
Son dos se courba tandis que sa mèche de cheveux glissa devant ses yeux. Il joignit mains et phalanges avec nervosité.

Il débuta son récit par son père, militaire, et de sa dette envers la mafia russe. Son meurtre, et la responsabilité incombant à Alexis, tout jeune enfant, de la rembourser intégralement. Il revint sur sa pratique de loisir du tir à l'arc, détournée en vecteur de mort par ses maîtres. Sa carrière d’assassin, qu'il évoquait avec un ostensible dégoût.

- Ma faiblesse réside dans mon incapacité à dire non. J'étais jeune quand j'ai été asservi. J'ai été conditionné par la violence et ma peur. Par chance, j'ai résisté à défaut de me révolter, ce qui m'a permis de ne pas me perdre dans la folie et l'adhésion à ce que je commettais.

Alexis prit le parti de désobéir à la consigne précédente de donner des détails, car ces derniers étaient trop sordides.
Mais il revoyait toute son histoire passer devant ses yeux, et malgré les conseils de la jeune femme, il se haïssait profondément. Il se mordit la lèvre et crispa à nouveau ses doigts pour s'empêcher de pleurer.  
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A la simple énonciation de la dernière question, inévitable, Alexis retira la chaude emprise qu'il exerçait alors sur ses mains pour adopter une posture plus isolée, encore une fois. C'était la question qu'il redoutait et sûrement celle qu'il appréhendait le plus. Elle en avait conscience. Il proposa d'aller s'asseoir, bien que cela ne ressemblait pas vraiment à une proposition en bonne et du forme, ne lui laissant pas le temps de donner la réplique. Elle acquiesça d'un signe de tête puis quitta l'encadrement de la porte pour prendre place, quelques pas plus tard, sur le canapé tandis que le jeune homme s'assit sur le fauteuil, non loin d'elle. L'atmosphère était lourde comme chargée d'une certaine tension. La posture qu'il prit alors l'incitait presque à aller vers lui pour l'empêcher de parler. Cela semblait si douloureux pour lui de raviver ses souvenirs face à quelqu'un d'autre. Il avait honte de ce qu'il était alors dévoiler ses origines était loin de le ravir. Elle se retint néanmoins.

Il devait passer par là. C'était nécessaire pour qu'il avance, pour qu'il puisse commencer à réapprendre à exister. Ce que le russe raconta par la suite était encore pire que ce qu'elle avait pu oser imaginer. Être enfant et devoir être confronté à de telles personnes, être forcé à exécuter chaque faits et gestes demandés... Ce n'était pas si étonnant au vue de son ancienne profession qu'il lui avait avoué plutôt mais c'était impossible d'y rester indifférent, même pour elle. Mais, à nouveau, et difficilement, elle tâcha de ne rien faire paraître. Il n'avait nullement besoin de pitié, bien que cela n'en soit pas pour elle. C'était de la compassion. Qu'importait, cela enfoncerait le clou par rapport à sa propre estime qui se trouvait bien bas vue sa posture. Sidhiel avait l'impression que chacun des mots sortant de sa bouche étaient jetés avec dégoût sur le sol.

Peut-être espérait-il qu'il n'aurait plus besoin de les réutiliser. A la fin de son récit, il se justifia sur son "incapacité à dire non" mais pourquoi donc ? Croyait-il qu'elle allait l'enfoncer ou l'accuser de quoique ce soit ? Il avait presque baigné là-dedans depuis le début et ce n'était en aucun cas un choix. Il aurait peut-être pu se suicider pour mettre un terme à tout ça, à cette vie, si l'on pouvait appeler ça une vie, mais quoi de plus normal que de vouloir vivre malgré tout ? Il avait peut-être vécu et continué à s'exécuter dans l'espoir d'être libéré et, auquel cas, il aura bien eu raison. Bien qu'elle ne pouvait apercevoir ses yeux, dissimulés derrière ses cheveux, elle perçut ses mains se serrer. Sans hésitation cette fois-ci, elle se leva et s'accroupit devant lui pour être à sa hauteur. Une de ses mains alla réchauffer les siennes tandis que l'autre se posa sur sa joue. "Regardez-moi. " Elle releva alors son visage, dégageant ainsi les quelques mèches qui l'encombrait, pour regarder ses yeux légèrement humides, trahissant son état.

"Je le pense vraiment quand je dis que vous ne devez pas avoir honte de ce que vous êtes. Vous n'êtes pas une erreur de la nature, un monstre ou quoique ce soit de ce genre. Vous êtes juste un être qui a besoin de réapprendre à profiter de sa liberté et qui a besoin de reprendre une bonne dose d'estime de soi. "Elle lui sourit. "Vous avez le droit de tomber, de pleurer... "Lâchant sa joue, elle s'empara de ses deux mains et le força à se relever en même temps qu'elle. "... N'oubliez juste pas de vous relever et de continuer de l'avant. Ce passé fait de vous ce que vous êtes et si vous êtes ici, là, maintenant, c'est aussi grâce à ça. Acceptez-le et avancez. "Comme souvent, non, toujours, c'était plus facile à dire qu'à faire mais il devait le faire. Il n'arriverait à rien autrement. La jeune femme n'avait plus rien à ajouter mais ne elle s'arrêta pas là. Elle voulait accompagner ses paroles d'un peu de douceur et d'affection et, c'est pourquoi, elle se colla contre lui, enroulant ses bras autour de son buste et le serra contre elle.
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Toujours avec la même gentillesse incompréhensible, Sidhiel se rapprocha de lui et s'agenouilla, de sorte que leur visage se retrouvait face au sien. Elle récupéra les mains qu'il avait dégagé un peu plus tôt. Sa chaleur sur sa joue fit beaucoup de bien au slave.

Sidhiel était la première personne qui n'était pas de son monde et qui apprenait de sa bouche, non par intermédiaire, son passé et sa réputation. Son indifférence face à l'horreur le déstabilisait positivement. Elle n'avait pas peur de lui, elle ne le grondait pas. Elle le consolait, comme l'aurait fait un membre de la famille. Ou un ange tombé du ciel.

Alexis avait perdu la foi depuis fort longtemps et n'était pas prêt à la retrouver. Orthodoxe par son père, il avait fréquenté l'église très jeune, avant de comprendre par la suite que Dieu le bon patriarche veillant sur ses agneaux n'était qu'une utopie. Pourtant, présentement, il s'accorda une petite pensée à l'existence d'une bonne étoile, une entité supérieure qui daignait parfois de venir en aide aux mortels. Son hypothèse lui venait d'une coïncidence troublante. Beaucoup d'archanges avaient une terminaison en -el : Michel, Raphael, Gabriel, Uriel... Sidhiel ?

Le temps de la rédemption, du pardon et de l'acceptation était-il arrivé ? Cette oreille attentive accueillait son histoire et adoucissait le portrait pourtant dégradé du jeune homme.
Elle l'aidait avec tant de volonté et de force. Pourquoi ? Qui était-il pour elle, pour lui, pour l'inspirer avec autant de compassion ? Sa vision de l'humanité ne l'avait pas préparé à l'altruisme et la gratuité. Ce qu'elle faisait pour lui était immense, une main tendue. Enzo l'avait retiré de son gang, mais Alexis demeurait dans le monde mafieux. Avec Sidhiel, il passait un nouveau cap. Plus lumineux et plus confiant envers l'avenir. Elle lui ouvrait les yeux sur tout ce qu'il avait refusé de s'accorder, bien qu'il y aspirait de tout son être.

Elle l'entraina à se remettre debout, et continuait à l'accompagner de paroles douces et encourageantes. Le jeune homme ne pouvait pas passer ce cap seul, et quelqu'un lui aidait, d'une manière éloignée de la violence de son quotidien. Le contraste était saisissant et déstabilisant.
La jolie brune prit place contre son torse et l'enlaça de ses bras. Elle lui communiquait une chaleur bienfaitrice. Toute cette bonté... c'était trop. Ses yeux déjà brillants s'humidifièrent brutalement. Sa gorge bloqua in extremis un hoquet ; il se mordit les lèvres jusqu'au sang, pour empêcher sa tristesse de s'exprimer, mais il ne put plus contenir le flot d'émotion qui déferlait en lui. Ses cordes vocales échappèrent un sanglot sonore, suivi d'un cri de détresse. Tous ses membres furent saisis de tremblements incontrôlables. Sans la femme pour le maintenir, il se serait écroulé au sol. Des larmes coulaient inexorablement de ses yeux.

Pendant un temps qu'il ne put évaluer, il évacua toute la peur, la colère, la frustration, la culpabilité et la douleur qu'il avait accumulé pendant tant d'années.
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La jeune femme ne pouvait pas déterminer si c'était ses paroles, ses gestes ou son contrôle par rapport à lui et à ce qu'il était vraiment qui le fit en arriver là. Peut-être était-ce l'accumulation de tout cela ? Quoi qu'il en soit, c'était le résultat qui importait et il arriva finalement. Alexis se laissa finalement emporter par le flux d'émotions qui était en lui et qu'il devait contenir depuis si longtemps. Il craqua. C'était le mot. Les larmes qui l'avaient déjà menacé à deux fois finirent par se montrer et se transformer en torrent le long de ses joues, descendant même jusqu'à sa nuque où elle put en sentir quelques unes contre sa propre peau. Cela lui était impossible. Pour elle. De reste impassible. Elle n'osait imaginer ce qu'il avait ressenti bien qu'il lui en donnait un aperçu en ce même instant. Son cri sonnait comme une libération. Mais une libération douloureuse. Elle sentit le corps entier du russe trembler.

Ses bras le serrèrent. Elle ne disait rien mais elle le tenait, le maintenait debout, le supportait. Elle était l'appui sur lequel il pouvait se reposer. Elle ne lâchera pas prise. Sidhiel était loin de pouvoir mettre des mots sur son comportement. Elle savait juste, au plus profond d'elle-même, qu'elle devait le faire. Elle voulait l'aider. L'aider à se remettre à flot. C'était peut-être instinctif. Tandis que ses larmes coulaient sans plus savoir s'arrêter, une de ses mains se glissa dans sa chevelure en douces caresses qui se voulaient rassurantes. Combien de temps cela dura ? Combien de temps restèrent-ils comme ça, comme figés dans le temps ? Elle ne saurait le dire. Qu'importait. Elle resterait le temps qu'il lui faudrait. Elle était là et ne bougerait pas. A cet instant, il était si vulnérable. Elle ne le laisserait pas. Les sanglots du jeune homme finirent par se calmer après une durée indéterminée.

Il ne tremblait plus et la pièce était presque redevenue silencieuse. Alors, elle relâcha doucement son étreinte et leva son visage vers le sien. Il avait les yeux si rouges. A croire qu'il n'avait pas pleuré depuis qu'il avait été mis au monde. Quelques larmes silencieuses s'écoulaient encore. Elle entoura son visage de ses deux mains, les essuyant par quelques mouvements de ses doigts. "Ça va aller. Ça ne peut qu'aller mieux à partir de maintenant. "Elle abaissa légèrement sa tête et se hissa, en même temps, sur la pointe des pieds pour déposer un baiser sur son front. "A partir de ce jour précisément, vous pouvez avancer librement. Le passé ne peut plus vous rattraper. Vous l'avez finalement dépassé. "Elle lui offrit un beau sourire avant de se détacher de lui. Elle l'informa qu'elle revenait.

Elle s’éclipsa donc un instant dans la salle de bain pour prendre un gant de toilette qu'elle avait alors gorgé d'eau puis essoré jusqu'à ce qu'il soit humide mais sans goutter sur le sol. Elle revint près de lui, le retrouvant assis sur le fauteuil. Elle ne lui en tenait pas rigueur. C'était épuisant de craquer et de pleurer toutes les larmes de son corps après autant de retenu. Alors, elle revint s'agenouiller devant lui, s'approcha et tapota son beau visage avec le gant de toilette pour le rafraichir un tant soit peu. Il était si brûlant. Ce n'était pas étonnant quand on observait les circonstances mais à ce point, ce n'était pas commun. Elle le regarda un instant dans les yeux et esquissa un sourire. Remarque idiote. Il était loin d'être monsieur "tout le monde".
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