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ALEXIS-SID : Mon petit engrenage

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Lun 10 Aoû - 0:37
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Le temps. Même quand vous voulez l'oublier, qu'il ralentisse ou qu'il accélère, le temps se chargera de taper à votre fenêtre et faire l'inverse de ce que vous souhaitez. A peine vous vous retournez que déjà, le passé est derrière vous, sans que vous vous en rendiez compte.
C'était ce phénomène qui frappait Alexis alors qu'il jeta un coup d’œil sur son nouveau téléphone portable, silencieux. Il était libre, à présent. Sans la pression qu'il avait subi auparavant. Et tout s'était passé vite, si vite, qu'il en était tout étourdi. Il ne le réalisait même pas encore. Et il se sentait si perdu, devant l'immensité qui s'étalait devant lui. Trop à découvrir, trop à expérimenter, sans avoir à regarder derrière soi si l'on risquait de le tuer, de l'enlever pour le ramener devant ce qui avait été son cauchemar pendant des décennies. Tout cela, c'était fini. L'avenir devant lui, le passé à oublier.

Il se leva tel un zombie, se dirigea vers la salle de bain de sa suite et se regarda dans la glace. Il n'était pas sûr de ce qu'il voyait. Un homme, jeune, qui avait trop dormi. Mais qui était Alexis Dolohov au juste, à présent ? Un garde du corps, sans corps à garder. Libre, mais inoccupé. Son maître était reparti aux Etats-Unis. Il n'avait pas d'emploi réel, bien qu'il soit à présent à l'abri de tout souci pécuniaire. Pourtant, à l'idée d'être inactif, il se sentait vide. Toutes ses années avaient été occupées par des voyages, des rencontres, des tueries, et à présent qu'il pouvait se la couler douce...
Il passa une main dans ses cheveux, soupira. Il ouvrit le robinet et récupéra l'eau dans les paumes de ses mains positionnées en coupe. Il s'aspergea le visage. Il se sentit plus réveillé et put enfin commencer sa journée sans tituber, avec les yeux moins boursouflés. Il prit son petit-déjeuner, avec beaucoup de lenteur, profitant d'avoir du temps devant lui. Se déplaçant toujours dans le noir (il n'ouvrait guère ses volets, vieux réflexe professionnels), il retourna dans la salle de bain et prit une douche glacée.

Il quitta la pièce pour le placard de sa suite, et tria ses vêtements pour chercher sa tenue du jour. Il aimait bien changer, et avait un dressing particulièrement garni pour cela. Alors qu'il récupérait d'une étagère une chemise bien pliée qu'il n'avait pas mis depuis des lustres, un objet chuta et émit un bruit sourd sur la moquette. Alexis fronça les sourcils. Il se baissa et examina l'objet en question. Une petite boite. Ancienne. Il savait ce qu'elle contenait. Une bouffée d'émotion le saisit. Il s'agissait d'une montre. Seul bien personnel que la Maîtresse avait autorisé quand il avait rejoint le gang. Il s'agissait d'un cadeau de son père pour son Sixième anniversaire. Même si Alexis en voulait à son père pour ce qu'il avait osé lui faire, celui-ci lui avait donné une belle enfance. Il avait compensé l'absence de sa mère, avec une tendresse étonnante pour un militaire Russe. L'erreur du Colonel Dolohov avait été de ne pas avoir pris conscience des conséquences de ses actes. D'être naïf. Et ce, encore une fois, en dépit de son grade.

A présent qu'Alexis avait tourné une page, il retrouvait cette montre avec une sorte de nostalgie. Il ne l'avait jamais remise, par dégoût. Mais à présent, la donne avait changé. Il souhaitait la remettre à son poignet, seulement... Depuis le temps, elle ne fonctionnait plus. Et de surcroît, le jeune homme était méfiant. Peut-être que le Serpent l'avait trafiquée ? Pour le suivre ?

Il descendit à l'accueil et salua poliment la charmante réceptionniste. Elle céda rapidement à la demande du Russe (elle était toujours sous le coup du baiser de la chasse aux trésors, car elle le fixait avec un regard gourmand qui ne pouvait lui échapper) en effectuant une recherche pour lui. Au bout de quelques secondes, elle débusqua une adresse qu'elle écrivit sur un post-it et confia au beau brun avec un clin d’œil. Il la remercia, avec la même froideur dont il ne se déparait pas avec n'importe qui.

Alexis traversa le complexe et atteignit rapidement la ville de Taiyou. Il se perdit à deux reprises, mais grâce à l'indication des habitants, s'orienta vers une bâtisse un peu datée. Pas de boutique visible. Akemi s'était-elle trompée ? Il s'approcha du perron et distingua une plaque. Il était bien arrivé. Pour une activité de commerce, elle était bien cachée ! Il appuya sur la sonnette et attendit.
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Lun 10 Aoû - 0:39
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Quelques gémissements de bien être se firent entendre dans la chambre de Sidhiel où elle s'étirait dans son lit qu'elle n'avait pas envie de quitter. Elle avait largement assez dormi. Peut-être un peu trop d'ailleurs mais de temps en temps, il n'y avait pas de mal à cela. Cependant, cela faisait un petit moment qu'elle avait le droit aux grasses matinées et, comble du comble, elle préférerait plutôt crouler sur du travail. Son sommeil, alors, elle l'aurait bien mérité. La jeune femme resta un moment dans son lit, les yeux rivés sur le plafond, dans sa chambre orangée par les rayons du soleil qui traversaient sans difficulté aucune ses fins rideaux. Elle n'appréciait pas d'avoir mal aux yeux en se levant, par une lumière trop forte. De la sorte, elle était habituée en douceur. Elle resta songeuse. Elle se remettait souvent en question. Malgré sa ténacité, son enthousiasme et la pub qu'elle s'était faite un peu partout dans la ville, encore trop peu de personnes, à son goût, ne s'en rendait chez elle, dans son petit commerce à domicile. Certes, c'était modeste mais les doigts de Sidhiel étaient magiques ! Ah... S'ils savaient.

Elle soupira longuement... Et se reprit rapidement. Il fallait rester positive ! Elle commença alors par se lever, faire son lit immédiatement, accrocha ses rideaux avec de jolies pinces faites pour et ouvrit sa fenêtre pour aérer un peu la pièce. Après sa douche matinale et sa séance, plutôt longue, de coiffage de cheveux, elle déjeuna vite fait bien qu'elle avait toute la journée devant elle. Elle n'avait pas prévu de sortir non plus mais les tic-tac de ses horloges lui donnaient, pour ne pas changer, l'envie de les bichonner. L'humaine enfila un short en jeans accompagné d'un haut ample, en manches trois quart qu'elle remonta jusqu'au coude et qui était d'un beau rose pâle. Elle resta pieds nus. C'était bien plus agréable. A peine eut-elle le temps de s'approcher de son atelier, la sonnette retentit dans son appartement. Ô miracle ! Un client ! Ça ne pouvait être que ça hein ? Hein ?! Ses yeux s'illuminèrent. Elle se dirigea vers le téléphone relié à l'extérieur pour savoir de qui il s'agissait mais manque de bol, cela ne fonctionnait plus. Et merde ! Ce bâtiment était vraiment une antiquité ! Elle appuya sur le bouton ouvrant la porte de l'immeuble et attendit que la personne monte jusqu'à son appartement.

Les indications la concernant se trouvait sur la plaque devant l'entrée, c'était difficile de le manquer. Même le temps qu'il ou elle monte les marches jusqu'au troisième étage, parce qu'évidemment il n'y avait pas d'ascenseurs, lui paraissait particulièrement long. Elle ne cessait de prier que ce soit un client. Que quelqu'un lui ramène un truc à réparer, nom de dieu ! On toqua. Sidhiel alla donc ouvrir avec une impatiente qu'elle dissimula à la perfection. Derrière celle-ci se trouvait un jeune homme qu'elle trouva grand, bien qu'elle même était loin d'être petite, avec un visage fin et des traits harmonieux. Ses yeux dégageaient une lueur étrange, ce qui n'était pas sans lui déplaire. Parce que oui, disons les choses franchement, il était plutôt séduisant, même carrément. Néanmoins, là, ce n'était pas ça qui l'intéressait. « Bonjour ! »Lança t-elle gaiement. Client !! Elle était à la limite d'envoyer des messages subliminaux mais ça, c'était dans sa tête. «Je vous en prie, entrez donc. J'espère que vous n'avez pas eu trop de mal à trouver... C'est un peu isolé par ici. »Ajouta t-elle calmement.

La politesse avant tout. Même si elle savait bien que c'était difficile à trouver son petit chez elle et c'était justement ce qui lui avait plut dans ce quartier. Quel comble pour un commerce, n'est-ce pas ? Sidhiel pouvait sembler paradoxal par moment. Et c'était bien vrai. Puis, après avoir fermé la porte derrière le jeune homme, elle posa la question sur laquelle reposait toute ses attentes de la journée. Et si c'était un petit con venu faire de la pub, lui vendre un truc ou, pire du pire, lui demander si elle était propriétaire ou non, elle le tuerait. Et, ouais, carrément. «En quoi puis-je vous aider ? »Demanda t-elle enfin, en affichant un joli sourire.
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Mar 25 Aoû - 10:27
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Le perron de la porte accueillait un interphone. Il grésilla désagréablement, de sorte qu'Alexis n'entendit rien des indications. La porte s'ouvrit après un déclic automatique, il la poussa. La plaque lui avait donné suffisaient d'informations pour trouver le bon appartement, il se débrouillerait pour trouver. Il était attendu, la personne l'attendrait. Sinon, elle devait revoir son sens du commerce. 


Avec son flegme habituel, il monta nonchalamment les marches, laissant ses yeux détailler chaque mètre carré de l'escalier ancien et peu pratique du bâtiment. L'endroit était décidément bien inaccessible ; l'horloger pensait vraiment obtenir une clientèle dans ces conditions ? C'était pittoresque, certes, mais les clients handicapés ou flemmards feraient demi-tour séance tenante. Pourquoi le choix d'un tel emplacement ? Par choix ? Ou par manque de finance ? Cela sentait à plein nez le travail à domicile. 


La porte au troisième étage n'était pas ouverte. En l'absence d'un interphone fonctionnel, la personne se montrait méfiante. Elle voulait sûrement s'assurer de tomber sur un client et non un plaisantin, ou pire encore. 
Pas de sonnette... Ou alors il ne la voyait pas. Il frappa à la porte, par défaut. Elle découvrit à son ouverture une jeune fille, aux longs cheveux noirs et aux yeux d'un bleu pur. Enthousiaste, elle salua le client. Alexis répondit d'un "Bonjour" calme, posé, et neutre. Elle s'effaça pour le laisser entrer, ce qu'il fit sans gêne. Il écouta à peine les explications de cette fille, tandis qu'il observait le décor de la pièce principale. Un vrai atelier, dans un domicile. Des montres de partout... Il ne pouvait pas s'être trompé. Comment faisait-elle pour dormir la nuit, au bruit de tant de tic-tac simultanés ? Peut-être l'habitude, elle ne devait plus les entendre, à force. Ou au contraire, elle était bercée par ce balancement. Cette femme était sans cesse immergée dans son activité ; non, pas une activité. Une passion. 


Elle attendait qu'il parle en souriant. Comme la transmission de pensée n'existait pas en ce monde, il n'avait pas d'autre choix que de prendre la parole. D'une voix vide de toute émotion, il décida enfin à s'exprimer. 


- J'ai bien trouvé votre boutique par le Complexe Hinata, où je réside. L'accès n'est pas aisé, mais je suis arrivé. 


Il détacha sa montre de son poignet, et la présenta à la demoiselle. 


- Cette montre est ancienne. Cela fait des années qu'elle ne fonctionne plus. J'ai une sorte d'affection pour cet objet, et je souhaiterai la remettre. Pourriez-vous faire quelque chose ?


Il n'en doutait pas ; il avait un pressentiment au sujet de cette technicienne des rouages. Alexis, par son métier, avait appris à cerner les gens au premier coup d’œil. Globalement, pas dans le détail. Il n'allait jamais dans le détail, quel intérêt d'approfondir ce qui ne doit pas l'être ? Il savait au moins sur quel pied danser. Peut-être justement prenait-il un risque de s'adresser à une personne très impliquée, si elle tombait sur un élément étranger au fonctionnement habituel d'une montre ? Qui pouvait deviner ce que le Serpent était capable de faire pour pister ses valets ? Une balise GPS ? Un micro ? Il ferait de son mieux pour noyer le poisson si elle s'interrogeait trop. 
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Lun 21 Nov - 20:55
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Le jeune homme, après être entré sous invitation, observa un peu partout autour de lui. Toutes les personnes qui s'étaient rendues chez elle, aussi peu soient-elles, avaient été étonné de l'environnement dans lequel elle vivait. Ce n'était pas fait pour tout le monde, c'était évident. Il laissa un temps avant de répondre à sa première question, à laquelle elle n'avait pas grand chose à ajouter d'ailleurs. Le principal c'est qu'il avait trouvé et qu'il était bien là. Sa voix était neutre, plate. Elle eut l'impression que chaque mot qu'il prononçait était arraché de sa gorge tant il n'y mettait aucune émotion. C'était déconcertant. Il embraya directement sur le pourquoi de sa visite. Et dieu merci, c'était un client ! Dans le cas contraire, il serait reparti avec un coup de pied au cul ! Elle afficha un grand sourire à la simple vue de la montre bracelet qu'il lui présenta. Elle s'en saisit délicatement car elle préconisait le soin avant tout. C'était une très belle montre qui avait déjà un certain âge, c'était certain, mais aucun rouage n'avait de secrets pour elle. "Bien sûr ! Je ne pense pas en avoir pour longtemps. Installez-vous en attendant."

Ajouta t-elle en lui indiquant le canapé de son salon-cuisine. Juste à côté de celui-ci, il y avait son atelier dont elle ouvrit la porte, dévoilant sa pièce favorite. Les bruits des tic-tacs se firent alors un peu plus forts. Elle, elle les appréciait : chaque aiguille qui bougeait indiquée une seconde en plus d'écoulé et ainsi de suite. Elle s'appliquait, grâce à ces sortes de rappels, à utiliser son temps le mieux possible. Sidhiel déposa la montre du jeune homme sur son bureau puis retourna vite fait dans sa chambre afin de s'attacher les cheveux, d'abord en queue de cheval pour la base, puis forma un chignon assez complexe mais qu'elle réalisait rapidement. Ainsi, seules quelques mèches de ses cheveux restaient autour de son visage. Avant de s'installer dans son atelier, elle jeta un coup d’œil au client. Bien que séduisant il semblait très froid, distant... Ailleurs. Il ne lui sembla pas, alors, approprié d’entamer une longue conversation. Loin d'elle l'idée d'être impolie mais elle pensait que ça l’ennuierait plus qu'autre chose. Du moins, c'est ce qu'il faisait paraître sans vergogne. Elle l'informa, néanmoins, qu'il pouvait se servir à boire s'il en avait envie.

Il avait l'air de prendre rapidement ses aises, ça ne devrait pas le gêner. Ceci dit, elle s'installa sur la chaise de son bureau qui se trouvait en face du canapé à deux mètres environ d'intervalle, et mit en place sa loupe, accrochée au rebord droit du bureau, au-dessus de la montre. Elle se pencha dessus. Avant toute chose, elle retira le bracelet accroché aux deux extrémités de la montre par la corne. Elle servent à attacher, le bracelet en question, par, ici, des barettes fixes. Etant ancienne, elle ne voulait prendre aucun risque. C'est pourquoi elle retira la lunette : C’est la partie de la montre qui fait la jonction entre le boîtier et le verre. Elle était fixe ici. Ainsi que le rehaut : C’est la partie de la montre qui fait la jonction entre le cadran et le verre. En clair, elle retira tout ce qui était encombrant et pour qu'il reste, face à elle, la montre seule, le verre retiré. La jeune femme s'attela à enlever les aiguilles afin d’accéder au mécanisme. Elles résistèrent un peu.

L'âge se faisait sentir mais elle était très bien conservée aux premiers abords. Les aiguilles posées dans un coin, dans une boîte pour ne perde aucune pièce, ses yeux se posèrent quelques secondes sur son client qui regardait ce qu'elle faisait. Elle savait qu'il n'avait rien d'autre à faire mais tout de même ! Il s'attendait à quoi ? Que quelque chose lui saute au visage ? Mais elle ne savait trop que dire. Il était intimidant par sa froideur apparente. La situation était quelque peu pesante de son point de vue. Le silence ne faisait pas de mal, au contraire, mais tout de même. Un échange, ça ne pouvait pas tuer ! "Vous êtes peu loquace me semble t-il mais il y a autre chose... "Commença t-elle tout en continuant à travailler sur la montre. "J'ai la drôle de sensations que vous êtes en quelque sorte l'ombre de vous-même. Comme si vous étiez présent mais sans l'être... "Un léger silence se fit, si l'on pouvait parler de silence avec le bruit des tic-tacs en fond sonore. Elle mit un temps à se rendre compte qu'elle avait véritablement parlé à haute voix. "Je ne vous connais pas, c'était terriblement déplacé ! Veuillez m'excuser ! "Elle avait tendance à être franche et directe, en règle général et ce n'était pas forcément une qualité...
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Lun 21 Nov - 20:55
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Répondant à l'invitation de la jeune fille, Alexis prit place sur un canapé, confortable. Pendant que l'horlogère se retirait afin de pratiquer son art, lui observait l'étrange intérieur qui s'offrait à ses yeux. Celui d'une personne normale (a priori, bien que tout le monde ne posséda pas un tel nombre d'appareils de ce genre et un atelier dans son chez-lui). Dire qu'il existait des gens qui laissaient entrer n'importe qui dans leur maison, sans même vérifier au préalable l'identité et les raisons ! Cela dépassait le jeune homme. Il savait qu'au niveau sécurité, le Japon était un des pays les plus sûrs qui soient, avec un taux de criminalité parmi les plus bas du monde. Pour quelqu'un qui y avait trempé pendant des années, se voir ouvrir la porte avec autant de facilité était aussi déconcertant et incompréhensible que stupide. Et s'il avait été un vendeur de porte-à-porte ? Un membre d'une secte ? Ou un tueur psychopathe ? Bon, il était un tueur, mais pas psychopathe, donc cela ne comptait pas, mais l'idée était comprise, n'est-ce pas ? Elle aurait très bien pu se faire agresser chez elle après avoir accueilli son bourreau, la porte grande ouverte et le sourire aux lèvres.
Alexis éprouvait des difficultés à ne pas voir le mal partout. Rencontrer des personnes comme cette fille, sympathique et bienveillante, lui inspirait une sorte de mépris. Il devait donc absolument revoir son jugement, et comprendre que le problème venait de lui. Et qu'au contraire, s'inspirer de cette demoiselle l'aiderait sûrement à mieux envisager son nouvel avenir, ensoleillé et non recouvert de ténèbres. Il avait connu un tournant dans son existence, alors pourquoi y replonger ? On l'avait aidé à se sortir de ça, tout de même !

Un silence s'installa dans la pièce. Un silence relatif, si on excluait en effet les bruits d'horloge et les sons de la réparatrice en plein ouvrage. Elle autorisait au passage le jeune homme à se servir à boire. Dans le genre peu farouche, elle s'imposait, elle ! Il refusa poliment. Là encore, il rechignait à se départir de ses anciens réflexes qui l'interdisaient de boire ou manger quoique ce soit qu'il n'eut ouvert lui-même. Parfois, dans son métier, se nourrir était chose difficile. Paranoïa oblige, on s'attendait toujours à être empoisonné ou drogué. A présent qu'il était libre, il aurait pu se passer de ces avertissements, et se saisir d'une canette, ou un verre de quelque chose... Mais il n'avait de toute façon pas envie de boire, pas envie d'entrer dans l'intimité d'une personne qu'il voyait juste pour un service, et qu'il ne reverrait probablement plus. Chaque monde se rencontrait un moment donné pour se séparer, inutile d'approfondir les liens.

Le temps passait sans rien de notable à remarquer. Alexis ne s'ennuyait pas pour autant. Attendre des heures, il savait faire. Quand il était en mission, faire le guet, espionner sa future cible et se mettre en planque était monnaie courante. Il profitait de ces moments de calme pour réfléchir, analyser, maintenir sa pensée pour s'ancrer dans la réalité et méditer sur le sens de ce qu'il accomplissait. En revanche, l'horlogère était incommodée par son laconisme, au point d'en faire la remarque avec une audace que beaucoup aurait taxé d'indélicatesse grossière. Le Russe aurait pu s'en moquer et l'inviter à se mêler de ses affaires, avec une réplique sèche et avare en paroles, sauf que la suite le fit ciller et hausser les sourcils d'étonnement. Qu'avait-elle dit, au juste ? Elle était psychologue en plus d'être mécanicienne ? Elle se rendit vite compte qu'elle avait exprimé ses pensées à voix haute et s'excusa, mais le mal était fait.

Le fait d'être peu loquace était une évidence ; par contre, l'histoire de l'ombre l'était moins. Comment en était-elle arrivée à cette conclusion ? Hésitant entre l'ignorance et la considération, Alexis se décida pour le dialogue. Nouvelle vie, nouveau comportement : il devait devenir un être sociable pour rejoindre le camp de la normalité.
Il se leva donc et alla se placer dans l'encadrement de la porte. Il découvrit l'atelier (qui méritait bien son nom, tellement il était encombré et équipé de matériel en tout genre). Puis il orienta son regard noir vers la jeune fille. Puisqu'elle était directe, autant jouer sur le même registre.

- Pourquoi avez-vous dit ça ?
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Lun 21 Nov - 20:56
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Sa remarque était quelque peu déplacée, voire énormément mais pour sa défense, il s'agissait là , non pas vraiment d'un remarque, mais d'une pensée sortie de sa tête involontairement pour se faufiler à travers ses fines lèvres. Le jeune homme resta silencieux. Sans aucun doute vexé un minimum, il devait réfléchir à sa réaction. Il se leva alors pour se placer à l'entrée de son atelier, lui faisant face. Il avait décidé de jouer la même carte qu'elle, bien que sur le coup elle n'avait pas fait exprès. Sidhiel entrouvrit les lèvres, s'apprêtant à s'excuser une nouvelle fois de son impolitesse pour essayer de passer à autre chose mais, tout compte fait, elle se ravisa. Et puis merde, ce qui était fait était fait et elle n'allait pas se lamenter pour si peu. Elle n'était pas du genre à s'écraser. Et vu le regard du jeune homme braqué sur elle, ce dernier ne se contenterait pas de simples excuses. Il n'avait pas l'air de vouloir entendre ça. Peut-être était-il simplement curieux ? En tous les cas, elle planta son regard bleuté dans le sien. On aurai dit une sorte de confrontation.

Elle haussa, d'un léger mouvement, les épaules. «Ça m'a simplement traversé l'esprit lorsque je vous ai vu. Vous semblez, et je dis bien sembler, froid et distant, et sur ce dernier point, vous avez bien raison. »Elle, elle savait bien que ce n'était pas son cas. Du moins, la plupart du temps. Son regard noir ne la quittait pas des yeux, lui faisant part de toute sa froideur. Ça foutait franchement froid dans le dos mais elle était lancée. «Au ton de votre voix, quelque peu atypique, j'ai trouvé que vous étiez différent, comme si vous étiez dans un monde qui ne vous correspondait pas. »Ses yeux toujours plantés dans les yeux, elle termina : «Seulement, ce n'était là que le fruit de ma pensée et d'une interprétation trop poussée à mon avis. Je ne vous juge pas et n'en ai nullement la prétention. Je vais tâcher de terminer rapidement le travail sur votre montre, sans plus vous importuner avec le flux de mes pensées. »Drôle de façon de s'excuser me direz-vous mais elle ne le ferait pas une nouvelle fois, directement. C'était lui qui avait demandé des explications, si l'on pouvait dire.

Ce client était étrange. Elle avait envie, en quelque sorte, d'en savoir plus mais sans vraiment de raisons. La curiosité était déjà un vilain défaut mais associé à la franchise, c'était un putain de combo que pas mal de personnes ne trouvaient pas agréables. Parfois, Sidhiel avait du mal à contrôler cela et ce n'était bon pour aucun côté de la vie ; ni du côté de la famille ou des amis et encore moins dans le commerce. Les clients venaient avec une seule et unique chose en tête et elle devrait s'en réjouir. En clair, la jeune femme devait sérieusement songer à la fermer, à prendre sur elle et se contenter de faire son boulot. Ce serait pas mal. Ce que les êtres vivants pouvaient être ennuyeux tout de même ! Elle, elle appréciait laisser son esprit vagabonder dans des théories bizarres et totalement improbables histoire de changer son quotidien. Elle retint un soupir. Il ne manquerait plus qu'elle paraisse irrespectueuse alors que c'était le fil de sa pensée qui la désespéré et non son client. Ses yeux finirent par quitter les deux autres braqués sur elle pour remettre la montre au milieu de son attention.

Son corps, sur la chaise, suivit pour se remettre de profil par rapport au jeune homme. C'était fou quand même ; une montre de la sorte l'aurait, habituellement absorbé totalement au point qu'elle n'aurait pas prononcé un mot durant tout le long de son travail. C'était son propriétaire qui la perturbait. Elle, qui était si banale, entourée de choses encore plus ordinaires, était intriguée.
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Lun 21 Nov - 20:56
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En voila une qui n'avait pas la langue dans sa poche. Sous ses airs de jeune fille réservée et concentrée, elle osait. Elle s'excusait à demi-mot, en lui accordant qu'il avait raison d'être ainsi. Pourquoi donc ? Pour se fermer d'autrui et être associal ? Ou pour éviter justement d'être inconvenant et direct ? Chassant ses sarcasmes de son esprit, il attendait la suite. Elle en avait dans le ventre, cette demoiselle. Il savait d'expérience que son regard avait des répercussions sur les autres. Il faisait peur, il mettait mal à l'aise. Et en général, il décourageait de poser des questions. Peu étaient les gens qui pouvaient se vanter de soutenir ce regard. La réparatrice en faisait partie.

Sacrément perspicace, par dessus le marché, elle lisait aussi bien en lui que dans le mécanisme des montres, comme si finalement les deux n'étaient qu'un enchainement logique de rouages qui permettait de comprendre le fonctionnement intime d'une personne. A moins qu'elle n'en sache plus qu'elle ne le disait, et qu'elle était un agent ca.. Non ! Stop la paranoia. Il était libéré de sa plus terrible propriétaire, après tout ! Et s'il s'agissait d'un enneni potentiel, celui-ci l'aurait tué au lieu de faire causette dans un appartement sans ascenseur ! Mettant au placard les idées parasites. Elle mettait fin à la discussion, de toute manière, avec le même ton qu'auparavant, ne souffrant presque d'aucune réplique. Etrange personne, vraiment. Elle finit par se remettre au travail en silence, avec la même application que tantôt, avant son interruption. Le Russe la laissa faire, sans parler. Il fut même tenté de retourner dans la pièce principale, et faire comme si rien ne s'était passé. Mais touché par la justesse du propos, il resta dans l'encadrement de la porte.  

- Le ton de ma voix ? Probablement mon accent. Mon japonais est loin d'être parfait.

Bravo. Il avait sorti une phrase, même banale. Il était sur la voie du progrès. Il devait se forcer à continuer, comme il l'avait fait avec Kiyohi. Il s'était bien amusé ce jour-là. Comme quoi, quand il y mettait du sien, ce monde auquel il était étranger devenait petit à petit le sien. Mais étrangement, la finesse de l'analyse le déroutait. Devait-il risquer de s'avancer un peu ? De s'ouvrit ? Elle n'était pas une psy. Et un maximum de personnes devait pour leur sécurité personnelle ignorer ce qu'il était. Pour autant, il n'était pas obligé de le crier sur les toits.

- Cependant, je ne peux vous donner tort sur votre pensée.

Il décidait de prendre un risque.
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Lun 21 Nov - 20:56
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Le silence, entre les deux personnages, était finalement revenu dans l'atelier de la jeune femme. Après avoir déballé le fond de sa pensée, suite à la demande de son client, ce dernier resta de marbre, stoïque. A quoi pouvait-il bien penser ? Il lui semblait impossible de le savoir, ni même de le deviner. Sur son visage, sous ses beaux traits, il ne laissait rien paraître. Elle-même se complaisait dans le refoulement mais à ce point... Comment faisait-il ? Il ne semblait pas déstabilisé par les paroles de Sidhiel mais, pour une raison qu'elle ignorait, il resta debout, en face d'elle, dans l'encadrement de la porte. Et c'était bel et bien pour une raison car il finit par faire résonner sa voix. Ce n'était pas grand chose mais, en agissant de la sorte, il montra alors qu'il était ouvert au dialogue. Étrange réponse. Essayait-il de se justifier ? De lui donner tort sur ce qu'elle avait énoncé un peu plus tôt ? Qu'importe. La jeune femme apprécia ce petit geste. Son accent hein ? Oh que non, elle ne parlait pas de ça. Qu'à cela ne tienne, elle abonderait dans son sens, juste pour cette fois.

Tout en restant concentrée sur son travail, elle haussa la voix à son tour: "Votre accent ne se perçoit pas ou très peu. Vous maîtrisez parfaitement bien le japonais. "Elle était curieuse et il lui avait tendu une perche. Elle ne se gênerait pas. "J'en déduis donc que vous n'êtes pas d'ici. De quel pays êtes-vous originaire ? "Juste à l'oreille, elle ne pourrait pas deviner. Certes, il y avait bien une légère variation inconnu derrière son japonais mais c'était très faible. Le jeune homme finit par ajouter, qu'elle n'avait pas tort sur sa pensée émise auparavant. Bien qu'elle ne le connaisse pas, elle fut assez surprise qu'un inconnu, surtout quelqu'un qui semblait aussi différent et très distant (il fallait être aveugle pour ne pas constater cela chez lui ! ), lui donne raison sur sa propre personne. Elle avait vu juste alors ? Sachant cela, elle avait du mal à contenir sa curiosité. Cela ne la regardait pas. Pas du tout même. Cependant, il avait fait un pas vers elle en affirmant cela, non ? Que voulait-il à présent ? En discuter ? Puis, merde... La réparatrice lâcha à nouveau son attention de la montre pour se tourner vers le client et reposer son regard dans le sien.

Il était si intriguant, si mystérieux. Et quel drôle de personnage il faisait... Cela lui plaisait ! "Même si j'ai déblatéré, de manière totalement impolie les pensées qui me traversaient vous concernant et que j'ai vu juste, je n'arrive pas à vous cerner. Quoi de plus normal puisqu'on ne se connait pas. Oui, certes mais il y a quelque chose chez vous qui fait qu'on ne sait pas comment réagir, de quel manière il faut vous prendre, pour résumer. Je vois en votre phrase, une sorte d'invitation au dialogue et si tel est le cas, sachez juste que je suis franche, directe et très curieuse. Je dois aussi avouer que vous m'intriguez grandement. Je n'hésiterai donc pas à vous poser des questions. "Ses yeux toujours dans les siens, elle termina : "A mon avis, je suis un peu le genre de personne que les personnes distantes, un peu comme vous, n'apprécient pas forcément, voire pas du tout. "Son regard bleuté interrogeait le sien. Alors, était-il prêt à supporter les défauts majeurs d'une femme qui n'avait pas la langue dans sa poche ? Elle demandait à voir.


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Lun 21 Nov - 20:56
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Sans faire exprès, Alexis avait lancé un sujet de conversation. Voilà comment meubler le silence, bien que la réparatrice puisse le deviner en lisant les inscriptions sur la montre. Mais à présent qu'ils avaient de quoi parler, il n'allait pas mettre à mal leurs efforts d'échange. Il était vrai qu'il avait un japonais impeccable, bien qu'il roulait les "r" à la Russe.

- Je viens de Russie.

D'accord, il restait laconique, il ne rajoutait rien à cette déclaration, mais c'était mieux que rien. La jeune femme allait se charger de relancer et petit à petite, il se décoincerait. Il s'étonnait toujours de voir la différence avec ses identités fictives (chargées de suivre ses victimes) tellement plus ouvertes que son véritable lui. D'ordinaire, Alexis se cachait derrière un masque et jouait un rôle. Il était plus avenant quand il se cachait derrière un de ses alias. Quand il était naturel, ce n'était plus le même. Sur ce point, il avait progressé avec Pearl, Enzo, ou Kiyohi. Il allait se faire à la société. Le complexe Hinata avait déjà amorcé sa transformation, il était en bonne voie.

Il écoutait les déductions de la jeune femme ; elle n'avait pas froid aux yeux. Alexis savait par expérience que les gens n'osaient pas le regarder en face et baissait la tête. Ce n'était pas son cas.
Ce qu'il trouvait amusant au delà de sa franchise, était sa clairvoyance à son sujet. Effectivement, les personnes réservées n'apprécient pas celles qui empiètent sur leur "zone de sûreté". Elles se murent encore plus dans le silence et feront même en sorte de s'éloigner et mettre fin au contact. Mais Alexis devait sortir de son enfermement et s'ouvrir au monde. Il devait se forcer, quoiqu'il en coûtait.
Pour autant, il n'avait pas à se faire violence vis à vis de cette femme. Sa lèvre supérieure se souleva légèrement vers le haut.

- Je vous retourne votre remarque. Vous m'interrogez beaucoup, avec votre excellent sens de l'analyse, comme si vous décortiquiez les mécanismes des montres aussi bien que ceux de l'esprit. Vous voulez me poser des questions ? Pourquoi pas. Si vous répondez aux miennes.

Quand il était lui-même, soit il se coupait des autres, soit il jouait avec malice avec ses interlocuteurs. C'était ainsi que cela s'était passé avec Pearl et Kiyohi. Si la relation aux autres n'était pas piquante, elle n'était pas intéressante à ses yeux.
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Le jeune homme se contenta de répondre par une simple phrase à sa question. Seulement quatre petits mots. Néanmoins, la jeune femme commençait à se dire vu, que son client continuait, malgré tout, la conversation, qu'il devait pertinemment savoir qu'elle allait le relancer. De toute évidence. Ce n'était pas faux. De Russie hein ? Quand même ! Elle se demandait quelle était la raison qui avait bien put le faire venir ici, sur cette île. Puis, elle se demanda à elle-même, pourquoi diable elle ne posa pas directement la question à voix haute. Elle avait commencé à être directe depuis quelques minutes déjà. Autant continuer ! Ainsi donc, elle reprit sa question pour la formuler, cette fois-ci, à voix haute : "Je vois. Et qu'est-ce qui vous a amené à venir dans la région ? "Au fur et à mesure, elle était de plus en plus curieuse. Le fait de pouvoir, peut-être, assouvir son désir de connaissance la faisait jubiler. Comprenez que le plus souvent, Sidhiel avait le droit à des têtes à têtes uniquement avec des montres ou des horloges.

Évidemment, c'était un choix. Mais le changement de temps en temps, c'était agréable, non ? Après avoir déblatéré son petit monologue, le regard posé sur celui du jeune homme, elle attendait sa réponse avec impatience mais sans le montrer. Comme à son habitude. Et les paroles qu'il finit par prononcer la surprirent légèrement. Elle ne s'attendait vraiment pas à ce qu'il choisisse ce terrain là. C'était surprenant. C'est qu'il cachait bien son jeu, l'air de rien ; il était joueur aussi. Toute fois, la jubilation qu'elle ressentait jusque là laissa place à une certaine crainte. Devait-elle vraiment continuer la conversation dans cette voie ? Ne devrait-elle pas tout simplement retourner à son travail à la place ? La jeune femme n'avait rien à cacher, rien du tout. Elle était aussi banale qu'une plante dans un pot ou qu'une vieille voisine sortant son chien à la même heure chaque jour. Toute fois, parler de ce qu'elle ressentait certaines fois, de ce qu'elle prenait toujours soin de laisser enfouie au fond d'elle... C'était...

Elle ne l'avait jamais fait et n'en ressentait nullement le besoin. Une panique intérieure vint la saisir aux tripes, à sa gorge qui se serra, d'où une forte impression de s'étouffer. Pourquoi éprouvait-elle ces sensations ? Elle n'avait rien à cacher. Rien du tout. Pourquoi avait-elle cette peur de parler de sa propre personne ? Ce n'était pas grand chose ! C'était idiot oui, mais terriblement saisissant. Tout tremblait en elle alors qu'il n'y avait rien de plus calme, solide et plat que son appartement. Ses yeux se levèrent et cette fois-ci c'était son client qui la fixait. Elle voyait alors une lueur de défi dans son regard. Était-ce son imagination ? Qu'à cela ne tienne, il était hors de question de se défiler maintenant alors qu'elle même venait de lui faire tout un speech ! Elle prit son courage à deux mains. "Pourquoi pas ! Chacun notre tour, alors ? Je vous laisse commencer. " Même pas peur ! Ou presque...
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L'art de travailler ses couvertures était une matière à part entière dans l'éducation criminelle d'Alexis. Avec le recul, il constatait que comme n'importe quel enfant, il était allé à l'école, avait étudié, bien que ses disciplines s'écartaient radicalement des apprentissages traditionnels. Entre deux leçons de lancer de couteau et d'anatomie (repérage des points vitaux et exercices pratiques), il avait assisté à des leçons permettant de se construire efficacement une identité factice et de l’interpréter. Sorte de création littéraire et théâtrale. A part quelques rares cas (dont les deux seuls à avoir réchappé étaient Enzo et Pearl), personne n'avait réussi à percer sa carapace et à découvrir sa véritable identité.

L'une de ses plus grandes peurs était de se faire repérer, et de s'exposer au Milieu dont il voulait définitivement se soustraire. Si lui voulait tirer un trait sur son passé, il ne pouvait être certain d'être totalement en sécurité. Les ennemis du Serpent ou du Loup, ou bien des potentiels rivaux se fichaient bien qu'il se soit repenti. Faire la peau à un assassin, en fonction ou à la retraite, était toujours une gloire.  Certaines personnes voudraient se venger de lui et de ses crimes, par leur propre moyen ou en le menant devant la justice. Sans compter ceux qui pourraient le faire chanter et utiliser à nouveau ses talents. Il n'avait plus de patron pour le protéger, et bien qu'il aurait dû se réjouir de sa liberté nouvellement acquise, elle l'inquiétait. Sans maître, Alexis était perdu. Triste constat, mais on ne peut effacer d'un coup de baguette magique toute une vie d'asservissement. Il s'interrogeait sur les options à prendre si une personne devait s'aventurer trop loin : laisser courir ? Arrêter la discussion net, au risque de renforcer les soupçons ? S'en débarrasser ? Des sueurs froides parcoururent désagréablement son corps. Il lui faudrait beaucoup de temps pour se sentir enfin tranquille. Il espéra qu'il n'avait pas eu tort de venir voir cette fille, gentille bien qu'un peu fouineuse.
Il appréhendait qu'elle trouva finalement, comme il le redoutait, une pièce insolite.


Toutefois, il essaierait de s'en sortir en suivant scrupuleusement les règles primordiales de la dissimulation d'identité, à savoir mentir le moins possible. Il garderait les lignes principales de son alias, le professeur de tir à l'arc russe de retour au pays du Kyudo pour les vacances. Il ressortirait son nom de famille imprononçable qui s'évanouissait de la mémoire aussitôt prononcé. Et pour l'intrus éventuel parmi les engrenages... Nier savoir quoique ce soit, et avancer que son père était dans l'armée russe. L'imaginaire lié au cinéma hollywoodien ferait le reste : James Bond avait nourri de nombreuses générations, véhiculant les complots de l'armée Russe, les coups fourrés du KGB, la guerre froide... Tout irait bien sauf si mademoiselle Glor n'était pas cinéphile. En attendant, il avait la perspective d'un délai en posant sa question.  

- Je suis en vacances. Au Complexe Hinata. Et vous, qui vous a amené dans cette ville ? Et dans un immeuble fort peu accessible ?

Il n'allait tout de même pas se lancer dans un monologue expliquant toute son histoire d'un seul trait, comme un enfant qui récite une leçon. Qu'il se mette à parler sans retenue ferait trop suspect, alors qu'il s'était peu montré bavard en amont. De son côté, il se chargeait de creuser un peu avec des questions offensives et qui allait peut-être déranger la réparatrice. Chacun son tour.
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Les battements de son cœur commencèrent à se calmer petit à petit mais ils restaient anormalement rapides pour une personne assise, sans activité aucune. Son sang-froid, elle savait le gardait le plus souvent. Elle serait rester stoïque. Il n'y avait aucune raison valable à toute son agitation. Et merde ! Elle ne comprenait pas cette partie d'elle-même. Ça l'énervait au plus au point. C'était bête et incompréhensible tout simplement. Mais, malgré cela, elle savait bel et bien qu'elle ne renoncerait pas si facilement car elle était forte et elle aimait renforcer cette idée. Le client, après qu'elle ait accepté sa proposition, débuta donc. Leur échange était bien singulier. Plus intéressant qu'une conversation, c'était un jeu et allez savoir pourquoi, elle semblait prendre ça comme un défi. Le regard du jeune homme lui incitait ça. Qu'importe, elle avait envie de gratter la couche qu'il dissimulait car, il y en avait une, c'était certain.

Elle le sentait. L'opératrice sourit à sa remarque. C'était bien vrai ça ; son immeuble était peu accessible. Peut-être avait-elle fait ce choix inconsciemment mais maintenant qu'on lui faisait la remarque, elle se rendit compte que cet immeuble était un peu à son image. C'était amusant comme hasard, si cela en était bel et bien. "Je vois. Et que faites-vous de vos vacances ? "Sidhiel était bien curieuse de ses activités. Elle ne l'imaginait pas faire des choses ordinaires. Il avait l'air trop euh... Ailleurs, peut-être ? "Oh rien de bien spécial en réalité. Je cherchais juste un endroit assez fréquenté pour installer mon petit commerce bien que oui, mon immeuble soit aussi peu accessible. Je n'aime pas entendre trop de bruits, de gens. Ceux qui le veulent vraiment viendront me trouver, comme vous. "Cette première question n'était pas dérangeante et c'était très bien ainsi.

Néanmoins, elle savait pertinemment que le jeune homme ne s'arrêterait pas à de simples questions de routines. Oh, en parlant de ça ! "Question de base ! Votre prénom ? "Quand même-la base quoi ! Puis lui, il connaissait déjà le sien. Elle n'avait pas envie d'être désavantagée. Son regard se posa sur la montre à gousset avec, à peine, quelques pièces retirées. C'était fou quand même ; ce jeune homme captait toute son attention. Elle allait si remettre... Dans quelques minutes. De toute façon, ça ne devrait pas lui prendre longtemps. Bien qu'elle soit ancienne et, de ce fait fascinante, c'était un travail de routine pour elle. Pas de soucis à se faire de ce côté là !
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Lun 21 Nov - 20:57
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Loin de se vexer, la jeune femme considéra sa remarque sur son étrange logement et y répondit avec simplicité. S'il pouvait comprendre ses raisons (celle d'éviter les liens bruyants pour travailler tout en restant concentrée), il saisissait moins son retrait d'un point de vue plutôt commercial. Bien qu'elle eut peut-être inondé l’île de publicité, elle demeurait moins visible dans un quartier résidentiel qu'une galerie. Elle n'avait pas pignon sur rue (c'était peu dire !). Comment pensait-elle survivre professionnellement parlant dans ces conditions ? Par sa compétence et le bouche à oreille, certes. Si un concurrent cependant ouvrait sa boutique en centre-ville, elle signait son arrêt de mort.

Quand elle lui demanda son prénom, après être allée loin dans son analyse de sa personne, Alexis ne put s'empêcher de sourire. Par certains aspects, Sidhiel Glor faisait écho à la spontanéité de Kiyohi. Avec moins de maladresse, quand même. Le slave appréciait énormément ces personnes qui ne se prennent pas au sérieux, qui sonnent vrais, et normaux. Tellement différent des manipulateurs, menteurs et cruels de son ancienne existence. Il les enviait, ces gens simples sans prétention vivant leur vie sans entrave. De fait, il souhaitait les fréquenter, afin d'être contaminé de leur candeur.

Son sourire persistant sur ses lèvres, il croisa les bras et joua au cabotin.

- Tstt... On avait dit, chacun son tour. Or, vous me posez deux questions. Je trouve cela injuste. Je laisse passer pour cette fois. Ce que je fais de mes vacances ? Ce que tout le monde fait : visites, activités sportives. Farniente.

En vérité, il avait rencontré un parrain, avait failli assassiner une femme, se faire tuer par le parrain en question, avait été racheté à sa propriétaire d'origine, avait perdu son maître. Plus conventionnel, il avait jeté sa garde-robe de tueur et tout racheté dans la foulée dans une journée shopping mémorable. Participé à une course au trésor où il avait affronté un rival rancunier et ficher la frousse de sa vie à un ado. Depuis, il errait comme une âme en peine car il n'avait plus de maître. Drôles de congés.

- Pour la seconde question, je m'appelle Alexis.

Nul besoin de lui servir son faux nom de famille. D'abord, parce que personne ne le retenait. Ensuite, parce qu'elle n'avait demandé que son prénom.

- A moi. Pourquoi vous êtes-vous installée dans cette ville ?

Pourvu qu'elle soit plus bavarde que lui, sinon les échanges seraient plutôt rapides.
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Lun 21 Nov - 20:57
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son attitude face à sa question en trop la fit sourire. Ce genre de "rôle" lui allait terriblement bien. Elle irait même jusqu'à dire que cela le rendait terriblement séduisant. Mais il était vrai qu'elle avait enfreint, si on peut dire, les règles de leur petit jeu. Toute fois, la balance serait maintenant équilibrée selon elle. Donc, elle ne chercha pas plus la petite bête et s'inclina. "Autant pour moi, je ne le referai plus ! " Sa réponse à sa question était brève et surtout impersonnelle. "Je vous trouve bien évasif..." "Ce que tout le monde fait". Il se dissimulait derrière des phrases toute faites. En quelque sorte, il tournait autour du pot sans vraiment se risquer à y plonger complétement. Qu'à cela ne tienne, elle trouvait bien le moyen, à force de persévérance, de le percer à jour. A cette pensée, son regard s'anima d'une lueur perçante et malicieuse. Il était trop intriguant pour laisser tomber !

Il se divulgua sous le nom d'Alexis. C'était un beau prénom et pas banal dans les environs de Taiyou no Tokai.
"Et bien Alexis, il n'y a pas vraiment de raison. Je cherchais un endroit où m'installer et des prospectus m'ont attirés ici. On peut dire que c'est le hasard qui a accusé le coup. "Sidhiel posa son regard sur le jeune homme, se demandant comment elle pourrait le déstabiliser lui qui restait de marbre, stoïque et qui semblait alors inébranlable. Et paradoxalement, ce type de personne lui donnait toujours l'impression de vouloir, malgré eux, être percé à jour. Elle se demandait si c'était son cas sachant pertinemment que ça, elle ne le serait sans doute jamais. La jeune femme se saisit d'un de ses outils et s'amusa à le faire tournoyer entre ses doigts. "Qu'est-ce que vous faites comme travail ? "Au vue de son enthousiasme débordant, elle ne le voyait certainement pas dans des bureaux, réceptions ou accueils.

"Je vous vois plus dans un métier solitaire... "Qu'est-ce que ce singulier personnage pourrait bien exercer pour gagner sa vie ? Cette échange était plus semblable à un interrogatoire qu'à un échange. C'était très très étrange comme situation et justement, c'était bien loin d'être ordinaire. Cela changeait de ses habitudes. Ses clients sont toujours si mornes, toujours plongés dans leur routine quotidienne. Comme elle en fin de compte. Ce qu'elle pouvait rêver d'un bon grand chamboulement ou changement dans sa vie. Par chance, Alexis lui en offrait un extrait.
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Lun 21 Nov - 20:57
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Alexis ne voyait pas où cette conversation allait les mener. Il voyait cela comme un jeu, du moins au départ. découvrir les gens, par des questions et des réponses, avait une saveur unique, une surprise de chaque instant, où l'on s'interroge sur la prochaine. Si le Russe avait accepté en chassant toute arrière-pensée, il éprouvait une sorte de malaise face aux sous-entendus. Mademoiselle Glor avait cerné la part d'ombre en lui, et sa franchise n'avait pas de limite. Elle glissait des petites remarques, par ci, par là, qu'il trouvait déstabilisantes. Elle ne donnait pas l'air de faire exprès, pourtant. Ou bien, elle jouait la comédie aussi bien que lui.

Jusqu'où voulait-elle savoir des détails sur la vie du slave ? Certains secrets n'étaient pas bons à connaître, et les siens en particulier. Alexis n'avait plus l'obligation de tuer ceux qui trouvaient le fin mot, mais connaitre son ancien métier était dangereux pour lui comme pour autrui. Par sécurité, il ne devait pas trop en dire, sauf en cas d'absolue nécessité.

De son côté, la jeune femme n'était pas plus précise que lui. N'avait-elle rien à dire, ou elle-même avait-elle des secrets ? Il ne voyait comment la pousser à être plus prolixe, ce n'était pas le genre de la maison ; il n'était guère doué pour discuter avec les gens. Tandis qu'elle trouvait les mots pour le provoquer et se mettre sur la défensive.

Le Russe n'avait jamais pensé à la grosse faiblesse de sa couverture, à savoir qu'il ne transpirait pas la sociabilité. En revanche, si la pertinence de l'activité avec sa spécialité était avérée, elle l'était moins sur le plan relationnel.
Alexis ne donnait pas l'image d'un homme proche de ses semblables. Il avait la patience et la technique du professeur, pas la pédagogie. Devait-il faire volte-face et déclarer une autre profession ? Grossière erreur qu'il commettrait. Mentir à la va-vite, sans se poser, menait à être découvert. Pour que le mensonge soit vrai, il devait nécessairement être construit. Il n'avait pas le temps. Ni le choix.

- Je suis professeur de tir à l'arc.

A voir comment elle allait tourner la chose. A son tour à présent.

- Pourquoi faites-vous ce métier ? Sans vouloir être misogyne, d'habitude les femmes ne versent pas dans la mécanique. C'est peu ordinaire.
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Lun 21 Nov - 20:57
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Après avoir posé sa question, elle ne quitta pas des yeux une seule seconde le jeune homme face à elle. Elle cherchait le moindre geste qui pourrait le trahir, n'importe lequel : ne lui laissant aucun moment de répit. Ce jeu était si excitant qu'elle ne voulait aucunement en sacrifier une miette. Néanmoins, il était loin d'être débutant dans la matière. Rien ne paraissait hormis ce qu'il voulait bien laisser paraître. Hum... Elle l'aurait ! Il finirait bien par se trahir, ne serait-ce que dans ces propos. Bien que peu loquace, elle finirait par l'avoir car quelque chose n'était pas cohérent. Ses paroles n'allait pas de paire avec ces gestes ou même la personnalité atypique qu'il semblait avoir. Et, justement, il se déclara être professeur de tir à l'arc ce qui était loin d'être une information "buvable", acceptable à ses yeux qui tentaient d'être aussi objectifs que possible. Sidhiel ne put s'empêcher de laisser échapper un léger ricanement à la même manière hautaine que son hôte juste un peu plus tôt.

En croisant les jambes, un sourire narquois, qu'elle ne se connaissait pas, étira les coins de ses lèvres. "Ah oui ? Je serai bien curieuse de vous voir à l’œuvre... Vous me faites une démonstration ? "Elle voulait voir du changement sur son visage, n'importe quoi, qu'il se dévoile plus et, ne dit-on pas que la fin justifie les moyens ? Et, entre parenthèse, ce comportement lui plaisait. C'était inhabituel chez elle. A lui. Sa question ne l'étonna pas vraiment. "Vous n'êtes pas le premier à me demander ça. Aussi loin que je m'en souvienne, j'ai toujours été attiré par les mécanismes, les rouages. J'adore et je ne peux m’empêcher de réparer. Je suis fascinée par cette connaissance. Et puis... "Elle regarda la montre sur son bureau. "Ils sont plus faciles à comprendre et à gérer. "Qu'il comprenne ou non son point de vue, cela n'avait pas grande importance.

A son tour. Les questions, c'était facile à poser mais il fallait trouver LA question qui pourrait changer la donne et faire tanguer la situation en sa faveur même si elle se trouvait déjà bien perspicace. Elle s'étonnait elle-même. Elle ne savait pas encore... Tant pis, cela viendrait plus tard. "Alors... Que faisiez-vous dans votre pays d'origine, avant de venir ici ? "
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Lun 21 Nov - 20:57
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Le pauvre Alexis se retint de réagir au quart du tour devant les questions de plus en plus introspectives de la demoiselle. Il résistait vraiment à la tentation de verser dans la paranoïa, mais Sidhiel ne l'aidait vraiment pas. Il essayait de peser ses pensées pour déculpabiliser la jeune femme. Elle était curieuse, comme avec les montres, qu'elle essayait de décortiquer jusqu'au bout. Le russe l'avait rencontré par hasard, ce n'était qu'une coïncidence. Il ne s'agissait pas d'un complot quelconque pour le prendre en défaut. Ce serait trop de prudence alors que dans son milieu, on y allait franco pour prendre des renseignements. A moins qu'elle ne soit un flic infiltré. Mais comment un flic pourrait savoir qu'il avait besoin d'une réparation de montre ? C'était impensable, invraisemblable, fou ! Non, cette fille n'était juste qu'une fouineuse qui ferait mieux de rester à sa place !

La colère d'Alexis montait progressivement. Il laissait ce sentiment rarement monter en lui, mais ces derniers temps, elle aimait s'inviter dans son quotidien pour tester sa patience. A présent qu'il n'aspirait qu'à la tranquillité, pourquoi voulait-on le percer à jour, l'obliger à retourner le couteau dans la plaie ?

Le regard noir en réponse à son ricanement était tentant, mais il parvint à se contrôler grâce à son extraordinaire sang froid, et ne tiqua même pas. L'attitude de la réparatrice était volontairement provocateur. Elle jouait à un jeu et utilisait toutes les méthodes possibles pour gagner. C'était de bonne guerre, sauf qu'elle n'avait pas la moindre idée des conséquences d'une victoire. Si elle était innocente, sans aucun rapport avec toute cette histoire, alors elle se mettrait en danger. Bon sang, les gens ne se rendent pas compte qu'insister est inutile quand ils affrontent des résistances ? Seulement, il comprit clairement à la réponse qu'elle formula qu'elle aimait à décortiquer les mécanismes. Elle était du genre tenace et perspicace, n'abandonnant jamais devant ce qui pouvait lui échapper.

Puisqu'elle demandait des preuves des capacités du jeune homme, autant la satisfaire.

- Et bien, que diriez-vous d'un cours de tir, un de ces jours ? Gratuit, bien sûr.

Au moins, elle ne pourrait plus douter de cette partie. Il avait bien réussi à berner Pearl sur ce point, il pouvait recommencer.
Seulement, il ne pouvait s'arrêter sur cette phrase, bien qu'il le souhaitait fort. La question suivante le laissa perplexe. Puis relança son ressentiment. Essayait-elle de le piéger, ou quoi ? Il venait de répondre à sa question ! Et qu'avait-il à dire de plus sur son quotidien ? Qu'il se levait à 5h00, qu'il mangeait son petit déjeuner avant de partir donner ses cours ?

Las de cette conversation qui prenait un tour déplaisant, il avait envie de tout lâcher. Voir son visage se décomposer, ou qu'elle éclata de rire, selon comment elle recevrait la vérité en plein visage. Le croirait-elle s'il annonçait sa profession réelle ? Cette défiance lui plaisait, mais elle était vraiment trop dangereuse pour eux d'eux.
Il opta pour la réponse bateau.

- Je me lève, je vais travailler, je mange, je me couche. Et je parle russe aussi.

Il esquissa un sourire en coin, puis la prit à contre-pied. Histoire de lui faire passer un petit message, via une nouvelle question.

- Pourquoi ma montre ne marche-t-elle pas ?
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La situation, pourtant si amusante et décalée, semblait virer au vinaigre. Ses efforts furent vains. En effet, malgré le sang-froid quasiment inébranlable du jeune homme, il était difficile de ne pas sentir une certaine tension émanant de lui. Ses réponses restèrent tout aussi courtes qu'auparavant mais elles étaient plus tranchantes, cassantes. Il en avait marre et c'était bien dommage. Après tout, n'était-ce pas lui qui avait proposé ce petit échange bien qu'elle-même lui avait légèrement forcé la main ? Ce qu'il était mauvais joueur en plus d'être insociable. Sa dernière question, puisqu'il s'agissait bel et bien de la dernière, confirma sa pensée. Ce comportement l'irrita mais la déception vint recouvrir cette première couche, finalement peu importante. C'est bon. Elle avait compris. Le quotidien, la routine. Faire toujours comme elle faisait tout le temps. Elle avait l'habitude. Et c'était bien morose tout ça mais soit.

Elle n'était pas payé à faire la conversation. Elle avait compris. Ne prenant pas même la peine de retenir un soupire, elle se tourna pour se ranger dans son bureau afin de se pencher sur la montre. C'était l'usure tout simplement. Peu de personnes prenaient le temps de faire nettoyer les rouage alors que c'était fragile comme tout. Sans prendre le temps de répondre au client et en moins de temps qu'il ne fallait pour le dire, la montre était démontée, chacune des pièces posaient précautionneusement dans un coin et dans un ordre précis. Entrainé dans des gestes devenus presque automatiques, comme dans une sorte de danse qu'elle connaissait sur le bout des doigts, elle se stoppa net. Elle lâcha ses outils et se pencha avec la loupe sur la fameuse montre. Bordel... Qu'est-ce que c'était que ça ? Minute... La jeune femme avait déjà vu ça dans un de ses bouquins.

C'était surtout de la curiosité en fait. Elle n'y avait jamais vraiment touché mais elle ne demandait qu'à pouvoir. Elle se leva, passa entre Alexis et la bordure de la porte de l'atelier avant de se diriger vers sa bibliothèque et prendre le livre qui lui était apparu à l'instant. Elle retourna à sa place et feuilleta jusqu'à ce trouver quelque chose de similaire. C'était bien ça. Il y avait un micro-espion dans cette montre ! Ses yeux se posèrent à nouveau sur son client. Mais qui était-il vraiment ? Qu'importe, plus de question ou de remarques, sauf une ou deux, qu'il n'allait sans doute pas apprécier. Sidhiel s'apprêta à parler quand elle se rendit compte de l'idiotie de cet acte. Qu'importe le comment du pourquoi c'était là mais ça fonctionnait toujours. De cela, elle en était certaine et c'était sans aucun doute une mauvaise idée d'en parler à voix haute, non ?

Préférant ne pas courir de risque pour le jeune homme, elle se saisit d'une feuille et d'un stylo afin d'écrire : "Je ne vous demanderai pas pourquoi mais il y a un micro-espion dans cette montre et il fonctionne toujours. "Elle lui fit signe d'approcher et lui tendit la feuille. Avant d'attendre quelques réponses de sa part, elle lui tendit une nouvelle feuille. "Voulez-vous que je le désactive ? "
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Lun 21 Nov - 20:58
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Le jeune homme n'ignorait pas qu'il avait sûrement vexé la réparatrice. Il ne lui tint pas rancune, c'était légitime alors qu'il la battait à froid après avoir accepté son petit jeu. Alexis n'était pas encore guéri de sa méfiance. Là où il aurait dû se montrer dès le départ plus ouvert afin qu'elle ne soupçonne pas son  côté sombre. Il éprouvait tant de difficulté à agir quand il ne recevait pas d'instructions.

Le regret était toutefois inutile ; de toute façon, il ne venait fort probablement cette femme qu'une fois dans sa vie, donc peu importe s'il entretenait de mauvaises relations avec elle. C'était préférable que de tomber dans les mains de n'importe quel dangereux personnage, parce qu'elle en savait trop.

Le silence qui suivit la demande d'Alexis fut extrêmement lourd. Il resta immobile sans la quitter des yeux, tandis qu'elle reprenait son travail, un air boudeur affiché sur son visage. Elle se rattraperait avec un autre client, les personnes avec qui discuter ne manquait pas.

De ses doigts de fée, Sidhiel démonta le mécanisme, étant le tout sur son plan de travail avec une minutie d'une précision digne d'un orfèvre. Ses mains filaient, guidées par l'habitude, savaient exactement quoi faire, sauf que... Elles s'arrêtèrent net sur une pièce en particulier. Elle se leva, passa devant Alexis qui la suivait du regard, sans rien ajouter.
elle revint quelques secondes plus tard, après avoir jeté un coup d’œil sur lui. Le slave comprit instantanément qu'elle avait trouvé ce qu'il soupçonnait. Aussi, quand elle lui tendit intelligemment un papier où elle avait noté quelques mots bien significatifs, lui vint des réflexions.
Il avait déjà fauté en allant voir cette femme, dès le départ. Il ne voulait pas la mouiller dans ses affaires, et pourtant il l'avait fait consciemment, en se doutant que sa montre pouvait cacher quelque chose. Sinon pourquoi son ancien employeur lui avait permis de la conserver, alors que tous ses autres objets personnels avaient été détruit ? Il manquait d’honnêteté envers elle en ayant coupé court à sa curiosité. Ayant pointé ce paradoxe, s'étant montré égoïste envers elle, il décida de se montrer plus gentil.

Il s'empara du stylo et du papier où la jeune femme avait noté son avertissement.

"Je suis navré de vous avoir manqué de respect il y a quelques secondes. Mais à présent, comprenez-vous pourquoi je suis obligé de vous mentir. Toute vérité n'est pas bonne à connaître, d'autant plus si elle est dangereuse." ?

Il poussa la feuille vers elle pour qu'elle puisse lire ses mots.

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Lun 21 Nov - 20:58
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A ce simple contact visuel jeté vers lui, le jeune homme sembla deviner le message lourd de sens qu'elle était entrain d'écrire sous ses yeux qui n'avaient pas même oscillé à la vue de ce dernier. Le sang froid dont il faisait preuve l'énervait en un sens mais elle ne pouvait nier la pointe d'admiration naissante en elle. Sidhiel était douée pour dissimuler ses émotions mais pas autant que lui. Elle en était encore loin. Quoiqu'il en fut, il resta songueur un moment. A quoi pouvait-il bien penser à cet instant précis ? Et qui était-il bordel pour avoir un micro-espion dans sa montre ? Il coupa le cours de ses pensées en lui tendant, à son tour, la feuille avec un nouveau message. Oh, c'est qu'il se montrait plus cordiale et gentil d'un seul coup. C'était un avertissement, non déguisé, pour sa sécurité, de ce qu'il affirmait, en tout bien tout honneur. Néanmoins, paradoxalement, elle avait tout de même envie de retirer ce micro-espion.

Pour lui car c'était une épine en moins dans le pied de le savoir là mais un sacré soulagement de le savoir retiré. Pour elle car c'était un sacré défi qui, d’autant plus, était vachement excitant et inhabituel. N'était-ce pas ce qu'elle attendait ? Elle mourrait d'envie de savoir. Ses lèvres et sa langue, sa voix aussi ... L'ensemble la démangeait tant elle avait envie de lui poser un milliard de questions. Comme elle l'avait deviné aux premiers coups d’œil, il était complexe et singulier. Une pièce rare qui ne demandait qu'à être démonter, du moins, de son point de vue. Se saisissant de la feuille, comme la suite de sa réflexion, elle inscrivit les mots suivants : "Je comprends et je n'ai pas l'intention de vous demander des explications ni aucune justification. Je ne me le permettrai plus si cela peut vous rassurer. " Elle lui tendit le papier, lui laissa le temps de lire avant de reprendre de vive voix. "Je vais faire une pause avant de reprendre. Vous prendrez bien quelque chose ? "

Elle lui fit signe de sortir de l'atelier et le suivit, mettant la porte derrière elle contre le rebord du mur. Elle ne savait pas du tout si quelqu'un les écoutait en ce moment même mais si tel était bien le cas, il valait mieux éviter un trop long silence alors qu'elle venait juste de démonter la montre. Une fois dans la cuisine, à quelques mètres de l'atelier où résonnait les tic-tac, elle le regarda et ajouta d'une voix qui se voulait assez basse ; on était jamais trop prudent. "Je n'ai pas l'habitude de faire ce genre de "réparation" toute fois je pense être plus que qualifiée pour tenter de désactiver ce micro-espion. " Alors qu'il s'apprêtait à rétorquer, elle l'interrompit avant même qu'il commence. "Je vous crois quand vous me dites qu'il y a des risques... Peu m'importe. "Elle voulait vraiment essayer. Non, elle réussirait car si elle avait bien foi en quelque chose, c'était en ses propres capacités. Dans ses yeux reluisaient une lueur inspirant le défi comme la détermination.
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Sidhiel ne pouvait plus nier : elle était prévenue. Par la drôle de présence dans sa montre, par le mot on ne pouvait plus évocateur. Pourtant elle n'avait pas l'air d'avoir peur. La curiosité dépassait cette situation peu banale. Alexis ne put s'empêcher de la trouver admirable, peu de personnes aurait pu s'adapter à une telle nouvelle sans trahir une parole, une excitation, autre chose ? La concentration sur son travail, l'envie d'aventure, peut être.

Il la suivit dans la cuisine, où elle lui parla à mi-voix.

- Avez-vous quelque chose rafraîchissant ? Un soda ? Ou de l'eau, tout simplement ? Je vous remercie.

Face à un comportement auquel il ne s'attendait pas, Alexis eut envie de commettre une énorme bêtise : celle de se confier. Il avait déjà pu le faire avec une personne comme Pearl (quoiqu’elle ne l'avait pas appris par une confidence). Il n'avait jamais lâché le morceau de plein gré. Quel effet une telle annonce pouvait provoquer chez une personne hors de son milieu ? La tentation était grande, si grande, surtout qu'elle le poussait dans ce sens, même lorsqu'elle lui assurait qu'elle insisterait plus.

Seulement, arriverait-il à contrarier ses principes, à mettre une fille en danger à cause d'un besoin exclusif de se soulager ? Et d'une curiosité mal placée ? Cela en valait-il la peine, quand on connaissait la conclusion auquel il songeait ?

A moins que ce soit l'occasion ou jamais d'expulser pour de bon ses soupçons. après tout, il se faisait peut-être des idées, il ne risquait peut-être plus rien. Ce micro marchait encore, mais était-ce significatif pour autant ? Il n'avait aucune preuve qu'on le suivait encore. Personne n'avait pensé à démanteler sa montre. Peut-être que son écoute diffusait dans le vide...
En manque de preuve, il hésitait à tenter le diable. Il se fit une promesse : si la demoiselle parvenait à désactiver le micro, il répondrait à quelques unes de ses questions. Libre à elle de le croire ou pas. Elle pourrait pour autant le prendre pour un affabulateur. Ou un écrivain ayant beaucoup d'imagination. D'une voix très basse, presque inaudible, rendant son intonation plus douce, il murmura.

- Je vous donne carte blanche. Si vous y arrivez, je vous paie le double, et vous aurez droit à trois questions auxquelles je répondrais honnêtement.
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Après avoir joué le jeu de la boisson pour s’éclipser dans la cuisine, dans le cas éventuel d'un intrus indiscret de l'autre côté du micro, un silence de mort régnait dans la salle et entourait les deux personnages. Sidhiel n'avait aucune condition. Elle désirait seulement pouvoir désactiver ce micro espion. Il lui importait peu de savoir le comment du pourquoi. Non... Elle se mentait à elle-même. Elle en crevait d'envie mais elle avait promit de ne plus rien demander et elle s'y tiendrait. Alexis, lui, semblait peser le pour et le contre de la situation et de la proposition d'aide de la jeune femme. Elle savait que cela pouvait être sérieux voire dangereux car, après tout, qui se promenait avec une montre équipée d'un micro espion ? C'était peu banal, tout comme ce client. Et, c'était pile ce qu'il lui fallait : si elle pouvait, elle aurait sautillé partout tant cela l'excitait ! Mais, retenu et sang-froid était ce qu'elle préférait faire paraître.

Bien évidemment, pour cela, le jeune homme l'a battait et de loin. A peine eut-elle aperçu ses lèvres s'ouvrirent qu'elle s'approcha un peu de lui, tendant l'oreille pour découvrir sa réponse. Et celle-ci était plus que satisfaisante. Un sourire qu'elle eut du mal à dissimuler étira ses lèvres. Elle n'en demandait pas autant mais s'il insistait... Ce serait malpoli de refuser ! Dans un murmure, elle répliqua : "Cela me convient. "Et plutôt deux fois qu'une ! Elle jubilait. Avant de retourner dans son atelier, elle alla dans sa chambre afin de prendre autre caisse d'outils afin de parer à toute éventualité. Sans plus de blabla, bien que dans ce cas-ci, c'était assez ironique, elle reprit place à son siège, face à la montre, ouverte et dépouillée de presque toutes ses petites pièces qui rendaient son mécanisme si complexe. Avec une petite pince à cheveux, elle retint sa frange en arrière afin que sa vue ne soit pas obstruée.

Le livre ouvert au chapitre concernant les micros en tout genre, elle tourna les pages afin de voir si leur fonctionnement pouvaient être proches les uns par rapport aux autres ou, au contraire, si leur systèmes étaient spécifiques, ce qui serait alors un tantinet plus complexe mais pour elle, il n'y avait rien d'insurmontable. Elle parvint à trouver un micro similaire à celui qu'elle avait sous les yeux mais il y avait quelque chose de différent malgré tout. La jeune femme passa sa loupe devant le micro. Il semblait avoir été quelque peu modifié, le rendant plus performant que ceux illustrés dans le livre. Elle ne pouvait dire si quelqu'un les écoutait en ce moment même mais il était clair que, qui que ce soit, il tenait vraiment à garder une oreille sur Alexis. Elle allait déjà l'ouvrir pour mieux voir les modifications apportées.

Les outils adéquats à la main, ses yeux au-dessus de la loupe, elle commença son œuvre, retenant presque sa respiration tant c'était minutieux. Cela lui prit de longues minutes mais elle finit par l'ouvrir, le séparant ainsi en deux parties. Elle les observa. Tout à l'intérieur était en état de marche et, peut-être un peu trop même car une sorte de petit bruit, à peine audible, retentit alors. Il devint de plus en plus fort, couvrant le bruit de ses horloges. Elle recula, juste au cas où et resta immobile. Le bruit stoppa net après une longue minute comme si il n'avait jamais émit un seul son. Ok... Alors, ça, c'était étrange. Y aurait-il une sorte de piège ? Avait-elle déclenché un signal ? Non, elle avait sans doute regarder trop de films ! Cependant, par prudence, elle reprit place au-dessus et chercha quelque chose d'anormal, qui devrait faire réagir ses yeux habitués aux mécanismes en tout genre. Ce qui était sûr, c'est que ce n'était pas de la camelote.
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Lun 21 Nov - 20:59
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Nul besoin de grands mots pour signifier son accord. Sidhiel esquissa un sourire éloquent. Elle avait gagné la partie, elle allait s'occuper du micro et elle aurait droit à trois questions. Alexis regretta de ne pas avoir limité à une seule, en fin de compte. Mais c'était la moindre des choses pour s'être montré peu conciliant et pour l'avoir fait monter dans cette galère avec lui.

La jeune femme ne tenait plus en place. Dès qu'il formula son approbation, elle récupéra son livre et se remit an travail avec une volonté décuplée. Elle était passionnée par son métier, par les défis aussi. Ses yeux brillaient ; elle se mit à travailler en silence, concentrée. Alexis aurait dû apprécier ce calme retrouvé, mais cela risquerait de paraître trop louche auprès de leurs auditeurs. Il se força à parler pour tromper l'ennemi...

- Merci pour la boisson.

... Sans trop en rajouter pour autant.

- Si je peux me permettre, ce sera un rattrapage pour votre double question de tantôt. C'était à vous de me poser une question, mais je m'octroie un doublon. Votre nom n'est pas d'origine japonaise, n'est-ce pas ?

La question était pertinente, et attirait la curiosité. Cette jeune fille était particulière. Son nom n'avait pas de connotation asiatique, lui paraissait-il. Il ne parvenait pas à en détecter l'origine. Elle vivait seule, tenait une boutique au domaine d'activité plutôt masculin, et s'était contentée d'une boutique à domicile qui n'avait pas pignon sur rue. Elle disait ne pas aimer le bruit, et pourtant elle était entourée de tic-tac et cherchait le contact humain. Elle posait beaucoup de question sans se montrer elle-même prolixe, se contentant du strict minimum. Finalement, des deux personnes présentes dans cet appartement, qui était la plus mystérieuse ?

Il espérait qu'elle lui répondrait. Elle n'était pas obligée, puisqu'il l'avait brutalement remise à sa place tout à l'heure. Et surtout, elle était absorbée par sa tache, il risquait de la déranger s'il parlait trop.
Il se contenta de se repositionner contre l'encadrement de la porte. Oui, il espérait une parole. Car s'il avait dû faire cesser le petit jeu pour des questions de sécurité, il y avait pris goût.
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Lun 21 Nov - 20:59
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Tandis qu'elle planchait sur le micro-espion, Alexis rompit le silence en lançant une petite phrase de courtoisie mais, à son avis, c'était plus pour rendre la situation moins louche aux oreilles indiscrètes qui se trouvaient de l'autre côté du mécanisme. Elle ne le voyait pas devenir courtois d'un seul coup, sans bonnes raisons. C'était l'impression qu'il lui avait donné dès le départ et ça ne risquait pas de changer. Cette situation l'a confortait dans ses résonnements, aussi fous étaient-ils. Il y avait une explication logique et rationnelle derrière ce drôle et intriguant personnage. Et, elle pourrait la découvrir une fois ce micro désactivé et elle y arriverait coûte que coûte. "Je vous en prie ", se contenta t-elle de répondre sans relever la tête. Il n'y avait rien à ajouter et elle n'avait pas envie de faire l'effort de relever une nouvelle fois. A quoi bon ?

Et pourtant, à sa grande surprise, c'est lui qui le fit en lui posant une autre question. Son comportement la fit s'arrêter nette. Elle releva la tête, le regardant un instant, non sans le dévisager avec une certaine surprise, esquissa un sourire, très discret et reporta son attention vers le mécanisme ouvert en deux et dont, déjà, quelques infimes pièces se trouvaient dans un coin. Comme c'était étrange ce renversement de situation. D'abord, elle se fait rembarrer plutôt sèchement à cause de ses question et là, c'était lui qui l'avait relancé. Comme elle aimerait comprendre le mécanisme de sa pensée. Elle laissa un temps de silence de quelques minutes. Oh, tant pis, il était trop intriguant pour lui tenir rancune. "C'est juste. Je suis née au Japon mais nous avons, dans la famille, de lointaines origines anglaises. Cette partie de mon arbre généalogique est d'ailleurs très flou, je n'en sais pas vraiment plus en réalité..."

D'où ses cheveux noirs accompagnés de pupilles bleus, ce qui était contraire aux japonais en temps normal. Mais qu'est-ce qui lui prenait d'approfondir ce genre de détails ? Elle n'aimait pas déblatérer sur sa propre vie et sur les quelques détails qui la façonnait. Elle lui jeta un coup d’œil. Il se tenait à nouveau contre l’encadrement de la porte. "Je ne sais pas combien de temps cela va me prendre, vous pouvez vous asseoir si vous voulez."Ajouta t-elle en tirant de sous son bureau, à l'aide de son pied, un tabouret. Ceci étant dit, ses yeux à nouveau postés derrière sa loupe, elle tenta de retirer une pièce plus petite que les autres, minuscule même. Elle farfouilla dans une de ses caisses et ressortit un outil semblable à une pince à épiler mais aux bouts beaucoup plus fins et plus longs. Elle retira la pièce précautionneusement. A présent, elle allait devoir s'attaquer à la partie qu'elle aimerait le moins ; le circuit électrique.

Elle était qualifiée en la matière mais c'était un peu son talon d’Achille, ce qu'elle maitrisait le moins. Il y avait un nouveau un silence qui régnait. Elle aurait le droit à trois questions par la suite mais elle ne savait pas si elle pouvait se permettre d'en reposer ou même si ça valait réellement la peine. S'il lui répondrait honnêtement à ces trois questions après, c'est, qu'en toute logique, il ne l'avait pas fait auparavant ou alors, qu'à moitié.
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Lun 21 Nov - 20:59
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Elle le fit attendre volontairement. Ce n'était pas de la concentration, Alexis le devina aisément. C'était de bonne guerre, après tout. Il l'avait battu à froid en refusant de jouer le jeu qu'il avait pourtant accepté. Il ne pouvait s'en vouloir qu'à lui-même, en commençant par sa venue ici. S'il avait voulu préserver Sidhiel, il aurait dû rester où il était et se débarrasser de la montre. Mais le côté affectif de l'objet l'avait emporté sur la prudence, de l’inconvénient de rester un être humain.
Pourtant, elle accepta de reprendre la conversation, et se confia sur ses origines. Elle avait des antécédents occidentaux, du vieux continent.

Elle l'invita à s'asseoir, il la remercia et prit place sur le tabouret qu'elle lui présentait. Il était un peu bas pour la taille, et plia une jambe qu'il posa sur l'autre avec élégance.

Au fur et à mesure que Sidhield décortiquait la montre et son micro, retirant des pièces microscopiques, lui-même se sentait déchargé d'un poids ; il prenait pour de bon ses distances avec le  serpent. Le micro était le seul lien qu'il avait conservé avec eux, bien malgré lui. La page allait se tourner. Bien sûr, il risquait d'être encore la cible de recruteurs ; mais il refuserait fermement.
Il esquissa un sourire discret, invisible ; il comprenait à présent pourquoi il avait réussi à échanger à nouveau avec la mécanicienne. Il avait pris conscience de ce que cela symbolisait pour lui.

- Vos origines expliquent la couleur de vos yeux.

Il avait parlé d'un ton léger, entre la constatation et la flatterie sincère. Il n'était pas allé jusqu'à dire qu'elle avait de très beaux yeux. Mais il en fut tenté.
Alexis reconnaissait qu'elle ne manquait pas de charme, malgré le côté garçon manqué de son travail. S'il n'avait pas apprécié sa curiosité au départ, ce n'était plus le cas. Dialoguer était un acte normal et il aspirait à cette normalité, sans détour, sans masque. A force de fréquenter des personnes normales, il s'imprégnait de leur quotidien et y prenait goût, oubliant son ancienne jalousie. Pas trop vite, mais progressivement, il attisait la flamme d'humanité qu'il avait protégé pendant des années pour éviter qu'elle ne s'éteigne. A terme, sa paranoïa disparaîtrait sûrement. Il arrêterait de soupçonner tout un chacun...
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